Maurice Chevalier

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Maurice Chevalier

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Maurice Chevalier en 1959.

Nom de naissance Maurice Auguste Chevalier
Surnom Le patron[n 1], Maurice de Paris[1],[2], Momo.
Naissance 12 septembre 1888
Paris, France
Nationalité Drapeau : France Française
Décès 1er janvier 1972 (à 83 ans)
Paris, France
Profession Acteur
Chanteur
Films notables La Veuve joyeuse
Le silence est d'or
Gigi
Ariane

Maurice Chevalier, né Maurice Auguste Chevalier[3] le 12 septembre 1888 à Paris 20e et mort le 1er janvier 1972 à Paris 15e, est un chanteur et acteur français.

D'abord chanteur de « caf'conc' » dans le quartier de Ménilmontant, qu'il contribue à populariser[4], Maurice Chevalier devient, dans les années folles, un des artistes les plus populaires du music hall français[n 2],[5],[6], avant d'entamer une fructueuse carrière d'acteur à Hollywood dans les années 1930. Deux fois nommé à l'Oscar du meilleur acteur, il tourne notamment sous la direction d'Ernst Lubitsch et entame une liaison amoureuse avec Marlène Dietrich. De retour en France, il continue à travailler pendant la guerre ; il est brièvement inquiété en 1945, sans pour autant perdre son succès. Alternant tours de chant et cinéma, en France (Le silence est d'or en 1947, Ma pomme en 1950) et à Hollywood (Ariane en 1957, Gigi en 1958), il fait ses adieux à la scène en 1968.

Souvent affublé d'un canotier, d'une canne et d'un nœud papillon, Maurice Chevalier représenta au long de sa carrière une certaine image de la France et du Français à l'étranger, et notamment aux États-Unis : celle du Parisien typique, gouailleur, souriant, désinvolte et charmeur[7],[8]. Star internationale de son vivant, il est aujourd'hui encore l'un des chanteurs français les plus connus dans le monde[9]. Plusieurs de ses chansons furent de grands succès populaires, telles Prosper (Yop la boum), Dans la vie faut pas s'en faire, La Chanson du maçon, Ma pomme, Ça sent si bon la France, Ça fait d'excellents Français, sa version de Y'a d'la joie, Thank Heaven for Little Girls ou encore son dernier enregistrement, la chanson du film Les Aristochats.

Biographie[modifier | modifier le code]

Maurice Chevalier, photographie de jeunesse dédicacée.

1888 - 1901 : Enfance et débuts scéniques[modifier | modifier le code]

Maurice Chevalier naît le 12 septembre 1888, au 29 rue du Retrait, à Paris, de l'union de Victor Chevalier (1854-19?), peintre en bâtiment, et de Joséphine Van Den Bossche (1852-1929/1931)[n 3],[10],[11]. Il est le dernier d'une fratrie de trois enfants. Il a deux frères : Charles (1877-1938) et Paul (1884-1969)[11]. Peu de temps après sa naissance, ses parents emménagent dans « un minuscule logement de deux pièces au 15 de la rue Julien-Lacroix, toujours à Ménilmontant »[12]. Il entre à l'école des Frères, au patronage, rue Boyer, pour y être instruit[13]. Alors que Maurice est encore très jeune, son père, honnête ouvrier mais alcoolique, quitte le domicile familial après une ultime scène, abandonnant sa femme et ses trois enfants. L'aîné de la famille, Charles, décide d'assumer le rôle de chef de famille mais se fait vite tyrannique. Il va jusqu'à frapper Maurice, chose que ce dernier ne lui pardonnera jamais[14].

« À partir de ce moment, le peu de sentiment qu'il m'inspirait, car il n'avait jamais rien fait, rien dit, pour gagner mon affection, se dissipa pour laisser place à je ne sais quel espoir de revanche, un jour, plus tard. »

— Dans la vie faut pas s'en faire (2012), page 21

Très vite, Charles, amoureux, quitte le domicile familial et se marie, abandonnant sa famille à son tour. La famille n'entendra plus parler de lui. Seuls restent Maurice, Paul, qui est apprenti graveur sur métaux, et leur mère (surnommée la Louque) dont les finances souffrent de ces deux départs soudains[15]. Cette dernière doit travailler d'arrache-pied pour faire vivre sa famille, et, en plus de la passementerie, elle commence à faire le ménage chez des voisines. Mais le surmenage l'affaiblit et l'oblige à être hospitalisée à l'Hôtel-Dieu de Paris pour plusieurs semaines. Alors que Paul est assez âgé pour se garder seul, Maurice, qui n'a que huit ans, est placé à l'hospice des Enfants Assistés rue Denfert-Rochereau. Finalement, sa mère sort de l'hôpital et il est ramené chez lui[16].

Quelques semaines après que la famille s'est retrouvée, Paul annonce que son patron avancera de trois mois sa nomination d'ouvrier à plein salaire. Il touchera désormais sept francs par jour soit quarante-deux par semaine, ce qui permet à la famille une petite aisance. Le nouveau salaire de Paul couplé à celui de la Louque permet aux Chevalier de déménager du troisième étage de leur bâtiment vers le premier, dans un appartement avec une fenêtre sur la rue. Maurice entre à l'école communale de la rue Julien-Lacroix, dans laquelle il restera deux ans, jusqu'au certificat d'études[17]. C'est le début de leurs sorties en famille. Tous les trois vont, tous les samedis et souvent le dimanche, « soit au palais du Travail, soit au Cirque d'hiver, soit au concert du Commerce ou au Cirque Médrano »[18]. Là, il est fasciné par les chanteurs et les enfants acrobates. Désireux de faire de même et d'ainsi pouvoir ramener beaucoup d'argent au foyer, il se met en tête de devenir acrobate. Après l'école et âgé de neuf ans, lui et des enfants du quartier s'essayent à l'acrobatie sur des tas de sable de la rue Sorbier[19]. Et, à force d'en parler avec enthousiasme à table, Maurice convainc son frère Paul de le rejoindre dans son entreprise, et tous deux décident de monter un duo d'acrobates : les Chevalier Brothers. Sans savoir que « brothers » veut dire « frères », Paul truque de vieilles affiches pour y afficher le nom de leur duo[20]. Le duo d'acrobates va s'entraîner régulièrement au gymnase Arras, rue de Ménilmontant, mais la réalité les rattrape vite. Les deux frères manquent de force et de souplesse. Et ayant obtenu son certificat d'études, Maurice doit apprendre un métier. Paul le fait engager chez son patron pour y apprendre la gravure sur métaux mais Maurice est vite renvoyé, ce dernier n'ayant que l'acrobatie en tête. Son frère décide d'abandonner l'idée du duo d'acrobates au vu des blessures et de la fatigue causées par cette activité. Avant d'abandonner l'idée à son tour, Maurice tente de savoir s'il peut vraiment être acrobate et se fait prendre à l'essai, sans salaire, dans un trio acrobatique. Mais un exercice tourne mal et il finit le visage tuméfié, en sang. Sa mère lui demande de changer de projet, sous peine de finir infirme[21].

D'abord découragé, il pense ensuite à devenir chanteur. Il ne dit rien à la Louque concernant son nouveau projet, attendant d'être sûr de lui, et nourrit le rêve d'être chanteur comique, inspiré par le comique paysan Carlos. Mais il doit maintenant trouver un patron qui accepte de lui apprendre un métier. Les emplois vont et viennent car Maurice est constamment renvoyé. Menuisier : il est renvoyé pour cause de trop longs séjours aux toilettes où il chantait devant un public imaginaire. Électricien : renvoyé car il préférait faire du lèche-vitrines devant les boutiques vendant des chansons lorsqu'il était envoyé en courses. Peintre sur poupées : renvoyé pour avoir peint les visages de Mayol, Polin, Dranem sur celles-ci. Puis imprimeur, commis marchand de couleurs, et finalement fabricant de punaises[22]. Payé au millier de punaises fabriquées, il gagne jusqu'à dix francs par semaine. Mais de moins en moins attentif à cause de son projet, il se fait moins productif et ramène de moins en moins d'argent au foyer. Son manque d'attention finit par lui coûter cher, car il s'écrase le doigt avec sa machine, ce qui l'oblige à arrêter le travail jusqu'à sa guérison[23].

Depuis plusieurs semaines, il a repéré le Café des Trois Lions, au public essentiellement ouvrier, boulevard de Ménilmontant. Lui et sa famille y sont allés un dimanche. Trois amateurs l'ont intéressé : Georgel, genre Mayol, Léon D., genre Polin et Brigham, genre Dranem. Maurice se rend chez un libraire, y achète deux partitions du genre comique paysan intitulée V'là les croquants et Youp Youp Larifla qui font partie du répertoire de Carlos, et achète un ensemble de vêtements et accessoires que ce dernier porte sur scène[24]. Prenant son courage à deux mains, Maurice se rend au Café des Trois Lions et en demande le propriétaire pour lui proposer de le laisser chanter ses deux chansons sur scène le prochain samedi. D'abord interloqué, il consent à laisser Maurice chanter, mais ajoute qu'en fait de salaire, il n'aura droit qu'à un café au lait. Extatique, Maurice prévient sa mère et son frère et ces derniers lui assurent, en riant, qu'ils seront là pour assister à ses débuts[24].

Le soir venu, Maurice se rend en coulisses, enfile son costume, se maquille et se barbouille le nez et les joues de rouge. Il donne ses deux chansons au pianiste du café qui lui demande dans quel ton il chantera. Maurice ne sachant pas de quoi il veut parler, lui dit : "dans le ton que vous voudrez !". Le pianiste commence à jouer V'là les croquants et Maurice de chanter, déguisé en paysan. Il fixe un point du plafond et chante de plus en plus fort. On lui crie des choses depuis la coulisse, et la salle toute entière commence à se tordre de rire. Maurice chante alors plus fort encore et termine la chanson dans une ovation générale. Il sort de scène et voit Georgel, Léon D. et Brigham rire aux larmes. Croyant avoir eu un succès colossal, il veut retourner sur scène mais on le retient. On lui explique ensuite que si la salle a autant ri, c'est parce qu'il a chanté trois tons plus haut que le pianiste, et qu'il forçait beaucoup trop sur sa voix. On lui conseille de répéter avec le pianiste à l'avenir. Déçu car pensant avoir triomphé, il rentre chez lui accompagné de son frère et sa mère qui en rient encore. Mais ils le réconfortent en l'assurant qu'il sera bien meilleur quand il aura répété à l'avance. Nous sommes en 1901 et Maurice a 12 ans[25].

1901 - 1904 : Début de la carrière de chanteur[modifier | modifier le code]

Le lendemain, Maurice est la coqueluche de la rue Julien-Lacroix. La nouvelle de sa chanson de la veille s'est répandue comme une traînée de poudre et il est sur toutes les lèvres. Le soir, il retourne au Café des Trois Lions et est pris sous l'aile de Georgel et Léon D., qui lui expliquent qu'il est nécessaire que le chanteur et le piano soient sur le même ton, que le rire qu'il a provoqué la veille n'était pas un "bon rire" (étant un rire à ses dépens) et que ça ne faisait pas "artiste". Ces trois mots le marquent. Il veut continuer à chanter mais la cicatrisation complète de son doigt approche, et il a promis à sa mère de retourner travailler sitôt remis de sa blessure. Habitué du Concert du Commerce au Faubourg-du-Temple, il commence à fréquenter le chanteur Boucot, qui s'y produit très souvent. "Je ne peux pas dire qu'une vraie amitié se noua entre le petit homme qu'il était, et l'enfant que je représentais encore, mais il me permit de le voir, d'aller le chercher chez lui..."[26]. Un jour, il descend avec lui "dans Paris", où Boucot va se tenir au courant des derniers succès qu'il intègrera à son numéro. Ce jour-là ils vont voir Henri Christiné, auteur-compositeur, Louis Maurel, chanteur, Gramet, auteur et éditeur de monologues comiques et plus encore. Ils croisent également Mayol sortant du bureau de Christiné, avec qui Boucot échange quelques mots et auquel il présente Maurice. Maurice est admiratif. Boucot ramène Maurice à Ménilmontant, que l'après-midi a rendu rêveur après avoir vu le monde de la musique de si près. Mais maintenant que son doigt est guéri, il doit reprendre le travail à la fabrique de punaises. Cela ne l'empêche pas d'aller aux toilettes de la fabrique plus que de raison pour y chanter[27]. En parallèle, il continue de chanter tous les samedis et dimanches au Café des Trois Lions. Même s'il fait moins rire qu'à ses débuts, il sent qu'il progresse, et chante désormais dans le même ton que le piano. Mais des réparations et embellissements nécessaires au café obligent les chanteurs à arrêter de s'y produire. La troupe, constituée de Maurice, Georgel, Brigham et Léon D. découvre un petit café rue Popincourt, qu'ils surnomment "Les Folies Popincourt" et décident d'y chanter. Mais la salle, qui ne les connaît pas et qui est occupée par des ouvriers enivrés est peu réceptive à la troupe. Les quatre artistes quittent le café et Maurice apprend l'ouverture prochaine d'une salle des fêtes nommée "Élysée-Ménilmontant" dans un bureau de tabac rue de Ménilmontant et va s'y présenter. La salle est décrite comme présentant un spectacle mi-amateur, mi-professionnel. Il y est engagé sur sa réputation aux Trois Lions, toujours sans salaire[28].

Le soir de la première, Maurice passe avant Gilbert, l'imitateur de Mayol qui vient du Casino des Tourelles et également "étoile" de l'affiche. La Louque et son frère Paul sont dans la salle. Les artistes s'enchaînent, Yvonne de Verlac, Léger le bossu... et c'est au tour de Maurice, de son nom de scène "Le petit Chevalier". Ce soir-là, il ressent pour la première fois un contact avec le public. Il termine sa chanson et est applaudi. Il est rappelé sur scène mais n'a plus de chansons. On lui dit d'aller remercier le public et d'aller annoncer "Gilbert, le Mayol des Tourelles." Après son numéro, dans la loge, celui-ci demande à Maurice depuis combien de temps il chante et combien il gagne en chantant ici. Après que Maurice lui a dit qu'il ne gagne rien, Gilbert lui propose de se présenter dimanche au Casino des Tourelles, au 259 de l'avenue Gambetta, à huit heures du soir pour une audition. S'il plaît, il sera pris pour une ou deux semaines, et payé. S'il ne plaît pas, ses frais de d'omnibus lui seront remboursés. Maurice, abasourdi, accepte[29].

Le lendemain soir, il est devant les portes du Casino en compagnie de son frère avec une heure d'avance. Finalement les portes s'ouvrent et il est décidé qu'il passera en troisième sur scène, devant public, pour son audition. Son tour venu, il monte sur scène, mais ne ressent pas de connexion avec le public. Il quitte la scène en pensant avoir échoué mais Gilbert et le directeur de la salle lui disent qu'il a plu, qu'il lui faudra certes beaucoup travailler mais que la salle l'a trouvé courageux et amusant. On lui propose de venir chanter le jeudi, samedi, dimanche et lundi soirs dès jeudi prochain. Le directeur lui propose un engagement de deux semaines, payée douze francs chacune. S'il a du succès, il sera gardé plus longtemps encore. Paul fait signe à son frère d'accepter, que l'offre est honnête. Alors Maurice accepte, fou de bonheur. Il doit donc arrêter l'atelier pour se consacrer à la recherche de chansons et au travail de son numéro désormais. Sa mère acquiesce à condition qu'il retourne à l'atelier dans le cas où il se retrouverait sans engagements, ce à quoi consent Maurice. Pour l'occasion, il s'achète un pardessus à col de velours et un Girondin, qu'il troquera bien vite contre une casquette après un incident qui le laisse la tête coincée dans son chapeau[30].

Ainsi, Maurice Chevalier commence sa carrière "d'artiste" et descend très souvent dans Paris d'abord avec Boucot, puis seul, dans l'optique de garnir son répertoire. À l'occasion, il pose pour des cartes postales[31]. Il devient un habitué des éditeurs de musique chez qui il va constamment chercher de nouvelles chansons. Néanmoins, au bout de trois semaines, le directeur du Casino des Tourelles lui signifie qu'il doit renouveler sa troupe, et remercie Maurice, auquel il dit qu'il sera sûrement rappelé. Maurice décide de demander à Boucot si celui-ci ne peut pas le faire entrer au Concert du Commerce. C'est ce qu'il fait et il lui obtient un numéro de deux chansons qu'il fera entre deux tours de Boucot. Mais le directeur lui dit qu'il ne pourra pas être payé la même somme qu'aux Tourelles, et lui propose la somme de cinq francs par semaine, contre douze au Casino et deux fois moins qu'une bonne semaine à la fabrique de punaises. Maurice, le cœur gros, tente de négocier mais le directeur reste inflexible. Il accepte malgré lui. Maurice rentre découragé chez lui et avoue tout à sa mère, qui reste compréhensive, et qui lui laisse un sursis de quatre semaines afin de voir si les choses s'améliorent. Sans quoi il devra retourner à l'atelier[32].

Le lendemain matin, Maurice descend dans Paris et un café-concert, La Villa Japonaise, attire son attention boulevard de Strasbourg. Il entre et en demande la patronne, à laquelle il demande s'il peut auditionner en public. Amusée, elle accepte et lui demande de venir le soir même à huit heures. Il auditionne et est engagé à raison de trois francs par jour pour deux chansons matin et soir, tous les jours, soit vingt-et-un francs par semaine. Maurice est enchanté et signe[33].

Malgré un public peu réceptif, Maurice y reste quelque temps et, par envie de changement, se fait engager au Casino de Montmartre, boulevard de Clichy, aux mêmes appointements qu'à La Villa Japonaise. Son public, réputé dur et cruel avec les auditions, accorde à Maurice le bénéfice du doute ainsi qu'"un peu de succès"[34]. Il trouve le temps de chanter trois soirs à la Fourmi, boulevard Barbès, et gagne trente-cinq francs pour sa peine. Ses revenus commencent à augmenter et un agent lyrique du nom de Dalos lui obtient un engagement de sept jours renouvelable au Concert de l'Univers, avenue Wagram, où il gagnera trente-cinq francs pour la semaine. Il y reste douze semaines grâce au plébiscite dont son numéro comique fait l'objet[35].

Après la fin de son engagement au Concert de l'Univers, Maurice enchaîne les salles et les engagements. Café des Galeries Saint-Martin, Café Persan boulevard Sébastopol, Café de la Presse rue Montmartre et plus encore. Un jour, Dalos obtient pour Maurice ses premiers contrats provinciaux. Ainsi, Maurice va chanter au Havre (où il voit la mer pour la première fois), à Amiens, et doit chanter à Tours où lui arrive une mésaventure. Après y avoir chanté quatre soirs sur un engagement qui en comprend douze, il fait la connaissance d'un commis-voyageur à sa sortie de scène, qui lui propose de déjeuner ensemble le lendemain midi dans un bon restaurant de la ville. Maurice opine et tous deux se retrouvent le lendemain. Ils commencent par boire trois apéritifs dans un café. Un peu chancelant après cette mise en bouche, Maurice suit son hôte qui quitte le café pour se diriger vers le restaurant. Ils déjeunent copieusement, et arrosent le tout de vin. Puis ils quittent le restaurant pour se rendre dans une brasserie, où le commis commande deux verres de rhum pour lui et Maurice. Puis deux autres, et ainsi de suite. Ils passent l'après-midi à boire de l'alcool et ils ne sont arrêtés que par l'horloge dont l'heure indique qu'il est temps pour Maurice d'aller se préparer pour son tour de chant à l'Alcazar de Tours. Tous deux ivres morts, ils quittent la brasserie tant bien que mal et Maurice quitte son camarade de beuverie, se dirigeant vers l'Alcazar en se tenant aux murs pour tenter de garder son équilibre. Il se traîne jusqu'à sa loge, se change, puis s'effondre. Il se réveille dans son lit, dans la chambre qu'il a louée à la pension locale. On lui racontera qu'on l'a ramassé, évanoui, dans une abondante vomissure et qu'il a dû être porté jusqu'à sa chambre, où une chanteuse a pris soin de lui. Le lendemain matin, il se rend à l'Alcazar pour présenter ses excuses au directeur de la salle, mais ce dernier, furieux, renvoie Maurice car ce dernier n'aura pas pu honorer son engagement. Maurice tente de s'excuser mais le directeur est catégorique. Il récupère sa paye des quatre premiers jours et quitte les lieux. N'ayant pas assez d'argent pour payer sa pension, prendre le train et ramener un peu d'argent à sa mère, on lui suggère de quitter la pension sans payer. C'est ce qu'il fait malgré lui, se jurant de rembourser l'établissement quand les choses iront mieux pour lui. Il monte dans son train avec la peur d'être recherché par la police pour son méfait, et y sanglote longtemps de honte et de chagrin[36].

Comme pour s'expier de ses fautes, il se met à travailler d'arrache-pied à son retour à Paris. La direction de Tours a écrit à Dalos pour se plaindre de Maurice et ce dernier n'ose plus retourner le voir pour du travail. Il se fait engager au Casino de Montmartre pour cinq francs par jour, puis retourne au Concert de l'Univers aux mêmes appointements que la dernière fois. La vie redevenant plus clémente pour Maurice et sa famille, ils emménagent dans "un petit logement de deux pièces, sur la cour, au 15 du Faubourg-du-Temple"[37] Mais son frère, Paul, a rencontré une jeune fille qu'il veut épouser. Maurice et sa mère tentent de le retenir mais il dit devoir vivre sa vie désormais. Il les assure néanmoins qu'il leur versera une partie de son salaire à la fin de chaque semaine pour les aider un peu. Maurice et sa mère ne sont plus que tous les deux désormais, et il prend ses responsabilités très au sérieux. "Mon adoration pour elle était totale et le fait de savoir qu'elle dépendait de moi seulement et de mon travail me donnait le sens exact de ma grave responsabilité."[38]. N'aimant pas l'emplacement de leur logement actuel, Maurice trouve un deux-pièces au "118 Faubourg-Saint-Martin [...] au sixième, sur la cour, presque au coin du boulevard Magenta."[38]

Après la fin de son second contrat au Concert de l'Univers, il se fait engager au Petit Casino, boulevard Montmartre pour y chanter matin et soir tous les jours. Le public y est réputé impitoyable, ce qui donne à cette salle une réputation de tremplin vers la gloire, car gagner la faveur des spectateurs n'est pas chose aisée. Le soir de ses débuts sur la scène du Petit Casino, sa première chanson est accueillie par un "étonnement sans sympathie" et la salle ne répond pas aux efforts de Maurice. Les applaudissement se font rares et anémiques à la fin de la chanson. Il dit ensuite son monologue comique Volonté d'fer qui jusqu'à présent avait toujours fait un tabac sur scène, surtout au Concert de l'Univers[39]. Un monologue que Maurice présente en ces mots dans ses mémoires :

« "Volonté d'fer

J'connais qu'ça

Quand on est homme

Faut montrer qu'on en a !..."

J'appuyais la fin du couplet parlé en mettant mes deux mains dans mes poches et en remontant ainsi le pantalon et son contenu. Geste très vulgaire, qui, néanmoins, avait le pouvoir de verser l'hilarité [...]. Plus je faisais des gestes obscènes, plus je disais de gauloiseries, plus ma petite taille et mon visage enfantin leur faisaient trouver très drôles ces monstruosités. »

— Dans la vie faut pas s'en faire (2012), page 92

Mais ce soir-là, au Petit Casino, ce monologue d'habitude si apprécié crée le malaise. "Pas un sourire ne vint de la salle et je crus même entendre comme un murmure suivre ma sortie en place d'applaudissements." Enfin, il entame sa troisième chanson V'là Monsieur Trottin, dans laquelle Maurice joue le rôle d'un livreur qui doit porter à une femme "un carton contenant une chemise, un pantalon de femme et un corset."[40] Maurice décrit le déroulement de la chanson comme suit :

« Au premier refrain - ouvrant le carton - j'enfilais la chemise par-dessus mon costume de comique. Au deuxième couplet, je plaçais le corset autour de moi. Puis, au troisième, l'éclat formidable de rire devait être obtenu en enfilant le pantalon qui par ses larges ouvertures devant et derrière laissait passer la chemise. »

— Dans la vie faut pas s'en faire (2012), pages 92 - 93

Au troisième couplet, une voix s'élève du public et clame "Assez ! c'est dégoûtant ! Qu'on envoie ce gamin à l'école." Un brouhaha général prend la salle, dans lequel Maurice perçoit des "Honteux, absolument honteux, c'est tout !" et autres invectives acerbes. Personne ne prend sa défense. Resté sur scène, stupéfié, il finit par sortir sans dire un mot. Il descend dans sa loge et y pleure pendant plus d'une heure. Craignant que ce genre d'incident n'arrive à chaque représentation, il perd peu à peu de sa confiance en soi. Maurice retourne au Petit Casino pour son engagement du soir et est tant effrayé de faire des gestes obscènes qu'il ne tente plus rien. Même si la salle ne le fait plus sortir de scène, la réception reste glaciale. Il y reste pour la semaine mais y est très malheureux. "J'avais perdu la foi, la confiance."[41]

1904 - 1913 : Passage à vide et renommée[modifier | modifier le code]

Au début de la saison d'été, les engagements se font de plus en plus rares, et lui et sa mère n'ont pas d'économies. Maurice passe son temps à chercher à se faire engager dans des salles mais rien ne se concrétise. Il passe plusieurs semaines sans travailler. En manque d'argent malgré l'aide financière de Paul, ils se nourrissent de pommes de terre et de tisanes de queue de cerises, et les seuls engagements que Maurice peut obtenir ne durent qu'un jour. En parlant de ses chaussures, il décrit ce que l'impossibilité de les faire réparer le force à faire : "Je me souviens que je mettais du papier de journal plié sur plusieurs épaisseurs pour éviter de marcher sur le fil."[42]. Il accepte de chanter dans un café pour trois francs, plus l'argent des quêtes. Après chaque tour de chant, chaque artiste fait la manche auprès des clients. Il avouera plus tard dans ses mémoires qu'il n'avait jamais "ressenti une telle honte."[43]. Trop timide et honteux pour attendre de voir si un client va porter la main à sa poche, il retourne très souvent dans la salle du fond avec une bien maigre obole. Découragé, il songe à arrêter sa carrière de chanteur pour devenir apprenti, mais devenir apprenti signifie qu'il ne gagnerait qu'un franc par jour tout au plus, ce qui serait incompatible avec leur situation financière. Mais après des semaines de pauvreté, une lettre à en-tête du music-hall Parisiana arrive à son nom. Fébrile, il l'ouvre et découvre qu'il est prié de venir se présenter à la direction de l'établissement le lendemain. Lui et sa mère laissent éclater leur joie et il s'y rend le lendemain.

Sur place, il découvre que Paul Ruez, qui dirigeait La Fourmi boulevard Barbès, où Maurice avait chanté trois soirs quelque temps auparavant, venait d'acheter la salle. En choisissant sa troupe pour sa revue d'automne, il a revu le nom de Maurice dans ses anciens programmes et l'a fait demander. Maurice sort de son bureau avec un engagement pour la durée de la revue "Satyre Bouchonne". Il y chantera en numéro quatre du programme, dans la partie de concert qui commence le spectacle puis remplira des petits rôles et y fera de la figuration. Il demande dix francs par jour, il s'en voit accorder neuf. Maurice rentre chez lui et annonce la nouvelle à sa mère, qui décide qu'il faudra à l'avenir faire des économies sur le salaire ramené à la maison. Les revues de ce genre durant souvent six mois, ils se sont assurés un revenu confortable et durable. Nous sommes en août 1904[44].

La revue, qui a des artistes tels que Vilbert ou Fragson à l'affiche, est répétée pendant un mois. Puis vient le soir de la première, où nombre de célébrités de l'époque sont présentes pour assister à la revue. Liane de Pougy, Jean Lorrain, Mistinguett, Catulle Mendès... La revue se passe sans encombre. Un soir, il est présenté à Mistinguett, qui deviendra sa compagne quelques années plus tard. Ce soir-là elle l'assure qu'il percera dans la chanson, et déjà, Maurice est sous le charme[45]. Six mois après, la revue et son contrat prennent fin, et lui et sa mère ont cinq cents francs de côté[46].

Se faisant désormais appeler "Chevalier M., de Parisiana", pour ne pas être confondu avec des chanteurs ayant le même nom de famille, il reprend ses visites chez les agents lyriques à la recherche d'engagements. Peu de bonnes opportunités lui sont offertes, et il accepte sans grande conviction de chanter trois jours à l'Eden-Concert d'Asnières pour trente-cinq francs. Cependant le public est extrêmement réceptif à son humour et à ses chansons. Les éclats de rires et les blagues improvisées fusent. "J'étais devenu jeune homme et les grivoiseries que, prudemment, je lançais, ne choquaient plus personne."[47] On rappelle Maurice, la salle frappe du pied. Ce jour-là Maurice redécouvre le bonheur de réussir. De retour dans sa loge, il est vite rejoint par le directeur de la salle et sa femme qui lui proposent de rester une semaine de plus. Au total il y reste dix semaines supplémentaires et est affectueusement surnommé "Le petit Jésus d'Asnières". Ce succès sans précédent dans sa carrière lui redonne du cœur à l'ouvrage et le rend plus confiant quant à ses capacités. On lui propose après cet engagement de chanter à la Scala de Bruxelles pour vingt francs par jour. Il accepte et sa mère, fière de lui, fait savoir à son voisinage que son fils va partir chanter en Belgique pour un très bon salaire journalier[48].

Il chante à Bruxelles pendant un mois et y est également très bien reçu. Il va ensuite chanter à Lille pour quinze francs par jour où il obtient aussi beaucoup de succès, tant et si bien qu'il y reste deux mois de plus. De retour à Paris, il a désormais deux mille francs d'économies et "une réputation de jeune révélation qui se confirme sur le boulevard de Strasbourg."[49] On commence à parler de lui, de sa réussite soudaine et l'administrateur de l'Alcazar de Marseille, de passage à Paris, demande à le voir. Maurice ressort de son bureau avec des contrats pour une tournée provinciale de trois mois qui le fera passer par Marseille, Nice, Toulon, Lyon, Alger, Bordeaux, etc. Suivant les villes, il touchera de vingt à trente francs par jour. Il voyage, découvre le Midi, est bissé partout où il passe, même à Marseille où les artistes ayant précédé son passage ont été humiliés par un public moqueur. Pendant ses deux semaines d'engagement à Marseille, il trouve ses premiers vrais amis dans le métier en la personne de l'administrateur de l'Alcazar, Franck (Paul-François Esposito), et de celle d'un artiste à l'affiche, Bertho le Gambilleur. On demande à Maurice de revenir pour la saison suivante à raison de trente-cinq francs par jour. Il accepte. Partout où il passe en tournée, on le réengage pour la saison suivante avec une augmentation de dix francs à la clé. Inspiré par le comique anglais Little Tich qu'il a vu sur scène à Paris, il commence à agrémenter ses passages sur scène de quelques pas excentriques et de claquettes, ce qui est apprécié par le public[50].

De retour à Paris, on lui propose de chanter au Casino Montparnasse, au Casino Saint-Martin qui sont des lieux qui hiérarchiquement se trouvent juste en-dessous de la Scala et de l'Eldorado, les plus prestigieuses salles de musique populaire de l'époque. Il commence à être imité, et l'on commence à parler de "Genre Chevalier" et d'"École Chevalier". De plus en plus intéressé par le monde du music-hall britannique, il va voir Norman French, danseur anglais qui est à l'affiche à la Scala. Maurice est impressionné par son élégance et sa tenue vestimentaire. C'est une révélation. Il décide de moderniser ses chansons en y ajoutant tout un ensemble de fantaisies corporelles, mêlant danse et sport, avantagé par ses débuts acrobatiques, et comédie. Nous sommes en 1906[51].

Son succès ne se dément pas et il est constamment à l'affiche de nombreux établissements, à Paris où en province. Il gagne désormais une moyenne de cent francs par jour en province et de vingt-cinq à quarante à Paris. À l'affiche à Toulouse, il rencontre et se lie d'amitié avec Raimu. De passage à Bordeaux aux Bouffes Bordelais en 1907, il est en tête d'affiche avec Mayol, alors à l'apogée de sa gloire[52].

Un soir qu'il se trouve dans un café rue du Faubourg-Saint-Martin qui était "le rendez-vous de toute la deuxième et troisième classe du monde de la chanson"[53], il est pris à partie par un artiste éméché, jaloux de son succès. Il couvre Maurice d'insulte et demande à se battre. Maurice refuse et quitte le café. Il se maudit d'avoir été, selon lui, lâche devant l'artiste bagarreur et décide de prendre des cours de boxe anglaise, qui venait de faire son apparition à Paris. Après un mois de leçon et de progrès, Maurice, déterminé, décide de retourner au café et d'y provoquer l'artiste en combat. Mais ce dernier s'excuse pour son comportement et accuse l'alcool de l'avoir rendu odieux. Son honneur lavé, il continuera néanmoins à prendre des leçons de boxe. Ainsi, de passage à Lille dans une salle de boxe, il rencontre le jeune Georges Carpentier alors âgé de quatorze ans, c'est le début d'une longue amitié entre les deux hommes[54].

Maurice pratique tous les matins les claquettes et les pas de danse américano-anglais pour enrichir ses prestations et Henri Christiné lui écrit une chanson en 1908, Le beau gosse. Il s'agit de la première chanson qui est écrite pour Maurice. Sa mère et lui déménagent dans un logement plus grand à la même adresse, avec vue sur la rue. Pour remplacer Dranem, alors en tournée provinciale, il est engagé en tête d'affiche pour deux mois à l'Eldorado, à raison de mille francs par mois. Les répétitions commencent, avec les autres artistes à l'affiche, Bach, Georgel et Montel, et ce dernier se montre très hostile envers Maurice, jaloux de voir son nom au-dessus du sien. Mort de trac avant le soir de la première, Maurice mange dans un restaurant et y boit une bouteille de sauternes à lui seul. Il se rend à l'Eldorado et se prépare, hilare et inconséquent d'alcoolémie. Mais Montel décide de ne pas retourner sur scène pour y chanter sa troisième chanson, afin de créer un climat délétère dans lequel Maurice ne pourrait chanter aisément. C'est au tour de Carmen Vildez, dont la chanson est entièrement couverte par les vociférations du public qui ordonne que Montel revienne. Il refuse. Maurice, saoul, est alors envoyé sur scène et commence à danser, peu à peu le silence se fait dans la salle et Montel est oublié. Maurice triomphe[55].

C'est à cette époque, en 1908, qu'il rencontre Fréhel, qui commence à se faire connaître. Leur relation dure un an. Celle-ci commence bien mais Fréhel révèle très vite sa nature auto-destructrice et entraîne Maurice dans ses habitudes nocives, le fait entrer dans sa vie nocturne et débauchée. Il ne se sent pas à sa place, et Fréhel le fait tomber dans la drogue. Ils commencent à consommer de la cocaïne et à respirer de l'éther ensemble. Alors qu'il arrête l'éther rapidement car l'odeur qu'il laissait sur lui faisait souffrir sa réputation, il n'arrive pas à se passer de la cocaïne[56]. Il continue à en prendre modérément, selon ses dires, après la fin de leur relation, jusqu'à la Première Guerre mondiale :

« Il fallut la guerre de 14-18 où je fus blessé et fait prisonnier de guerre pour me trouver dans l'impossibilité de me procurer mon poison devenu habituel et par en être délivré au point que, plus tard, quand un lieutenant major français ami me fit avoir le filon de devenir infirmier du camp, que j'eus un lit à l'infirmerie et qu'il m'eût été facile alors d'obtenir de la cocaïne pour certains médicaments, je me sentis trop heureux de pouvoir m'en passer et n'en ai par la suite jamais repris une pincée. »

— Les pensées de Momo (1970), page 50

Durant ces deux mois à l'Eldorado, Montel se fait extrêmement jaloux et n'adresse pas la parole à Maurice, qui se joue de cette jalousie en y allant de ses remarques sur la ferveur du public de ce soir, faisant en sorte d'agacer Montel, constamment de mauvaise humeur. Un soir, on annonce la présence du metteur en scène des grandes revues d'hiver des Folies Bergère, P. L. Fiers. Toute la troupe se démène sur scène pour se faire remarquer, et le lendemain, Maurice reçoit une lettre à en-tête des Folies Bergère. Il est engagé pour trois saisons d'hiver consécutives aux Folies Bergère pour 1800, 2000, et 2500 francs par mois. Les Folies Bergère sont considérées comme la salle la plus luxueuse de Paris, où la haute société se retrouve, néanmoins moins pour admirer les nouveaux talents que pour discuter[57].

Avant la grande saison d'hiver, Maurice est engagé pour un numéro lors de l'ouverture de celle-ci, et avant son passage, il assiste aux numéros précédant le sien. Alors qu'il trouve les numéros sur scène excellents, le public ne réagit pas car trop affairé à parler, bouger. Maurice, d'abord confiant pour ses débuts dans une telle salle, se fait anxieux quant à la réception de son passage imminent. Il monte sur scène et entame une parodie de la pièce d'Henry Bataille "L'enfant de l'amour". Alors que cette chanson et ses pas excentriques provoquent toujours des rires, ici, ils laissent le public de marbre. La deuxième et troisième chanson confirment l'échec de Maurice, qui décrit le public comme étant "trop distingué pour manifester son agacement de façon bruyante, mais le faisant sentir douloureusement par une réserve méprisante."[58]. Il quitte la scène désemparé. Le lendemain soir, son numéro est raccourci d'une chanson. Le surlendemain, une critique dans le Figaro, enthousiaste sur le reste du programme, se fait assassine :

« D'où sortait cette espèce d'escogriffe lâché sur la scène de notre premier music-hall ? Qui avait engagé ce laborieux et pénible comique pour paraître ainsi au centre de numéros de premier ordre ? Et d'une vulgarité en plus de tout cela !... Cette chanson sur le chef-d'œuvre de Henry Bataille : L'enfant de l'amour... Quelle ordure ! »

— Dans la vie faut pas s'en faire (2012), page 148

Maurice est atterré, déçu de n'avoir su toucher "le grand public". Il va voir le metteur en scène des Folies Bergère et lui demande de le renvoyer, ne se sentant pas assez bon pour cette salle. Le metteur en scène le rassure en lui disant que s'il écoute ses conseils, il sera le plus gros succès de la revue d'hiver à venir. Les répétitions commencent, de grands noms de la musique sont de la partie : Claudius, Maurel, Morton, Gaby Deslys, avec laquelle Maurice s'entend très bien. Mais cette dernière tombe malade et il faut lui trouver une remplaçante, qui sera trouvée en la personne de Jane Marnac, avec laquelle Maurice devra danser sur scène. Le jour de la première se passe à merveille, et Maurice apprend à modérer ses effets comiques, à saisir "la classe" qu'il voit en les autres artistes de la revue[59].

Tous les matins, il prend des cours de step dance auprès d'un danseur anglais, Jackson, pour cinq francs de l'heure et progresse sans cesse, ajoutant une nouvelle corde à son arc. Lui et sa mère vivant confortablement, ils emménagent dans un appartement au deuxième étage du 18 boulevard de Strasbourg. Le reste de la revue se poursuit sans à-coups et Maurice s'entend bien avec ses collègues féminines. Jane Marnac, devant quitter la revue, est remplacée par Polaire. Elle et Maurice se lient d'amitié[60].

Maurice est engagé pour trois saisons d'été aux Ambassadeurs, ce qui lui permet de ne jamais rester sans travail. Il ne va plus qu'en province que deux fois par an, et c'est lors d'un de ses passages à Lyon qu'il rencontre la future écrivaine Colette, alors mime en tournée. Ils sympathisent, et Maurice découvrira plus tard que Colette l'a dépeint à sa façon dans son roman La vagabonde, sous les traits de Cavaillon[61].

Mistinguett est engagée comme meneuse de revue aux Folies Bergère, et Maurice en devient le partenaire de danse dans la scène comique de la revue, une scène nommée "La valse renversante". Celle-ci commence par un dialogue comique, puis enchaîne sur des gifles de Mistinguett à Maurice, et se finit par une danse enlacée où tous deux font tomber les chaises, table, buffet, pour tomber sur le tapis où dans lequel ils s'enroulent totalement. Puis ils se déroulent et quittent la scène par une fenêtre. Au fil des répétitions, tous deux se trouvent en accord professionnellement, se comprennent et s'entendent à merveille et un jour, ils finissent par s'embrasser, enroulés dans le tapis. Nous sommes en 1909[62].

Quelque temps plus tard, son engagement aux Ambassadeurs, raccourci d'un été, est fini et il est sur le point de finir son engagement aux Folies Bergère. Maurice est engagé pour une revue d'André Barde et Michel Carré à la Cigale. La première de la revue est un succès colossal et tout va pour le mieux pour Maurice, mais les deux ans de service militaire obligatoire, pour lesquels il avait toujours obtenu des sursis, s'approchent inexorablement. Néanmoins Maurice est réengagé pour deux revues à la Cigale, pour 4000 francs par mois. Finalement, Maurice apprend avec peu d'enthousiasme qu'il devra rejoindre le corps militaire auquel il a été affecté le premier décembre 1913[63].

Avant les répétitions de sa dernière revue de l'année 1913 et avant son service militaire, Maurice et Mistinguett décident de passer une semaine de vacances à Londres. Tous les deux, ils assistent à beaucoup de spectacles, très intéressés par le monde londonien du divertissement. Maurice, voyant la tenue d'un artiste anglais, tout en complet et chapeau, décide d'abandonner le maquillage grossier et de continuer sur la voie de l'élégance sur scène. À son retour d'Angleterre, il souffle l'idée à sa partenaire de danse de la revue, Régine Flory. Il veut qu'ils soient tous deux élégamment habillés de blanc lors de leur scène. Le jour de la première, il surprend les spectateurs de par le contraste d'un tel numéro avec son comique grotesque habituel, et prend confiance en soi, décidant d'intégrer un numéro élégant à ses passages scéniques[64].

Un soir, dans le groupe de gens qui attend la sortie des artistes, un homme salue timidement Maurice. Stupéfait, il reconnaît son père qu'il n'a pas vu depuis que celui-ci a quitté sa famille il y a près de vingt ans. Il emmène son père boulevard de Clichy pour y parler. Son père commence la conversation, arguant qu'il voulait voir Maurice avant son départ pour le service militaire. Maurice, croyant que son père en veut à son argent, lui fait part de ses doutes quant à la raison de sa venue. Son père, Victor, répond qu'il n'est pas venu pour lui demander quoi que ce soit mais pour s'excuser, espérant que Maurice ne lui en veut pas pour avoir abandonné sa famille. Maurice, qui repense à tout ce que sa famille a enduré après son départ, se braque. Il fait savoir à son père qu'il ne lui en veut plus, mais qu'il est trop tard pour retenter le dialogue et qu'il a été oublié. Il lui signifie également de ne plus venir le voir, mais de lui écrire si besoin est. Victor, ému, acquiesce. Il tend la main à un fils rancunier, qui reste de marbre. Son père finit par partir et Maurice regarde sa silhouette s'éloigner dans la nuit de Paris. C'est la dernière fois qu'il voit son père, qui ne lui demandera jamais d'argent et qui ne le contactera jamais plus[n 4],[65]. Aujourd'hui encore, sa date de décès reste inconnue[66].

« Plus tard, je fis tout pour obtenir son adresse en le faisant rechercher dans tout Paris. On ne le retrouva pas. Il eut tant de noblesse dans son expiation qu'un des plus grands regrets de ma vie est de n'avoir pu, en cachette, assurer sa vieillesse. C'en est même un remords. »

— Dans la vie faut pas s'en faire (2012), page 211

1913 - 1919 : Grande Guerre et Londres[modifier | modifier le code]

Alors que les offres de travail affluent de partout, Maurice est obligé de toutes les décliner, devant rejoindre le 35e régiment d'infanterie à Belfort. Il est mis en uniforme et prend possession de son lit. Dans un café de la ville, le café Danjean, où se trouve un tremplin où se produisent des jeunes chanteuses, il rencontre un soldat pianiste qui accompagne ces femmes sur scène. La chanson terminée, le pianiste s'approche de la table où Maurice est assis, et l'appelant par son nom, l'invite à boire avec lui. Il s'agit du compositeur Maurice Yvain, qui dit à Maurice qu'il l'a souvent applaudi à Paris. Tous deux se lient d'amitié. Les deux Maurice décident de louer une chambre en ville et un piano, pour y faire de la musique tous les soirs[67]. Quand on demande à Maurice de chanter pour un concert de bienfaisance, Maurice Yvain l'accompagne toujours. Le couple chanteur-pianiste sera invité à dîner par de riches industriels, parfois même payés pour chanter pour ces industriels. Un jour, ils sont invités pour chanter un samedi soir à Nancy pour les employés des chaussures André pour cinq cents francs pour Maurice et trois cents pour Yvain. Ils continuent leurs prestations, Maurice profite de ses permissions pour revoir Mistinguett et il est finalement muté au 31e régiment d'infanterie de Melun. Il est ainsi rapproché de Paris et y arrive en avril 1914[68].

Les bruits annonçant une guerre imminente circulent mais Maurice n'y croit pas et y prête peu attention. Mais très vite, c'est la mobilisation générale. Maurice est mobilisé mais n'est pas de l'enthousiasme ambiant. Il quitte sa mère et Mistinguett à la gare, dans un train pour l'Est de la France. Sur place, on ordonne aux soldats de former des couples avec un camarade, chacun devra protéger l'autre coûte que coûte. Maurice a pour partenaire un Parisien, surnommé "la Taupe", en mémoire duquel Maurice écrira la chanson Le p'tit père la Taupe en 1945. Le 21 août, après cinquante kilomètres de marche, la section de Maurice arrive à Cons-la-Grandville, où l'on lui signifie que le village de Cutry à proximité est occupé depuis l'après-midi par les Allemands et qu'il faudra le leur reprendre[69]. Maurice et quelques hommes formant un groupe d'éclaireurs marchent vers Cutry, et Maurice craint de plus en plus d'avoir à se battre. Ils découvrent avec soulagement que les Allemands se sont repliés. Maurice et la Taupe se couchent et le lendemain matin, le village de Cutry s'éveille lentement, espérant que l'ennemi soit réellement parti. Maurice et d'autres hommes sont envoyés en patrouille et tombent sur le cadavre d'un soldat allemand. Sur le chemin du retour, une rafale allemande touche plusieurs hommes du groupe de Maurice et lui et le reste de la compagnie s'abritent derrière un muret. Les hostilités s'engagent et plusieurs hommes de la compagnie sont abattus par les forces ennemies. Très vite, il ne reste plus que Maurice, la Taupe et une poignée de soldats français face au déferlement germanique. Ordre est donné de se replier, Maurice rampe pour récupérer son paquetage, l'enfile, mais est touché par quelque chose au dos. Il s'effondre. Deux infirmiers accourent et l'aident à se déplacer, se dirigeant vers Cons-la-Grandville, sous les tirs des troupes allemandes. La Taupe est vraisemblablement mort. Maurice est amené au château du village, transformé en Croix-Rouge, où sa blessure est examinée et pansée. Maurice s'endort alors que le château se trouve sous le feu des balles et des obus allemands. Après quelques heures, le château est investi par les troupes teutonnes. Maurice et les autres blessés alités sont faits prisonniers de guerre[70].

En attendant la guérison des prisonniers, le château reste occupé par les Allemands. Maurice apprend par les docteurs français qu'il a été touché au sommet postérieur du poumon droit par un éclat d'obus, et qu'avec du repos, l'éclat pourrait s'enkyster sans avoir à tenter d'opération dangereuse. Les jours passent et Maurice peut de nouveau se tenir debout. Les blessés convalescents sont rassemblés puis conduits jusqu'à une gare. Des wagons à bestiaux les emmèneront en captivité en Allemagne. Après deux jours de trajet, les prisonniers arrivent à Altengrabow, un camp situé près de Berlin, contenant des milliers de prisonniers venant des quatre coins de l'Europe. Une vie marginale se crée dans le camp, gérée en grande partie par les prisonniers eux-mêmes. Ils assurent la bonne distribution de la nourriture, ont leurs propres infirmiers et formes de divertissement. Une scène est improvisée sur une petite estrade pour déjouer l'ennui du camp, sur laquelle se produit Maurice mais également d'autres détenus artistes. Maurice arrive très vite à reprendre contact avec sa mère et Mistinguett par voie postale, qui lui enverront des colis chaque semaine. Maurice, ayant été vu sur scène en France par des infirmiers français du camp, est formé par ceux-ci et devient "pharmacien" du camp, ce qui lui octroie une petite pièce près des malades avec lit, draps, chauffage et nourriture facile d'accès[71].

Maurice s'occupe ainsi des cas bénins dans les baraques du camp et des malades à l'infirmerie. Ce travail l'occupe toutes les matinées. Et pour occuper ses après-midis, il décide d'apprendre l'anglais auprès d'un sergent britannique, Ronald Kennedy. Sans la prétention de se lancer dans une carrière internationale grâce à la maîtrise de cette langue, il suit ces cours pour tromper l'ennui inhérent au camp[72].

Le temps passe. Durant l'été 1915, une épidémie de fièvre typhoïde ébranle le camp et l'infirmerie est débordée. Durant cette période, Maurice est au chevet de nombreux malades et en accompagne beaucoup lors de leurs derniers instants.

« Mon principal effort était de tout faire pour qu'ils ne se voient pas partir. Je faisais un peu le confesseur. Je parlais avec eux, assis sur leur lit, de leur mère, de leur femme ! "Ça ne va plus durer longtemps, tu sais maintenant. Quand tu seras guéri, je pense que tu rentreras au pays. Elle va être heureuse ta petite femme de te revoir, hein ? Et toi, crois-tu que tu ne la serreras pas fort dans tes bras ? Et ta vieille ? Et ceci, et cela..." [...] J'en ai vu plusieurs, grâce à cette tromperie dramatique de dernière heure, s'en aller en pleine vision d'espoir et ce sera le plus beau rôle que j'aurai joué de ma carrière. »

— Dans la vie faut pas s'en faire (2012), page 235

À l'été 1916 apparaît un espoir de quitter le camp. Les pays belligérants, par l'intermédiaire de la Croix-Rouge de Genève, font à échéance fixe des échanges de docteurs et d'infirmiers, et les prisonniers du camp qui pourraient prouver leur titre d'infirmier aux autorités allemandes pourraient se trouver sur la liste de départ. Maurice s'y inscrit, et, en octobre 1916, il apprend que lui et d'autres infirmiers devront subir un interrogatoire du médecin général allemand. Chaque personne est interrogée et acceptée ou non en fonction de ses connaissances médicales. Quand vient le tour de Maurice, le médecin ne pose pas de question et l'inscrit d'office sur la liste des admis. L'on mentionnera plus tard l'intervention de Mistinguett, qui aurait usé de ses relations diplomatiques avec le roi d'Espagne d'alors, Alphonse XIII, pour faire sortir Maurice[73],[74].

Le lendemain matin, Maurice quitte le camp d'Altengrabow avec son ami Joë Bridge. Ils passent par Mersebourg puis y prennent le train et traversent Zurich, arrivent à Lyon puis à Paris. Il retrouve Mistinguett à la gare et rentrent voir la Louque. Les retrouvailles sont heureuses. Après deux années de détention, Maurice est affaibli mais fait le choix de remonter sur scène directement. Il décide de commencer par chanter au Casino Montparnasse rue de la Gaîté. Le contact ne se fait pas ce soir-là, Maurice n'ayant eu pour public que des soldats durant deux ans et ne se sentant pas assez en forme physiquement. Il ressent le même malaise dans les villes de province où il va chanter. Mais Léon Volterra, devenu directeur de l'Olympia, engage Maurice pour deux semaines sur les conseils de Mistinguett. La santé de Maurice s'améliore peu à peu et il se sent capable de continuer à chanter[75].

Officiellement réformé pour blessure et après avoir reçu la croix de guerre, il reprend complètement le travail, avec ou sans Mistinguett, avec laquelle il se trouve de moins en moins en accord. Une rivalité entre eux commence à se créer devant le public, ce dernier montrant de plus en plus d'intérêt pour Maurice au détriment de Mistinguett, constituant les prémices d'une rupture à venir. Le temps passe et l'armistice est annoncé. Un soir, Elsie Janis, une artiste américaine de passage à Paris voit Maurice sur scène et demande à faire sa connaissance. Quand elle découvre avec surprise qu'il parle anglais avec facilité, elle lui propose d'aller chanter dans une revue à Londres dont elle fait partie. Intéressé mais craignant de ne pouvoir supporter la comparaison avec les artistes anglais, Elsie Janis le rassure en lui disant qu'il a quelque chose qu'ils n'ont pas à son degré : du charme. Maurice, pensant avoir une dette envers Mistinguett et le Casino de Paris où il est actuellement à l'affiche, fait tout de même savoir à Elsie Janis qu'il viendra s'il arrive à se libérer[76].

C'est en ces temps d'armistice que Lucien Boyer et Charles Borel-Clerc écrivent et composent la chanson La Madelon de la victoire, que ces derniers veulent que Maurice crée sur la scène du Casino de Paris. Maurice est embarrassé par ce que représente la chanson, lui qui n'a jamais réellement combattu, qui a vu sa foi en l'humanité ébranlée durant ce conflit, et qui a passé vingt-six mois en captivité. Il supprime la chanson de son répertoire au bout de huit interprétations[77]. Toutefois, il l'enregistrera à deux reprises dans les années 1960[n 5].

Alors que les choses s'enveniment avec Mistinguett, un matin, il envoie un télégramme à Elsie Janis pour lui dire qu'il accepte la proposition. Il reçoit la réponse le jour-même : la revue commence dans quatre semaines et il sera payé cent livres par semaine. Il annonce la nouvelle à Mistinguett qui l'accueille très mal. Leur relation continue mais bat de l'aile. Nous sommes en 1919[78].

Quelques jours plus tard, Maurice arrive à la gare Victoria où il est accueilli par un artiste, Tom Hearn. Maurice séjournera à l'Hôtel Savoy. Maurice, dépaysé, occupe son après-midi à visiter Londres. Le soir, lui et Tom Hearn vont assister à la revue Hullo America dans laquelle Maurice remplacera l'un des artistes. Durant toute la revue, Maurice est ébloui par le divertissement britannique, à des lieues de celui de Paris, ce qui fait le fait douter quant à ses capacités. Après la revue, Elsie Janis lui assure qu'il sera à la hauteur de ce qu'il a vu ce soir-là. Lors des répétitions, Elsie corrige Maurice sur l'intonation des mots, et lui apprend les pas de danse nécessaires au spectacle. Ils travaillent sans relâche pendant quinze jours. Le jour de la première, Maurice est angoissé et pense ne pas avoir été à la hauteur. Il est rassuré par Elsie Janis qui lui dit que le public l'a trouvé charmant. Les semaines et les représentations passent et Maurice se fait petit à petit accepter par le public londonien[79]. C'est d'ailleurs durant ses trois mois d'engagement qu'il enregistrera sa toute première chanson à Hayes le 21 mars 1919 : On the Level You're a Little Devil (But I'll Soon Make an Angel of You)[80], l'une des chansons qu'il interprète durant la revue. Ce premier disque sera un événement déclencheur car Maurice commencera à enregistrer des chansons en France en 1920. C'est le début d'une longue carrière discographique qui s'étendra jusqu'en 1970[81].

Même si les représentations se passent bien, Maurice ne se sent pas à sa place et se fait rustre, de son propre aveu. Cependant, le soir de la fin de son engagement, le public et ses camarades de scène lui font de telles démonstrations d'amitié qu'il est très touché. Il quitte Elsie avec qui une amitié s'est formée et l'Angleterre le cœur lourd[82].

1919 - 1925 : Opérettes, dépression et retour sur scène[modifier | modifier le code]

Revenu en France, il chante deux mois au Palace rue de Mogador avant que la salle ne ferme. Puis il part chanter dix jours à Bordeaux où il veut tenter l'idée d'un tour de chant élégant, vêtu d'une jaquette marron, d'un pantalon à petits carreaux beiges, de guêtres et gants clairs, d'un chapeau huit-reflets d'une canne. C'est un franc-succès. Il a un nouveau succès à son répertoire : la chanson Oh! Maurice écrite par Albert Willemetz et composée par Maurice Yvain[83].

Après cette expérience, il retourne chanter au Casino de Paris, où il fait de plus en plus d'ombre à Mistinguett. Leur rivalité s'accentue et leur relation vit ses derniers instants.

« Nous ne restions ensemble que par habitude ou peut-être parce qu'une sorte de veulerie nous empêchait de reprendre notre liberté. »

— Dans la vie faut pas s'en faire (2012), page 268

C'est à cette époque qu'il rencontre une jeune danseuse bordelaise dans la troupe du Casino de Paris. Tous deux entament une relation libérée et commencent rapidement à se retrouver régulièrement en cachette[84]. Maurice enchaîne les revues à succès, et c'est lors du spectacle d'été nommé Dans un fauteuil qu'il décide de chanter pour la première fois en smoking et canotier. Devant le succès, cette tenue devient sa marque de fabrique. À l'affiche de la nouvelle formule de programme de variétés à l'Olympia en 1921, il gagne, après un accord avec la direction, mille cinq cent francs par jour, du jamais vu à l'époque[85]. C'est grâce à ce succès colossal que Maurice est sollicité pour tenir l'un des rôles principaux de l'opérette Dédé, d'Henri Christiné et Albert Willemetz et jouée au Théâtre des Bouffes-Parisiens. Maurice accepte, bien que chanter, danser, et jouer la comédie sur scène pendant trois heures soit quelque chose de nouveau pour lui. La première est pour commencer froidement accueillie par le public, mais les rires se font sentir après l'apparition de Maurice, et sa chanson Dans la vie faut pas s'en faire obtient un grand succès. La rumeur de ce succès se répand dans tout Paris. L'opérette est une réussite critique et populaire, tant et si bien qu'elle se jouera à guichets fermés pendant deux ans. Concernant Maurice, la presse crie à la révélation[86]. Le lendemain de la première, le directeur des Bouffes-Parisiens fait passer le contrat de Maurice de six cents francs à mille par jour, et mille cinq cent pour la deuxième année. De nombreux invités de marque de passage à Paris viennent assister à l'opérette. Irving Berlin, Georges Gershwin, Douglas Fairbanks, Mary Pickford. Le soir de leur venue, Douglas Fairbanks et Mary Pickford -que Maurice a déjà rencontrés lors de leur premier voyage en Europe- vont voir Maurice pour lui proposer de jouer Dédé à New York dès son engagement terminé[n 6]. Maurice accepte, le contrat est signé, et après la fermeture estivale des Bouffes-Parisiens, part pour New York à titre de voyage d'études avec Mistinguett et Earl Leslie, partenaire "de scène et d'intimité" de cette dernière[87]. Arrivés sur place, ils entrent au St. Regis Hotel et Maurice annonce à ses compagnons de voyage qu'il n'a aucune envie de les suivre dans leurs sorties nocturnes, préférant voir le monde du music-hall américain. Ainsi, d'abord seul, puis avec son futur directeur américain C. B. Dillingham, il assiste à de nombreuses revues et opérettes. Maurice est impressionné par le rythme endiablé de la scène américaine. Parmi ces trois semaines de spectacles, il voit Joséphine Baker sur scène, dans la revue qui la rendra célèbre : Shuffle Along. Maurice trouve également le temps de prendre des leçons de danse auprès du danseur Harland Dixon[88]. Lors du retour, avant d'arriver au Havre, Mistinguett et Earl Leslie décident de passer par Londres avant de rentrer à Paris. Maurice ne les suit pas et retourne à la capitale. Leur relation prend officiellement fin.

À son retour en France, Maurice passe quelques jours chez Mayol, à Toulon, puis va jouer Dédé à Vichy, Marseille et va chanter à Bordeaux. C'est là que lui et sa relation se recroisent et reprennent leur idylle. La saison reprend et Maurice doit retourner jouer Dédé aux Bouffes-Parisiens. Lui et son béguin sortent souvent la nuit et son train de vie commence à lui jouer des tours. Des absences de mémoires commencent à venir à Maurice en scène, dues à son surmenage et à sa fatigue. Un jour, il invite de nombreux amis artistes à déjeuner chez lui, rue de la Bienfaisance. Le repas est copieux et très arrosé et Maurice se couche, très étourdi. À vingt heures, devant jouer Dédé ce soir-là, sa domestique le réveille. Maurice se lève avec difficulté et se rend aux Bouffes-Parisiens. Son état ne s'améliorant pas, il fait demander un docteur qui pense que l'excès d'alcool et de safran dans la bouillabaisse du déjeuner ont provoqué une intoxication. Il lui donne une poudre à avaler et Maurice se prépare pour entrer en scène. Vient son tour, il entre, mais répond par des répliques d'actes différents. Ses camarades sont désemparés. Le public commence à s'agiter et l'un des comédiens lui souffle son texte, que Maurice répète tant bien que mal. Le premier acte se termine, il en reste deux autres. Maurice est obligé de se répéter mentalement son texte avant de pouvoir l'énoncer, et bégaie, trébuche sur les mots. À la fin de la représentation il quitte le théâtre, tremblant et craignant d'oublier son texte. Il le répète une bonne partie de la nuit, angoissé. Le lendemain il retourne au théâtre et n'oublie pas son texte, mais reste hésitant, par peur des trous de mémoire[89].

« Depuis, j'ai conservé comme un mal infernal - et je l'ai éprouvé avec plus ou moins de virulence dans toute la suite de ma carrière - le désordre mental le plus douloureux pour un homme qui travaille par sa mémoire : l'angoisse du texte. »

— Dans la vie faut pas s'en faire (2012), page 299

Accablé et rongé par les doutes, Maurice fait demander un souffleur pour son texte. Il est le fruit de discussions, ses camarades s'interrogeant sur son état. Il mène à bien son engagement mais en sort profondément en proie au doute. On commence à parler d'une prochaine opérette, l'on propose à Maurice l'un des rôles principaux de Là-haut, et l'on lui demande s'il accepterait que Dranem joue également l'un des rôles principaux. Dranem ayant été l'une de ses idoles de jeunesse, Maurice accepte avec joie et exige que son nom soit à la même taille que le sien sur les affiches et programmes. Le soir-même, Dranem, ému, remercie Maurice de tout cœur. Les répétitions commencent mais Maurice s'aperçoit que Dranem est avantagé sur les chansons et scènes comiques. L'opérette est un succès et Dranem est encensé, alors que Maurice est moins mis en valeur par les critiques. Des amis de Maurice lui racontent que Dranem le raille en privé. Maurice est amer[90].

C'est durant cette opérette qu'il fait la connaissance d'Yvonne Vallée, bordelaise comme son amourette, qui deviendra sa femme en 1927. Elle et lui se rencontrent car ils dansent ensemble durant la chanson Ose Anna du spectacle. Ils commencent à parler en-dehors de la scène. Petit à petit, Maurice se confie à elle concernant son état actuel, ses problèmes, ses doutes. Tous les deux entament une relation, et Maurice met fin à celle qu'il entretient déjà. Angoissé sur scène, diminué moralement, persuadé d'être un artiste fini et se sentant toujours amoureux de celle qu'il vient de quitter, il se réveille un matin avec l'idée de se suicider. Il planifie tout : Il écrira son testament, fera convaincre sa mère de partir vivre à la campagne pour être seul pour son forfait, qu'il mènera à bien avec un revolver. Il se met à répéter l'acte pour que tout soit parfait. Mais un jour, il avoue toutes ses pensées à son docteur dans une crise de larmes. Lui qui n'avait jamais pris ses plaintes au sérieux, il ordonne à Maurice de cesser sur-le-champ toute activité et de partir se ressourcer en maison de repos à l'extérieur de Paris. On lui découvre également une appendicite chronique qui pourrait être à l'origine de quelques-uns de ses maux. Ainsi, Maurice annonce à la direction des Bouffes-Parisiens qu'il terminera le jour de la centième représentation de Là-haut. Les derniers soirs de spectacle sont les mêmes. Dranem se sentant en compétition avec Maurice, cela n'aide pas ce dernier qui est toujours aussi malade. Deux jours après la centième représentation, Maurice est opéré de l'appendicite, mais il s'aperçoit à son grand désarroi que cela n'a rien changé à ses idées noires[91]. Après s'être remis de l'opération, Maurice est envoyé à Saujon, à la clinique du docteur Dubois. Au programme : deux conversations hebdomadaires avec le docteur, repos et longues marches dans la campagne. Maurice est beaucoup trop déprimé pour penser qu'un tel programme puisse le changer. Il essaye un jour d'en finir. Il se procure un pistolet, s'isole dans un coin, mais renonce au dernier moment.

« Je mis le canon dans ma bouche et commençai à jouer avec la gâchette... [...] Une étincelle de raison m'arriva de ma bonne étoile et, la sueur au front, je cessai l'abominable flirt et repris possession de mes esprits. J'avais aussi été trop lâche ou trop lucide pour aller jusqu'au bout de mon mal. »

— Les pensées de Momo (1970), pages 162 - 163

Inquiétée par le ton des lettres de Maurice, Yvonne Vallée quitte Paris pour le rejoindre à Saujon. L'état de Maurice ne s'améliore pas mais se sachant incapable de se suicider, il se résigne à rester à la clinique sans grande conviction. Un jour, le docteur Dubois lui demande de chanter dans quelques jours à la salle des fêtes de Saujon lors d'une soirée récréative. Maurice croit ne pas pouvoir, et clame que sa mémoire lui jouerait des tours, mais le docteur le lui ordonne, pour lui prouver qu'il peut chanter sans aucun problème. Ainsi, Maurice commence à répéter avec Yvonne deux numéros chantés et dansés pendant une semaine. Le soir venu, rongé par le trac, il monte sur la scène de la petite salle, qui accueille sa prestation avec ferveur[92].

« Avais-je repris confiance ? Non ! Je ne devais plus jamais retrouver mon ancienne assurance : ni maintenant, ni jamais. Mais je repris courage, et, à partir de cet instant, je décidai de recommencer mon métier jusqu'au jour où ce qui chez moi, depuis le fameux soir des Bouffes, n'avait été qu'angoisse, deviendrait réalité. [...] Car depuis, j'ai toujours eu peur, à chaque soirée, que ce soit celle du fameux moment. »

— Dans la vie faut pas s'en faire (2012), pages 308 - 309

Son séjour à la clinique suit son cours, et il reçoit un jour la visite de son ami Franck, directeur de l'Alcazar de Marseille qu'il a rencontré il y a presque vingt ans lors de son premier passage dans la cité phocéenne. Celui-ci propose à Maurice de revenir y chanter pour deux semaines avant son retour à Paris. Maurice commence par refuser en avançant qu'il ne pense pas être assez reposé pour honorer un tel engagement, mais le docteur Dubois lui fait savoir qu'il désire qu'il s'arrache à la solitude de Saujon, et lui assure qu'il est temps de reprendre son métier. Maurice finit par accepter le contrat de Franck et ira chanter à Marseille dans deux mois. Jusqu'à cette date, il retournera à Paris remettre un répertoire sur pied et s'essaiera dans quelques villes de province avant de repasser "devant le public le plus houleux de France."[93].

Maurice regagne alors son appartement parisien et a tant peur des problèmes de mémoire que sa concentration est décuplée, ce qui a un effet bénéfique sur ses capacités mémorielles : il apprend une chanson par heure et en est contenté. Il ajoute trois numéros de chant et de danse avec Yvonne Vallée entre ses chansons et se sent prêt à reprendre les tours de chant. Il décide cependant de s'entraîner trois jours durant devant public dans un petit cinéma de Melun avant de rechanter à Paris. Malgré son stress aucun problème de mémoire ne le frappe et ses trois passages sur scène sont reçus avec enthousiasme par le public. En dépit du succès, son estime de soi ne s'améliore pas et il se croit toujours diminué[94]. Il part néanmoins chanter dans quelques villes de province et vient le jour de sa rentrée à Marseille, où un succès éclatant finit par le rassurer. Sa rentrée parisienne se fait en 1924 dans un nouvel établissement avenue de Wagram : le théâtre de l'Empire, reconstruit et dirigé par Oscar Dufrenne et Henri Varna. Tous deux avaient envoyé un imprésario chercher Maurice pour le faire signer à n'importe quel prix. Redoutant d'avoir à affronter de nouveau le public parisien, Maurice demande un salaire de trois mille francs par jour, espérant en partie qu'une telle somme les dissuaderait de l'engager. Mais sans aucune négociation, sa demande est acceptée[95]. Le soir de la première, Maurice est accablé de doutes et de trac, mais lors de son entrée en scène, il est accueilli par une longue ovation qui le revigore pleinement. L'acoustique parfaite de la salle grise Maurice et achève de faire de sa prestation un triomphe. Il reste quatre semaines sur la scène de l'Empire, puis part en tournée en province, Belgique, Afrique du Nord, Suisse, Espagne, et retourne à l'Empire pour deux semaines. Il est ensuite engagé au Palace, rue du Faubourg-Montmartre, et Léon Volterra l'invite à venir jouer en tête d'affiche dans le prochain spectacle du Casino de Paris. Maurice demande dix pour cent de la recette brute et quatre mille francs par jour de garantie. Le contrat est accepté et Maurice est engagé pour trois ans[96]. En attendant le début de la revue d'hiver, Maurice part chanter trois mois au théâtre Porteño de Buenos Aires.

Sur le bateau le menant en Argentine, son voisin de chaise longue fait tomber un livre que Maurice ouvre par curiosité. C'est un livre du chirurgien Victor Pauchet traitant des maladies de l'estomac et des intestins. Les symptômes d'un mal intestinal lui correspondent parfaitement : irritabilité, troubles, angoisses, doutes, neurasthénie. Persuadé d'avoir trouvé l'origine de son mal, il projette de se rendre chez Victor Pauchet pour le consulter après son retour d'Amérique du Sud. À Buenos Aires, il se fait radiographier le tube digestif et une sérieuse stase au niveau du cæcum provenant d'adhérences formées pendant les années d'appendicite chronique de Maurice est découverte. Trois mois plus tard, à son retour à Paris, il se rend à la clinique du docteur Pauchet rue de Turin. Le docteur est quasiment sûr que son mal provient de ce problème intestinal. Maurice accepte de se faire opérer et rentre à la clinique le soir-même. Il passe sur la table d'opération deux jours plus tard[97].

1925 - 1935 : De Valentine à Hollywood[modifier | modifier le code]

Avant même d'être entièrement remis de l'opération, Maurice part chanter à Marseille, puis retourne à la capitale pour prendre la responsabilité de première vedette du Casino de Paris. Lors de cet engagement il interprète pour la première fois Valentine, d'Albert Willemetz et Henri Christiné. La chanson est une réussite totale et restera le plus grand succès de Maurice Chevalier. Il l'enregistre la même année. Au total, il sera amené à l'enregistrer sept fois en studio au cours de sa carrière[n 7]. Maurice vit un triomphe ininterrompu. Certains soirs, il gagne jusqu'à dix mille francs de salaire. Lui et Yvonne habitent une villa avenue de la Celle Saint-Cloud à Vaucresson, nommée Quand on est deux, du nom d'une des chansons de Maurice de l'époque. Leur existence se déroule sans excès et tous deux passent le moins de temps possible à Paris[98]. Malgré la fortune, la célébrité et une compagne aimante, Maurice est insatisfait. Une part de lui ne demande qu'à vivre de façon passionnée mais il est trop raisonnable pour se laisser aller à des excès. En outre, il sent qu'Yvonne ne serait peut-être pas la compagne qu'il lui faudrait, étant plus attiré par les femmes "phénomènes". Vivre ensemble constamment, que ce soit à la maison ou au Casino de Paris sur la scène duquel ils partagent des numéros, fait poindre les premières disputes et craintes d'Yvonne, qui se fait jalouse[99].

« Tout cela est de ma faute. Je suis rempli de complexes que je ne puis analyser moi-même. J'étais sérieux, loyal, je ne trompais pas Yvonne... physiquement. »

— Dans la vie faut pas s'en faire (2012), page 318

Lors d'une tournée dans le Midi de la France, des amis lui font connaître le quartier de La Bocca à Cannes, où il achète un mas et un hectare et demi de terrain. Maurice caresse l'idée d'y faire bâtir une villa nommée "La Louque" afin de s'y reposer l'été. Lui et Yvonne passent un premier été à Cannes et il se rend acquéreur de quinze mille autres mètres carrés de terrain[100].

Durant la revue d'hiver suivante au Casino de Paris, de plus en plus d'Anglais et d'Américains assistent au spectacle. Par curiosité Maurice décide de chanter une chanson en anglais un soir. La salle y réagit très favorablement. Un soir, un manager américain du nom de Lew Leslie vient voir Maurice pour lui proposer d'être la tête d'affiche d'un spectacle à Londres qu'il met en scène et dirige et qui aura pour titre "White Birds". Maurice est d'abord hésitant mais finit par accepter et demande cinq cents livres par semaine. Sa demande est acceptée. Maurice se rend à Londres une fois la revue d'hiver du Casino terminée et constate que Lew Leslie a redoublé de publicité excessive pour cette revue, tant et si bien que le soir de la première est jugé décevant par le public. La soirée n'est sauvée que par Maurice et Yvonne qui sont pour leur part très applaudis. Le reste des artistes n'est accueilli que par des sifflets et des vociférations. La presse londonienne félicite Maurice mais est sans pitié pour le spectacle. Au bout de deux mois, les recettes allant en diminuant, le spectacle est arrêté et Maurice et Yvonne rentrent à Paris[101].

Extrait du faire-part de mariage de Maurice Chevalier

Sur les conseils de Victor Pauchet qui s'avère être son voisin, et pour le bien de son image, Maurice demande Yvonne en mariage. Elle accepte et tous deux passent devant le maire et le curé de Vaucresson le 10 octobre 1927. Cependant, leur mariage n'est heureux qu'en façade[102]. Yvonne est la seule femme que Maurice épousera au cours de sa vie.

Un jour, Irving Thalberg, directeur de la Metro Goldwyn Mayer, et son épouse Norma Shearer rendent visite à Maurice. Irving Thalberg propose à Maurice de passer des essais photographiques, qui, s'ils sont concluants, pourront lui ouvrir les portes d'Hollywood. Maurice croit au bluff et rabroue l'homme. Le secrétaire de Maurice, Max Ruppa, indique à Maurice qu'il vient de mettre à la porte l'homme le plus important du cinéma américain. Maurice, confus, fait rattraper l'homme et accepte l'essai qui se déroule le lendemain dans un studio de Vincennes. Il est pris en train de marcher, de sourire, de s'asseoir, de face, et de profil. Le lendemain on lui montre le film positif et pour la première fois Maurice se croit assez photogénique pour le cinéma. Les essais n'aboutissent pas à la signature d'un contrat mais Maurice conserve les photographies. Deux semaines plus tard, un soir de représentation, on signale à Maurice la présence de Jesse L. Lasky dans la salle, directeur de Paramount Pictures. Après son passage sur scène, Maurice reçoit la visite de l'homme de cinéma dans sa loge qui, après l'avoir entendu chanter en anglais, est désireux de lui donner une chance. Le lendemain midi, après que Maurice lui a apporté les photographies prises par Thalberg, Jesse L. Lasky fait signer au chanteur un contrat pour six semaines de tournage à Hollywood dans les studios de la Paramount avec possibilité de renouvellement. Maurice part avec Yvonne en 1928. La nouvelle du départ se répand et les discours d'aurevoir de collègues artistes de Maurice fusent, ainsi que les manifestations d'affection des Parisiens qui se pressent à la Gare Saint-Lazare pour le saluer une dernière fois avant son départ[103].

Le couple Chevalier prend le bateau au Havre, où une autre foule les attend et leur fait part de leur affection. On leur octroie la meilleure chambre du bateau, garnie de fleurs et de lettres. La traversée se poursuit sans encombre et les Chevalier sont traités avec les plus grands égards. Le matin de l'arrivée du bateau à New York, un remorqueur ayant à son bord des journalistes et des personnalités de la Paramount rejoint le navire afin de souhaiter la bienvenue à Maurice. Les questions et les photographies s'enchaînent et ce comité d'accueil apprécie Maurice pour sa simplicité. Le bateau finit par accoster et les époux Chevalier sont menés dans un hôtel donnant sur Central Park. Le soir même, les couples Chevalier et Lasky passent la soirée à Broadway à un spectacle des Marx Brothers durant lequel Maurice ne cesse d'être impressionné. Le lendemain il voit son premier film parlant, The Singing Fool, avec Al Jolson dans le rôle principal. Bien qu'il ait déjà entendu parler de lui, Maurice est intimidé. La direction de Paramount a décidé d'organiser au Waldorf-Astoria une soirée où sont invités de grands noms de New York, artistes, journalistes, directeurs. Durant cette soirée Maurice est présenté à ces invités dans le but de déterminer s'il est capable de plaire à l'Amérique. À la fin du repas, Maurice monte sur la scène de la salle et a l'idée de commencer par présenter en anglais ce dont il est question dans les chansons qu'il s'apprête à interpréter avant de les chanter en français. L'idée plaît beaucoup à l'assistance et Maurice comprend qu'il vient d'importer quelque chose de nouveau en Amérique[104].

« J'apporte aux U.S.A. des chansons qu'ils ne connaissaient pas, et une manière de chanter qu'ils n'ont jamais soupçonnée. Nouveauté ! Ils ont, avec Al Jolson, Harry Richman, Georgie Jessel, de très bons chanteurs populaires à superbes voix et à extraordinaire dynamisme. Mais ma petite manière à moi, toute simplette, toute naturelle, ils ne l'ont pas. Je le sens, ce soir-là. Je rentre dans du beurre ! »

— Dans la vie faut pas s'en faire (2012), page 347

Le lendemain matin, bien que sur la réserve, les journaux new yorkais se font mélioratifs à l'égard de Maurice. Quelques jours plus tard, Maurice et Yvonne quittent New York pour Hollywood. Ils traversent Beverly Hills et aperçoivent des maisons de vedettes. Maurice est ému et rêve de rencontrer Emil Jannings et Charlie Chaplin auxquels il voue une véritable vénération. Il a l'opportunité de dîner avec Charlie Chaplin qu'il saisit de suite mais réalise qu'il restera toujours décontenancé et rongé par un complexe d'infériorité face à l'acteur. Le lendemain matin il visite pour la première fois les studios Paramount et est présenté à plusieurs vedettes telles qu'Adolphe Menjou ou Clara Bow[105]. Un autre dîner conviant les grands pontes d'Hollywood est organisé à la fin duquel Maurice doit aussi chanter. Il reprend sa formule d'introduction en anglais et de chant en français et la salle est conquise. On lui prédit une grande réussite en Amérique[106].

Peu après, il commence le tournage de son premier long-métrage : Innocents of Paris (La chanson de Paris). Le doublage n'existant pas encore, il doit tourner deux versions du film : l'une en anglais, et l'autre en français ; chose qu'il fera pour la majorité des films de ses années Hollywood. Le film terminé, une avant-première devant le public de Los Angeles est organisée. Le scénario est jugé faible mais le comique du film est apprécié et Maurice et son accent français charment la salle. Les chansons que Maurice interprète dans le film sont bien accueillies par la critique et le public, particulièrement celle qui deviendra son deuxième plus grand succès : Louise[107]. En attendant la distribution à grande échelle du film aux États-Unis, Maurice, en guise de premier contact avec le public américain et comme publicité est envoyé chanter quatre semaines au Ziegfield Roof, un cabaret mondain new yorkais rassemblant le gratin de la ville. Peu avant son départ pour New York, le réalisateur Ernst Lubitsch vient trouver Maurice pour lui demander de jouer dans son prochain film The Love Parade (Parade d'amour). Ne se sentant d'abord pas l'étoffe pour jouer le rôle d'un prince car étant un homme du peuple, Lubitsch le convainc cependant de passer des essais photographiques en tenue princière afin de juger si l'uniforme lui siérait. Les résultats sont sans équivoque et Maurice accepte. Le scénario sera élaboré pendant ses quatre semaines de représentations à New York[108].

Maurice débute sur la scène du Ziegfield Rooftop et l'explication en anglais puis chant en français continuent de plaire ; le lendemain les journaux new yorkais sont unanimes quant à la réussite de Maurice. À la fin de son engagement, il assiste à la première d'Innocents of Paris au Criterion Theater de New York. L'accueil est le même que lors de l'avant-première de Los Angeles. Maurice quitte New York pour Hollywood où le tournage de The Love Parade l'attend. Il partagera l'affiche avec la jeune Jeanette MacDonald[109]. Maurice trouve le travail sous la houlette d'Ernst Lubitsch particulièrement plaisant. Leur relation réalisateur/acteur s'avérera fructueuse car ensemble, ils tourneront au total cinq films en l'espace de six ans. Pendant le tournage, l'exploitation d'Innocents of Paris est un succès à travers l'Amérique. Après trois mois de travail, Maurice et Yvonne rentrent pour deux mois en France, avec l'assurance que Lubitsch télégraphiera à Maurice les retours de l'avant-première du film, quand celui-ci sera au point[110].

Rentré à Paris, il est accueilli par des milliers de personnes à la gare et est partout au centre de mouvements de foule, la version française de son film Innocents of Paris (distribuée sous le titre : La chanson de Paris) ayant été unanimement accueillie en France. Afin de se ressourcer il séjourne au château de Madrid puis dans sa propriété de Cannes, La Louque. Après s'être reposé, il part chanter deux semaines au théâtre de l'Empire, dont les places se sont toutes vendues à l'avance. Chaque soir à la sortie des artistes, Maurice doit se frayer un chemin à travers les centaines d'admirateurs qui l'attendent afin de regagner sa voiture. Il est littéralement consacré par ses débuts cinématographiques[111]. Avant la fin de ses deux semaines de tours de chant, il reçoit un télégramme de Lubitsch : l'avant-première de The Love Parade a reçu un accueil laudatif. Il termine son télégramme par ces mots : "You are sitting on top of the world Maurice."[112].

De retour à Hollywood, le salaire de Maurice est triplé pour ses deux prochains films. Maurice est une révélation hors normes en Amérique :

« Invité partout, choyé. Il me semble, au fond, que je suis consacré grand as international avec trop de facilité. Sincèrement, je ne crois pas mériter de telles démonstrations. [...] Il n'y a pas, en Amérique, un théâtre, music-hall, cabaret, cinéma où un homme ou une femme ou un enfant ne fasse mon imitation avec le chapeau de paille. C'est un engouement démesuré. Je ne puis me trouver dans un endroit public sans être aussitôt l'objet d'une démonstration de sympathie. Et de la Marseillaise. Et encore de la Marseillaise ! »

— Dans la vie faut pas s'en faire (2012), page 365

Ayant un peu de temps libre, Maurice décide de chanter quelques semaines dans une salle de Broadway. Il chantera au Fulton Theatre et désire un spectacle en deux parties : la première où officierait un orchestre de jazz, et la deuxième où il chanterait accompagné par ce même orchestre. À la recherche d'un orchestre, on lui parle de celui de Duke Ellington, que Maurice connaît déjà et apprécie. Maurice fait part de son offre à Duke Ellington, que ce dernier accepte. Ce sera la première fois que son orchestre jouera dans une salle "blanche". Les critiques sont unanimes et toutes les représentations se font à guichet fermé[113].

Après cette expérience musicale, Maurice commence le tournage de The Big Pond (La grande mare) avec Claudette Colbert comme partenaire. En parallèle, pour occuper ses fins de semaine, Maurice chante et donne des leçons de français fantaisistes tous les dimanches à la radio new-yorkaise. Ces émissions dureront six mois. Devant le succès colossal de The Love Parade, le salaire de Maurice est de nouveau revu à la hausse. Désormais il touchera un salaire égal à celui des plus grandes vedettes de Hollywood. Néanmoins, The Big Pond est un franc-succès en Europe mais est moins bien accueilli en Amérique. Son prochain film, que Maurice a demandé à faire, est une adaptation anglaise de la pièce de Tristan Bernard : le petit café. Il recevra un accueil médiocre et Maurice craindra son heure de gloire terminée. Après le tournage de ce film, Maurice et Yvonne rentrent en France se reposer à Cannes[114].

En France, il est approché par Maurice Lehmann qui lui propose de chanter deux semaines au théâtre du Châtelet. Les places se vendront à trois cents francs chacune. Maurice accepte et touchera 80 % de la recette nette. Aussitôt après, il est engagé au Dominion Theatre de Londres pour deux semaines également. Maurice touchera 50 % de la recette brute. Les appointements mirobolants de Maurice font jaser et il est surnommé par les journaux The most expensive artist in the world[115]. Maurice, qui se voit offrir des sommes astronomiques pour chanter partout, est durement critiqué par certains journaux pour l'argent qu'il gagne avec ses représentations, mais ils ne mentionnent pas, à son grand dam, qu'il finance de sa poche une maison de retraite pour anciens artistes située au château Dranem à Ris-Orangis[116].

Pour commencer, il part chanter à l'Eldorado de Nice où un spectateur rit si étrangement que Maurice, échaudé par les critiques, le croit venu pour rire de lui. Il arrête le spectacle et descend le voir mais le rieur l'assure ne pas rire pour saboter sa prestation, mais qu'il rit simplement ainsi. Maurice, rassuré, lui dit qu'il n'a qu'à continuer à rire comme cela si c'est sa façon de rire, puis remonte sur scène. La compréhension de Maurice lui vaut un tonnerre d'applaudissements de la part du reste de la salle. Le lendemain, dans Le Journal de Paris, Clément Vautel signe un article qui clame que Maurice est descendu de scène pour frapper un spectateur mutilé de guerre qui riait trop fort à son goût. Cet article, bien que mensonger, ternit la réputation de Maurice déjà entachée par les scandales concernant ses salaires, tant et si bien qu'il a du mal à remplir le théâtre du Châtelet. Il décide de renoncer à une part de ses bénéfices. Le théâtre finit par se remplir et malgré les calomnies dont Maurice a fait l'objet, la salle l'accueille chaleureusement et la critique est dithyrambique[117].

« Paris ne m'avait jamais renié. Tout cela était le travail de journalistes et de cabots hostiles. »

— Dans la vie faut pas s'en faire (2012), page 374

En perte de vitesse à Hollywood, il décide de rompre avec la MGM et de rentrer en France. Nous sommes en 1935, ce sont de nouveaux succès de la chanson : Prosper (1935), Ma Pomme (1936), Y'a d'la joie (1937) créée par un jeune auteur dont le nom deviendra célèbre, Charles Trenet, puis la Marche de Ménilmontant (1941) en hommage à son enfance. Symbole de la réussite d'un « p'tit gars » du peuple, Maurice Chevalier est un travailleur acharné de la chanson populaire. En 1939, après la déclaration de la guerre, il va chanter pour les troupes sur le front de nouvelles chansons dont D’excellents Français (paroles et musique de Jean Boyer et Georges Van Parys), dans laquelle il décrit une France unie contre l’envahisseur, mais qui en elle-même montre le flottement qui suivit l’entrée en guerre de la Troisième République. Cette chanson fut le symbole de la « drôle de guerre ».

Pendant la Seconde Guerre mondiale, durant l'occupation allemande, il anime sur Radio-Paris des émissions de 30 minutes qui lui sont payées 60 000 francs chacune. Il n'arrêtera de travailler qu'en 1942 ; reproche lui en sera fait à l'heure de l'épuration de la Libération alors qu'il est déjà condamné à mort par contumace par un tribunal spécial à Alger le 27 mai 1944. Dans les années 1960, Le Canard enchaîné révélera que Maurice Chevalier, fin 1942, se serait beaucoup démené pour aller chanter… en Tunisie pour soutenir le moral des soldats qui combattaient les Alliés[réf. nécessaire]. En fait, il ne mit jamais les pieds en Afrique du Nord durant la guerre.

Maurice Chevalier en chemise à carreau jouant au golf au club de golf Islesmere de Sainte-Dorothée de Laval, Québec. 18 avril 1948.

Joséphine Baker, agent du contre-espionnage pour la Résistance, aux avances de qui Chevalier a résisté dix ans plus tôt[réf. nécessaire], parla de lui comme d'un "collaborationniste nazi" sur Radio Londres en mai 1944[118]. Pierre Dac fit depuis Londres une parodie grinçante de la chanson Et tout ça, ça fait d'excellents Français ![119] contre Chevalier, en raison de son manque d’engagement au côté de la Résistance, l'accusant notamment de lâcheté, alors qu'il protégeait une famille juive, sa compagne Nita Raya (danseuse et comédienne d'origine roumaine) et les parents de celle-ci, auxquels il fournit de faux papiers.

Le couple, dont la grande villa nommée La Louque dans le quartier de La Bocca à Cannes[120], est réquisitionnée par l'aviation française, se réfugie pendant la guerre à Mauzac chez un couple de danseurs amis, Jean Myrio et Desha Delteil puis chez un ami résistant, le poète René Laporte[121].

Dans un entretien du 17 octobre 1946 au journal Jeudi-Cinéma, Nita Raya racontera « les journées et les nuits épouvantables qu'il a passées, non parce qu'il avait peur pour lui, mais parce qu'il s'était fait un devoir de sauver quelques êtres que le destin avait mis sur sa route. »

Menacé d'être fusillé à la Libération, il est finalement sauvé par le Parti communiste et lavé de tout soupçon de collaboration. Pierre Dac vint en personne demander au comité d'épuration que Chevalier soit entièrement et complètement "blanchi". Le 30 novembre 1945, un rapport du comité national d'épuration des professions d'artistes dramatiques et lyriques adressé au Ministre des Beaux-Arts conclut à la complète innocence de Maurice Chevalier; c'est par la chanson Fleur de Paris (1945) qu'il affirmera son blanchiment et son nouveau départ[121].

Très vite il renoue avec le succès, allant même jusqu'à s'illustrer dans les années 1960 dans un genre inattendu, le twist, avec Le Twist du canotier, enregistré avec le groupe rock français Les Chaussettes Noires. À cette époque, il parraine également dès 1966 la jeune carrière de Mireille Mathieu qui deviendra très vite une vedette internationale.

De sa seconde moitié de carrière cinématographique, il faut remarquer son passage chez René Clair (Le silence est d'or) en 1947, Ariane de Billy Wilder avec Gary Cooper et Audrey Hepburn, la comédie musicale Gigi de Vincente Minnelli en 1958 (film aux 9 Oscars et 3 Golden Globe Awards), et sa participation à l'adaptation américaine de la trilogie de Marcel Pagnol : Fanny de Joshua Logan en 1961, dans lequel il interprète le rôle de Panisse. C'est au cours de ses tournées qu'il invente le one-man-show en 1948[122].

Il fut déclaré dangereux pour la sécurité des États-Unis et de ce fait interdit d'entrée sur leur territoire de 1951 à 1955 pour avoir signé l'appel de Stockholm contre l'armement nucléaire.

Il se produira en 1956 à Paris, à l'Alhambra (Paris) rebaptisé l'Alhambra-Maurice Chevalier, et fera passer en première partie un orchestre iconoclaste dirigé par son jeune arrangeur talentueux de l'époque, Michel Legrand.

Retraite et décès[modifier | modifier le code]

Maurice Chevalier est enterré à Marnes-la-Coquette auprès de sa mère. Sous son nom, l'inscription Artisan de France, tel qu'il aimait à se définir.

En 1967, Maurice Chevalier décide de mettre un terme à sa carrière et entame une tournée d'adieux à travers le monde. Le succès est au rendez-vous partout où il passe, dans près de vingt pays dont le Canada, la Suède, l'Angleterre, l'Espagne, l'Argentine et les États-Unis, où il reçoit un Tony Award spécial[123], venant couronner sa prestigieuse carrière. Il termine sa tournée à Paris, au théâtre des Champs-Élysées, où il se produit à guichets fermés du 1er au 20 octobre 1968. L'année suivante, il est honoré par Charles Percy lors d'une séance au Sénat américain[124], et le réalisateur Wolfgang Reitherman lui demande d'interpréter la chanson du film Les Aristochats[125], ce que Chevalier accepte de faire, en français et en anglais, par amitié pour Walt Disney[125],[126], mort quelques années plus tôt. Il reçoit à Cannes un trophée MIDEM pour célébrer ses 68 ans de carrière[126] et publie le dernier tome de ses mémoires, Môme à cheveux blancs.

Abattu par le manque du public et l'ennui, dépressif, il tente de se suicider le 7 mars 1971 en avalant une grande quantité de barbituriques et en se tranchant les poignets. Il laisse un mot à son manager François Vals et à ses secrétaires, les Paquet : « Mes chers enfants, j'ai eu la plus belle carrière dont a pu rêver un gosse de Ménilmontant. Mais j'ai une fin de vie pitoyable. Je vous demande pardon. Vous êtes tous sur mon testament. Nous nous reverrons un jour là-haut. Je vous embrasse, Maurice »[127]. Il est sauvé, quitte l'hôpital encore plus affaibli, mais les barbituriques ingérés ont sensiblement endommagé ses organes vitaux. Ré-hospitalisé à l'hôpital Necker pour un blocage des reins le 13 décembre 1971[126], il s'y éteint le 1er janvier 1972 à 17 h, à l'âge de 83 ans.

Aussitôt, des hommages affluent du monde entier et la presse internationale se fait l'écho de la disparition de celui que Le Parisien surnomme « Le Roi du music-hall[128] ». Le président Georges Pompidou salue la mémoire d'une « image de la France » dans laquelle « les Français se reconnaissaient volontiers[129]. » Le 5 janvier, une foule d'anonymes et de personnalités (dont Grace de Monaco, Louis de Funès, Michel Simon ou Georges Carpentier[130]) se réunit à l'église de Marnes-la-Coquette où ses obsèques sont célébrées. Maurice Chevalier est inhumé au « cimetière nouveau » de la ville, aux côtés de sa mère, et non loin d'Albert Willemetz, à qui il devait beaucoup de ses grands succès.

Mise à l'encan de la seconde "Louque".

Sa dernière compagne, Odette Meslier, continua à vivre dans une partie de cette maison bourgeoise de Marnes-la-Coquette acquise en 1952 et qui avait appartenu à Richard Wallace (une fontaine publique de la série dont il avait doté Paris ornait le parc), et à qui il donna, comme à sa villa cannoise, le surnom de sa mère, Joséphine Chevalier - auprès de qui il voulut être inhumé - et elle conserva pendant 42 ans la demeure et son contenu dans l'état, tout en la laissant visiter ponctuellement à de rares admirateurs. Quelques mois après sa mort, les meubles et effets personnels du chanteur (dont des canotiers, des cannes, deux pianos d'étude, des photos dédicacées de Marilyn Monroe, Marlene Dietrich ou encore Walt Disney, etc.) ou sa voiture ont été dispersés lors d’une vente aux enchères publiques le 9 décembre 2013 à Drouot[131].

Postérité[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Au début de l'année 1972, quelques jours après sa mort, Guy Lux anime une émission télévisée consacrée à Maurice Chevalier[132]. Plusieurs invités rendent hommage au fantaisiste (dont des amis comme Charles Trenet, Zizi Jeanmaire ou Charles Aznavour) et Paul Anka, venu spécialement des États-Unis, interprète une version personnalisée de My Way, qu'il intitule His Way. Quelques années plus tard, en 1981, Sammy Davis Jr. interprète au Lido un tour de chant hommage à Maurice Chevalier[133] (avec Mireille Mathieu et Charles Aznavour), son ami, qu'il qualifia dans une interview de GREATEST[n 8] (le plus grand). La même année, le maire de Paris Jacques Chirac inaugure une Place Maurice Chevalier[134] dans le quartier de Ménilmontant qu'il avait chanté et qui l'avait vu naître.

En 1988, le centième anniversaire de sa naissance est l'occasion d'une exposition au théâtre des Champs-Élysées[135] où Maurice Chevalier avait fait ses adieux à la scène. Une soirée de gala intitulée Maurice de Paris, cinq fois 20 ans est organisée sous la présidence de Zizi Jeanmaire. Plusieurs artistes y participèrent : Andrex, Guy Béart, Henri Betti, Jean-Jacques Bricaire, Jacqueline Cartier, François Chalais, Philippe Clay, Annie Cordy, Jacques Crépineau, Jacqueline Danno, Pierre Delanoé, Sophie Desmarets, Jack Dieval, Paul Guth, André Hornez, Charles Kiffer, Michel Legrand, André Levasseur, Charles Level, Odette Meslier, Marcel Mouloudji, Roland Petit, Roger Peyrefitte, Popeck, Jean-Michel Rouzière, Henri Spade, François Valéry, François Vals[136]. Il y a également un numéro de l’émission La Chance aux chansons diffusée sur TF1 qui lui a été consacrée où l’animateur Pascal Sevran est accompagné de Henri Betti qui fut son pianiste et compositeur de 1940 à 1945.

En France, il existe plusieurs rues portant le nom de Maurice Chevalier, comme dans le quartier de La Bocca à Cannes, à Goussainville ou Niort, mais la plus célèbre se trouve à Marnes-la-Coquette, là même où l'artiste avait acheté en 1952 l'ancienne maison du philanthrope britannique Sir Richard Wallace. L'école communale porte également son nom[137].

Un timbre est édité à son effigie en 1990[138].

Dans le dessin animé La Belle et la Bête (1991), « Lumière », le candélabre, est un hommage à Maurice Chevalier, en particulier lorsqu'il interprète la chanson C'est la fête.

Il fait partie des très rares artistes français à avoir été honorés par une étoile au Hollywood Walk of Fame à Los Angeles.

Carrière[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Après quelques courts-métrages en France dans les années 1910, Maurice Chevalier commença une carrière à Hollywood. Certains films étaient tournés en français et en anglais, et sortaient à plusieurs mois d'intervalle dans leurs pays respectifs (Le Petit Café). En outre, le réalisateur n'était pas toujours le même d'une version à l'autre, comme pour L'Amour guide en 1933, et les noms des personnages pouvaient être légèrement différents.

Année Pays Métrage Titre français Titre original Réalisateur
1908 Drapeau de la France CM Trop crédules Jean Durand
1911 Drapeau de la France CM Une mariée qui se fait attendre Louis J. Gasnier
1911 Drapeau de la France CM Par habitude Max Linder
1912 Drapeau de la France CM La Valse renversante Georges Monca
1912 Drapeau de la France CM Une bougie récalcitrante Georges Monca
1917 Drapeau de la France CM Une soirée mondaine Henri Diamant-Berger
1922 Drapeau de la France CM Le match Criqui-Ledoux Henri Diamant-Berger
1923 Drapeau de la France CM Par habitude Henri Diamant-Berger
1923 Drapeau de la France LM L'Affaire de la rue de Lourcine Henri Diamant-Berger
1923 Drapeau de la France CM L'Accordeur Henri Diamant-Berger
1923 Drapeau de la France LM Jim Bougne, boxeur Henri Diamant-Berger
1923 Drapeau de la France LM Gonzague Henri Diamant-Berger
1923 Drapeau de la France LM Le Mauvais Garçon Henri Diamant-Berger
1929 Drapeau des États-Unis LM La Chanson de Paris Innocents of Paris Richard Wallace
1929 Drapeau des États-Unis LM Parade d'amour The Love Parade Ernst Lubitsch
1930 Drapeau des États-Unis LM La Grande Mare The Big Pond Hobart Henley
1930 Drapeau des États-Unis LM Playboy of Paris Ludwig Berger
1930 Drapeau des États-Unis LM Paramount en parade Charles de Rochefort
1931 Drapeau des États-Unis LM Le Petit Café Ludwig Berger
1931 Drapeau des États-Unis LM Le Lieutenant souriant The Smiling Lieutenant Ernst Lubitsch
1931 Drapeau des États-Unis LM Monnaie de singe[n 9] Monkey Business Norman Z. McLeod
1932 Drapeau des États-Unis LM One Hour With You Ernst Lubistch
1932 Drapeau des États-Unis LM Une heure près de toi Ernst Lubistch, George Cukor
1932 Drapeau des États-Unis LM Aimez-moi ce soir Love Me Tonight Rouben Mamoulian
1933 Drapeau des États-Unis LM L'Amour guide Jean Boyer, Gilbert Pratt
1933 Drapeau des États-Unis LM Monsieur Bébé A Bedtime Story Norman Taurog
1933 Drapeau des États-Unis LM The Way to Love Norman Taurog
1934 Drapeau des États-Unis LM La Veuve joyeuse The Merry Widow Ernst Lubitsch
1935 Drapeau des États-Unis LM Folies-Bergère Folies Bergère de Paris Roy Del Ruth
1936 Drapeau de la France LM Avec le sourire Maurice Tourneur
1937 Drapeau des États-Unis LM Le vagabond bien aimé The Beloved Vagabond Curtis Bernhardt
1937 Drapeau de la France LM L'Homme du jour Julien Duvivier
1938 Drapeau de la France LM Fausses nouvelles René Clair
1939 Drapeau de la France LM Pièges Robert Siodmak
1947 Drapeau de la France LM Le silence est d'or René Clair
1949 Drapeau de la France LM Le Roi Marc-Gilbert Sauvajon
1950 Drapeau de la France LM Ma pomme Marc-Gilbert Sauvajon
1954 Drapeau de l'Italie LM Un siècle d'amour Cento anni d'amore Lionello De Felice
1954 Drapeau de la France LM J'avais sept filles Jean Boyer
1957 Drapeau des États-Unis LM Ariane Love in the Afternoon Billy Wilder
1958 Drapeau des États-Unis LM Gigi Vincente Minnelli
1959 Drapeau des États-Unis LM J'ai épousé un Français Count Your Blessings Jean Negulesco
1960 Drapeau des États-Unis LM Can-Can Walter Lang
1960 Drapeau des États-UnisDrapeau de l'Italie LM Un scandale à la cour A Breath of Scandal Michael Curtiz
1961 Drapeau de la France LM 1-2-3-4 ou Les Collants noirs[n 10] Terence Young
1961 Drapeau des États-Unis LM Fanny Joshua Logan
1960 Drapeau des États-UnisDrapeau de l'ItalieDrapeau de la France LM La sage-femme, le curé et le bon Dieu Jessica Jean Negulesco et Oreste Palella
1962 Drapeau des États-Unis LM Les Enfants du capitaine Grant In Search of the Castaways Robert Stevenson
1963 Drapeau des États-Unis LM La Fille à la casquette A New Kind of Love Melville Shavelson
1964 Drapeau des États-Unis LM Panic Button George Sherman et Giuliano Carnimeo
1964 Drapeau des États-Unis LM I'd Rather Be Rich Jack Smight
1967 Drapeau des États-Unis LM Rentrez chez vous, les singes ! Monkeys, Go Home ! Andrew V. McLaglen

Discographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Discographie de Maurice Chevalier.

Grands succès[modifier | modifier le code]

En près de 70 ans de carrière, Maurice Chevalier enregistra un grand nombre de chansons, dont certaines (parfois issues de films, de revues ou d'opérettes) sont restées dans la mémoire collective[139] : Prosper (Yop La Boum), Paris sera toujours Paris, La Chanson du maçon, Dans la vie faut pas s'en faire, Ça sent si bon la France, Ma pomme, Valentine ou encore Ah ! si vous connaissiez ma poule. D'autres, à l'image de Ça fait d'excellents français (caricature de la vie politique populaire sous la IIIe République) ou Fleur de Paris (métaphore de l'espoir des français à la Libération[140]) furent de grands succès caractéristiques de leur époque. En outre, il fut le premier à interpréter le classique de Charles Trenet, Y'a d'la joie, et sortit de sa retraite en 1970 pour enregistrer, à 81 ans, la chanson du film Les Aristochats.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

En 1943, Maurice Chevalier entreprit de rédiger ses mémoires pour s'occuper l'esprit[141]. Le premier tome fut néanmoins publié en 1946 et, devant le succès, il rédigea jusqu'à 1969 dix volumes d'une série intitulée Ma route et mes chansons.

Ma route et mes chansons
  • Volume 1 : La Louque, René Julliard, 1946, 275 pages.
  • Volume 2 : Londres, Hollywood, Paris, René Julliard, 1947, 242 pages.
  • Volume 3 : Tempes grises, René Julliard, 1948, 239 pages.
  • Volume 4 : Par ci, par là, René Julliard, 1950, 211 pages.
  • Volume 5 : Y'a tant d'amour, René Julliard, 1952, 222 pages.
  • Volume 6 : Noces d'or, René Julliard, 1954, 279 pages.
  • Volume 7 : Artisan de France, René Julliard, 1957, 220 pages.
  • Volume 8 : Soixante-quinze berges, René Julliard, 1963, 285 pages.
  • Volume 9 : Quatre-vingt berges, René Julliard, 1968, 279 pages.
  • Volume 10 : Môme à cheveux blancs, Presses de la Cité, 1969, 279 pages.
Autres
Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
  • Bravo Maurice, Paris, Presses Pocket, 1968, 313 pages.
  • Les pensées de Momo, Paris, Presses de la Cité, 1970, 200 pages. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) I Remember it Well, G. K. Hall, 1972, 315 pages.
  • Dans la vie faut pas s'en faire : mémoires, Paris, Omnibus, 2012, 975 pages. Document utilisé pour la rédaction de l’article
    Préfacé par Jacques Pessis, cet ouvrage publié en 2012 reprend l'essentiel des dix volumes de Ma route et mes chansons[141].

Chansons[modifier | modifier le code]

Durant l'Occupation, par manque de nouvelles chansons et d'auteurs à proximité de sa villa de Cannes, Maurice Chevalier se voit dans l'obligation de commencer à écrire ses propres chansons. À l'origine, il n'a recours à l'écriture que par besoin de renouveler son répertoire pour une tournée prochaine en zone libre, mais écrire des chansons finit par faire partie de ses activités jusqu'aux années 1950. Maurice Chevalier est également l'auteur de quelques sketches.

Nominations et récompenses[modifier | modifier le code]

La rue Maurice Chevalier à Marnes-la-Coquette où vécut l'artiste pendant de longues années.

Nominations[modifier | modifier le code]

Oscars
Golden Globes
Laurel Awards
  • 1959 : Golden Laurel de la meilleure performance dans un film musical pour Gigi.
  • 1960 : Golden Laurel de la meilleure performance dans un film musical pour Can-Can.
  • 1963 : Golden Laurel de la meilleure performance dans un film musical pour Les enfants du capitaine Grant.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Oscars
  • 1959 : Oscar d'honneur pour ses contributions au monde du divertissement pendant plus d'un demi-siècle.
Golden Globes
Divers

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
  • (fr) André Rivollet, Maurice Chevalier, de Ménilmontant au Casino de Paris, Bernard Grasset, 1927, 260 pages.
  • (en) Michael Freedland, Maurice Chevalier, Morrow, 1981, 287 pages.
  • (fr) Fabien Sabatès, Maurice Chevalier, Paris, O. Orban, 1981, 203 pages.
  • (fr) Gerty Colin, Maurice Chevalier, une route semée d'étoiles, Paris, Presses de la Cité, 1982, 283 pages.
  • (fr) Pierre Berruer, Maurice Chevalier raconté par François Vals, Plon, 1988, 238 pages.
  • (fr) Claudine Kirgener, Maurice Chevalier, itinéraire d'un inconnu célèbre, Paris, Vernal/P. Lebaud, 1988, 268 pages.
  • (en) David Bret, Maurice Chevalier : Up On Top of a Rainbow, Robson, 1992, 241 pages.
  • (fr) Edward Behr, Maurice Chevalier : l'homme-légende de l'âge d'or du music-hall, Paris, Laffont, 1993, 367 pages.
  • (fr) François Vals, Maurice Chevalier, Paris, Éditions Carpentier, 2002, 252 pages. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (fr) Jacqueline Willemetz, Albert Willemetz et Maurice Chevalier. Revues, sketchs et chansons au casino de Paris, Paris, L’Harmattan, 2011, 473 pages.
  • (fr) Bernard Lonjon, Maurice Chevalier, le chéri de ces dames, Paris, Éditions du Moment, 2012, 233 pages. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. C'est ainsi que Léo Ferré surnommait Maurice Chevalier. (Dans la vie faut pas s'en faire, Paris, Omnibus, 2012, p. V)
  2. André Halimi écrit : « Son nom, c'est le nom du music hall pendant un demi-siècle. » (On connaît la chanson, Paris, Éditions L'Harmattan, 2005, p. 164.)
  3. 1929 selon les sites de généalogie, 1931 selon les mémoires de Maurice Chevalier.
  4. Maurice Chevalier raconte, entre autres, cette histoire dans son dernier album studio Maurice Chevalier raconte et chante ses 4 fois 20 ans. https://www.youtube.com/watch?v=Dzs5gu4fNlQ#t=992
  5. Une fois dans le triple album 60 ans de chansons publié en 1965 et une fois avec l'orchestre de Raymond Legrand à une date inconnue.
  6. Le projet ne se concrétisera finalement pas à cause de sa dépression proche.
  7. Le premier enregistrement date de 1925, les autres datent de 1928, 1929, 1958, 1962, 1965, et un autre date des années 1960 mais la date précise reste indéterminée.
  8. Sammy Davis Jr. insista pour que le mot GREATEST soit écrit en majuscules dans l'article (François Vals, Maurice Chevalier, op. cit., p. 179).
  9. Maurice Chevalier interprète une voix-off. Il n'est pas crédité au générique du film.
  10. Maurice Chevalier interprète la voix du narrateur.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Paris, Omnibus, 2012, p. VIII (Préface de J. Pessis).
  2. François Vals, Maurice Chevalier, Paris, Éditions Carpentier, 2002, p. 8.
  3. Acte de naissance de Maurice Chevalier
  4. Laeticia Bonnefoy, Le 20e arrondissement : itinéraires d'histoire et d'architecture, Paris, Action artistique de la ville de Paris, 2009, p. 42.
  5. Theodore Zeldin, Histoire des passions françaises, 1848-1945 : Goût et corruption, Paris, Seuil, 1981, p. 396.
  6. Pierre Milza et Serge Berstein, Histoire de la France au XXe siècle, volume 2 : 1930-1945, Paris, Éditions Complexe, 2003, p. 91.
  7. Philippe de Comes et Michel Marmin, Le Cinéma français : 1930-1960, Paris, Éditions Atlas, 1984, p. 17.
  8. James Robert Parish et Michael R. Pitts, Hollywood Songsters: Allyson to Funicello, Routledge, 2003, p. 157.
  9. Étonnez-moi, 18 février 2012, France Musique (avec Jacques Pessis et Jacqueline Willemetz).
  10. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), p 12
  11. a et b « Généalogie de Maurice Chevalier »
  12. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 12
  13. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 15
  14. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 14 et 20
  15. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 21
  16. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 22 à 25
  17. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 26-27
  18. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 27
  19. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 27-28
  20. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 29
  21. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 34-35
  22. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 35-36
  23. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 37-38
  24. a et b Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 39
  25. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 41-42
  26. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 42 à 47
  27. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 48 et 49
  28. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 50 et 51
  29. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 52 à 55
  30. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 56 à 59
  31. « Maurice Chevalier - Biographie », sur Du temps des cerises aux feuilles mortes (consulté le 29 décembre 2014)
  32. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 59 à 65
  33. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 65 et 66
  34. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 76 - 77
  35. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 78 à 80
  36. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 84 à 88
  37. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 89
  38. a et b Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 90 - 91
  39. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 92
  40. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 92 - 93
  41. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 92 à 94
  42. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 94
  43. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 94 - 95
  44. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 97 - 98
  45. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 136
  46. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 100 à 106
  47. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 109 - 110
  48. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 110 - 111
  49. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 111 - 112
  50. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 112 à 122
  51. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 123 - 125
  52. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 126
  53. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 125
  54. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 127 à 134
  55. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 137 à 141
  56. Maurice Chevalier, Les pensées de Momo, Presses de la cité,‎ 1970, 200 p., pages 49 et 50
  57. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 143 à 146
  58. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 146 - 147
  59. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 148 à 150
  60. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 152 à 154
  61. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 155 à 157
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  63. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 202 à 207
  64. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 207 à 210
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  73. Bruno Fuligni, Dans les archives inédites des services secrets : Un siècle d'histoire et d'espionnage français (1870-1989), L'iconoclaste,‎ 2010, 350 p. (ISBN 2913366295), p. Chapitre « Mistinguett, un cœur au service de la France »
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  80. Livret Frémeaux & Associés, Maurice Chevalier 1919 - 1930
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  100. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 318
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  110. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 364
  111. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 364 - 365
  112. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 365
  113. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), pages 365 - 366
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  115. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 371
  116. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 372
  117. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, Omnibus,‎ 2012, 975 p. (ISBN 978-2-258-09144-3), page 372 à 374
  118. Jacques Abtey, La Guerre secrète de Josephine Baker, Siboney,‎ 1948, 323 p.
  119. Texte et audio.
  120. « Notice no IA06000607 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  121. a et b Anne-Marie Siméon, « Le Périgord de Maurice Chevalier », sur sudouest.fr,‎ 6 mars 2012
  122. « Quand Maurice Chevalier écrivait ses mémoires... - Finistère », sur ouest-france.fr,‎ 13 mars 2012
  123. François Vals, Maurice Chevalier, op. cit., p. 142.
  124. François Vals, Maurice Chevalier, op. cit., p. 158-159.
  125. a et b Jérémie Noyer, Entretiens avec un empire, rencontres avec les artistes Disney. Volume 1., Éditions L’Harmattan, 2010, p. 71.
  126. a, b, c et d François Vals, Maurice Chevalier, op. cit., p. 13.
  127. Bernard Lonjon, Maurice Chevalier : Le chéri de ces dames, p. 209-210, Éditions du moment,‎ 2012, 233 p. (ISBN 2354171390)
  128. François Vals, Maurice Chevalier, op. cit., p. 170.
  129. François Vals, Maurice Chevalier, op. cit., p. 171.
  130. François Vals, Maurice Chevalier, op. cit., p. 175.
  131. Jacques Pessis, « Un p'tit air de Maurice Chevalier », in Le Figaro, encart « Culture », jeudi 21 novembre 2013, page 31.
  132. François Vals, Maurice Chevalier, op. cit., p. 178.
  133. François Vals, Maurice Chevalier, op. cit., p. 179.
  134. François Vals, Maurice Chevalier, op. cit., p. 180.
  135. François Vals, Maurice Chevalier, op. cit., p. 183.
  136. François Vals, Maurice Chevalier, op. cit., p. 182.
  137. École Maurice-Chevalier sur le site de Marnes-la-coquette
  138. François Vals, Maurice Chevalier, op. cit., p. 192.
  139. Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, op. cit., p. VII (préface de J. Pessis)
  140. A. Montandon, I.H. Birleanu et M. Constantinescu, Poétique de la tradition, Presses Universaires Blaise Pascal, 2006, p. 155.
  141. a et b Maurice Chevalier, Dans la vie faut pas s'en faire, op. cit., p. VI (préface de J. Pessis)
  142. François Vals, Maurice Chevalier, op. cit., p. 256.