Billy Wilder

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Billy Wilder est un réalisateur, producteur et scénariste américain de films noirs et de comédies. De son vrai nom Samuel Wilder, il est né à Sucha (actuelle Pologne, à l'époque possession de l'empire austro-hongrois en Galicie), le 22 juin 1906 et est mort d'une pneumonie à Beverly Hills, en Californie (États-Unis) le 27 mars 2002. Billy Wilder est l'une des figures les plus importantes du cinéma américain. Quatre de ses films sont présents dans le Top 100 de l'American Film Institute, comme pour Alfred Hitchcock et Stanley Kubrick. Il a dirigé quatorze acteurs différents ayant été nommés pour leur performance aux Oscars. Dans le classement du magazine Sight & Sound, il figure à la septième place des plus grands réalisateurs [1] . Billy Wilder a obtenu l'AFI Life Achievement Award en 1986, prix remis par l'American Film Institute une fois par an à un acteur ou un réalisateur ayant accompli une carrière remarquable.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille juive autrichienne, Samuel Wilder, du prénom de son grand-père maternel, naît dans une petite ville de l'empire austro-hongrois qui appartient aujourd'hui à la Pologne[2]. Il est tout jeune lorsque la famille s'installe à Vienne, où lui et son frère Wilhelm font leurs études primaires et secondaires[2]. Son père rêve de le voir devenir avocat ou médecin[2] mais il quitte rapidement l'université et opte pour une carrière de journaliste. Sa mère a fait un séjour aux États-Unis et été fascinée par Billy the Kid ou les Buffalo Bill Wild West Shows[3], ce qui explique le surnom familial de Billy qu'il adopte ensuite à la place de son prénom officiel, Samuel[4].

Débuts professionnels[modifier | modifier le code]

Il travaille pour un journal viennois, où il est chargé d'articles sur le sport, de faits-divers, et commence également à rédiger des critiques sur les spectacles, notamment le cinéma[2]. En 1926[2], il s'établit à Berlin où il survit un temps en jouant le gigolo[5] ou le danseur mondain à l'hôtel Eden[2], tout en commençant à écrire des récits et des ébauches d'histoires. Il collabore à un journal allemand local, Berliner Zeitung am Mittag[2], puis un tabloïd pour lesquels il rédige des articles mais aussi des nouvelles et des romans-feuilleton à succès, généralement policiers ou burlesques. Ses enquêtes le mettent en contact avec des milieux et des personnes variés et l'amène à se familiariser avec une diversité de décors et de personnages que l'on retrouve plus tard dans ses films[2].

C'est l'époque du cinéma muet. Il travaille, souvent comme nègre pour des scénaristes à succès et collabore avec d'autres professionnels du cinéma, notamment Fred Zinnemann, alors opérateur, et Robert Siodmak. Le succès d'une de ces œuvres, Les Hommes le dimanche (1930) lui vaut de signer un contrat avec la Universum Film AG en 1929. Il gagne bien sa vie et commence à collectionner des œuvres d'art contemporain, notamment des meubles signés Mies van der Rohe[2].

Exil[modifier | modifier le code]

Son frère, Wilhelm, s'installe aux États-Unis dans le courant des années 1920[2]. L'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir le contraint à son tour à l'exil. Il séjourne d'abord à Paris, rue de Saïgon, où il vit chichement et fréquente un milieu d'expatriés allemands qui compte Franz Waxman, Friedrich Hollaender ou Peter Lorre[2]. Il réalise un film avec une jeune débutante, Danielle Darrieux, et Pierre Mingand : Mauvaise graine. Joe May, un metteur en scène allemand, emporte un de ses scénarios à Hollywood et réussit à le placer en studio. Il contacte alors Wilder et lui demande de le rejoindre. Celui-ci obtient un visa de tourisme et s'embarque pour les États-Unis où la perspective d'une guerre le persuade de s'établir[2].

Carrière hollywoodienne[modifier | modifier le code]

Pierre tombale de Billy Wilder au Westwood Memorial.

Il sait à peine parler l'anglais et part. Néanmoins, il assimile la langue rapidement. Il écrit beaucoup de nouvelles qu'il fait traduire de l'allemand et réussit à en vendre aux studios de cinéma. Grâce à cette activité et ses contacts (dont Peter Lorre avec qui il partage un temps un appartement), il réussit à percer à Hollywood[6] et signe un contrat avec la Paramount Pictures. Il travaille cinq jours et demi par semaine, rédige des scénarios originaux ou retravaille les textes d'autres scénaristes[2].

En 1938, il entame avec Charles Brackett un partenariat prolifique qui débouche sur plusieurs classiques de la comédie américaine, dont La Huitième Femme de Barbe-Bleue (1938) et Ninotchka (1939) d'Ernst Lubitsch, autre immigré allemand qu'il considère toute sa vie comme son "seul Dieu"[4]. Lorsque la Paramount fait appel à Gary Cooper pour donner la réplique à Ingrid Bergman dans Pour qui sonne le glas, Wilder et Brackett servent de monnaie d'échange et se retrouvent au service du producteur Samuel Goldwyn[2]. Ils écrivent alors le scénario de Boule de feu (1941) et son remake Si bémol et Fa dièse de Howard Hawks. Wilder retourne ensuite travailler au sein de la Paramount. Il rêve de passer à la mise en scène mais la répartition du travail dans l'industrie du cinéma américain et le poids des syndicats professionnels empêchent les scénaristes de réaliser leurs propres scripts[7]. Wilder se retrouve alors dans une situation similaire à celle de Preston Sturges et Joseph L. Mankiewicz[7].

Après une âpre négociation avec la Paramount et le producteur Arthur Hornblow Jr., il est autorisé à mettre en scène Uniformes et jupons courts (1942), suivi des Cinq Secrets du désert (1943)[7]. Avec la double casquette de réalisateur et de scénariste qu'il garde désormais de manière définitive, il signe un troisième long métrage coécrit avec Raymond Chandler : Assurance sur la mort (1944), adapté de James M. Cain, qui est sa première grande réussite et un modèle de film noir.

À partir de 1942, Charles Brackett produit plusieurs de ses films : Les Cinq Secrets du désert, Le Poison (1945), récompensé par quatre Oscars dont ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario adapté, qui traite de l'alcoolisme et Boulevard du crépuscule (Oscar du meilleur scénario original 1950) qui scelle la fin de leur collaboration. Dès lors, Wilder devient producteur de la plupart de ses œuvres.

Le cinéma de Billy Wilder devient plus caustique et cynique : il tourne notamment Le Gouffre aux chimères (1951), son film préféré[8].

En 1957, il débute une collaboration prolifique avec le scénariste I.A.L. Diamond et leur entente est telle que les deux hommes travaillent ensemble sur une dizaine de films et livrent au passage quelques classiques parmi lesquels Certains l'aiment chaud (1959) et La Garçonnière (1960), couronné par cinq Oscars dont ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur et meilleur scénario original.

Il dirige également Marilyn Monroe dans Sept Ans de réflexion (1955) et dans Certains l'aiment chaud où elle a pour partenaires Jack Lemmon (qu'il fera jouer dans sept films en 12 ans) et Tony Curtis. Billy Wilder tourne ses derniers films en Europe, comme Alfred Hitchcock, et prend sa retraite en 1981.

Style[modifier | modifier le code]

Maître incontesté de la comédie américaine dans les années 1950 et 1960[9], le cinéaste a su imposer son style de moraliste et de caricaturiste corrosif, grâce à des scénarios d'une efficacité redoutable marqués par l'empreinte d'Ernst Lubistch et illustrés par des mises en scène soignées et fluides. Wilder a évoqué, dans ses films comiques, des sujets polémiques et cherchait à aller à l'encontre des discours dominateurs et du puritanisme anglo-saxons  : l'adultère et ses tentations (Sept ans de réflexion, Avanti!), le travestissement (Certains l'aiment chaud), l'amour à trois et la prédation masculine (Sabrina, Ariane), l'humiliation en entreprise (La Garçonnière) ou encore le marché noir et la corruption des militaires américains dans l'Allemagne d'après 1945 (La Scandaleuse de Berlin). Derrière une tonalité légère, ses personnages sont souvent sombres, manipulateurs et cyniques. Même si une partie de la critique le jugeait meilleur scénariste que metteur en scène[10] et voyait en ses réalisations l'antithèse des audaces visuelles ou narratives et des prouesses techniques d'un Alfred Hitchcock et d'un Orson Welles[7], il semble que certains de ses films comme Assurance sur la mort et Boulevard du crépuscule le réhabilitent aujourd'hui comme un créateur d'images hors-pair[11]. Le succès de ses films auprès d’un large public lui a permis de rester l’un des rares cinéastes véritablement indépendants à Hollywood où il se plaisait à apporter sa touche européenne, affirmant  :« Il y a une phrase de Renoir sur la différence entre les réalisateurs européens et les réalisateurs américains, par exemple entre Lubitsch, Wyler, Siodmak, Zinnemann, Sirk et moi d'un côté, et Ford ou Hawks de l'autre : en Amérique, tout marche comme sur des rails, alors que les films européens comportent toujours de charmants détours inattendus. »[12] . Enfin, parmi ses acteurs fétiches, outre Jack Lemmon, on peut citer William Holden (4 films), Walter Matthau (3 films) ou encore Marilyn Monroe, Audrey Hepburn et Shirley MacLaine (2 films).

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Scénariste[modifier | modifier le code]

Producteur[modifier | modifier le code]

2e assistant-réalisateur[modifier | modifier le code]

Récompenses et nominations[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En anglais[modifier | modifier le code]

  • Charlotte Chandler, Nobody's Perfect. Billy Wilder. A Personal Biography (New York: Schuster & Schuster, 2002)
  • Cameron Crowe, Conversations with Wilder (New York: Knopf, 2001)
  • Daniel Hermsdorf, Billy Wilder. Filme - Motive - Kontroverses (Bochum: Paragon-Verlag, 2006)
  • Glenn Hopp & Paul Duncan, Billy Wilder (Köln / New York: Taschen, 2003)
  • Ed Sikov, On Sunset Boulevard. The Life and Times of Billy Wilder (New York: Hyperion, 1999)
  • Maurice Zolotow, Billy Wilder in Hollywood (Pompton Plains: Limelight Editions, 2004)

En français[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) The Sight & Sound Greatest Films poll
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Michel Ciment, « Entretien avec Billy Wilder », Positif,‎ 1983, p. 15-28
  3. (en) Gene D. Phillips, Some Like It Wilder : The Life and Controversial Films of Billy Wilder, University Press of Kentucky,‎ 2010 (lire en ligne), p. 2
  4. a et b (fr) Biographie de Billy Wilder sur Commeaucinéma.com
  5. (en) Glenn Hopp, Billy Wilder : The Cinema of Wit 1906-2002, Taschen,‎ 2003 (lire en ligne), p. 10
  6. (fr) « Rubrique 'Biography' », sur french.imdb.com (consulté le 29 juin 2010)
  7. a, b, c et d (fr) Jean Tulard in Dictionnaire du cinéma (les réalisateurs), éditions Robert Laffont, 1995, Paris, p. 919.
  8. (fr) « Fiche Billy Wilder », sur www.allocine.fr (consulté le 29 juin 2010)
  9. (fr) « Billy Wilder - coffret DVD », sur www.critikat.com (consulté le 29 juin 2010)
  10. (fr) « Billy Wilder », sur cinema.encyclopedie.personnalites.bifi.fr (consulté le 29 juin 2010)
  11. (fr) « Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard) », sur www.critikat.com (consulté le 29 juin 2010)
  12. John Constantine, « Critique du film "Avanti!" », sur DVD Classik,‎ 29 novembre 2004 (consulté le 21 avril 2012)
  13. Le film fut tourné en Californie et près de New York, mais aussi en France, à l’aérodrome de Guyancourt, au lieu du Bourget en mai 1927
  14. (fr) « www.aeromovies.fr »

Liens externes[modifier | modifier le code]