Antonio Salieri

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Antonio Salieri

Description de cette image, également commentée ci-après

Salieri par Joseph Willibrod Mähler en 1825.

Naissance
Legnago
Flag of Most Serene Republic of Venice.svg République de Venise
Décès (74 ans)
Vienne
Drapeau de l'Autriche Empire d'Autriche
Activité principale Compositeur
Style Classique
Lieux d'activité Vienne
Années d'activité 1768-1804
Maîtres Florian Gassmann
Élèves Ludwig van Beethoven
Franz Schubert
Franz Liszt

Œuvres principales

Antonio Salieri est un musicien italien, né à Legnago dans la province de Vérone le et mort à Vienne le à 74 ans. Il occupe une place importante dans l'histoire de la musique classique. Malgré cela, sa vie et son œuvre sont aujourd'hui quelque peu oubliées du grand public, qui ne les entraperçoit que vaguement à travers la légende de sa rivalité avec Mozart.

Biographie[modifier | modifier le code]

Carrière[modifier | modifier le code]

Né à Legnago, le jeune Antonio étudie dès 15 ans le chant et la théorie à Venise. Son maître, Florian Gassmann, l'emmène à Vienne en 1766. Il lui enseigne la composition et le présente à Metastase et à Gluck. Gassmann est un important personnage à Vienne, successeur de Gluck qui est une gloire locale, et c'est grâce à lui que Salieri se prépare à un avenir prestigieux. Il profite aussi du soutien de Gluck qui n'hésite pas à proposer Les Danaïdes sous son propre nom à l'académie de Musique de Paris, avant de révéler le nom du compositeur.

À la mort de Gassmann en 1774, il est nommé compositeur de la cour et directeur de l'opéra italien, puis en 1788, maître de chapelle de l'empereur, cumulant tous les postes supérieurs et assumant de ce fait une fonction de direction de la musique à la Cour, da Ponte étant Poète impérial, responsable des livrets.

Il se rend à Milan, Venise, Rome et Paris pour les représentations de ses opéras.

Personnalité incontournable de la vie musicale viennoise de son époque, compositeur de nombreux opéras, dont certains à succès, Salieri est l'ami de Gluck et de Haydn et entretient des relations avec de nombreux autres compositeurs et musiciens importants. Certains de ses nombreux élèves deviennent plus tard célèbres : Beethoven, Schubert, Giacomo Meyerbeer mais aussi le tout jeune Liszt ; d'autres marquent plus ou moins leur époque comme Hummel, Antoine Reicha, Ignaz Moscheles, Carl Czerny, Franz Xaver Süßmayr et Franz Xaver Wolfgang Mozart (le dernier fils de Mozart).

En 1792, Leopold Anton Kozeluch lui succède dans la charge de compositeur à la cour impériale d'Autriche.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Au tournant du XIXe siècle, Salieri diminue son activité créatrice, se consacrant presque exclusivement à l'écriture de musiques religieuses, la plupart vouées aux besoins de la chapelle impériale[1]. Ses créations de l'époque témoignent également d'un fort attachement à la personne de l'empereur François II et à l’exaltation du sentiment nationaliste qui se répand en Autriche face aux ambitions napoléoniennes[2]. Ainsi en témoigne la musique des Hussites, qu'il compose en partie en 1803 et qui est reprise dix-sept fois à Vienne. Salieri compose également un Te Deum qui est exécuté pour la première fois en décembre 1804 quand le souverain prend officiellement le titre d'empereur d'Autriche et un Requiem, la même année, pour ses propres obsèques[3].

Le vieux musicien perd successivement son fils et son épouse et limite ses activités à l'administration de la Société des amis de la musique de Vienne et à son école de chant. Pour autant, il reste une personnalité incontournable de la vie musicale dans la capitale autrichienne[4]. Les honneurs s'accumulent : il devient membre de l'Académie suédoise, de l'Institut de France, reçoit la Légion d'honneur, la Médaille Civile d'or à chaîne d'or. En 1815, il compose Les 24 variations pour orchestre sur le thème de la Folia di Spagnia et entreprend de relire et corriger toutes ses anciennes partitions d'opéra[5].

A partir de 1820, Salieri est victime de crises de goutte ; sa santé diminue progressivement. Trois ans plus tard, il se blesse grièvement à la tête et ses jambes se paralysent[6]. En octobre, il est transporté au grand hôpital de Vienne, dans un état sénile, puisqu'il devient impossible de le soigner chez lui. Peut-être a-t-il tenté, à cette époque, de se suicider[6]. En juin 1824, il est officiellement mis à la retraite par la Cour qui lui maintient toutefois son salaire[7]. Il meurt le vers huit heures du soir. Tout le personnel de la chapelle impériale accompagne son cortège funèbre, ainsi que de nombreux compositeurs présents à Vienne et, quelques jours plus tard, son Requiem est joué dans l'église italienne de Vienne par ses élèves, selon ses volontés[8]. Il est inhumé dans le Cimetière central de Vienne.

Postérité[modifier | modifier le code]

Mozart et Salieri[modifier | modifier le code]

La rumeur accusant Salieri d'avoir organisé la mort de Mozart semble être colportée depuis la parution de la nouvelle de Pouchkine, Mozart et Salieri (1830, mis en musique par Rimski-Korsakov). Elle a été reprise par Peter Shaffer dans sa pièce célèbre Amadeus et par Miloš Forman dans le film Amadeus qu'il a tiré de cette pièce. Cette accusation n'est basée sur aucun fait réel, malgré la jalousie qu'aurait pu légitimement ressentir Salieri à l'égard de la musique de Mozart. Cette hypothèse est actuellement abandonnée car Salieri était un puissant personnage à Vienne et ne pouvait être jaloux de Mozart, qui obtenait des succès moindres. Salieri a plutôt aidé Mozart et fut une des cinq personnes présentes à ses obsèques. Salieri s'évertua à faire connaître la musique de Mozart, dont il avait, avec Joseph Haydn, reconnu le véritable génie. Il n'a donc pu éprouver du remords d'un assassinat si improbable. Le rôle que, selon cette légende, Salieri aurait joué dans la commande du Requiem de Mozart est contredit par les recherches des historiens, selon laquelle le mystérieux commanditaire du Requiem de Mozart aurait été, en réalité, le fils du maire de Vienne de l'époque, qui agissait pour le compte du comte Franz de Walsegg. Mozart mourut épuisé, très malade, abandonné et ruiné quoique recevant de la Cour un traitement de musicien de 800 florins par an, une somme importante.

Concernant les vraies causes de la mort de Mozart, on trouve chez les biographes des versions différentes. Plusieurs causes sont évoquées et le débat n'est pas clos. Le médecin appelé lors du décès a fait état d'une fièvre miliaire expliquant son obésité. Mozart ayant été enterré dans une fosse commune selon l'usage pour un enterrement de dernière classe, personne n'a pu retrouver son corps malgré les recherches et il est donc invraisemblable qu'on puisse un jour examiner une partie de son squelette.

Le livret de Così fan tutte, écrit par Lorenzo Da Ponte sur commande de Joseph II, fut tout d'abord proposé à Salieri, qui en composa quelques numéros, avant de devoir abandonner (sans doute avait-il trop de travail). Ce fut finalement Mozart qui composa l'œuvre que nous connaissons. Il en va de même de la composition de La Clemenza di Tito, proposée préalablement à Salieri qui recommanda Mozart. Salieri félicita Mozart pour La Flûte enchantée, singspiel allemand, après avoir assisté à une représentation.

Popularité[modifier | modifier le code]

Maison Natale d'Antonio Salieri à Legnago (Vénétie)

Des airs très populaires de Salieri furent réutilisés pour des chansons. Ainsi l'air de Calpigi, extrait de son opéra Tarare (1787), fut employé par le célèbre Pierre Jean de Béranger pour trois de ses chansons : La Sainte-Alliance barbaresque, Nabuchodonosor et les Orangs-Outangs[9]. Quand en 1846, 39 fameux chansonniers de goguettes parisiennes, au nombre desquels Charles Gille, Pierre Lachambeaudie, Charles Colmance, Élisa Fleury, etc., rédigent collectivement une très longue chanson comique, ils choisissent la même musique comme un des deux airs possibles sur lequel placer la chanson[10]. Salieri influença le compositeur allemand Leopold Schefer lors de leur collaboration à Vienne durant la période 1816-1817.

Salieri de nos jours[modifier | modifier le code]

Ce compositeur retrouve, aujourd'hui, une place plus conforme à son œuvre. On redécouvre des pièces comme les XXVI Variations sur La folia di Spagna (1815), pour orchestre et violon solo. Il s'agit de l'une de ses dernières œuvres : on ne trouve aucun autre cycle de variations orchestré d'importance avant Brahms (Variations sur un thème de Haydn).

Son opéra L'Europa riconosciuta fut joué lors de l'inauguration du théâtre lyrique de Milan, La Scala le 3 août 1778. Il l'a été à nouveau lors de la réouverture après travaux de la Scala le 7 décembre 2004. Le spectacle fut retransmis en direct à la radio.

L'opéra buffa La grotta di Trofonio a été donné à l'Opéra de Lausanne, les 6, 9, 11, 13, et 15 mars 2005 par Les Talens Lyriques dirigés par Christophe Rousset (Un CD est sorti chez le label Ambroisie).

L'opéra Il mondo alla rovescia[11] a été joué au Théâtre Salieri[12] de Legnago (Italie) pour la première fois dans les temps modernes en novembre 2009; une coproduction entre la Fondazione Culturale Antonio Salieri et la Fondazione Arena di Verona dans le Salieri Opera Festival[13].

La mezzo-soprano Cecilia Bartoli a consacré un enregistrement chez Decca, constitué d'airs extraits d'opéras, et effectue avec ce programme, une tournée européenne. La soprano-colorature allemande Diana Damrau a également enregistré sur un album récent, intitulé Arie di Bravura, plusieurs airs de Salieri, extraits notamment de Semiramide, La Finta Scema, L'Europa riconosciuta, ou encore Cubilai, gran Khan dei Tartari.

Axur Re d' Ormus et Tarare la version française, joués 128 fois jusqu'en 1825, sont aujourd'hui reconnus comme des opéras d'une grande qualité musicale. Magloire a repris l’œuvre en 1988.

Antonio Salieri est interprété par l'acteur F. Murray Abraham dans le film de Miloš Forman, récompensé par l'Oscar du meilleur acteur.

On le retrouve aussi interprété par le chanteur Florent Mothe dans la comédie musicale Mozart, l'opéra rock avec les chansons : Le bien qui fait mal, L'Assasymphonie, Victime de ma victoire et Vivre à en crever avec Mikelangelo Loconte, "Debout Les Fous" et "C'est Bientôt La Fin". Salieri y est montré jeune et animé d'une jalousie sans limite envers les œuvres de Mozart dont il reconnaît la grande beauté.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Opéras[modifier | modifier le code]

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

  • Concertos pour piano no 1 & 2 (1773) - Andreas Staier (Teldec) (+ Concerto de Stepan)
  • Concertos pour piano no 1 & 2 (1773) ; Ouvertures : Les Horaces (1786), Semiramide (1782); Variations sur la folia (1815) - Philharmonia Orchestra, Dir. Pietro Spada (& piano) (1995, ASV CD DCA 955)
  • Salieri. Ouvertures - Orchestre symphonique de la radio Slovaque / Michael Dittrich (CD Naxos, 2000 ; réédition de Marco Polo, 1993)
  • Tarare Deutsche Händel-Solisten / Jean-Claude Malgoire, Festival de Schwetzingen (1988) (DVD Arthaus, 2005)
  • Arie di Bravura Diana Damrau, Le Cercle de l'Harmonie, Dir. Jérémie Rhorer (CD EMI/Virgin)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. V. Braunbehrens, Salieri, dans l'ombre de Mozart, op. cit., p. 230.
  2. V. Braunbehrens, Salieri, dans l'ombre de Mozart, op. cit., p. 233.
  3. V. Braunbehrens, Salieri, dans l'ombre de Mozart, op. cit., p. 237.
  4. V. Braunbehrens, Salieri, dans l'ombre de Mozart, op. cit., p. 238.
  5. V. Braunbehrens, Salieri, dans l'ombre de Mozart, op. cit., p. 247.
  6. a et b V. Braunbehrens, Salieri, dans l'ombre de Mozart, op. cit., p. 253.
  7. V. Braunbehrens, Salieri, dans l'ombre de Mozart, op. cit., p. 255.
  8. Ignaz Franz von Mosel, Uber das Leben und die Werke des Anton Salieri, Vienne, 1827, p. 207.
  9. Dans le recueil de la Musique des chansons de Béranger publié à Paris chez Perrotin en 1853 (6e édition) la même partition de l'Air de Calpigi accompagne à chaque fois les trois chansons : La Sainte-Alliance barbaresque (n° 99, p. 64), Nabuchodonosor (n° 164, p. 122) et les Orangs-Outangs (n° 303, p. 251).
  10. Il s'agit de la chanson Cent et une petites misères, Œuvre sociale, rédigée par les meilleurs chansonniers de l'époque, Sous la Direction de MM. Charles Gille, Adolphe Letac et Eugène Berthier, Fondateurs. (gallica.bnf.fr) On peut lire la partition et entendre l'air de Calpigi sur Internet.
  11. www.teatrosalieri.it
  12. Site du Théâtre Salieri
  13. www.teatrosalieri.it