La Guerre des mondes (radio, 1938)

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La Guerre des mondes est une dramatique radio interprétée par la troupe du Mercury Theatre (en) et diffusée le 30 octobre 1938 sur le réseau CBS aux États-Unis. Écrite et racontée par Orson Welles, c'est une adaptation du roman du même nom de l'écrivain H. G. Wells.

La mémoire collective a retenu que l'émission aurait causé un vent de panique à travers les États-Unis, des dizaines de milliers d'auditeurs croyant qu'il s'agissait d'un bulletin d'informations et qu'une attaque extraterrestre était en cours. Mais il s'agit certainement d'une légende forgée par les journaux de l'époque et encore davantage exagérée au fil du temps.

Fiche technique[1][modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

  • Orson Welles : professeur Richard Pierson
  • Frank Readick : Carl Philips, un opérateur 2X2L
  • Ray Collins : Wilmuth, Harry McDonald, un speaker
  • Paul Stewart : Un journaliste météo, un reporter radio
  • Carl Frank : un reporter radio, un quidam
  • Kenny Delmar : Capitaine Lansing, le Ministre de l'intérieur, un opérateur radio, un policier
  • Richard Wilson: Brigadier général Montgomery Smith
  • William Alland : un speaker, un tireur
  • Stefan Schnabel : Un observateur
  • William Herz : un technicien
  • Howard Smith : voix diverses

Pré-production[modifier | modifier le code]

Selon André Bazin, «l'incroyable aventure de l'invasion imaginaire » n'a pas été préméditée. Du temps déjà du Federal Theatre (en), Welles est un espoir montant pour le réseau radiophonique qui l'emploie. Columbia Broadcasting System lui laisse, de production en production, un peu plus de liberté créative. À partir de 1938, il anime un programme hebdomadaire : « The Mercury Theatre on the Air (en) ». Welles y remplit une fonction proche d'un Monsieur Loyal au sein de la troupe. Les adaptations de L'Île au trésor, Jane Eyre, Le Nommé Jeudi, Jules César, Le Tour du monde en quatre-vingts jours ne lui valent pas de remontrances. Il décide alors de se pencher sur un sujet de science-fiction. Des adaptations des romans Le nuage pourpre (en) de Matthew Phipps Shiel ou Le Monde perdu d' Arthur Conan Doyle sont envisagées. Finalement, ce sera La Guerre des mondes de H. G. Wells.

Pris par les répétitions de son Danton, Orson Welles n'a pas le temps de participer activement aux séances d'écriture et les scénaristes-adaptateurs ne sont pas enthousiasmés par le sujet. Le 29 octobre 1938, face à l'indigence des premiers essais enregistrés, il prend la décision, en accord avec la troupe, de situer l'action dans le présent. Après une nuit de réécriture, une nouvelle version, qui rompt avec l'unité de lieu narrative, est répétée. La diffusion se fait, comme d'habitude, en direct. Une fois la transmission achevée, toute la troupe part reprendre les répétitions nocturnes de Danton.

La légende du vent de panique[modifier | modifier le code]

Au lendemain de l'émission, les unes des journaux relatent de prétendues scènes de panique et d'émeutes massives à travers les États-Unis, qui auraient été causées par le feuilleton de Welles et sa fausse annonce d'attaque extraterrestre[2].

L'équipe du psychologue Handley Cantril[3] récolta rapidement après l'évènement de très nombreux témoignages (études de cas) de personnes ayant paniqué durant la diffusion radio, ainsi que d'autres données empiriques (sondage Gallup rapportant non seulement le nombre de personnes ayant écouté la transmission mais aussi le nombre de personnes ayant répondu positivement à la question "avez-vous paniqué durant l'émission radio?", l'augmentation des coups de téléphone durant la retransmission, les plaintes subséquentes à la chaîne de radio, les coupures de presses dans la semaine qui suivit celle-ci, etc.). Certains témoins rapportèrent avoir ressenti des symptômes physiques, tel que l'odeur des gaz des Martiens ainsi que la chaleur des rayons émis par leurs armes[4].

Cependant, le sociologue Pierre Lagrange[5] défend pour sa part l'idée que la panique engendrée par l'émission de Welles fut largement exagérée. Il y eut bien quelques rares cas particuliers d'affolement mais selon lui point d'hystérie collective. Il est possible que Cantril ait abusivement interprété les personnes « effrayées », sentiment compréhensible à l'écoute d'un feuilleton à suspense, comme des personnes « paniquées » qui auraient pris la fiction pour la réalité[2].

Selon une autre enquête du sociologue Robert E. Bartholomew[6], l'étude de Cantril n'aurait été fondée que sur des entretiens réalisés auprès de 135 personnes. Parmi ces témoignages, Cantril aurait délibérément choisi ceux qui soutenaient le mieux son point de vue. Bartholomew considère les épisodes les plus violents rapportés par Cantril (suicides, crises cardiaques) comme infondés mais faisant dorénavant partie du folklore américain.

Plusieurs faits contredisent la légende du vent de panique. En premier lieu, l'émission de Welles n'a pas eu énormément d'auditeurs le soir du 30 octobre 1938. D'après le sondage mené par le service d'audience C. E. Hooper (en) sur 5 000 foyers américains le soir de la diffusion, le feuilleton n'était écouté que par 2% des personnes interrogées[2]. Il subissait notamment la concurrence d'émissions populaires diffusées à la même heure, telles que The Chase and Sanborn Hour (en) sur NBC. En second lieu, parmi les sondés qui écoutaient effectivement la Guerre des mondes, aucune réponse ne laissait entendre qu'ils la prenaient pour un bulletin d'informations réel. Enfin, les témoignages de l'époque ne font pas état des prétendues scènes de panique alléguées par les journaux, et les hôpitaux new-yorkais n'ont pas enregistré de pic d'affluence[2].

Synopsis[7][modifier | modifier le code]

Piste 1 (6:09)[modifier | modifier le code]

C'est d'abord la voix d'un speaker annonçant que le Système de Diffusion Columbia, ainsi que ses filiales s'apprêtent à nous faire entendre Orson Welles et le Mercury Theatre dans La Guerre des mondes de H. G. Wells. L'indicatif sonore du Mercury Theatre retentit : il s'agit du thème orchestral du Concerto pour piano nº 1 de Tchaïkovski. Un nouveau speaker nous annonce que nous allons entendre Orson Welles. Ce dernier prend la parole pour asséner sur un ton pontifiant que « Depuis l'aube de notre siècle, nous sommes observés par des êtres d'une intelligence absolue » et de poursuivre, avec assurance, un discours à la fois grandiloquent et soporifique quant à la réalité de la menace extraterrestre. Glissant presque insensiblement de la fonction récitante à la fonction narrative, le discours revient au jour présent de la diffusion (30 octobre 1938) en le décrivant au passé. « C'était quelque mille et neuf cent années après le début de notre ère, pour cette soirée du trentième jour du mois d'octobre...» Sans autre transition qu'un court silence, nous entendons la fin d'un bulletin météo évoquant quelques perturbations atmosphériques d'une origine inconnue... Déjà se conclut le bulletin, et s'annonce un moment musical offert par Ramon Raquello et son orchestre consacré ce soir à la musique espagnole (castagnettes, trompettes)... Alors que le présentateur de l'émission musicale nous précise qu'il parle depuis l'hôtel Park Plaza, débute La Cumparsita sur un tempo lent... « Mesdames et Messieurs, nous sommes bien contraints de ne pas poursuivre notre retransmission musicale car une nouvelle d'importance doit vous être donnée ... » Le présentateur nous annonce qu'un éminent scientifique dont le laboratoire est situé à Chicago constate que des gaz explosifs ont été émis sur la planète Mars... La musique reprend, applaudissements... Débute Star Dust... Mais déjà le « journaliste » revient avec des informations fraîches concernant les gaz émis depuis Mars. Il nous annonce que l'on va entendre l'éminent Pr Pierson dans quelques instants, depuis Princeton dans le New Jersey. Mais encore une fois, place à la musique.

Piste 2 (5:00)[modifier | modifier le code]

Un nouveau « présentateur » nous dit parler depuis Princeton (New Jersey), un tic-tac se fait entendre, serait-ce le bruit du télescope ? Il va donner la parole au Professeur Pierson... Et Orson Welles de prendre sa voix de barbe (un peu comme dans Mr. Arkadin mais sans l'accent européen) et de pontifier sur la distance Terre-Mars d'un ton Falstaffien. Il semble préoccupé, tout de même à propos de cet astéroïde... Un peu de piano maintenant... Et déjà des nouvelles étranges venant du Canada, du New Jersey, évoquent la chute d'astéroïdes... Musique jazz... Suspense intense !

Piste 3 (3:58)[modifier | modifier le code]

Et en direct du New Jersey, le même présentateur (Philips) inquiet maintenant, se fait entendre par dessus les sirènes de secours accompagné de Pierson. «Je suppose que c'est ce truc là devant moi...» Le présentateur nous décrit l'objet et interroge le même professeur (Orson Welles). Brouhaha... Un Monsieur Wilmuth vient dire que justement il écoutait CBS. Mais Monsieur Wilmuth ne parle pas assez fort ! Et le quidam d'expliquer qu'il a entendu avant de voir, comme un "siiiiii" un peu comme une fusée de fête nationale. Philips le presse... Wilmuth balbutie. Wilmuth est fermier; c'est sur sa grange que s'est abattu l'astéroïde... Le présentateur est maintenant assez enjoué, il décrit l’agitation qui entoure la scène, l'ambiance, les voitures innombrables, les lumières... Brouhaha... Quelqu'un veut toucher l'objet... À propos, aviez-vous noté ce son cher Professeur Pierson ? Je vais rapprocher le microphone... (objectivement, le son ressemble à une couvercle de boite de conserve vissé puis dévissé) S'agit-il vraiment d'une météorite ? Pierson est perplexe : c'est lisse, cylindrique...

Piste 4 (11:56)[modifier | modifier le code]

Oh mon dieu ! Cela s'ouvre ! Ça se dévisse ! Ce visage ! Le journaliste va nous annoncer qu'il va interrompre sa retransmission quelques instants, le temps de se mettre à l'abri... du piano... une annonce standard pour maintenir la fonction phatique... à nouveau du piano... Philips revient, se répète... il décrit les «robots» de la Guerre des mondes (Lasers) des policiers hissent un drapeau blanc... Explosions... Silence de mort... Mesdames et Messieurs nous sommes au regret de ne pouvoir poursuivre notre émission depuis Grovers Mill. Le Professeur Indelkoffer nous annonce depuis la Californie que tout cela n'est qu'activité volcanique martienne et qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter... Encore du piano... Un message téléphonique tombe : 40 morts à Grovers Mill. Nous allons entendre le brigadier chef Smith... (Orson Welles avec cette fois un accent plus trainant) qui vient d'être nommé gouverneur militaire du New Jersey... Le présentateur nous parle maintenant de ... Un instant... Finalement nous avons retrouvé le professeur Pierson... grâce à un «fil spécial» - Et de fait la voix d'Orson Welles est cette fois déformée par les sonorités absurdes d'un mégaphone. Pierson déclare ne rien pouvoir affirmer. Il se perd littéralement en conjectures. Les «Visiteurs» utiliseraient-ils des miroirs d'Archimède ? Un présentateur reprend l'antenne pour annoncer la mort effroyable de Carl Philips (le présentateur qui accompagnait Pierson). La Croix-Rouge est sur les lieux. La parole est donnée à M. McDonald (Welles avec un accent britannique), un responsable des opérations qui emploie la langue de bois. Direction le QG de la milice improvisée à Grovers Mill. Un capitaine tente de minimiser l'incident. Il décrit son propre péril. Un présentateur affirme enfin que les extraterrestres ont débarqué sur Terre et annonce la prise de parole du Secrétaire de l'Intérieur - une charge fictive de l'administration fédérale - depuis Washington.

Piste 5 (3:25)[modifier | modifier le code]

«Mes bien chers concitoyens, je ne vous cacherai pas la gravité de la situation. Ni l'extrême gravité de la menace à laquelle nous sommes confrontés. Pour autant, je vous en supplie...gardez votre calme... Pour le moment, l'ennemi est cantonné sur une portion réduite du territoire. Prions que les forces armées parviennent à l'y maintenir. En attendant, tournons-nous vers Dieu et continuons, comme si de rien était. Que notre Nation se dresse face à cette menace d'extinction. Je vous remercie.» «Vous venez d'entendre le secrétaire de l'Intérieur qui s'adressait à nous depuis Washington. Nous vous informons qu'une partie du New Jersey est coupé du monde. Ici, à New York, des télexs du monde entier affluent. Des scientifiques de toutes les nations proposent leur aide. Apparemment, d'autres fusées ennemies ("rocket machine") sont en route vers la Terre... On en aurait aperçu en Virginie. La stratégie des envahisseurs semble de désorganiser la société humaine en brisant les moyens de communication... Des dépêches nous parviennent du New-Jersey où l'armée affronte actuellement les envahisseurs. Une dépêche nous parvient de Long Island... Un instant s'il vous plait... Un câble spécial nous permet de retransmettre ce qui se passe actuellement dans les "Watchin Mountains"(?) »

Piste 6 (5:38)[modifier | modifier le code]

L'artillerie réglant son tir.

Piste 7 (4:26)[modifier | modifier le code]

Depuis le toit de l'immeuble de CBS Radio

Piste 8 (0:48) annonce totalement "exta-diégétique" (rupture narrative totale)[modifier | modifier le code]

Vous êtes à l'écoute de CBS qui transmet actuellement une adaptation radiophonique originale d'Orson Welles et du Mercury Theatre de La Guerre des mondes d'H. G. Wells!... La retransmission va reprendre bientôt, vous êtes bien à l'écoute de CBS qui transmet actuellement une fiction adaptée de l’œuvre de H.G. Wells, par Orson Welles et du Théâtre des Ondes Mercury. Musique d'ambiance...

Piste 9 (5:01)[modifier | modifier le code]

Pierson écrivant son journal...Théâtre radiophonique

Piste 10 (11:38)[modifier | modifier le code]

Passage plus proche du Théâtre radiophonique. Il s'agit d'un dialogue entre un soldat et Pierson puis d'un récit type «journal intime» toujours par Pierson. La défaite « bactériologique » des Martiens est rapidement évoquée. Le récit se conclut par l'évocation d'un musée où sont présentées les carcasses de machines de guerre martiennes.

Piste 11 (1:41)[modifier | modifier le code]

Orson Welles rappelant que c'est lui, que c'est... Halloween

Évocation de l'œuvre dans d'autres œuvres de fiction[modifier | modifier le code]

Une séquence de Radio Days de Woody Allen met en scène une famille de la haute-bourgeoisie en proie à l'effroi quand les domestiques savent qu'il ne s'agit que d'une dramatique radio.

Un épisode de Cold Case (saison 5, épisode 7) raconte l'enquête qui suit la découverte d'une femme portée disparue pendant l'émission d'Orson Welles.

Dans un épisode d'Halloween des Simpsons, il y est fait référence suivi d'une vraie attaque extraterrestre.

Au tout début d'un épisode de Malcolm, Dewey fait référence à la panique engendrée par l'œuvre, et souhaite en prendre exemple pour faire une blague à son grand frère Reese.

Le film Gremlins fait, quant à lui, une très brève référence à l'événement ayant suivi l'émission radiophonique (à 01:08:59 du film).

En 1975, le téléfilm La nuit qui terrifia l'Amérique (The Night That Panicked America) propose une reconstitution des événements et des réactions du public.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. John L. Flynn War of the worlds, from Welles to Spielberg Galactic Books 2005 p.46
  2. a, b, c et d http://www.slate.fr/story/79512/guerre-mondes-welles-panique
  3. Cantril, Handley (1940). The Invasion from Mars: A Study in the Psychology of Panic.
  4. Bartholomew, Robert E. (1998). The Martian Panic Sixty Years Later: What Have We Learned? Skeptical Inquirer", vol. 22.6, novembre.
  5. Pierre Lagrange, La guerre des mondes a-t-elle eu lieu?, Robert Laffont, 2005, (ISBN 2-221-10466-8).
  6. (en) Robert E. Bartholomew, Little green men, meowing nuns, and head-hunting panics: a study of mass psychogenic illness and social delusion, McFarland, 2001 - 293 pages (ISBN 9780786409976)
  7. Pressage CD phonurgia nova éditions, Arles, France 1989 accompagné d'un livret isbn 2908325012 (Texte intégral traduit suivi de Mémoires de la radio de John Houseman et de Orson Welles et Un parcours radiophonique par François Thomas. Préface de Carol Shapiro)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Document externe[modifier | modifier le code]