Préquelle
Une préquelle, ou antépisode au Québec, est une œuvre réalisée après une œuvre donnée, mais dont l'action se déroule précédemment d'un point de vue scénaristique. Contrairement son contraire, une suite, elle ne permet pas de s'appuyer sur des évènements déjà arrivés dans l'œuvre sur laquelle elle se base pour mieux en explorer l'univers mais narre les origines des événements et personnages.
La préquelle partage donc une certaine parenté avec le flashback ou l’analepse, que Gérard Genette définit comme « une évocation après coup d’un évènement antérieur au point de l’histoire où l’on se trouve »[1]. La différence est l'étendue, la préquelle constituant une œuvre autonome et non un passage.
Les préquelles se retrouvent sous diverses formes, en littérature, au cinéma, dans les séries télévisées, en musique ou dans les jeux vidéo.
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[modifier] Terminologie
D'après le Oxford English Dictionary, le terme anglais prequel (néologisme créé à partir du nom anglais sequel (suite) et du préfixe latin pre (avant)) apparaît d'abord en 1958, dans un article d'Anthony Boucher publié dans le Magazine of Fantasy & Science Fiction. Phénomène très ancien (pensons aux Chants cypriens), il demeure néanmoins relativement marginal dans la sphère médiatique populaire. L'expression anglaise se voit largement médiatisée avec la sortie de la seconde trilogie Star Wars (1999-2005), qui relate les évènements précédant la naissance de Luke Skywalker. L'anglicisme "préquelle" apparaît alors rapidement dans la langue française, pour désigner un phénomène autrefois exprimé par des périphrases ou dans un jargon narratologique (« continuation analeptique » par exemple). Le mot s'impose auprès du public, et est même utilisé pour la traduction du livre First King of Shannara de Terry Brooks, intitulé en français Le Premier Roi de Shannara - Préquelle de Shannara.
Son orthographe est également sujette à variation. On trouve aussi (http://fr.wiktionary.org/wiki/prequel) le mot masculin « préquel » ou « prequel » [2] alors que préquelle est féminin. Son statut reste indéfini et on utilise généralement l'expression "préquelle" avec des guillemets pour en dénoter l'imprécision[3],[4],[5].
En 2005, suite à une proposition du comité de terminologie de Radio-Canada, l'Office québécois de la langue française propose le terme « antépisode », devenu la norme au Québec et appelé à le devenir dans le milieu académique[6]. Mais certaines préquelles sont des sagas complètes et non des épisodes.
Avant l'apparition de ce mot, on désignait ces œuvres par des périphrases.
[modifier] Exemples célèbres
- Littérature :
Rabelais a écrit Gargantua (publié en 1534) après Pantagruel (publié en 1532), alors que Gargantua est le père de Pantagruel.
Le cycle Avant-Dune a été écrit (par le fils de Frank Herbert, Brian Herbert, assisté de Kevin J. Anderson) après le célèbre cycle de Dune, alors qu'Avant-Dune narre une histoire qui se déroule une trentaine d’années avant Dune.
C. S. Lewis a écrit les sept romans des Chroniques de Narnia en désordre par rapport à l'ordre chronologique des événements de l'histoire. En effet, le sixième tome sur les sept écris par l'auteur est celui où les événements sont les plus anciens, en l'occurrence, Le Neveu du magicien.
- Cinéma :
Star Wars - Episode I à III (préquelles des trois autres épisodes). Indiana Jones et le Temple Maudit (préquelle de Les aventuriers de l'Arche Perdue). La Planète des singes : Les Origines (préquelle de La Planète des singes). X-Men : Le Commencement (préquelle de X-Men)
- Télévision :
Caprica (préquelle de Battlestar Galactica).
- Jeux vidéo :
Resident Evil 0 (préquelle de Resident Evil); Crisis Core : Final Fantasy VII (préquelle de Final Fantasy VII); Grand Theft Auto: Liberty City Stories(préquelle de Grand Theft Auto III); Metal Gear Solid 3: Snake Eater (préquelle de Metal Gear Solid); Devil May Cry 3 : L'Éveil de Dante (préquelle de Devil May Cry)
- Bande dessinée :
Avant l'Incal (1988) préquelle de L'Incal (1981 à 1988)
Une préquelle peut aussi bien consister en un épisode qu'en un cycle entier. Il en va ainsi pour le manga Bad Company par rapport à Young GTO, ou des deux trilogies Star Wars (dans ce dernier exemple, il existe même une expression spécifique : « prélogie » pour la trilogie constituant une préquelle).
[modifier] Cas difficiles à déterminer
Le terme est utilisé a posteriori pour des œuvres créées avant l'invention du terme. Il est par exemple utilisé pour des opéras, et de nombreux écrivains se sont penchés sur la jeunesse de leur héros après avoir écrit plusieurs aventures à l'âge mûr.
Le Silmarillion est qualifié de préquelle du Seigneur des anneaux. Or ce livre a en fait été ébauché bien avant les autres œuvres du même univers, mais est resté inachevé (les héritiers de J. R. R. Tolkien ont fait un minimum de modification pour publier une œuvre cohérente).
Un cas un peu plus complexe est celui de la saga de James Bond : le premier livre de la série, Casino Royale ou Espions, faites vos jeux, était le seul à ne pas avoir été adapté dans le cycle officiel des films (la première adaptation de Casino Royale était télévisée. Vu les termes en lesquels Ian Fleming a négocié les droits, l'adaptation cinématographique fut longtemps impossible). En 2006 un nouveau film de James Bond sortit, adaptant enfin le roman. Il s'agissait d'une préquelle aux autres films au sens où Bond y était un espion débutant, tandis que même le premier film réalisé (James Bond 007 contre Dr. No) le représentait expérimenté. Mais l'action du film sorti en 2006 se déroule clairement au XXIe siècle (au vu des technologies visibles et des références faites au 11 septembre) alors que les premiers films de James Bond se déroulaient pendant la guerre froide.
De même, certains critiques qualifièrent Batman Begins de préquelle[7], ce qui n'est pas exact car ce film est une nouvelle adaptation du personnage de Batman, indépendante de tout film ayant existé précédemment, avec même une volonté de se démarquer des précédents films. D'ailleurs, en 2008, la suite de Batman Begins, The Dark Knight : Le Chevalier noir, présentait un personnage du Joker complètement incompatible avec celui du film Batman de 1989.
[modifier] Notes
- Gérard Genette, Figures III, Paris, Seuil, 1972, p. 82.
- AlloCiné : Film : prequel
- Virginie Despentes, « Simone de Beauvoir, toujours à relire ». Le Monde, 9 mars 2009, p. 19.
- Thierry Coljon. « L'Amérique des enfants perdus ». Le Soir, 23 novembre 2009, p. 38.
- Bayon, « Série B : X-Men Origins : Wolverine », Libération, 6 mai 2009, p. 29.
- Prequel dans le Grand Dictionnaire terminologique
- Batman Begins