Élisabeth en Bavière (1876-1965)

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Élisabeth en Bavière

Description de cette image, également commentée ci-après

La reine Élisabeth de Belgique.

Titre

Reine des Belges

17 décembre 190917 février 1934
(&&&&&&&&&&&0882824 ans, 2 mois et 0 jour)

Prédécesseur Marie-Henriette d’Autriche
Successeur Astrid de Suède
Biographie
Dynastie Maison de Wittelsbach
Nom de naissance Elisabeth Gabriele Valérie Marie Herzogin in Bayern
Naissance 25 juillet 1876
Possenhofen (Bavière)
Décès 23 novembre 1965 (à 89 ans)
Laeken (Belgique)
Sépulture Crypte royale
Père Charles-Théodore en Bavière
Mère Marie-Josèphe de Portugal
Conjoint Albert Ier de Belgique
Enfants Léopold III Roi des Belges
Charles de Belgique
Marie-José de Belgique
Résidence Château du Stuyvenberg

Élisabeth Gabrielle Valérie Marie de Wittelsbach, duchesse en Bavière, née le 25 juillet 1876 à Possenhofen et décédée le 23 novembre 1965 à Laeken (Bruxelles), épouse d’Albert Ier, est la troisième reine des Belges.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Née le 25 juillet 1876 à Possenhofen (Bavière), Élisabeth de Wittelsbach est le second enfant du duc Charles-Théodore en Bavière et de l'infante Marie-Josèphe de Portugal.

Sa marraine n'est autre que sa tante l'impératrice Élisabeth d'Autriche, la célèbre Sissi. Elle est également la nièce de l'ex-reine Marie des Deux-Siciles et de la duchesse d'Alençon.

Les membres de la Maison de Wittelsbach sont alors connus pour leur excentricité et le duc Charles-Théodore, qui a démissionné de l'armée pour devenir médecin — au grand dam de son entourage — ne craint de dire avec décontraction : « Nous avons tous un grain dans la famille. »

La duchesse Marie-Josèphe, femme charitable à la piété solide, n'hésite pas à servir d'infirmière à son mari dans la clinique ophtalmologique qu'il a ouverte à ses frais et où il soigne gracieusement les plus démunis.

La duchesse Élisabeth effectue ses études au pensionnat Saint-Joseph à Zandberg, elle parle l'allemand, le français et l'anglais, et apprend le piano et le violon.

Elle a dix ans quand le roi Louis II de Bavière est déchu, mis en résidence surveillée et retrouvé mort quelques jours plus tard dans le lac de Starnberg. Le frère et successeur du roi Othon Ier de Bavière est lui aussi interné depuis sa jeunesse et leur oncle Luitpold de Bavière assume la régence.

Son grand-père, le très original duc Maximilien en Bavière meurt en 1888, suivi de peu par son épouse, fille du roi Maximilien Ier de Bavière, Ludovica de Bavière en 1892.

En 1897, sa tante la duchesse d'Alençon périt tragiquement à Paris dans l'incendie du bazar de la Charité et l'année suivante sa marraine l'impératrice d'Autriche est assassinée à Genève.

Pour la jeune Élisabeth, une autre vie, moins tragique commence.

Princesse de Belgique[modifier | modifier le code]

Photo du prince et de la princesse, assis côte à côte et penchés l’un vers l’autre, un bouquet de fleurs sur les genoux.
Photo de fiançailles.

Lors des funérailles de sa tante Sophie, duchesse d'Alençon victime du tragique incendie du bazar de la Charité à Paris en mai 1897, Élisabeth rencontre le prince Albert de Belgique, neveu du roi Léopold II.

Quelques mois plus tard, au cours d'une promenade, celui-ci lui demandera très pudiquement: « Croyez-vous que vous pourriez supporter l'air de la Belgique ? ».

Le mariage est célébré le 2 octobre 1900 à Munich.

Le couple aura trois enfants :

Reine des Belges[modifier | modifier le code]

La reine est à côté d’Eugène Ysaÿe, dans un groupe photographié sur un perron.
La reine, à gauche, près d’Eugène Ysaÿe, 1916.

À la suite du décès du roi Léopold II en 1909, son neveu Albert monte sur le trône de Belgique.

De 1909 à 1934, la reine Élisabeth lui apporte son soutien et son aide dans l'accomplissement de ses tâches de chef d'État. Son style est différent des deux premières reines (Louise-Marie et Marie-Henriette) qui avaient un rôle public limité.

La Reine Élisabeth s’occupe d’œuvres de bienfaisance et de lutte contre les maladies. Elle s’intéresse à la vie musicale, artistique et intellectuelle du pays. Le peintre Eugène Laermans, le poète Émile Verhaeren, le célèbre violoniste Eugène Ysaÿe deviennent des familiers de la Cour, et Élisabeth fonde le Quatuor de la Reine mené par le violoniste liégeois Henri Koch.

Elle pratique déjà la photographie avant son mariage. Reine des Belges, elle ramènera de nombreuses photographies de ses voyages (Chine, Congo belge, Égypte, États-Unis, Inde, Pologne...). Elle a également fixé les traits des membres de sa famille et de ses amis savants et artistes (Émile Claus, Émile Verhaeren), notamment lors de son séjour à La Panne pendant la Première Guerre mondiale.

« La Reine infirmière »[modifier | modifier le code]

La reine Élisabeth

Le roi Albert Ier et la reine Élisabeth - d'origine bavaroise - entrent dans la légende durant la Première Guerre mondiale où ils refusent de quitter la Belgique - pays neutre - envahie illégalement par les Allemands et se réfugient en Flandres à La Panne pendant quatre ans, tandis que l'armée belge continue la guerre derrière les tranchées de l'Yser.

Par cynisme, bêtise ou cruauté, l'empereur Guillaume II envoie des membres de la famille bavaroise de la reine dans les troupes allemandes qui combattent face aux troupes belges.

On surnomme Albert le « Roi Chevalier » et Élisabeth la « Reine Infirmière ». Leurs enfants poursuivent leurs études en Grande-Bretagne et en Italie.

La reine Élisabeth apporte régulièrement son soutien aux soldats et blessés et fonde l'Orchestre symphonique de l'armée de campagne, mais, contrairement à ce que prétend la littérature hagiographique de l'époque, elle ne travaillait pas tous les jours comme infirmière à l'hôpital L'Océan de La Panne.

La reine joue également un rôle politique : sous prétexte d'aller voir ses enfants, elle transmet des messages confidentiels de son époux aux autorités britanniques.

Après l'armistice de 1918, le couple royal connaîtra une grande popularité et la reconnaissance des États alliés.

L'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Le roi et la reine en visite à Isleta pueblo New Mexico 1919
Suivi par une cohorte d’officiels, la reine, entourée par le roi Albert et le roi Fouad, avance, portant un bouquet de fleurs, sur le tapis déroulé sous l’auvent d’une gare.
Voyage en Égypte, 1930.

Après la guerre, la reine multiplie seule ou avec son mari les voyages officiels et privés à travers le monde.

Du 23 septembre au 13 novembre 1919, avec son époux et le prince héritier Léopold, ils se rendent en visite officielle aux États-Unis[1].

Lors d'une visite dans le pueblo indien d'Isleta au Nouveau-Mexique, le roi décore de l'ordre de Léopold le père Anton Docher[2], qui lui offre en retour une croix d'argent et de turquoise faite par les Indiens Tiwas[3]. Quelque 10 000 personnes prirent part à ces cérémonies.

Passionnée par l'Égypte antique, elle assiste le 13 février 1923 à l'ouverture du tombeau de Toutânkhamon et soutient la création de la Fondation égyptologique Reine Élisabeth, qui existe encore de nos jours.

Elle est aussi à l'origine de la Fondation médicale Reine Élisabeth et du Fonds Reine Élisabeth pour l'Assistance médicale aux indigènes du Congo belge. La reine convainc les responsables politiques de construire le palais des beaux-arts de Bruxelles, œuvre de l'architecte Victor Horta et inauguré en 1928.

« La reine mère »[modifier | modifier le code]

La famille royale de Belgique reçue par le pape Pie XI vers 1926

Le 17 février 1934, lors d'un après-midi d'escalade à Marche-les-Dames, le roi Albert fait une chute mortelle. Élisabeth n'est plus la première dame de Belgique et se retire au profit de sa belle-fille qui devient la très populaire reine Astrid.

Mais l'année suivante, au cours d'un voyage en Suisse, le jeune couple royal est victime d'un accident d'automobile au cours duquel la jeune reine perd la vie (août 1935). La reine douairière revient à l'avant-plan et reprend toutes ses activités.

Elle consacre également plus de temps à ses petits-enfants orphelins (Joséphine-Charlotte, Baudouin et Albert) qu'elle n'a pu en accorder à ses propres enfants.

À la fin des années 1930, elle soutient la création de l'Orchestre national de Belgique, du Concours musical international Eugène Ysaÿe (rebaptisé plus tard du prénom de la souveraine), de la nouvelle Bibliothèque royale Albert Ier, sur le Mont des Arts et de la Chapelle musicale Reine Élisabeth, construite près d'Argenteuil sur un terrain offert par le baron Paul de Launoit.

Durant la Seconde Guerre mondiale, elle reste auprès de son fils le roi Léopold III au château de Laeken. Elle est surveillée par l'armée allemande mais peut circuler librement en Belgique et à l'étranger. Elle appelle Lilian Baels pour distraire son fils le roi Léopold III déprimé après la capitulation. Le couple se marie en 1941. On[Qui ?] a souvent écrit que la reine Élisabeth avait sauvé des prisonniers politiques et des juifs de la déportation, mais les différentes sources[Lesquelles ?] se contredisent et ne permettent pas d'affirmer avec certitude que ses protestations atteignaient leur but.

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

Lors de la Question royale de 1945 à 1950, elle défend l'attitude de son fils aîné le roi Léopold III mais pas publiquement pour ne pas gêner l'action de son fils cadet le prince Charles, régent de Belgique, avec qui elle a des relations difficiles. En 1951, Léopold III abdique au profit de Baudouin et Élisabeth s'installe au Château du Stuyvenberg.

La reine Élisabeth est connue pour son amour de la culture. Musicienne et sculptrice durant ses temps libres, la reine Élisabeth était l'amie de nombreux écrivains et artistes : Émile Verhaeren, Maurice Maeterlinck, Colette, Eugène Ysaÿe, Yehudi Menuhin, André Gide, Jean Cocteau, Pablo Casals, etc. Elle est élue en 1964 à l'Académie française des beaux-arts.

Son intérêt pour la médecine lui vaut de se voir attribuer le titre de docteur honoris causa de plusieurs universités et en 1954 de membre d'honneur de l'Académie royale de médecine de Belgique. Elle était également l'amie du professeur Albert Schweitzer et du physicien Albert Einstein.

Ayant toujours eu de la sympathie pour les régimes de gauche, elle entreprend à la fin de sa vie des voyages officiels dans des pays communistes (Pologne, Union soviétique, Yougoslavie et Chine), ce qui lui vaut le surnom de « Reine rouge » et la colère du gouvernement belge. Elle soutient différentes initiatives en faveur de la paix durant la guerre froide entre l'Ouest et l'Est.

Le 23 novembre 1965, la reine Élisabeth s'éteint au château du Stuyvenberg et reçoit des funérailles nationales marquées par la présence de nombreux anciens combattants reconnaissants de son soutien lors des deux guerres mondiales.

Elle est inhumée, comme tous les rois et reines de Belgique, dans la crypte royale de l'église Notre-Dame de Laeken.

Postérité[modifier | modifier le code]

Plus de quarante ans après son décès, l'ombre de la reine Élisabeth plane encore sur la Belgique. De nombreuses rues, places et institutions portent son prénom, dont le prestigieux Concours musical international Reine-Élisabeth-de-Belgique, la Fondation médicale Reine Élisabeth, l'Association égyptologique Reine Élisabeth, et l'Institut Reine Élisabeth à Oostduinkerke.

En 1996, la Reine Elisabeth figure parmi les 26 photographes belges mis à l'honneur au Musée de la photographie d'Anvers, lors de l'exposition Pioniers in Beeld.

Le peintre français Albert Besnard l'a représentée à plusieurs reprises (gravure à l'eau forte et huile).

L'actuel roi des Belges Philippe de Belgique, a prénommé sa fille aînée (probablement future souveraine belge) Élisabeth en l'honneur de son arrière-grand-mère décédée quand il avait 5 ans.

La famille grand-ducale luxembourgeoise, les familles royales italienne et belge sont des descendants de la reine Élisabeth.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Jean-Michel Bruffaerts, Une reine au pays de Toutankhamon, in: Museum Dynasticum, X, 1998, no 1, p. 3-35, ill. ;
  • Jean-Michel Bruffaerts, Les coulisses d'un voyage royal. Le roi Albert et la reine Élisabeth en Égypte avec Jean Capart (1930), in: Museum Dynasticum, XVIII, 2006, no 1, p. 28-49, ill. ;
  • Georges-Henri Dumont, Myriam Dauven, Élisabeth de Belgique ou les Défis d'une reine, Fayard, 1986, (ISBN 2-213-01824-3)* Marie José, Albert et Élisabeth de Belgique, mes parents, Plon, 1971;
  • Steven F. Joseph, Tristan Schwilden & Marie-Christine Claes, Elisabeth de Belgique, in: Directory of Photographers in Belgium, 1839-1905, Rotterdam, Ed. De Vries – Antwerpen, Museum voor Fotografie, 1997, p. 163.
  • Evrard Raskin, Élisabeth de Belgique - Une reine hors du commun, Luc Pire, 2006, (ISBN 2-87415-603-5);
  • Patrick Weber, Élisabeth de Belgique. L'autre Sissi, Payot, 1998, (ISBN 2-228-89161-4)


Références[modifier | modifier le code]

  1. Laurence Van Ypersele, op. cit., p. 109.
  2. Keleher and Chant. The Padre of Isleta. Sunstone Press, 2009, p. 94.
  3. W.A.Keleher. The Indian sentinel. 1920, vol. 2. p. 23-24