Pier Paolo Pasolini

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Pier Paolo Pasolini est un écrivain, poète, journaliste, scénariste et réalisateur italien, né le 5 mars 1922 à Bologne et assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975[1] sur la plage d'Ostie, à Rome.

Son œuvre artistique et intellectuelle, politiquement engagée, a marqué la critique. Doué d'éclectisme, il se distingue dans de nombreux domaines. Connu notamment pour son engagement à gauche, mais se situant toujours en dehors de l'institution, il est un observateur des transformations de la société italienne de l'après-guerre, et ce, jusqu'à sa mort en 1975. Son œuvre suscite souvent de fortes polémiques (comme à son dernier opus, Salò ou les 120 Journées de Sodome, sorti en salles l'année même de sa mort), et provoque des débats par la radicalité des idées qu'il y exprime. Il se montre très critique, en effet, envers la bourgeoisie et la société consumériste italienne alors émergente, prenant très tôt ses distances avec un certain esprit contestataire de 1968.

Avec plus de quatorze prix et neuf nominations, l'art cinématographique de Pier Paolo Pasolini s'impose dès 1962[2] avec notamment L'Évangile selon saint Matthieu, puis avec Les Contes de Canterbury.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Pier Paolo et sa mère.

Premier-né des enfants de Carlo Alberto et Susanna Colussi, Pier Paolo naît à Bologne le 5 mars 1922. En 1923, la famille, qui habite alors la ville de Parme, déménage à Conegliano à cause des affectations de son père qui est militaire. Son frère Guido naît alors à Belluno en 1925[3].

En 1927, Pasolini et sa famille reviennent à Conegliano, où Pier Paolo est inscrit à l'école primaire avant ses six ans. L'année suivante, ils déménagent à Casarsa della Delizia, le village d'origine de sa mère, à cause de l'arrestation du père pour dettes de jeu ; sa mère reprend alors son métier d'institutrice afin de faire face aux difficultés financières que leur nouvelle situation impose. La détention du père prend fin, et les déménagements reprennent de manière annuelle[réf. nécessaire]. Pier Paolo passe ses étés à Casarsa, « vieux bourg… gris et immergé dans la plus profonde pénombre de la pluie, tout juste peuplé d'antiques figures de fermiers et rythmé par l'intemporel son de la cloche »[4].

En 1929, la famille déménage à Sacile, toujours en raison du travail du père, et cette année-là le jeune Pier Paolo se passionne pour le dessin et la poésie[réf. nécessaire], ses sujets sont les spectacles de la nature qu'il observe à Casarsa. Après un bref séjour à Idrija, aujourd'hui en Slovénie, la famille retourne à Sacile, où Pier Paolo passe l'examen d'admission au collège, et il commence sa première année à Conegliano. Le père est muté à Crémone au milieu de l'année scolaire 1932-1933, la famille y reste jusqu'en 1935 et déménage encore à Scandiano, ce qui engendre d'inévitables problèmes d'adaptation. Le jeune Pier Paolo élargit l'étendue de ses lectures poétiques, cultive sa passion pour la littérature, et perd peu à peu son initiale ferveur religieuse.

Au collège de Reggio d'Émilie, il rencontre son premier véritable ami, Luciano Serra, qu'il retrouve l'année suivante au lycée Galvani de Bologne : « Belle et douce Bologne ! J'y ai passé sept ans, peut-être les plus beaux… »[4]. Pier Paolo cultive alors de nouvelles passions, dont le football, et alimente sa passion pour la lecture, en achetant aux bouquinistes du Portico della Morte des livres d'occasion de Dostoïevski, de Tolstoï, de Shakespeare, de poètes romantiques, Coleridge ou Novalis.

Au Lycée Galvani, il se fait d'autres amis, dont Ermes Parini, Franco Farolfi et Elio Meli, et crée avec eux un groupe de discussion littéraire, tout en poursuivant de brillantes études : il obtient d'excellentes notes[réf. nécessaire], et en 1939, elles sont même si bonnes qu'elles lui permettent de sauter une classe et de passer le bac en automne de la même année. À seulement dix-sept ans, il s'inscrit à la faculté des lettres de l'université de Bologne et se découvre de nouvelles passions, la philologie romane et surtout l'esthétique des arts figuratifs.

Il fréquente le ciné-club, où un cycle des films de René Clair le passionne, se consacre au sport et devient capitaine de l'équipe de football de la faculté des lettres, fait des balades à vélo avec ses amis, participe aux sorties estivales en camping organisées par l'université. Il rencontre souvent ses amis — le groupe se décrit « viril et guerrier »[réf. nécessaire] — non seulement dans les salles de l'université, mais aussi dans d'autres lieux créés par le régime fasciste pour la jeunesse, dont le Gruppo Universitario Fascista (ou GUF), les campings de la Milizia, et les joutes culturelles organisées dans la région. À cette période, il lit les Occasioni d'Eugenio Montale, les œuvres d'Ungaretti et des traductions en italien des poésies lyriques grecques, par Salvatore Quasimodo  ; outre la poésie, il lit tout ce qu'il peut trouver, traduit en italien, de Freud.

Pier Paolo Pasolini avec ses amis à Bologne en 1937.

Comme chaque année, la famille Pasolini passe l'été 1941 à Casarsa, Pier Paolo écrit des poèmes qu'il envoie dans ses lettres à ses amis bolognais, à son ami Serra, à Francesco Leonetti et Roberto Roversi. Ces vers expriment un fort esprit de solidarité :

« L'unité spirituelle et notre manière unitaire de sentir sont très importants, nous formons déjà un groupe, et presque une nouvelle poésie ; du moins, c'est ce que je pense. »

Les quatre jeunes hommes songent à fonder un magazine Eredi (ou « Héritiers »), que Pasolini souhaite imprégner d'un programme social : « Devant Eredi nous devrons être quatre, mais par pureté un seul ». Pourtant, le magazine ne voit jamais le jour à cause des restrictions gouvernementales sur la consommation de papier, mais l'été 1941 reste gravé pour toujours dans la mémoire des quatre amis. C'est à cette époque que Pasolini commence à écrire des dialogues en frioulan, même si les poésies envoyées à ses amis sont tout de même écrites en italien.

Premières expériences littéraires[modifier | modifier le code]

Pasolini à Casarsa.

De retour de Casarsa au début de l'automne, il se rend compte à quel point le frioulan lui tient à cœur. Des derniers mois de 1941 aux premiers de 1942, il écrit des vers qui seront rassemblés dans un petit livre intitulé Poesie a Casarsa, publié à compte d'auteur et ensuite commenté par Gianfranco Contini, Alfonso Gatto et le critique Antonio Russi.

Il reprend ensuite une vie culturelle mouvementée à Bologne, surtout à l'université, et, suite aux bonnes critiques de Francesco Arcangeli sur ses peintures, il envisage d'écrire une thèse sur l'art italien contemporain avec Roberto Longhi, professeur d'histoire de l'art, qui lui fait découvrir, à travers un cours sur les peintres Masolino, Masaccio, Piero della Francesca et Le Caravage[5], ce qu'il apparente immédiatement au cinéma. Pasolini n'écrit que les premiers chapitres de sa thèse avant de renoncer et de passer à une nouvelle, plus motivante pour lui, sur la poésie de Giovanni Pascoli. Le manuscrit de sa thèse sur l'art est perdu le 8 octobre 1943.

Pasolini rejoint la Gioventù Italiana del Littorio (ou GIL), une organisation de jeunesse crée par le régime, qui souhaite créer un magazine culturel appelé Il Setaccio, dont il devient rapidement rédacteur en chef. Il se trouve par la suite en conflit avec le directeur de la publication, fidèle à la rhétorique du régime. Seuls sept numéros du magazine sont publiés, mais cette expérience marque le jeune Pasolini de manière positive; grâce à elle, il comprend la nature régressive et provinciale du fascisme et développe un point de vue antifasciste[réf. nécessaire].

La même année, il visite l'Allemagne nazie au cours d'un voyage organisé pour favoriser la rencontre des jeunesses universitaires des deux pays alliés. Il s'y initie alors à la culture européenne qui lui était jusqu'alors inconnue. À son retour de voyage il publie, dans la revue du GUF, l'article Cultura italiana e cultura europea a Weimar (« Culture italienne et culture européenne à Weimar »). L'article échappe à la censure et annonce déjà le Pasolini « corsaire » et rebelle[réf. nécessaire]. Dans le Setaccio, il trace les principes d'un programme culturel dont les piliers sont l'effort de conscience de soi, le travail intérieur, individuel et collectif, et la sensibilité critique.

La guerre[modifier | modifier le code]

À la fin de l'année 1942, la famille décide de se réfugier dans le Frioul, à Casarsa, réputé plus tranquille et sûr, pour y attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale. C'est là qu'en 1943, le jeune Pier Paolo commence à comprendre les peurs érotiques qu'il avait auparavant essayé d'éloigner : « Un constant malaise sans images et sans paroles qui bat à mes tempes et m'aveugle ». Il maintient le contact épistolaire avec ses amis, auxquels il décide de ne plus rien cacher :« Je veux être au Tagliamento, y lancer mes gestes l'un après l'autre dans la lumineuse cavité du paysage. Le Tagliamento est très large. Un énorme torrent rocheux, candide comme un squelette. Nous y sommes arrivés hier à vélo, jeune indigène, avec un indigène plus jeune prénommé Bruno… »

La veille de l'Armistice du 8 septembre, il est appelé sous les drapeaux. Contraint de s'enrôler à Livourne en 1943, le lendemain de l'armistice, il refuse de rendre ses armes aux Allemands, et part se réfugier à Casarsa déguisé en paysan[réf. nécessaire]. Là-bas, il forme, avec quelques autres jeunes passionnés de poésie, un groupe culturel qui revendique l'usage du frioulan de Casarsa contre l'hégémonie de celui d'Udine[réf. nécessaire]. Le nouveau groupe décide de publier un magazine qui parlerait à son public tout en faisant la promotion de la poésie. Le premier numéro du magazine sort en mai 1944 sous le titre, en frioulan, Stroligùt di cà da l'aga (« Lunaire, de ce côté de l'eau »).

La petite église à Versuta.

Pendant ce temps, la tranquillité de Casarsa est mise à mal par les bombardements et par les raids des fascistes qui pratiquent l'enrôlement forcé dans les nouvelles forces armées de la République de Salò, ce qui provoque les premiers groupes de résistants. Pier Paolo essaie de se distraire le plus possible, se consacre à ses études et à sa poésie ; entre-temps, il ouvre un cours chez lui, pour les lycéens qui ne peuvent plus rejoindre leurs écoles à Pordenone ou le collège d'Udine. En octobre 1944, Pasolini et sa mère déménagent à Versuta, plus tranquille et plus éloigné des cibles militaires, son jeune frère Guido rejoint les résistants de la Carnia. Les enfants du village doivent désormais parcourir plus d'un kilomètre pour aller à l'école, car il n'y en a pas dans leur village, aussi Susanna et Pier Paolo décident d'en ouvrir une, gratuite, dans leur domicile, de la même manière qu'à Casarsa.

Au cours de cette période le jeune Pasolini vit son premier véritable amour pour l'un des étudiants les plus âgés, au sujet duquel il écrit  : « Dans ces membres brillait une ingénuité, une grâce… ou l'ombre d'une race perdue qui se réaffirme dans l'adolescence ». En même temps, Pina Kalč, une jeune violoniste slovène qui s'est réfugiée avec sa famille chez les Pasolini, tombe amoureuse de lui. L'amour de Pier Paolo pour le jeune homme et l'amour de Pina pour Pier Paolo s'entremêlent, compliquant douloureusement les derniers et longs mois de la guerre.

Le 7 février 1945 a lieu, le massacre de Porzûs, en Frioul-Vénétie julienne, : une milice de partisans pro-communistes massacre la Brigade Osoppo, un groupe de partisans modérés qui s'oppose aux visées yougoslaves sur le Frioul. Et parmi les victimes se trouve le frère de Pasolini, Guido. Cette nouvelle n'arrive à Casarsa que quelques semaines après la fin de la guerre, plongeant Pier Paolo et sa mère dans le désespoir. Les cours continuent néanmoins dans la petite école à Versuta, où Pier Paolo est considéré comme un véritable professeur[réf. nécessaire].

Le 18 février de la même année l’Academiuta di lenga furlana rassemble un petit groupe de poètes novateurs, qui, sur la base des expériences de Pasolini, fondent les principes du félibrisme régional : « Frioulanité absolue, tradition romane, influence des littératures contemporaines, liberté, fantaisie ».

En août, le premier numéro de Il Stroligùt est publié, avec une numérotation différente pour le distinguer du précédent Stroligùt di cà da l’aga. Pasolini commence en même temps la série des diarii en vers italiens publiés à compte d'auteur dans un petit volume, et qui seront publiés en 1946[6]. La même année, il rejoint l’Associazione per l'autonomia del Friuli (L’association pour l’autonomie du Frioul), et après le retour de son père, prisonnier des Anglais, au Kenya, Pasolini soutient avec succès sa thèse, l’Antologia della poesia pascoliana : introduzioni e commenti. Par ce diplôme, le rôle de Pasolini en tant que directeur-enseignant de l’école, qui était fortement contesté par le ministère de l’éducation, est reconnu officiellement.

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

Pier Paolo Pasolini au collège de Valvasone

En 1946 Pasolini publie I Diarii, un petit recueil de poèmes écrits en 1945, aux Edizioni dell'Accademiuta, et deux poèmes choisis et commentés par Montale dans le magazine florentin Il Mondo. Isolé à Versuta — la maison à Casarsa ayant été détruite par les bombardements[réf. nécessaire] — Pasolini essaie de reconstruire ses liens avec le monde littéraire. Il écrit à Gianfranco Contini pour lui présenter le projet de transformation de Il Stroligùt de simple folio en vrai magazine. Tout de suite après la visite à Versuta de Silvana Mauri, la sœur d'un de ses amis, qui est amoureuse de lui, il la suit en août à Macugnaga, où réside la famille Mauri, et profitant de l'occasion, passe voir Contini à Domodossola.

À Lugano où devait être décerné le prix Libera Stampa, Contini, alors membre du jury, sollicite son jeune ami afin qu'il lui envoie le texte qu'il lui avait montré, L'usignolo della Chiesa cattolica, avec la seconde partie de Il pianto della rosa[réf. nécessaire]. L'opérette ne reçoit qu'une mention spéciale, mais réussit à sortir Pasolini de son isolement, et grâce au climat plus détendu de l'après-guerre, il recommence à sortir avec les jeunes hommes de Versuta. Il se rend à Rome en octobre, il fait la connaissance de quelques écrivains qui l'invitent à collaborer au journal La Fiera Letteraria, et en mai il rédige les premières pages d'un journal intime , les Quaderni rossi (« Cahiers rouges »), car écrits dans des cahiers d'écoliers à la couverture rouge. Il complète le drame Il Cappellano et publie, une nouvelle fois aux Edizioni dell'Academiuta, un recueil de poésies, toujours en italien, appelé I Pianti (« Les pleurs »).

Le 26 janvier 1947, Pasolini écrit une déclaration dans le journal udinois Libertà qui fait parler de lui dans les milieux communistes, qui démentent son inscription au Parti communiste italien (PCI) : « Nous sommes, pour notre part, convaincus que seul le communisme est en mesure de fournir une nouvelle vraie culture, une culture qui sera morale, l'interprétation de l'existence entière ». Après la guerre, Pasolini, qui hésite longtemps entre les deux camps, observe les nouvelles exigences de justice nées des rapports entre les chefs et les plus démunis et n'a plus de doute quant au côté pour lequel il doit prendre parti. Il cherche alors à consolider une première ébauche de doctrine par la lecture de Karl Marx et surtout des premiers livres d'Antonio Gramsci. Il écrit à son amie, la poétesse Giovanna Bemporad : « L'autre est toujours infiniment moins important que le moi, mais ce sont les autres qui font l'histoire ». Et c'est en pensant aux autres qu'il prend la décision d'adhérer au Parti Communiste Italien.

Pasolini souhaite prolonger sa collaboration avec le magazine de l'Academiuta et avec les littératures néo-latines ; grâce à Contini il fait la connaissance du poète catalan en exil, Carles Cardó. C'est à Contini qu'il envoie les recueils complets de ses poésies en frioulan, encore sous le titre de Cjants di un muart, peu après changés en La meglio gioventù. Il ne réussit pourtant pas à les faire publier ; malgré cela, il se sent heureux et écrit à ses amis : « Je suis serein et même, en proie à une avide et dionysiaque allégresse ».

Vers la fin de 1948, il commence à enseigner la littérature à l'école de Valvasone, qu'il rejoint tous les matins à bicyclette. Il continue son activité au sein du PCI, participant, en janvier, à la manifestation organisée à San Vito par la Camera del lavoro pour obtenir l'application du projet de loi Lodo De Gasperi. C'est à cette occasion que, observant les conflits avec la police et parlant avec les jeunes, il imagine un projet de roman sur ce monde bouleversé. Le premier titre du roman est La meglio gioventù. Toujours au sein du PCI, en février 1949 il participe au premier congrès de la Federazione comunista de Pordenone, et en mai de la même année il part pour Paris assister au Congrès mondial des partisans de la paix. En octobre, il est accusé de détournement de mineur et d'actes obscènes en public ; ses adversaires politiques se réjouissent du scandale et lui reprochent son homosexualité, tandis que les dirigeants du PCI d'Udine décident de l'exclure du parti[réf. nécessaire]. L'exercice de l'enseignement lui est également interdit[réf. nécessaire].

S'ensuivent deux mois difficiles pour Pasolini, qui, en janvier 1950, se réfugie dans la banlieue de Rome avec sa mère. Il peine à trouver du travail. Pendant qu'il cherche à donner des cours privés, il s'inscrit au syndicat de Cinecittà et se propose comme relecteur d'un journal. Il réussit à placer quelques articles dans quelques journaux catholiques, et continue à écrire les romans qu'il a entamés au Frioul : Atti impuri, Amado mio, La meglio gioventù. Il commence à écrire ce qui deviendra Ragazzi di vita (Les Ragazzi) ainsi que quelques œuvres romaines, dont Squarci di notte romane, Gas e Giubileo, qui sont publiées dans le recueil Alì dagli occhi azzurri. C'est grâce à son nouvel ami Sandro Penna, dont il est inséparable et avec qui il se promène la nuit le long du Tibre, qu'il fait la connaissance du jeune plâtrier Sergio Citti, qui lui apprend l'argot et le dialecte romains, devenant, comme le dit Pasolini, son « dictionnaire vivant »[réf. nécessaire]. Il compose dans cette période les poésies qui sont réunies dans le Roma 1950 - Diario, publié en 1960 par Vanni Scheiwiller. Il est embauché comme enseignant à une école de Ciampino encore non reconnue. Pendant l'été il publie son conte Il Ferrobedò dans la revue Paragone, qui devint un chapitre de Ragazzi di vita, ainsi que le court poème L'Appennino, qui ouvre Le cenere di Gramsci et d'autres contes romains. À cette époque il fait la connaissance de Giorgio Caproni, Carlo Emilio Gadda et retrouve Attilio Bertolucci, élève, comme lui, de Longhi à Bologne, grâce auquel il signe son premier contrat éditorial pour son Antologia della poesia dialettale del Novecento, qui sort en décembre 1952 avec un commentaire d'Eugenio Montale.

En 1953, il commence à réunir une anthologie de poésie populaire pour les éditions Guanda de son ami Bertolucci, elle parait en 1955 sous le titre Canzoniere italiano. Entre-temps, il publie le premier volume de vers frioulans, Tal còur di un frut. En octobre de la même année il écrit dans la revue Paragone une autre anticipation du futur Ragazzi di vita, que Bertolucci montre à Livio Garzanti, qui publie ensuite le roman.

Premières expériences cinématographiques et publications littéraires[modifier | modifier le code]

Son premier travail dans le domaine du cinéma concerne l'écriture (en mars 1954), avec son ami Giorgio Bassani, du scénario de La Fille du fleuve, mis en image par Mario Soldati. La meglio gioventù, son livre de poésie en frioulan [réf. nécessaire], est publié en juin de la même année, dédié à Gianfranco Contini, il gagne le prix Carducci [réf. nécessaire] à égalité avec Paolo Volponi. Vittorio Sereni lui propose de publier un recueil de poésie pour la série de livres de l'éditeur La Meridiana dont il est l'éditeur avec Sergio Solmi. Ce recueil sort en janvier 1955 sous le titre Il canto popolare, qui est ensuite mêlé à son œuvre Le ceneri di Gramsci.

Le 13 avril 1955, Pasolini envoie le manuscrit complet de Les Ragazzi à l'éditeur Garganti. Le roman sort la même année, mais le thème choisi, celui de la prostitution masculine, lui vaut des accusations d'obscénité[réf. nécessaire]. Les interventions des critiques, parmi lesquels Emilio Cecchi, Alberto Asor Rosa et Carlo Salinari, sont féroces et le livre est écarté des prix Strega et Viareggio[réf. nécessaire]. Néanmoins, le roman est un grand succès auprès du public, lui valant le prix Colombi-Gudotti décerné par un jury présidé par Giuseppe de Robertis, à Parme. Entre-temps, la magistrature de Milan reçoit une plainte contre le livre, pour « caractère pornographique ».

Le 28 octobre 1955, son vieil ami, Francesco Leonetti, lui écrit en lui disant qu'il est temps de créer une nouvelle revue. Il annonce ce que sera peu après Officina, magazine dans la mouvance du précédent Eredi. Le projet du magazine, lancé par Leonetti et Roberto Roversi, est formulé cette année-là au cours de plusieurs rendez-vous que Pasolini ne rate jamais.

En cette même année 1955 sort son anthologie de la poésie populaire, Canzoniere italiano, avec une dédicace à son frère cadet Guido. En juillet, Pasolini se rend à Ortisei, avec Giorgio Bassani, pour travailler sur le scénario d'un film réalisé par Luis Trenker. C'est la période où commencent à se développer d'autres passions que sont le cinéma et la littérature. Pasolini écrit ainsi à Contini : « J'avance parallèlement sur deux voies, j'espère vers de nouvelles gares. Je ne suis pas horrifié comme le seraient les littéraires médiocres ici, à Rome : je ressens un peu d'héroïsme ».

Polémiques et dénonciations[modifier | modifier le code]

Pendant ce temps, la polémique suscitée par la critique de Les Ragazzi continue. Pasolini publie, dans le numéro d'avril 1956 d’Officina, un article contre Salinari et Trombatore, qui écrivent pour le Contemporaneo.

En juillet se tient, à Milan, le procès contre Les Ragazzi, qui se conclut avec un acquittement, en grande partie grâce au témoignage de Carlo Bo. Ce dernier déclare que le livre est riche en valeurs religieuses « parce qu'il encourage la piété parmi les plus pauvres et démunis » et qu'il ne contient rien d'obscène parce que « les dialogues sont des dialogues de jeunes, et l'auteur sentait la nécessité de les représenter en tant que tels ».

Cinéaste et écrivain[modifier | modifier le code]

Au mois d'août 1956 il coécrit le scénario du film de Mauro Bolognini, Marisa la civetta ; en même temps, il collabore avec le réalisateur italien Federico Fellini sur Les Nuits de Cabiria.

Alternant son travail de cinéaste avec celui d'écrivain, il écrit, pendant cette période, des critiques dans l'hebdomadaire Il Punto ; la première porte sur La Tourmente et autres poèmes (La bufera e altro) de Eugenio Montale. Il aide les jeunes écrivains d'Officina, comme Alberto Arbasino, Edoardo Sanguineti et Alfredo Giuliani (it), qui émergeront ensuite en tant que membres du Gruppo 63.

Il se fait de nouveaux amis, dont Laura Betti, Adriana Asti, Enzo Siciliano et Ottiero Ottieri[réf. nécessaire].

Inspiré par les évènements politiques et idéologiques du moment (dont le XXe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique, qui signale la fin de l'ère stalinienne, mettant en évidence les évènements en Pologne et en Hongrie), 1956 est l'année de la version définitive du livre Ceneri di Gramsci (Les cendres de Gramsci) et voit la première ébauche du roman Una Vita violenta (Une vie violente).

Le manuscrit Le Ceneri di Gramsci (Les cendres de Gramsci), composé de onze courts poèmes écrits entre 1951 et 1956, est envoyé aux éditeurs Garzanti en août 1957. Cette œuvre suscite, tout comme Les Ragazzi, une forte critique mais reste populaire auprès du public, qui épuise la première édition en 15 jours[réf. nécessaire]. À la fin du mois, il remporte le Prix Viareggio 1957, à égalité avec Poesie de Sandro Penna.

Pasolini collabore à Vie Nuove (Voies neuves) en juillet 1957 en tant qu'invité spécial et va au Festival de la jeunesse à Moscou, tandis que l'éditeur Longanesi publie les vers de L'usignolo della Chiesa cattolica (Le rossignol de l'Église catholique. Il travaille beaucoup sur Une vie violente, il écrit son premier scénario sans collaboration, La vita brava, et collabore avec Bolognini sur Giovani mariti.

Il termine d'écrire Une vie violente en décembre 1958 et la donne à Garzanti en mars 1959. Après un long travail d'autocensure rendu nécessaire surtout à cause d'une partie considérée « dangereuse » par l'éditeur[réf. nécessaire], le livre sort en mai 1959. Bien qu'étant sélectionné, il n'obtient ni le prix Viareggio ni le prix Strega. Toutefois, étant apprécié et estimé par écrivains et poètes, il obtient le prix Crotone d'un jury composé d'Ungaretti, Debenedetti, Moravia, Gadda et Bassani.

Pendant l'été 1959, il fait un voyage tout au long des côtes italiennes pour un reportage pour le mensuel Successo  (Succès) ; il y écrit trois chapitres de ce qui devient La lunga strada di sabbia (La longue route de sable). Il traduit l'Orestie d'Eschyle pour la compagnie de théâtre de Vittorio Gassman et réarrange les vers de La religione del mio tempo (La religion de mon temps).

C'est alors que l'Azione Cattolica (it) l'attaque en justice pour « obscénité »[réf. nécessaire] à propos de son roman Une vie violente, procès qui sera rapidement classé sans suite[réf. nécessaire].

Son premier film : Accattone[modifier | modifier le code]

Pasolini pendant le tournage d'Accattone.

En 1960, Pasolini commence à écrire les premiers brouillons du livre d'essais Passione e ideologia (it), arrange les vers de La religione del mio tempo, et surtout, se dédie à son amour pour le cinéma en écrivant les scénarios de Ça s'est passé à Rome de Bolognini, Il carro armato dell'8 settembre de Gianni Puccini, La lunga notte del '43 de Florestano Vancini (d'après le roman de Bassani), et Le Bel Antonio, du roman de Vitaliano Brancati.

Il a en tête un projet d'écrire un film qui serait appelé La commare secca, mais les événements de ce mois de juillet concernant la chute du gouvernement Tambroni lui font mettre ce projet de côté pour travailler sur Accattone.

Son ami Bolognini lui trouve un producteur, Alfredo Bini, auquel Pier Paolo explique comment il veut que le film soit tourné : avec beaucoup de premiers plans, la prédominance des personnages sur les paysages et, surtout, une grande simplicité[réf. nécessaire]. Le protagoniste sera Franco Citti, frère de Sergio. Federico Fellini, pour lequel il avait écrit une scène de La dolce vita, l'aide à tourner deux séquences du film.

Le 30 juin de la même année, Pasolini est attaqué en justice par la police pour complicité dans un crime[réf. nécessaire]. Il aurait pris deux jeunes de Trastevere en voiture après une bagarre à laquelle ces jeunes auraient pris part. Il est acquitté, mais l'acharnement de la part d'autrui à l'attaquer ainsi lui laisse un goût amer : « C'est de la méchanceté ; celui qui s'en trouve frappé est pris d'une profonde douleur ; cela lui donne l'impression d'un monde totalement incompréhensible où il est inutile de parler, de se passionner, de discuter  ; cela lui donne l'impression d'une société où, pour survivre, on ne peut que devenir méchant, répondre à la méchanceté par de la méchanceté… Certes, ce que je dois payer est particulièrement lourd, parfois je me trouve désespéré, je vous le dis sincèrement ».

Toujours en 1960, deux volumes de ses vers sont publiés : Roma 1950 - Diario et Sonnetto primaverile. Avant le nouvel an 1961, il voyage en Inde avec Moravia et Elsa Morante, voyage dont il tire une série d'articles pour le journal Il Giorno, et qui forme pour partie son livre L’odeur de l'Inde. En mai est publié le recueil La religione del mio tempo, très prisé de son ami Franco Fortini, qui lui écrit : « Je voudrais que tu sois là pour pouvoir te serrer dans mes bras »[réf. nécessaire].

Le tournage d'Accattone commence au mois d'avril et le film est présenté à la Mostra de Venise en septembre. Il n'est pas particulièrement apprécié par la critique italienne, mais reçoit des éloges à Paris, notamment de Marcel Carné et André Chamson.

Les années 1960[modifier | modifier le code]

Pier Paolo Pasolini durant son procès en 1963.

En automne 1961, il se rend dans la villa d'une amie pour écrire, avec Sergio Citti, le scénario de Mamma Roma ; le tournage se fait au printemps 1962, où le protagoniste est joué par Anna Magnani.

Entre-temps, il termine son roman en frioulan, Il sogno di una cosa (it), qui est publié en mai, et, entre avril et juin, il travaille sur le tournage de Mamma Roma, qui est présenté à la Mostra de Venise, où il remporte, cette fois, un franc succès[réf. nécessaire].

En septembre de la même année, Pasolini participe à une conférence à la citadelle d'Assise, où il a l'occasion de lire l'Évangile selon Saint Matthieu. De cette lecture naît l'idée d'un film. Entre-temps, il travaille, avec le producteur Bini ainsi que Roberto Rossellini, Jean-Luc Godard et Ugo Gregoretti, sur un film à épisodes. C'est à cette occasion qu'il pense faire un court métrage sur une reconstruction cinématographique de la Passion du Christ, écrit pendant le tournage de Mamma Roma sous le titre de La Ricotta. Le film sort en salles le 1er mars 1963, accueilli par un public peu enthousiaste. Le jour même de sa sortie, il est accusé d'« insulte à la religion d'État »[réf. nécessaire]. Alberto Moravia en dira : « L'accusation était celle d'insulte à la religion. Beaucoup plus juste aurait été d'accuser le réalisateur d'avoir insulté les valeurs de la petite et moyenne bourgeoisie italienne ».

Le procès, tenu à Rome les 6 et 7 mars, condamne Pasolini à quatre mois de réclusion pour avoir été « coupable des délits dont on l'accuse », le film est confisqué jusqu'en décembre de la même année[réf. nécessaire].

Toutefois, il continue à rester en contact avec la citadelle d'Assise et, en février, il commence les recherches philologiques et historiques pour réaliser le projet du film sur les Évangiles.

Avec l'expert biblique don Andrea Carraro et un groupe de techniciens, il voyage en Israël et en Jordanie pour y trouver les lieux et les personnes adaptés au tournage du film. Le cinéaste est déçu par la modernité trop apparente des paysages[N 1] et renonce à y situer son film, mais les images tournées sur place deviennent, sous l’impulsion du producteur Alfredo Bini, un film à mi-chemin entre le carnet de voyage et la réflexion intérieure : « Repérages en Palestine ». Le film est ensuite tourné dans le sud de l’Italie, encore pauvre et archaïque.

Mais l'acteur le plus difficile à trouver est celui qui doit incarner le Christ, à qui Pasolini souhaite donner une allure forte et décisive. Après l'avoir cherché parmi des poètes, dont Evtusenko, Ginsberg et Goytisolo, il trouve par hasard un étudiant espagnol à l'aspect fier et détaché, tel celui peint par Goya.

Pendant les préparations pour le film, Pasolini réalise un film-enquête sur la vie sexuelle des Italiens, Comizi d'amore. Il commence à écrire La Divine Mimésis, Il Vantone, une réecriture romanesque des Miles gloriosus de Plaute, et, sur demande de Vittorini, il présente quelques-unes de ses poésies dans la revue Menabò et la Notizia su Amelia Rosselli.

C'est sur le tournage de La Ricotta que Pasolini fait une rencontre qui va profondément bouleverser sa vie : Ninetto Davoli, jeune acteur de seize ans dont Pasolini va tomber éperdument amoureux. Leur relation durera 9 ans et la rupture sera douloureuse pour Pasolini.

En mai 1964, il publie son quatrième recueil de vers en italien, Poesia in forma di rosa, et le 24 avril, il commence le tournage de L'Évangile selon saint Matthieu, qui se conclut au début de l’été. Le film, présenté à la Mostra de Venise en septembre, est réprimé par les intellectuels de gauche, parmi eux Sciascia et Fortini[réf. nécessaire]. Le film est présenté à Paris et y est mal accueilli par plusieurs critiques de gauche, dont Jean-Paul Sartre. Mais le film, sorti dans tous les pays européens, est un grand succès auprès du public[réf. nécessaire] et participe à la Prima mostra internazionale del nuovo cinema, à Pesaro. Pasolini y rencontre Roland Barthes.

En octobre 1965, commence le tournage du film Des oiseaux, petits et gros, qui parle de la crise politique interne du Parti communiste italien et du marxisme « idéocomique ». Les acteurs choisis sont Totò et le jeune Ninetto Davoli. Totò est choisi parce que le film, qui alterne entre le réel et le surréalisme, a besoin d'un acteur qui soit un peu clownesque.

C'est en novembre de la même année que sort le recueil narratif avec un titre suggéré par Sartre, Alì agli occhi azzurri, dont le milieu contient les scénarios de Les Garçons, Accattone, Mamma Roma et La Ricotta, tandis que les première et dernière parties sont des contes écrits dans les années 1950, ainsi que des ébauches des romans Il Rio della grana et La Mortaccia.

Cette année-là, en 1965, il est invité à diriger, avec Moravia et Alberto Carrocci (directeur de Solaria), la nouvelle série du magazine Nuovi Argomenti. À la fin de l'année, il voyage en Afrique du Nord après avoir envisagé un nouveau film avec Totò et la réalisation d'un opéra lyrique à la Piccola Scala.

Déjà atteint d'un ulcère, en mars 1966, il se voit alité à cause d'une forte hémorragie. C'est pour lui l'occasion de relire les Dialogues de Platon, qui l'encouragent à écrire une pièce de théâtre dans un style similaire à la prose. Sa convalescence terminée, il travaille sur Bestemmia, un roman sous forme de scénario et vers, et commence à travailler sur Orgia et Bestia da stile. Entre mai et juin il travaille également sur quelques drames qu'il veut présenter à l'étranger.

Le 3 mai, Des oiseaux, petits et gros est un grand succès au Festival de Cannes[réf. nécessaire]. L'opinion positive de Roberto Rossellini pendant une conférence de presse suscite un vif intérêt pour le film.

Entre le printemps et l'été de 1966, il écrit le scénario du film Théorème et Œdipe roi, ainsi que les drames Piliade, Porcile et Caldéron. En août, il va à New York ; pendant son séjour il songe à tourner un film sur saint Paul dans cette ville. Il y rencontre Allen Ginsberg, ainsi que l'année suivante, à Milan.

Au début du mois d'octobre il va au Maroc pour y étudier les lieux de tournage de Œdipe roi, et, en novembre, il tourne un court-métrage appelé La Terre vue de la lune avec Silvana Mangano, Totò et Ninetto Davoli.

De retour au Maroc, il réalise, en seulement une semaine, le tournage du court-métrage Che cosa sono le nuvole?.

En avril il commence le tournage d'Œdipe roi dans le désert rouge du sud du Maroc, qui continue, pour quelques scènes, sur la plaine de Lodi et enfin à la ville de Bologne. Le film, présenté à la Mostra de Venise la même année, n'est pas un grand succès en Italie mais reçoit les faveurs du public et de la critique en France et au Japon[réf. nécessaire].

Dans la même année, il écrit des essais de théorie et de techniques de la cinématographie qui sont recueillis dans un tome en 1972 sous le titre Empirismo eretico (en).

En mars 1968, est publié le roman Théorème, transformé en film et présenté à la Mostra de Venise la même année, y gagnant le second prix de la carrière cinématographique de Pasolini, le prix Ocic. Jean Renoir assiste à la première et déclare à un journaliste : « À chaque image, à chaque plan, on sent le trouble d'un artiste. »[réf. nécessaire]

La polémique des jeunes soixante-huitards[modifier | modifier le code]

De gauche à droite, Ferdinando Adornato, Pier Paolo Pasolini et Walter Veltroni.

Après la bataille de Valle Giulia, conflit entre des jeunes et la police, où les étudiants occupent de manière préventive la faculté romaine d'architecture, Pasolini écrit le poème Il PCI ai giovani!![7]. Destiné à être publié dans le magazine Nuovi Argomenti, il sort sans préavis dans L'Espresso, déclenchant une violente polémique[réf. nécessaire]. Dans ce poème Pasolini s'insurge contre les jeunes contestataires, en affirmant que leur révolution est fausse et insincères, et qu'ils sont des jeunes conformistes, instruments de la nouvelle bourgeoisie : « J'ai passé ma vie à haïr les vieux bourgeois moralistes, il est donc normal que je doive haïr leurs enfants, aussi… La bourgeoisie met les barricades contre elle-même, les enfants à papa se révoltent contre leurs papas. La moitié des étudiants ne fait plus la Révolution mais la guerre civile. Ils sont des bourgeois tout comme leurs parents, ils ont un sens légalitaire de la vie, ils sont profondément conformistes. Pour nous, nés avec l'idée de la Révolution, il serait digne de rester fidèles à cet idéal[8]. »

Le poème est instrumentalisé par quelques-uns à leurs fins, non comprise par d'autres  ; il est, encore aujourd'hui, très cité pour souligner des idées différentes, son auteur oublié[réf. nécessaire].

L'Espresso publie une table ronde quelques semaines après la publication du poème, table ronde à laquelle Pasolini participe[9].

La même année, Pasolini tourne La sequenza del fiore di carta avec Ninetto Davoli, sur la parabole évangélique du figuier stérile[10], qui sort l'année suivante, en 1969, en tant que troisième épisode du film La Contestation (Amore e rabbia).

La fin des années 1960 : entre le théâtre et le cinéma[modifier | modifier le code]

Il publie entre-temps, dans Nuovi Argomenti, un essai appelé Manifesto per un nuovo teatro, dans lequel il déclare son refus complet du théâtre italien, et une critique négative du travail de Dario Fo.

Le 27 novembre, sa pièce de théâtre Orgia (it) est joué au Teatro Stabile di Torino (it), œuvre qui est mal reçue par le public et la critique[réf. nécessaire]. Orgia est créée en langue française en 1988 par l’Ensemble Théâtral Mobile et recueille un grand succès critique tant à Paris[11],[12],[13],[14] qu’à Bruxelles.

À la fin de l'année 1968, il commence le tournage de Porcherie, qui est un exemple de sa période « métahistorique », ayant comme sujet le volcan Sicilien, l'Etna. Il eut l'idée du film en 1965, après avoir vu Simone nel deserto de Luis Buñuel. Les scènes se déroulant dans le présent sont tournées à Villa Pisana, dans la ville de Stra.

Porcherie est montré à la Mostra de Venise le 30 août et y est jugé affreux et incompréhensible[réf. nécessaire]. Après Porcherie, qu'il décrit comme son « film le plus réussi, au moins extérieurement »[réf. nécessaire], il réalise Médée, choisissant comme actrice principale la cantatrice Maria Callas. Le film est tourné en Cappadoce, à Grado et à Pise. Pendant la postproduction du film il voyage en Afrique et visite l'Ouganda et la Tanzanie. Il y cherche les lieux où tourner son prochain film, Carnet de notes pour une Orestie africaine.

La Trilogie de la vie[modifier | modifier le code]

Portrait de Pier Paolo Pasolini.

Pendant l'été 1970, il écrit des scénarios qu'il envisage d'extraire de dix romans d'une portée universelle, la plupart tragicomiques, comme le Décaméron, qu'il souhaite transposer dans la région napolitaine, la Campanie. Il décide finalement d'en réaliser trois pour composer ce qu'il appelle la « Trilogie de la vie » : Le Décaméron, Les Contes de Canterbury et Les Mille et Une Nuits. En septembre, il commence à tourner les premières scènes du Décaméron à Casertavecchia avec Ser Ciappelletto, ainsi qu'à Naples et à Merano. C'est la première fois qu'apparaît le corps nu d'un homme dans ses films : « Le corps : voici une terre pas encore colonisée par le pouvoir ».[réf. nécessaire].

Entre-temps on lui propose de publier sous le titre Bestemmia toutes ses poésies, du premier petit livre en frioulan publié en 1942, au volume inédit Trasumanar e organizzar.

Par la suite, Pasolini reniera la Trilogie[réf. nécessaire].

Les années 1970[modifier | modifier le code]

Pasolini se recueillant sur la tombe de Gramsci (v. 1970).

Au début de l'année 1971, il tourne un documentaire intitulé 12 décembre, avec la collaboration de quelques membres de Lotta Continua, sur l'attentat de la piazza Fontana puis en mars, il devient directeur de la publication de ce mouvement ouvrier. En avril il est accusé d'« instigation à commettre des délits et apologie de crime », mais il ne semble pas s'en préoccuper et écrit[réf. nécessaire] : « Je ne m'importe s'ils me mettent en prison. C'est quelque chose qui n'a pas d'importance pour moi : pour moi cela ne fait aucune différence, même du point de vue économique. Si je finis en prison, je pourrai lire tous les livres que je n'aurais jamais réussi à lire ».

Pendant ce temps, il écrit une critique de Satura de Montale, et en avril sort son dernier recueil de poésies, Trasumanar e organizzar, qui ne recueille pas l'intérêt des lecteurs et des critiques. Il écrit le scénario pour Les Contes des Canterbury pendant que son film Le Décaméron gagne le second prix à la Berlinale le 28 juin.

En 1972, son recueil d'essais, Empirismo eretico, est accueilli avec indifférence par les critiques[réf. nécessaire]. Il continue à travailler sur son roman, Pétrole, pour lequel il a déjà écrit plus de cinq cents pages  ; il pense y travailler « peut-être pour le reste de ma [sa] vie »[réf. nécessaire].

Après les neuf semaines que dure le tournage des Contes de Canterbury, film tourné en Angleterre, et sans même attendre que ce film sorte en salle, il commence à écrire le scénario du dernier film de sa trilogie. Il fait plusieurs reconnaissances aériennes en Égypte, au Yémen, en Iran, en Inde et en Érythrée.

La collaboration avec les journaux et les magazines[modifier | modifier le code]

En novembre, il commence à collaborer avec l'hebdomadaire Tempo illustrato, s'occupant des critiques littéraires qui sortent plus tard en forme de livre sous le titre de Descrizioni di descrizioni.

Au début de l'année 1973, il accepte de travailler pour le Corriere della Sera. Son premier article y paraît le 7 janvier. Appelé Contro i cappelli lunghi (« Contre les cheveux longs »), c'est le premier d'une série d'interventions dans les domaines politique et de la mode, ainsi que du comportement public et privé des italiens. Ces articles seront publiés dans le volume Scritti corsari.

Documentaires et pièces de théâtre[modifier | modifier le code]

Entre-temps le tournage de Les Mille et une nuits à Ispahan en Iran commence qui s'exécute de manière rapide et précise  ; Pasolini parvient également à tourner un documentaire : Les Murs de Sana, qui se veut un appel à l'Unesco pour sauver l'antique ville yéménite.

En septembre sortent deux pièces de théâtre, Caldéron et Affabulazione.

À la fin de l'année, Pasolini a déjà en tête un projet pour un nouveau film, au titre provisoire Porno-teo-kolossal, dont Eduardo De Filippo devrait être l'un des personnages centraux.

Les Mille et une nuits sort en salle au début de 1974 et est l'un des plus grands succès de Pier Paolo, malgré l'avis des critiques[réf. nécessaire].

Les essais[modifier | modifier le code]

Pendant l'été il ajoute un long post-scriptum à son drame en vers, Bestia da stile[réf. nécessaire] : « L'Italie est un pays qui devient toujours plus stupide et ignorant. On y cultive des rhétoriques toujours plus insupportables. Il n'y a pas, en plus, de pire conformisme que celui de gauche, surtout, naturellement, quand il est adopté par la droite ».

Il écrit aussi d'autres textes, dont La nuova gioventù, et publie, après le référendum sur le divorce, l'article Gli italiani non sono più quelli.

1974 et 1975[modifier | modifier le code]

Le mal radical[modifier | modifier le code]

S'intéressant à un projet de film sur le marquis de Sade, il se met à étudier de manière intense le concept kantien de « Mal radical » (Das Radical Böse)[15], qui réduit l'humanité entière en esclaves du consumérisme, qui corrompt en manipulant l'âme et le corps. Pour expliquer cette conception du monde, Pasolini analyse son cas personnel et décrit son angoisse : « Un homosexuel, aujourd'hui en Italie, on le fait chanter, sa vie est en danger toutes les nuits[16]. »

Le 19 janvier le Corriere della Sera publie son article Sono contro l'aborto (« Je suis contre l'avortement »), qui suscite une vive polémique, polémique retracée et commentée dans un essai de l'auteur, Les Lettres luthériennes.

Il finit le scénario d’Il padre selvaggio, film qui ne sera jamais réalisé, dans les premiers jours de février, et, au milieu du même mois, il commence à tourner Salò ou les 120 Journées de Sodome dans la région de Mantoue.

Pendant ce temps, il écrit quelques articles pour l'hebdomadaire Il Mondo, qui font partie du volume posthume Lettere luterane.

Dans le mois de mai, son livre Écrits corsaires est publié, qui recueille tous les articles qu'il a écrit pour le Corriere della Sera du 7 janvier 1974 au 18 février 1975, avec une section « Documents liés », dans laquelle sont ajoutés des critiques qu'il écrit pour l'hebdomadaire Tempo du 10 juin au 22 octobre 1974.

Il y écrit que le fascisme d'aujourd'hui est la société de consommation : « Une bonne partie de l'antifascisme d'aujourd'hui, ou du moins ce qu'on appelle antifascisme, est soit naïf et stupide soit prétextuel et de mauvaise foi. En effet elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique qui ne peut plus faire peur à personne. C'est en sorte un antifascisme de tout confort et de tout repos. Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé la société de consommation »[17].

Toujours en mai, il voit la sortie de son roman La nuova gioventù, et pendant l'été il travaille sur le tournage de Salò.

La trilogie de la vie[modifier | modifier le code]

En octobre, sortent les scénarios de la Trilogie de la vie, avec une introduction de quelques pages appelée Abiura della trilogia, et il donne le manuscrit final de La Divine Mimésis à l'éditeur Einaudi.

Il part alors à Stockholm pour une rencontre à l'Institut italien de culture de la ville, puis à Paris pour relire la traduction française de Salò. Le 31 octobre, il est de retour à Rome.

Assassinat[modifier | modifier le code]

Tombe de Pasolini (Casarsa della Delizia)

Dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, Pasolini est tué de manière brutale à coups de bâton et écrasé avec sa propre voiture sur la plage d'Ostie, près de Rome. L'homicide est attribué à un jeune romain de 17 ans, Giuseppe Pelosi, qui se déclare vite le seul responsable de la mort de Pier Paolo. Pelosi est condamné pour meurtre au premier degré. En décembre 1976, sa peine est confirmée par la cour d'appel.

Pelosi se prétend coupable du crime jusqu'en mai 2005, quand, au cours d'une entrevue pour la télévision, il se déclare innocent du crime dont il s'était accusé dans un premier temps, déclarant que l'homicide est l'acte de trois autres personnes. Il ne donne pas les noms des présumés meurtriers, disant seulement qu'ils avaient des accents siciliens. Il prétend alors avoir tu la vérité pour protéger sa famille et ses proches, par crainte de représailles[18].

Moravia parle ainsi de sa mort : « Sa fin a été à la fois similaire à son œuvre et très différente de lui. Similaire parce qu'il avait déjà décrit, dans ses œuvres, les manières crasseuses et atroces, et différente parce qu'il n'était pas l'un de ses personnages mais une figure centrale de notre culture, un poète qui avait marqué une époque, un réalisateur brillant, un essayiste inépuisable ».

Discussions et hypothèses sur la mort de Pasolini[modifier | modifier le code]

Les circonstances de la mort de Pasolini ne sont pas claires et elles restent très discutées aujourd'hui. Des contradictions dans les déclarations du meurtrier, une intervention de la part des services secrets pendant l'investigation, des impasses et des témoignages peu cohérents sont des facteurs qui — comme les amis de Pasolini, particulièrement Laura Betti, l'ont souvent dit — laissent planer de grands doutes.

Une hypothèse est avancée. La mort de Pasolini serait liée à la mise en cause, par l'écrivain, de la démocratie chrétienne, des groupes pétroliers de la CIA et de la Mafia dans la mort d'Enrico Mattei (responsable de l'ENI groupe nationalisé du pétrole italien) le 27 octobre 1962[19]. Un autre journaliste voulant révéler aussi cette affaire a été tué[20].

Le 14 novembre 1974 déjà, dans Le roman des massacres, une tribune du Corriere della sera, Pasolini affirmait connaître les noms des « personnes importantes qui avec l'aide de la CIA, des colonels grecs et de la Mafia » auraient planifié et mise en œuvre la stratégie de la tension et les vagues de terrorisme ayant secoué l'Italie, attribuées successivement à l'extrême-gauche et à l'extrême-droite (et notamment des massacres de Bologne et Brescia en 1974).

« Je sais tous ces noms et je sais tous les faits (attentats contre les institutions et massacres), dont ils se sont rendus coupables. »

Peu avant sa mort, il avait commencé la rédaction d'un roman intitulé Petrolio, qui restera inachevé. Petrolio est construit autour des liens entre les services secrets, le pouvoir politique et l'ENI (Ente Nazionale Idrocarburi), dirigé alors par Eugenio Cefis, par ailleurs président de la Montedison, qui apparaît dans le roman sous le pseudonyme d'Aldo Troia, la "truie"), personnage-clé et quelque peu obscur de l'Histoire politique italienne, que les enquêtes ont souvent présenté comme le principal fondateur de la loge maçonnique P2, et que Pasolini accusait d'avoir commandité l'assassinat d'Enrico Mattei, son prédécesseur à la tête de la compagnie pétrolière, ainsi que d'un certain nombre d'autres meurtres politiques[21].

Hommages[modifier | modifier le code]

Monument érigé à la mémoire de Pier Paolo Pasolini (Lido di Ostia).
  • Dans le film Journal intime (1993) de Nanni Moretti, on voit Moretti longer la plage d'Ostie sur sa Vespa et s'arrêter devant le lieu de l'homicide, avec comme musique de fond The Köln Concert de Keith Jarrett.
  • The Ashes of Pasolini, vidéo présentée à la Biennale de Venise, par l'artiste chilien Alfredo Jaar. Il y réecrit l'histoire de la mort de Pier Paolo Pasolini. Le titre fait référence au recueil de poèmes Les cendres de Gramsci de Pasolini.
  • Lamento per la morte de Pasolini, chanson écrite par Giovanna Marini en décembre 1975, une narration orale populaire, dans le style du chant religieux extra-liturgique abruzze, L'orazione di San Donato.
  • Una storia sbagliata (1980), chanson écrite par Fabrizio De André et Massimo Bubola.
  • A Pa', de Francesco De Gregori (Scacchi e tarocchi, 1985).
  • Dans le film I magi randagi (1996), de Sergio Citti, on voit une femme partir du lieu du meurtre de Pasolini.
  • Film écrit et réalisé par Mario Verger, Pasolini requiem, lors du trentième anniversaire de sa mort.
  • Les réalisateurs Daniele Ciprì et Franco Maresco dédicacèrent un court-métrage appelé Arruso à Pasolini.
  • Pasolini une rencontre (Intervista a Pasolini), Interview « idéale » et fictive sous forme de bande dessinée, par Davide Toffolo. Biblioteca dell'immagine, 2002. Traduit en France par les éditions Casterman en 2004.
  • La Rabbia, de Pippo Delbono, spectacle amorcé en 1995. Il s'agit d'un hommage poétique qui naît de la correspondance intime entre l’homme et l’artiste, Pasolini, et de la même nécessité vitale qui constitue, depuis toujours, l’inspiration principale des œuvres de la Compagnia Delbono. Avec : Bobò, Piero Corso, Pippo Delbono, Lucia Della Ferrera, Gustavo Giacosa, Simone Goggiano, Mario Intruglio, Pepe Robledo.
  • Dans la main de l'ange, de Dominique Fernandez, histoire romancée de la vie de Pasolini.
  • Le groupe de musique industrielle Coil rend hommage à Pasolini dans le morceau « Ostia » sur l'album Horse Rotorvator sorti en 1984.
  • Sur son album Tilt, sorti en 1995, Scott Walker lui rend également hommage sur le premier morceau, intitulé Farmer in the City (Remembering Pasolini) : les paroles proviennent d'ailleurs de la traduction anglaise d'un poème de Pasolini, Una tanti dialoghi.
  • Dans la pièce de théâtre de René Kalisky, La Passion selon Pier Paolo Pasolini, publiée en 1978 aux éditions Stock et créée au Théâtre du Jardin Botanique à Bruxelles le 9 décembre 1977, l'auteur rend hommage à Pasolini, en le mettant en scène entouré de quelques-uns de ses comédiens, se mettant lui-même en scène. La pièce fait de nombreuses allusions aux œuvres de Pasolini.
  • Abel Ferrara prépare un film sur la mort de Pasolini avec Willem Dafoe dans le rôle du cinéaste. Tournage prévu en été 2013.

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Jacques Lourcelles, dans son célèbre Dictionnaire des films, voit dans Pasolini «  l'intellectuel le plus ennuyeux qui ait paru dans son siècle  »[22].

Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

Œuvres de Pier Paolo Pasolini traduites en français :

Romans et nouvelles[modifier | modifier le code]

  • Les Ragazzi (Ragazzi di vita), Buchet Chastel 1958, « 10/18 », no 1521
  • Une vie violente, Buchet Chastel, 1961, « 10/18 », no 1522
  • Le Rêve d’une chose, Gallimard, 1965, « L’imaginaire » no 201
  • Théorème, Gallimard, 1978, « Folio » no 1949
  • La Divine Mimésis, Flammarion, 1980
  • Actes impurs, suivi d’Amado Mio, Gallimard, 1983, « Folio » no 3879
  • Promenades romaines, Livre de poche bilingue, 1989 ; no 8715
  • Les Anges distraits, Actes Sud, 1995, « Folio » no 3590
  • Histoires de la cité de Dieu, Gallimard, « Arcades », 1998, repris partiellement sous le titre Nouvelles romaines, « Folio bilingue », no 107
  • Douce et autres textes, Actes Sud, 2000
  • Pétrole, Gallimard, 2006 (inachevé, posthume)

Poèmes[modifier | modifier le code]

  • Poésies, 1953-1964, Gallimard, 1980
  • Poésies, 1943-1970, Gallimard 1990
  • Qui je suis, Arléa, 1994 (traduit par Jean-Pierre Milelli)
  • Poèmes de jeunesse et quelques autres, Gallimard, 1995
  • Poèmes oubliés, Actes Sud, 1996
  • Dans le cœur d’un enfant, Actes Sud, 2000
  • Où est ma patrie, Castor Astral, 2002
  • La Nouvelle Jeunesse, 1941-1974, Gallimard, 2003
  • Le Dada du sonnet, Les Solitaires intempestifs, 2005
  • C. suivi de Projet d'œuvre future, Ypsilon Éditeur, 2008
  • Feuilles de langues romanes, Ypsilon Éditeur, 2008
  • Je suis vivant, tr.Olivier Apert et Ivan Messac, postface Leonardo Sciascia Editions NOUS, 2011 (ISBN 978-2-913549-62-3)
  • Adulte ? Jamais, Points, 2013

Voyages[modifier | modifier le code]

  • L’Odeur de l’Inde, Denoël, 1984, Folio, no 3591
  • La Longue route de sable, Arléa, 1999

Essais[modifier | modifier le code]

  • Écrits corsaires, Flammarion, 1976
  • L’Expérience hérétique, Payot, 1976
  • Dialogues en public, Sorbier, 1980
  • Descriptions de descriptions, Rivages, 1984, « Rivages-Pochotèque », no 168
  • Écrits sur le cinéma, Presses universitaires de Lyon, 1987, « Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma », no 42
  • Écrits sur la peinture, Carré, 1997
  • Lettres luthériennes, Seuil, 2000, « Points » n° p. 970
  • Contre la télévision, Les solitaires intempestifs, 2003
  • Les terrains: écrits sur le sport; traduit de l'italien par Flaviano Pisanelli, Paris, le Temps des cerises, 2005

Correspondance[modifier | modifier le code]

  • Correspondance générale : 1940-1975, Gallimard 1991

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Théâtre, Actes Sud, 1995, Babel no 177 : Calderón, Affabulazione, Pylade, Porcherie, Orgie, Bête de style (Traduction de Michèle Fabien, Titina Maselli et Alberte Spinette) ;
  • Théâtre 1938-1965, Les Solitaires Intempestifs, 2005.

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • Accattone, Avant-Scène Cinéma, avril 1962, no 14 (présentation d'Alberto Moravia)
  • Œdipe roi, Avant-Scène Cinéma, novembre 1969, no 97 (découpage)
  • Le Père sauvage (Padre selvaggio), Les formes du secret, 1980 (scénario non tourné)[23]
  • Saint-Paul, Flammarion, 1980 (scénario non tourné)
  • Médée, Arléa, 2002
  • Médée, Avant-Scène Cinéma, juin 2008, no 573 (découpage)
  • Saint Paul,scénario, traduit de l'italien par Giovanni JOPPOLO, préfacé par Alain BADIOU, Editions NOUS, 2013 (ISBN 978-2-913549-82-1)

Entretien[modifier | modifier le code]

  • Jean Duflot, Entretiens avec Pasolini, Belfond, 1970, repris sous le titre Les Dernières Paroles d’un impie (1969-1975), 1981. Cet entretien, testament spirituel et politique, est réédité en 2007, avec une préface inédite de Jean Duflot : Pier Paolo Pasolini, entretiens avec Jean Duflot, éditions Gutenberg, 2007[24]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Scénariste[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Film sur Pasolini[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Les lieux saints sont devenus trop modernes » dans son documentaire Repérages en Palestine pour L'Évangile selon saint Matthieu (1964)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Il demeure un désaccord sur la date de mort de Pier Paolo, dans la nuit du 1er au 2 novembre. AlloCiné déclare qu'il mourut le 2, dans la matinée : « Biographie de Pasolini », consulté le 18 janvier 2008
  2. Internet Movie Database, « Récompenses de Pasolini », consulté le 18 janvier 2008
  3. « Pasolini Pier Paolo », sur biografieonline.it (consulté le 21 janvier 2013)
  4. a et b Accroca 1960
  5. Extrait de l'article sur Le Caravage : « Dans cette même logique de subversion mystique, un artiste beaucoup plus récent, le poète et cinéaste italien Pier Paolo Pasolini, montrera par ses œuvres, sa vie et ses idées des ressemblances étonnante avec Le Caravage — jusque dans leur destin commun puisque après une vie sulfureuse et mouvementée, tous deux connaîtront une mort mystérieuse et inexpliquée sur une plage des côtes italiennes ».
  6. (Tuccini 2003, p. 204)
  7. (fr) Texte du poème Il PCI ai giovani!!, consulté le 13 janvier 2008
  8. « Ho passato la vita a odiare i vecchi borghesi moralisti, e adesso, precocemente devo odiare anche i loro figli... La borghesia si schiera sulle barricate contro se stessa, i "figli di papà" si rivoltano contro i "papà". La meta degli studenti non è più la Rivoluzione ma la guerra civile. Sono dei borghesi rimasti tali e quali come i loro padri, hanno un senso legalitario della vita, sono profondamente conformisti. Per noi nati con l'idea della Rivoluzione sarebbe dignitoso rimanere attaccati a questo ideale. »
  9. (fr) Table ronde complète publié par L'Espresso peu après la publication du poème Il PCI ai giovani!!, consulté le 13 janvier 2008
  10. Bible : Luc 13, 1-5
  11. Reine Bud-Printems, « Orgie » dans Le Figaro Magazine, quotidien français, 12 mars 1988
  12. Patrick de Rosbo, Orgie. « Jeux de l’avant-mort », dans Le Quotidien, quotidien français, 14 mars 1988
  13. O.S., « Orgie de Pasolini à la Tempête » dans Le Monde, quotidien français, 6 et 7 mars 1988
  14. Guy Dumur, « Orgie de Pier Paolo Pasolini », dans Le Nouvel Observateur, hebdomadaire français, no 1218, du 11 au 17 mars 1988.
  15. E. Kant, La Religion dans les limites de la simple raison rédigée en 1793 ; cf. aussi Alexander Gottlieb Baumgarten et son concept leibnizien de limitatio dont Kant s'inspire.
  16. rapporté par Furio Colombo, “Tuttolibri” in La Stampa, 8 novembre 1975.
  17. Pasolini, Écrits corsaires - Texte lu
  18. (it) Blu notte – Pasolini: morte di un poeta, une émission présenté par Carlo Lucarelli, diffusée par la RAI (television italienne), en 2008
  19. L'assassinat de Pier Paolo Pasolini agite toujours l'Italie, Zineb Dryef, rue89.com, 21 juillet 2010
  20. Polémique retracée et commentée dans l'émission radiophonique Rendez-vous avec X 1975, l'assassinat de Pier Paolo Pasolini du 12 mars 2011
  21. (it) Giuseppe Lo Bianco et Sandra Rizza, Profondo nero. Mattei, De Mauro, Pasolini Un'unica pista all'origine delle stragi di stato, Milan, Chiare lettere,‎ 2009 (ISBN 9788861900585)
  22. Jacques Lourcelles, Dictionnaire du cinéma, tome 3, « Les Films », coll. Bouquin, éd. Robert Laffont, p. 1617, 1992
  23. Au début des années 1960, ce texte prenait place dans un ensemble plus vaste intitulé « Appunti per un pœma sul Terzo Mondo » comprenant « Nota al " Padre selvaggio" », que Pasolini songera plus tard à intégrer dans le Carnet de notes pour une Orestie africaine (in Anne-Violaine Houcke, Pasolini et la poétique du déplacement, 2009).
  24. « Pier Paolo Pasolini - Entretiens avec Jean Duflot » (consulté le 17 mars 2010)
  25. Projeté au Festival de Films de femmes, 2011.
  26. Lu par Jeanne Moreau aux Festival Premiers Plans d'Angers en 2007.
  27. Sorti en France en juin 1970 sous le titre Évangile 70 [Imdb].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • (it) Elio Filippo Accroca, Ritratti su misura, Venise, Sodalizio del Libro,‎ 1960 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Angela Biancofiore, Pier Paolo Pasolini, Pour une anthropologie poétique, Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée,‎ 2007
  • Angela Biancofiore, Pier Paolo Pasolini, Devenir d'une création, Paris, L'Harmattan,‎ 2012
  • (it) Angela Biancofiore, Pasolini, Palerme, Palumbo,‎ 2003
  • René de Ceccatty, Pier Paolo Pasolini, Paris, Gallimard, coll. Folio biographies,‎ 2005
  • Jean Duflot, Pasolini mort ou vif, À Plus D'un Titre, collection Les Merles Moqueurs,‎ 2013 (ISBN 9782917486153)
  • Bertrand Levergeois, Pasolini. L'Alphabet du refus, Paris, Éditions du Félin,‎ 2005
  • Hervé Joubert-Laurencin, Pasolini. Portrait du poète en cinéaste, Paris, Seuil, col. « Cahiers du Cinéma », 1995.
  • Nico Naldini, Pier Paolo Pasolini, Milan, Gallimard,coll. NRF Biographies,‎ 1989
  • (it) Rinaldo Rinaldi, Pier Paolo Pasolini, Milan, Mursia,‎ 1982
  • (it) Rinaldo Rinaldi, L'irriconoscibile Pasolini, Soveria Mannelli, Rubbettino,‎ 1990
  • Giorgio Passerone et René Schérer, Passages pasoliniens, Villeneuve-d'Ascq, Éditions du Septentrion,‎ 2006
  • (it) Giona Tuccini, Il vespasiano e l'abito da sposa: fisionomie e compiti della poesia nell'opera di Pier Paolo Pasolini, Campanotto,‎ 2003 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (it) Passannanti Erminia, La ricotta. Il Sacro trasgredito, Joker,‎ 2009 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (it) Passannanti Erminia, Il Cristo dell'eresia. Sacro e censura nel cinema di Pier Paolo Pasolini, Joker,‎ 2009 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Giuseppe Santoliquido, Voyage corsaire, Ker éditions,‎ 2013 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Liste d'ouvrage sur Pasolini, no 947 de la Revue Europe, 2008

Liens externes[modifier | modifier le code]