André Bazin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bazin.
Page d'aide sur l'homonymie Il n'est pas apparenté à l'écrivain Hervé Bazin, né Jean-Pierre Hervé-Bazin

André Bazin

Naissance 18 avril 1918
Angers
Nationalité Drapeau de la France France
Décès 11 novembre 1958 (à 40 ans)
Nogent-sur-Marne
Profession Critique de cinéma

André Bazin (18 avril 1918, Angers11 novembre 1958, Nogent-sur-Marne) est un critique français de cinéma, époux de Janine Bazin. Il est l'un des fondateurs des Cahiers du cinéma et a exercé une grande influence sur l'ensemble de la critique française et plus particulièrement sur les réalisateurs de la Nouvelle Vague, François Truffaut, Éric Rohmer, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol et Jacques Rivette.

Biographie[modifier | modifier le code]

Pour accomplir sa vocation d'enseignant il entre en 1938 à l'Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud, mais en 1941 il échoue à l'oral du professorat[1], il se rapproche alors de Pierre-Aimé Touchard qui vient de fonder la Maison des lettres à Paris.

André Bazin y crée un ciné-club où il invite régulièrement Roger Leenhardt dont il lit depuis longtemps la chronique La Petite école du spectateur dans la revue Esprit.

La Libération est une période intense pendant laquelle on veut amener le peuple à la culture et la culture au peuple. Fort de cette conviction, il s'engage à travers Travail et culture et Peuple et culture dans l'éducation populaire.

Dans les usines, en Allemagne, en Algérie, au Maroc, il participe à la fondation de ciné-clubs, à des stages, anime des conférences.

Il entame parallèlement un travail de réflexion en écrivant pour L'écran français, Le Parisien libéré, Esprit, en rédigeant des monographies. Il participe à la création de Radio-Cinéma-Télévision (qui deviendra Télérama), c'est à cette époque qu'il engage, pour le seconder, un jeune passionné de cinéma, François Truffaut, dont il devient le père spirituel et le protecteur.

Il fait partie du groupe qui organise le Festival du film maudit, à Biarritz, en 1949. Il fonde avec Jacques Doniol-Valcroze, Joseph-Marie Lo Duca et Leonid Keigel, en avril 1951, les Cahiers du cinéma dans lequel écrit toute une génération de critiques et de futurs cinéastes qui feront partie de la Nouvelle Vague. En Grèce, le « Nouveau Cinéma grec » des années 1970-1980 se réclama aussi de lui.

André Bazin fait le pari qu'en présentant et en expliquant des œuvres de qualité au public populaire, celui-ci deviendra plus exigeant, moins soumis aux œuvres purement commerciales. Pour lui, la culture est un moyen d'émancipation du peuple. C'est également dans ce but qu'il rédige des ouvrages sur Orson Welles qu'il rencontre et interroge pour la sortie de son film La Soif du mal en 1958, Charlie Chaplin, Jean Renoir et Marcel Carné dont il estime que Le jour se lève s'est approché du degré de perfection que seul Citizen Kane d'Orson Welles a atteint. Homme d'esprit brillant et ouvert, il a pour principe de n'écrire que sur ce qui lui a plu. Ainsi, il cède sa plume à Truffaut : « je n'ai pas trouvé Si Paris nous était conté très enthousiasmant, Sacha Guitry nous ayant habitué à mieux. Mais apparemment François Truffaut l'a aimé, et comme il semble qu'il soit la seule personne dans Paris pour en parler en bien, je lui cède la place ».

En mourant en 1958, un an avant le premier film de Truffaut, André Bazin n'a pas eu l'occasion de voir émerger la nouvelle génération de cinéastes qu'il a profondément marquée par son intelligence et son engagement.

Importance historique[modifier | modifier le code]

André Bazin est une figure intellectuelle très respectée dans le milieu de la critique d'art. Le critique d'art et historien de l'art Jean-François Chevrier dit qu'il considère Bazin comme « le plus grand intellectuel de l'art, tous genres confondus, dans l'après guerre[2]. »

Principaux articles[modifier | modifier le code]

Montage interdit[modifier | modifier le code]

« Montage interdit » est un texte paru dans Qu'est-ce que le cinéma ?[3]. Il s'agit, selon Alain Bergala, « [d']un texte fondateur de la pensée bazinienne du cinéma[4] ». Ce texte est en fait de la réunion de deux articles[4] : une critique de Crin-Blanc d'Albert Lamorisse, issue du numéro 25 des Cahiers du cinéma[5] (1953) et un texte sur le montage paru en décembre 1956 toujours dans les Cahiers du cinéma[6] en compagnie d'un texte d'Henri Colpi « Dégradation d'un art, le montage » et d'un autre de Jean-Luc Godard « Montage mon beau souci. »

André Bazin y traite de plusieurs films : Crin-Blanc, mais aussi Le Ballon rouge, autre film de Lamorisse, ainsi que Une fée... pas comme les autres de Jean Tourane ; il évoque aussi d'autres films, parmi lesquels Nanouk l'Esquimau de Robert Flaherty et, dans une longue note, un film anglais qu'il qualifie de « médiocre », Quand les vautours ne volent plus d'Harry Watt (1951). Mais Bazin ne souhaite pas faire à proprement parler une critique de ces films, cherchant là à analyser « certaines lois du montage dans leur rapport avec l'expression cinématographique[7]. » Il y expose ce qu'il appelle une « loi esthétique » : « Quand l'essentiel d'un événement est dépendant d'une présence simultanée de deux ou plusieurs facteurs de l'action, le montage est interdit[8]. » André Bazin prend plusieurs exemples : la séquence de Crin-Blanc où le petit garçon est tiré par un cheval, celle où Nanouk pèche le phoque et où tous deux se trouvent dans le même plan, et la séquence, dans Quand les vautours ne volent plus, où un enfant, en Afrique, trouve un lionceau et le ramène à ses parents tout en étant suivi, en montage parallèle, par la lionne qui cherche son petit. À la fin de cette séquence, dans un même plan large, le spectateur voit les parents, l'enfant et la lionne. Ce plan « authentifie » le montage qui le précède[9].

Il faut néanmoins bien comprendre que l'exigence de cette loi est « moins radicale » qu'on ne le croirait au premier abord[4]. Il ne s'agit pas de la « morale de l'inscription vraie » qui interdirait toute « triche » au tournage[4]. André Bazin dit clairement qu'il ne demande pas de tourner obligatoirement en plan-séquence ou de se priver des ressources narratives des changements de plans[9]. Il s'agit en fait « [d']une condition de la croyance » : l'important n'est pas que dans Crin-Blanc l'enfant soit réellement tiré par le cheval, ce qui compte c'est que le spectateur puisse y croire, même si c'est de manière rétroactive[4]. Pour cela il faut qu'un plan réunisse les éléments qui sont par ailleurs montrés séparément au moment où la rupture de l'unité spatiale « transformerait la réalité en sa simple représentation imaginaire[9]. » Selon Alain Bergala, on reconnait dans le concept de montage interdit le déni de réalité freudien : le spectateur sait qu'il y a un truc, puisqu'il a vu que l'action était tournée en plans séparés mais il peut y croire « quand même » car un plan a relié tous les éléments[4]. Dans Quand les vautours ne volent plus, c'est le plan final qui annule le constat du truquage, il vient rétroactivement « authentifier » les plans vus précédemment qui montraient alternativement l'enfant et la lionne[4]. Sans ce plan qui les réunit, il n'y aurait pas de différence entre l'événement tel qu'il est relaté dans le film et tel qu'il le serait dans un roman ; et la scène n'aurait « qu'une valeur de récit et non de réalité[9],[10] ».

André Bazin termine son texte en expliquant que cette règle s'applique à certains films plus qu'à d'autres : les documentaires « à peine romancés » comme Nanouk l'esquimau, les films intégrant une part de féérie comme Le Ballon rouge[11]. Il donne aussi l'exemple du Burlesque, dont il estime que le succès, datant « [d']avant Griffith et le montage » venait justement de ce que les gags venaient d'un « comique de l'espace » : « Chaplin, dans Le Cirque, est effectivement dans la cage du lion et tous les deux sont enfermés ensemble dans le cadre de l'écran[11]. »

Publications[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sur le site www.culture.fr, Pascal Ory évoque une inhibition fatale
  2. Cyril Béghin et Stéphane Delorme, « Le réalisme halluciné : Entretien avec Jean-François Chevrier », Cahiers du cinéma, no 688,‎ avril 2013, p. 92-97
  3. « Montage interdit », dans Qu'est-ce que le cinéma ?, Éditions du Cerf,‎ 1985, 372 p. (ISBN 2204024198), p. 49-61
  4. a, b, c, d, e, f et g Alain Bergala, « Montage obligatoire », Conférences du collège d'histoire de l'art cinématographique, numéro 5, printemps 1993, Cinémathèque française-Musée du cinéma, pages 1 à 16.
  5. « Le Réel et l'Imaginaire », Cahiers du cinéma, no 25,‎ juillet 1953, p. 53-55
  6. « Montage Interdit », Cahiers du cinéma, no 65,‎ décembre 1956, p. 32-36 Il faut noter que, comme le souligne Alain Bergala, l'édition définitive de Qu'est-ce que le cinéma ? date par erreur ce texte de 1957.
  7. « Montage interdit », Qu'est-ce que le cinéma ?, p. 50-51
  8. « Montage interdit », Qu'est-ce que le cinéma ?, p. 59
  9. a, b, c et d « Montage interdit », Qu'est-ce que le cinéma ?, p. 58-59
  10. Dans son analyse du texte, Alain Bergala note néanmoins qu'à l'époque du trucage informatique, cette loi pourrait être reformulée car il est maintenant possible de mettre dans le même cadre, par images de synthèses, « à peu près tout ce qu'on veut. » Il souligne que la seule exception où cette règle continue d'être « scrupuleusement respectée » est le film pornographique où le plan final d'éjaculation permet d'authentifier tout l'acte sexuel précédent qui est en général monté de manière très fragmentée.
  11. a et b « Montage interdit », Qu'est-ce que le cinéma ?, p. 61

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]