Frederick Wiseman

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Frederick Wiseman

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Frederick Wiseman en 2005

Naissance 1er janvier 1930 (84 ans)
Boston, Massachusetts
Drapeau des États-Unis États-Unis
Nationalité Drapeau des États-Unis Américaine

Frederick Wiseman est un cinéaste américain né le 1er janvier 1930 à Boston, Massachusetts. Dans ses films, il est réalisateur, scénariste, producteur, monteur, preneur de son, et parfois même interprète. Documentariste, il s'est principalement appliqué à dresser un portrait social des grandes institutions américaines.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après des études de droit à la célèbre Yale Law School, dont il sort diplômé en 1954, et après son service militaire en 1955/1956, il est nommé professeur de droit à l'université de Boston, puis à l'université Brandeis et enfin à l'université Harvard entre 1959 et 1961. Il témoignera souvent du peu de conviction qu'il apporte à l'exercice de ce métier. En 1963, il entreprend de produire la réalisatrice Shirley Clarke, qui a décidé de tourner The Cool World, adapté d'un roman de Warren Miller.

En 1966, avec des amis, il fonde une association d'aide sociale, l'Organisation for Social and Technical Innovation (OSTI) dont l'activité se prolongera jusqu'en 1973.

La production du film de Shirley Clarke le décide à produire et monter ses propres films. Il tourne ainsi son premier documentaire : Titicut Follies (1967), regard d'emblée critique sur un hôpital pour aliénés criminels, qui sera suivi d'environ un film par an, jusqu'à aujourd'hui, notamment grâce au réseau de télévision de service public Public Broadcasting Service, en particulier la station WNET de la région de New York, grâce aussi à diverses fondations comme la Ford Foundation, ou la Marc Arthur Foundation, liste non exhaustive, grâce enfin à quelques coproductions avec la BBC et Arte France.

Dès 1970, afin de se garantir une indépendance de création, il crée sa propre société de production Zipporah Films[1].

À partir de 1980, il travaille beaucoup à l'étranger. En France particulièrement, il s'introduit en 1995 dans les coulisses du Théâtre-Français pour y tourner La Comédie-Française ou l'Amour joué.

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Bien qu'il se défende de toute ambition sociologique, sa démarche se rapproche assez clairement des principes théoriques de base et des méthodes de la deuxième École de Chicago, singulièrement ceux d'Erving Goffman, qui animent en particulier son ouvrage La mise en scène de la vie quotidienne (1959, Minuit 1973). Les sociologues universitaires ne s'y trompent d'ailleurs pas, puisqu'ils utilisent couramment ses films dans leur enseignement.

Son ambition est de dresser un portrait critique des États-Unis, et, comme il le dira ensuite, le résultat est « un seul et très long film qui durerait quatre-vingts heures ». Même "The Cool World (en)", le film qu'il a uniquement produit se veut dans cette lignée, sorte de semi-documentaire sur la jeunesse délinquante de Harlem. Après son premier film Titicut Follies, il poursuit une série de documentaires aux titres évocateurs : High School et Law and Order en 1969, Hospital en 1970, Juvenile Court en 1973, et Welfare (Aide sociale) en 1975. Ils donnent une vision très critique sur les grandes institutions créées en principe à des buts d'aide. Ils montrent la déshumanisation imposée par les systèmes bureaucratiques. Il filmera aussi durant cette période ses documentaires aux images les plus fortes : Primate en 1974 et Meat en 1976, respectivement sur l'expérimentation animale et l'élevage de masse des bœufs destinés à la consommation.

Dans une deuxième phase de son travail, il observera plus particulièrement les lieux privilégiés de la société de consommation avec Model en 1980 puis The Store en 1983. En 1986, il construit une trilogie traitant de l'influence des tares physiques sur l'esprit, puis repart dans ses sujets de prédilection jusqu'à nos jours, posant son œil taciturne sur de multiples sujets. L'auteur a précisé lui-même que sa méthode de travail se situe à l'opposé de la stratégie narrative du cinéma vérité de Edgar Morin et Jean Rouch[2].

Il affirme dès son premier documentaire ses principes de base: ce sont l'absence d'interviews, de commentaires off, et de musiques additionnelles pour privilégier un lent apprivoisement des personnes à la caméra, jusqu'à ce qu'elles ne la remarquent plus. Ses méthodes demeurent à peu près les mêmes au cours de son œuvre: il s'agit d'accumuler des centaines d'heures de tournage sur un temps relativement court, en général quatre à six semaines, et de ne garder au montage qu'environ un dixième de ce qu'il a rapporté du tournage. D'autre part, au cours du tournage, il assure lui-même la prise de son, tout en téléguidant le cadreur dans le détail de sa prise de vue, pour obtenir des images qui se préoccupent d'une beauté formelle non académique et toujours très chargées d'émotions et d'intentions de sens.

Le montage dure alors plusieurs mois, au cours desquels Frederick Wiseman découvre les sens cachés des rapprochements qui naissent sous ses ciseaux, et apporte une grande attention aux corps, aux gestes, tout en restituant ou en mettant en scène les silences. C'est pourquoi il qualifie ce montage de "mosaïque", sans doute d'abord au sens où les figures émergent de la juxtaposition patiente des morceaux, mais aussi en ce que, comme pour le message biblique (mosaïque = de Moïse en particulier), le sens ne se révèle qu'à celui qui longuement les étudie. Inévitablement donc, un tel travail entre vérité et fiction convoque l'attention et la réflexion de ses spectateurs, ce qui est bien entendu le but recherché. C'est qu'il résume très bien lui-même: « Si le film marche c’est parce que le spectateur a le sentiment qu’il est présent au cours des événements. Une partie de mon travail consiste à lui donner assez de renseignements pour cela. Le montage doit laisser du temps au raisonnement. […] Je dois donner au spectateur le sentiment qu’il peut avoir confiance dans ce que je lui fournis[3]. »

En 2001, il tourne, dans un noir et blanc remarqué, sa seule œuvre de fiction : La Dernière Lettre, captation de sa mise en scène en 2000 pour le Studio-Théâtre de la Comédie-Française, d'après le chapitre XVII du roman de Vassili Grossman, Vie et destin. La dernière lettre d'une femme médecin juive dans un ghetto en Ukraine, occupée par les nazis, est lue par Catherine Samie, qu'il retrouvera dans le rôle de Winnie, lorsque, en novembre 2005, il mettra en scène Oh les beaux jours de Samuel Beckett, au Théâtre du Vieux-Colombier.

Filmographie[4][modifier | modifier le code]

  • 1964 : The Cool World de Shirley Clarke (producteur uniquement)
  • 1967 : Titicut Follies, 84 min, hôpital pour aliénés criminels de Bridgewater (Massachusetts).
  • 1968 : High School, 75 min, une école supérieure de Philadelphie.
  • 1969 : Law and Order, 81 min, dans un commissariat de police à Kansas City.
  • 1970 : Hospital, 84 min, le Metropolitan Hospital de New York.
  • 1971 : I Miss Sonia Hennie, film omnibus : plusieurs réalisateurs (Karpo Acimovic-Godina, Tinto Brass, Mladomir "Purisa" Djordjevic, Milos Forman, Buck Henry, Dusan Makavejev, Paul Morrissey et Frederick Wiseman) sont invités à tourner une séquence de trois minutes en caméra fixe dans une même chambre d'hôtel, où doit être prononcée cette phrase-titre.
  • 1971 : Basic training, 89 min, les classes du 16e bataillon US en 1970 dans le Kentucky, pendant la guerre du Viêt Nam.
  • 1972 : Essene, 86 min, un monastère bénédictin dans le Michigan.
  • 1973 : Juvenile Court, 144 min, le tribunal pour mineurs de Memphis, Tennessee.
  • 1974 : Primate, 105 min, sur les expérimentations d'un centre de recherches, sur les singes de Yerkes.
  • 1975 : Welfare, 167 min, sur le centre d'aide sociale de Waverly à New York.
  • 1976 : Meat, 113 min, sur l'élevage de masse des bœufs pour la consommation de viande, et l'abattoir, jusqu'au hamburger dans une immense entreprise du Colorado.
  • 1977 : Canal zone, 174 min, les résidents militaires et civils américains au Canal du Panama, sous contrôle américain.
  • 1978 : Sinaï field mission, 127 min, un détachement de militaires US dans une zone démilitarisée du Sinaï, après la guerre du Kippour.
  • 1979 : Manœuvre, 115 min, les manœuvres américaines de l'OTAN en Allemagne.
  • 1980 : Model, 129 min, l'agence de mannequins Zoli à New York.
  • 1982 : Seraphita's diary, 90 min, la disparition volontaire d'un célèbre mannequin new-yorkais.
  • 1983 : The Store, 118 min, la vie du grand magasin Neiman-Marcus de Dallas.
  • 1985 : Racetrack, 114 min, le champ de courses de chevaux de Belmont.
  • 1986 : Série Blind and Deaf: Blind, 132', Deaf, 164 min, Adjustement and work, 120 min, Multi-handicapped, 126', un institut spécialisé d'éducation et d'apprentissage pour handicapés et une usine fournissant du travail pour trois cents handicapés, en Alabama.
  • 1987 : Missile, 115 min, des officiers du Strategic Air Command apprennent le lancement des missiles.
  • 1989 : Central Park, 176 min, la vie et la place du célèbre jardin de New York.
  • 1989 : Near Death, 358 min, un service de soins intensifs dans l'hôpital Beth Israel de Boston.
  • 1991 : Aspen, 146 min, dans la plus célèbre station de sports d'hiver des USA.
  • 1992 : Zoo, 130 min, le zoo de Miami.
  • 1994 : High School II, 220 min, un lycée pilote de Spanish Harlem à New York..
  • 1995 : Ballet, 170 min, le travail de l'American Ballet Theater de New York et ses tournées à Athènes et Copenhague.
  • 1996 : La Comédie-Française ou L'amour joué, 223 min, dans les coulisses de la Comédie-Française.
  • 1997 : Public Housing, 195 min, des habitants d'une cité d'un ghetto noir de Chicago.
  • 1999 : Belfast, Maine, 248 min, sur une usine de sardines.
  • 2002 : La Dernière lettre, 61 min, seule œuvre de fiction, monologue théâtral tiré du roman de Vassili Grossman, Vie et destin, avec Catherine Samie. La dernière lettre d'une mère juive à son fils, à l'entrée des nazis en Ukraine en 1941.
  • 2001 : Domestic violence, 196 min, un centre d'accueil à Tampa (Floride) de femmes battues.
  • 2002 : Domestic violence 2, 196 min, les cours de justice et les violences domestiques.
  • 2004 : The Garden, 196 min, sur le Madison Square Garden, célèbre salle polyvalente de Manhattan. Il semble qu'une affaire juridique soit en cours, à propos de ce film[5].
  • 2007 : State legislature, 217 min, sur l'élaboration des lois par le Parlement d'Idaho. Inédit.
  • 2009 : La Danse, le ballet de l'Opéra de Paris, 158 min, les répétitions et les spectacles de sept ballets, et le travail des administrateurs, chorégraphes, maîtres de ballet, danseurs, musiciens, costumiers et techniciens de plateau.
  • 2010 : Boxing Gym, 91 min, sur le club de boxe américain Lord's Gym et sa clientèle hétéroclite.
  • 2011 : Crazy Horse, 134 min, sur les coulisses du cabaret parisien et la revue créée par Philippe Decouflé.
  • 2013 : At Berkeley, 244 min, sur l'Université Berkeley en Californie.

La plupart des sous-titres français des films de Frederick Wiseman ont été rédigés par Claire Clouzot, puis par Marie-Pierre Muller.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages publiés

  • Maurice Darmon : Frederick Wiseman / Chroniques américaines, Presses Universitaires de Rennes, collection Le Spectaculaire Cinéma, 410 pages, mai 2013, ISBN / EAN: 978-2-7535-2208-4.
  • Philippe Pilard : Frederick Wiseman, chroniqueur du monde occidental, éditions du Cerf, collection 7e art, décembre 2006.
  • François Niney : L'épreuve du réel à l'écran: essai sur le principe de réalité documentaire, De Boeck université, 2002 (p. 147-157 : Fictions du réel selon Wiseman, Rouch, Cassavetes. Cf. ci-dessous, "en ligne").
  • Frederick Wiseman : Une approche du monologue, Les Cahiers de la Comédie-Française, no 23, 1997.
  • Gilles Marsolais : L'aventure du cinéma direct revisitée, Les 400 coups, Laval, Québec, 1997.
  • (en) Liz Ellsworth, Frederick Wiseman: A Guide to References and Resources, G.K.Hall & Co, Boston, MA,‎ 1979 (ISBN 0816180660 et 9780816180660)

Dans les revues de cinéma

  • Les Cahiers du cinéma :
no 303, septembre 1979. Dominique Bergouignan : Entretien avec Fred Wiseman.
no 330, décembre 1981. Serge Le Péron; Olivier Assayas; Gilles Delavaud; Yann Lardeau; Guy-Patrick Sainderichin : Wiseman ou le cinéma américain vu de dos.
no 406, avril 1988. Frédéric Strauss : Entretien avec Frédérick Wiseman.
no 508, décembre 1996. Pierre Legendre : Les ficelles qui nous font tenir (À propos du cinéma de Frederick Wiseman).
no 431/432, mai 1990. François Niney, La disparition.
no 541, décembre 1999. Olivier Joyard : Vitesse d'exécution: Propos de Frederick Wiseman.
no 567, avril 2002. Benjamin Esdraffo : Un Américain à Saint-Denis.
no 594, octobre 2004. Charlotte Garson : « Domestic Violence et Domestic Violence 2 ».
  • Cinéma d'Aujourd'hui, no 11, février 1977. Philippe Pilard : Il n'y a pas qu'Hollywood.
  • Cinéma 76, no 210, juin 1976. Jean Roy : Frederick Wiseman ou le cinéma du constat.
  • Cinémathèque française, février 1987. Autour du documentaire: Fred Wiseman, Johan Van der Keuken, lire à ce sujet l'entretien croisé entre Frederick Wiseman et Johan van der Keuken : Chambre noire avec vue sur le réel, réalisé par Raphaël Bassan, Libération, vendredi 4 mars 1988, p.39[6].
  • Cinématographe, no 72, novembre 1981. C. Varène: Rétrospective Frederick Wiseman.
  • Écran, no 50, septembre 1976. Claire Clouzot: Mort et résurrection du réalisme américain - Frederick Wiseman.
  • Images en Bibliothèques, no 12, janvier 1993, François Niney et Philippe Pilard : Dossier Wiseman.
  • La Revue du Cinéma / Image et Son:
no 337, mars 1979. Philippe Pilard : Wiseman ou la découverte de l'Amérique. Rencontre avec Fred Wiseman.
no 366, novembre 1981. Philippe Pilard : Frederick Wiseman, c'est aussi l'Amérique.
  • Positif:
no 190, février 1977. Y. A. Delubac, Dossier et entretien avec Fred Wiseman.
no 445, mars 1998, Michel Ciment (Dossier réuni par — ), Présence du documentaire.
no 445, mars 1998, Laetitia Mikles, "Une Leçon de sociologie".
no 581-582, juillet-août 2009, Laetitia Mikles,"Titicut Follies. Asile, du grec asulon "inviolable".
no 584,octobre 2009, Laetitia Mikles, "La Danse, l'Opéra de Paris. La jeune fille et la mort".
hors-série, été 2010, Laetitia Mikles, "Deux ou trois choses...". Portrait.
no 601, mars 2011, Laetitia Mikles, "Boxing Gym. We are family".
no 608, octobre 2011, Laetitia Mikles et Delphine Levy, "Crazy Horse. Un de mes films les plus abstraits", entretien avec Frederick Wiseman.
  • La pensée de midi, no 2, Automne 2000, Christian Milovanoff : Les séquestrés
  • Vertigo, no 21, juin 2001. Jean-Marc Froissart : Le principe d'Heisenberg? Pas pour moi! entretien avec Frederick Wiseman.
En ligne

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le site de la Cinémathèque française propose un ensemble informatif sur le cinéaste (biographie, filmographie, bibliographie). Consulté le 3 septembre 2009.
    Pour ceux qui lisent l'anglais, le site Zipporah films, maison de production créée par Frederick Wiseman, est riche en informations de toutes sortes sur l'auteur et sur ses films. Consulté le 3 septembre 2009.
  2. (it) Giuseppe Sedia, Sur la force de l'observation. Interview à Frederick Wiseman, Sentieri Selvaggi - 11-11-2008.
  3. Interview à L'Humanité du 17 novembre 1999, à propos de la sortie de Publing House.
  4. Le site Idéale Audience International fournit sur la plupart de ces films résumés et photographies. Consulté le 3 septembre 2009.
  5. http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article4413&artsuite=7
  6. http://www.acrif.org/fr/document.asp?rubid=22&docid=4