Ennio Morricone

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Ennio Morricone (né le à Rome[1]) est un compositeur et chef d'orchestre italien, réputé notamment pour ses musiques de films, en particulier celles réalisées pour son ami et camarade de classe Sergio Leone. Son fils Andrea Morricone est également compositeur[2]. Sur une carrière s'étalant sur plus d'un demi-siècle, la popularité de ses musiques depuis les années 1960 en a fait une des personnalités les plus importantes et influentes du cinéma italien, puis mondial.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et débuts[modifier | modifier le code]

Élève de Goffredo Petrassi et diplômé de l'Académie nationale de Sainte-Cécile de Rome, il obtient un diplôme de trompette en 1946[1]. À l'académie, il rencontre aussi Bruno Nicolai, avec lequel il se lie d'amitié et qui sera un de ses collaborateurs les plus proches tout au long de sa carrière. Il obtient ensuite ceux de composition, d'instrumentation et de direction d'orchestre en 1954[1], et débute dans la musique classique ou expérimentale dès 1953. La même année, il compose son premier arrangement professionnel pour une série d'émissions radiophoniques[1].

Il écrit sa première œuvre classique en 1957, mais les bénéfices sont trop faibles pour lui permettre de vivre de son œuvre. Il est alors embauché à la RAI en 1958, mais démissionne après un seul jour de travail[1]. Sans abandonner la musique classique, il se tourne vers une musique plus populaire en écrivant de nombreux arrangements pour la télévision et des chansons. Ces travaux le font connaitre et apprécier par des artistes divers, y compris par des réalisateurs qui font appel à lui à partir de 1960. Il débute donc en musique de film, après des arrangements et des travaux pour d'autres musiciens chevronnés, officiellement à partir de 1961 avec Il federale de Luciano Salce[1].

Il fait quelques incursions dans le domaine de la chanson en composant et dirigeant deux albums consacrés à une diva de la chanson mondiale : sa compatriote Milva avec l'album Dedicato A Milva Da Ennio Morricone en 1968, et à la chanteuse française Mireille Mathieu avec l'album Mireille Mathieu chante Ennio Morricone en 1974.

En 1971, Marc Gilbert, producteur de l'émission Italiques de l'ORTF, lui demande l'autorisation d'utiliser la musique du film À l'aube du cinquième jour, pour le générique de l'émission. Illustrée par un dessin animé de Jean-Michel Folon, elle servira dès lors de référence sur le service public.

Le compositeur de bandes originales[modifier | modifier le code]

Auteur de musiques pour Bernardo Bertolucci, Pier Paolo Pasolini, Dario Argento ou Marco Bellocchio, c'est surtout avec Sergio Leone et la partition de Pour une poignée de dollars qu'il acquiert une renommée internationale et la reconnaissance quasi immédiate de ses pairs. Réitérant avec succès sa collaboration avec Leone, pour des classiques comme Le Bon, la Brute et le Truand ou Il était une fois dans l'Ouest qui obtiennent un triomphe discographique sans précédent[N 1], ou encore avec Il était une fois la révolution, Morricone poursuit également son travail dans des domaines de plus en plus divers, touchant à tous les genres.

Au cours des années 60, 70 et 80, son style fait de nervosité et de lyrisme est maintes fois imité tout en inspirant également l'univers des variétés. Le succès discographique accompagne par ailleurs souvent ses œuvres, comme la chanson Here's to you que chante Joan Baez pour Sacco et Vanzetti ou le fameux Chi Mai qui rythme Le Professionnel avec Jean-Paul Belmondo. Il compose par ailleurs la bande originale de succès tels que Le Clan des Siciliens en 1969, 1900, Les Moissons du ciel, Le Pré, Il était une fois en Amérique, ou encore Mission, pour lequel il est nommé aux Oscars. Dans les années 2000, il compose notamment pour la télévision italienne (Padre Pio en 2001, Cefalonia en 2005).

Musicien infatigable et inclassable, son style éclectique allie mysticisme, sensibilité, poésie, force et lyrisme. Il est récompensé à de nombreuses reprises durant sa carrière : BAFTA de la meilleure musique de film en 1987, plusieurs Nastri D'argento, cinq nominations aux Oscars, trois Golden Globes, un Grammy Award et un Lion d'or du Festival de Venise[1]. Il est également distingué par des titres honorifiques : le président italien Carlo Azeglio Ciampi lui décerne la Medaglia di prima Classe di Benemerito dell'Arte e della Cultura en 2000, et le président français Nicolas Sarkozy le fait Chevalier de la Légion d'honneur en 2009[1].

Durant la 79e cérémonie des Oscars en 2007, il est récompensé par un Oscar d'honneur pour l'ensemble de sa carrière[1].

Le compositeur de musique « absolue »[modifier | modifier le code]

En studio avec Nuova Consonanza vers 1976 (Morricone est assis à droite)

Sa musica assoluta, terme utilisé par le compositeur pour désigner sa musique de concert (en réaction à la musica applicata, appliquée à un sujet, par exemple le scénario d'un film) débute en 1946. En 1965 il intègre le groupe d'improvisation et de composition avant-gardiste Nuova Consonanza[1].

Il compose un nombre important de pièces de musique de chambre et pour orchestre, tels que Concerto pour orchestre en 1957, Concerto pour flûte et violoncelle en 1983, Cantate pour l'Europe en 1988, ou encore Voci del Silenzio en 2002 (œuvre chorale dirigée notamment par Riccardo Muti au festival de Ravenne). En 1991 il dédie son concerto pour trompette Ut (1991) au trompettiste soliste Mauro Maur, un de ses musiciens préférés[3].

Le chef d'orchestre[modifier | modifier le code]

Ennio Morricone au Siège des Nations Unies

À partir de 2001, il ralentit son activité cinématographique et renoue avec la direction orchestrale. Il entame une tournée musicale avec des dates européennes à Vérone, Paris, Londres au Royal Albert Hall en 2003 puis dans le monde entier. Il se produit principalement à la tête de l'Orchestre de la radio italienne ou de l'orchestre Roma Sinfonietta accompagné d'une centaine de choristes, dirigeant des morceaux tirés de ses compositions pour des films à succès tels Mission ou Cinema Paradiso, ou pour des films moins connus tels Malèna, Vatel ou ceux de Roberto Faenza.

En 2004, il enregistre un disque avec le violoncelliste Yo Yo Ma contenant ses thèmes à succès. Le 2 février 2007, il dirige l'orchestre Roma Sinfonietta pour un concert au Siège des Nations Unies célébrant la prise de fonctions du secrétaire général Ban Ki-moon[1]. Lors d'un concert dédié à la mémoire de Jean-Paul II en 2007 à Cracovie, il interprète avec ce même orchestre un oratorio basé sur un texte et un poème de l'ancien souverain pontife[4].

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Discographie d'Ennio Morricone.

Ennio Morricone a composé la musique de plus de 500 films et programmes télévisés, et vendu plus de 70 millions de disques dans le monde tous genres confondus[5],[6].

Certains d'entre eux, de par leur importance dans la carrière du compositeur ou la singularité de l'utilisation de la musique, méritent une attention particulière[N 2].

Musique "appliquée" : une sélection[modifier | modifier le code]

Pour une poignée de dollars (1964)[modifier | modifier le code]

Seulement 3 ans après ses débuts pour le cinéma, Morricone rencontre un succès international avec sa première collaboration avec Sergio Leone. Ce Western spaghetti[N 3] est signé sous le pseudonyme Dan Savio[N 4], nom qu'il reprendra (avec Leo Nichols) par la suite dans les années soixante (certains producteurs de ce genre de cinéma voulant faire croire à des films américains)[A 1].

La musique du générique d'ouverture est née de la volonté du compositeur de reproduire une atmosphère de vie quotidienne à la campagne, de nature archaïque dominée par l'homme[N 5]. Le thème principal est lui inspiré de la mélodie d'une chanson de marins composée pour la télévision[N 6], sur laquelle la trompette recréée l'atmosphère militaire mexicaine que Leone avait en tête : ce dernier demandait à l'origine une reprise du thème Deguello de Rio Bravo composé par Dimitri Tiomkin (utilisée comme musique temporaire lors du montage[B 1])[A 1].

L'expérimentation musicale du compositeur est traduite ici de plusieurs manières. D'une part, par l'utilisation musicale de bruits : le sifflement et le fouet représentant la campagne pour le citadin ; la cloche la ville pour le campagnard. Aussi, par la combinaison de sons de la nature, de celui de la guitare électrique et de celui de l'orchestre. Enfin, par la contribution narrative de la partition : elle aide ainsi à définir les personnages, à appuyer l'opposition entre l'Homme sans nom (Clint Eastwood) et son antagoniste (Gian Maria Volonté)[A 1].

L'Oiseau au plumage de cristal (1970)[modifier | modifier le code]

Ce Giallo est le premier film du réalisateur Dario Argento et le premier des trois films pour lesquels ils collaboreront. L'attrait de Morricone pour l'atonalité trouve ici un canevas idéal dans la vision abstraite, d'avant-garde du réalisateur : ainsi, les moments dramatiques et traumatiques de ce thriller horrifique permettent un anti-conventionalisme de la musique, utilisé jusque-là (et surtout à cette époque) dans la musique expérimentale de concert. Ces moments sont mis en valeur par la présence de séquences à compositions tonales, plus "traditionnelles", et par l'utilisation du silence[A 2].

La technique du re-recording est utilisée de façon créative pour la première fois par le compositeur grâce à l'enregistrement multi-pistes sur bande magnétique. Chacune des 16 pistes est alors dédiée à la captation de motifs quasi similaires se succédant de façon aléatoire[B 2].

Il était une fois en Amérique (1984)[modifier | modifier le code]

Sergio Leone durant le tournage du film

Ce film est l'ultime collaboration (et la plus aboutie[7]) entre Morricone et Sergio Leone qui mourra 5 ans plus tard d'une crise cardiaque. Le compositeur, se basant sur le scénario (et sur des thèmes composés mais non-utilisés[N 7] pour un film de Franco Zeffirelli[B 3]), écrit et enregistre la musique avant même le tournage du film. Leone, comme dans Il était une fois dans l'Ouest, l'utilise sur le tournage à la manière des musiciens de plateau des années 1920 pour aider les acteurs à trouver les émotions adéquates.

La partition se veut discrète et empreinte de nostalgie : le film étant basé sur des alternances entre les époques à l'aide de flashbacks et de flashforwards, la musique établi un lien temporel. De plus, les thèmes musicaux (Poverty, Deborah, Cockeye, Friendship) sont réutilisés plusieurs fois lors de scènes complètement différentes, créant ainsi des atmosphères diverses tout au long du film[A 3]. Il est à noter l'utilisation inédite de la flûte de pan (jouée par le virtuose Gheorghe Zamfir pour le thème de Cockeye) qui n'est pas sans rappeler celle de l'harmonica dans Il était une fois dans l'Ouest. Edda Dell'Orso, soprano du thème principal de ce même film, prête ici sa voix pour le thème de Deborah.

La scène : Noodles (Robert De Niro) visite l'endroit d'où il espionnait Deborah s'entraînant à la danse. Le thème de la jeune fille intervient alors, mais rapidement la mélodie d'Amapola (chanson populaire espagnole) se fait entendre, ce qui plonge le personnage dans ses souvenirs. Sans aucun dialogue, la scène démontre leur amour impossible… comme dans la chanson[A 3].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Il était une fois dans l'Ouest sera même repris par des chanteurs classique comme, par exemple, André Vasary, soprano colorature Hongrois
  2. Les analyses suivantes sont basées sur des commentaires du Maestro, ou de textes validés par lui.
  3. Terme exécré par le compositeur, lui préférant l'expression Western italien
  4. Sergio Leone devenant Bob Robertson
  5. Elle fut composée quelques années auparavant pour l'album du chanteur de musique folk Peter Tevis
  6. I drammi marini di O'Neill, production de 1962 basée sur les pièces de théâtre d'Eugene O'Neill
  7. La première collaboration entre les deux hommes se fera en 1990 avec Hamlet
Références
  • (it) (en) Divers auteurs, sous la direction de Gabriele Lucci, Morricone, Cinema e oltre/Cinema and More, Mondadori,‎ 2007, livre + CD, 303 p. (ISBN 978-883704143-4)
  1. a, b et c p. 52-57
  2. p. 116-117
  3. a et b p. 72-75
  • (it) Sergio Miceli, Morricone, La Musica, Il Cinema, Ricordi Mucchi,‎ 1994, 415 p. (ISBN 88-7592-381-1)
  1. p. 117
  2. p. 237
  3. p. 277

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]