Henri Désiré Landru

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Henri Désiré Landru

Photo de police de Landru en 1921.
Information
Surnom Le Barbe-Bleue de Gambais
Naissance 12 avril 1869
Paris, (France)
Décès 25 février 1922 (à 52 ans)
Versailles, (France)
Cause du décès Décapitation
Condamnation 30 novembre 1921
Sentence Guillotine
Meurtres
Nombre de victimes 11
Période Février 1915 - 13 janvier 1919
Pays France
Régions Île-de-France, Haute-Normandie, Aquitaine
Villes Gambais, Vernouillet, Le Havre, Bordeaux
Arrestation 12 avril 1919

Henri Désiré Landru (12 avril 1869 à Paris (19e arrondissement) – 25 février 1922 à Versailles) est un célèbre tueur en série et criminel français. Il fut surnommé « le Barbe-Bleue de Gambais ».

Origines[modifier | modifier le code]

Henri Désiré Landru est issu d'une famille modeste. Il est né en 1869 au 41, rue Puebla (aujourd'hui avenue Simon-Bolivar) dans le quartier de Belleville à Paris et est le fils cadet de Julien, Alexandre, Silvain Landru, 34 ans, chauffeur aux Forges Vulcain (qui se suicida au Bois de Boulogne le 28 août 1912), et de Flore Henriquel, 34 ans[1], couturière et blanchisseuse à domicile (décédée en 1910)[2]. Le couple avait déjà une fille, Florentine Marguerite Landru (née en 1854). La famille est établie à Paris, rue du Cloître-Notre-Dame, où Landru a passé l’essentiel de son enfance heureuse[3].

Il fréquente l'école des Frères de la rue de Bretonvilliers et y fait de bonnes études. Il est enfant de chœur à l'église Saint-Louis-en-l'Île où sa famille s'est installée quelques années plus tôt, il y officie parfois comme sous-diacre en 1888, si bien que ses parents envisagent de le faire rentrer au séminaire[4]. Il ne parvient pas à réaliser des études supérieures en architecture mais devient en 1889 commis d’architecte chez les sieurs Bisson-Alleaume-Lecoeur[5].

En 1889, il ment pour séduire sa cousine Marie-Catherine Rémy, jeune femme qui habite chez sa mère blanchisseuse rue Saint-Louis-en-l'Île, prétendant travailler dans son cabinet d'architecte en tant que technicien. Il l'épouse le 7 octobre 1893 après ses trois années réglementaires de service militaire accompli au 87e régiment d'infanterie de Saint-Quentin et au cours duquel il atteint le grade de sergent. Le couple aura quatre enfants[3] :

  • Marie-Henriette (24 juin 1891), que Landru reconnaîtra à l'issue de son service militaire (1893) ;
  • Maurice Alexandre (4 mai 1894), qui importuné, devra changer à trois reprises son patronyme ;
  • Suzanne (7 avril 1896) ;
  • Charles (1er avril 1900).

Escroqueries[modifier | modifier le code]

De 1893 à 1900, il pratique une dizaine de métiers (comptable, employé de commerce, cartographe, entrepreneur de travaux tel que couvreur, plombier, etc.) et change quinze fois d'employeur. La naissance des quatre enfants met le couple dans la difficulté financière, aussi cherche-t-il à faire fortune en fondant une prétendue fabrique de bicyclettes à pétrole avec laquelle il commet sa première escroquerie : il organise une campagne de publicité nationale, spécifiant que toute commande doit être accompagnée d'un mandat représentant un tiers du prix. Les commandes affluent alors qu'il n'a pas investi pour les fabriquer, et il disparaît avec l'argent sans jamais livrer les bicyclettes. Ces différents échecs l'affligent d'un sentiment de déréliction mythomaniaque[6].

Allant d'escroquerie en escroquerie, dissimulé sous de faux noms, il collectionne les condamnations à des peines d'amende et de prison (deux ans en 1904, treize mois en 1906), mais, après une tentative de suicide dans sa geôle, parvient à sortir de détention grâce aux expertises de médecins psychiatres qui le déclarent dans « un état mental maladif qui, sans être de la folie, n'est plus du moins l'état normal »[4].

En 1909, il est condamné à trois ans de prison ferme pour escroquerie : à la suite d'une annonce matrimoniale, il avait fêté ses fiançailles avec une certaine Jeanne Izoret, puis s'était fait remettre les titres de celle-ci avant de disparaître[2].

Dès sa sortie de prison, il monte une nouvelle escroquerie, une carambouille : il achète un garage, qu'il revend immédiatement sans avoir payé le précédent propriétaire. La justice l'identifie assez vite comme étant l'auteur de ce délit, et il prend la fuite. En 1914, il est condamné par défaut pour cette affaire à quatre nouvelles années de prison. S'agissant de sa troisième condamnation à une peine de plus de trois mois, le verdict est assorti de la peine accessoire de relégation, c'est-à-dire qu'il est condamné à être déporté à vie au bagne de Guyane. Landru, qui a déjà connu la prison, sait que la détention en Guyane se passe dans des conditions extrêmement difficiles avec un taux de mortalité très élevé. Il est dès lors possible, mais ce n'est là qu'une conjecture, que cette condamnation ait joué un rôle dans sa transformation en assassin : faisant déjà l'objet d'une quinzaine de plaintes, il ne pouvait tout simplement plus se permettre d'être reconnu par l'une de ses victimes[7].

L'affaire Landru[modifier | modifier le code]

Pour se procurer des revenus, Landru va, à partir de 1914, franchir le pas qui le conduira à l'échafaud. À l'instar de Johann Otto Hoch (en) et de George Joseph Smith (en), il se fait passer pour un homme veuf, esseulé et disposant d'une certaine aisance, et entreprend de séduire des femmes seules qui, sans être véritablement riches, possèdent quelques économies et surtout, mènent une vie suffisamment isolée de leur entourage. Simulant une prospérité qui n'est que de façade, il leur fait miroiter le mariage et les invite à séjourner brièvement dans une villa isolée qu'il loue, d'abord à Chantilly, puis à Vernouillet, et enfin à Gambais (Seine-et-Oise, actuel département des Yvelines)[2]. Le choix de cette dernière commune fut motivée par le fait que les enfants de l'une de ses victimes, Mme Guillin, inquiets de la disparition de leur mère et connaissant l'adresse de Vernouillet, ne tardèrent pas à s'y rendre. Landru décida alors de fuir ces visiteurs trop curieux.

En outre, la Belle Époque et la Première Guerre mondiale voient le développement du travail féminin : les midinettes, grisettes, trottins, parfois obligées de pratiquer la prostitution occasionnelle pour survivre, sont autant de femmes seules susceptibles d'être ses victimes puisqu'il se présente dans ses annonces comme un homme veuf et aisé, capable de subvenir à leurs besoins. Enfin, le premier conflit mondial laisse de nombreuses veuves qui ne souhaitent pas demeurer longtemps en deuil, mais souhaitent se remarier pour améliorer leurs faibles pensions[8].

Sa première victime est Jeanne Cuchet, lingère et veuve de 39 ans qu'il rencontre en février 1914 dans les jardins du Luxembourg[7]. Ses victimes suivantes sont « recrutées » par des annonces matrimoniales publiées dans des quotidiens. À force d'éloquence, il fait signer à ses victimes des procurations lui permettant ensuite de faire main basse sur leurs comptes bancaires. Il ne lui reste plus qu'à assassiner ces dames imprudentes, puis à faire disparaître leur corps. On supposera par la suite qu'il les brûlait dans le fourneau des villas qu'il louait : bien qu'étant assez isolée, la maison de Gambais est suffisamment proche des autres habitations pour qu'à plusieurs reprises, l'attention du voisinage ait été attirée par certaines odeurs nauséabondes s'échappant de la cheminée à des périodes où le chauffage intensif n'était pas indispensable. Toutefois, comme Henri Landru se montre assez discret dans l'accomplissement de ses crimes, ces faits resteront dans l'ombre tant que n'éclatera pas l'affaire. De plus, il bénéficie du contexte trouble de la Première Guerre mondiale ; ainsi, alors qu'il est fiché comme escroc en fuite pour sa précédente condamnation, il peut se permettre, sans courir le risque d'être arrêté, de rentrer de temps en temps auprès de sa femme et de ses enfants, qui le croient brocanteur, et qu'il fait profiter du produit de ses crimes.

Landru utilise plus de 90 pseudonymes[9]. Lorsque l'une de ses victimes lui demande des papiers d'identité afin d'organiser le mariage promis, il prétend être originaire des régions occupées par les Allemands, ce qui rend impossible la vérification de son identité. Selon la psychiatre des hôpitaux Francesca Biagi-Chai qui a repris les expertises judiciaires de l'époque, c'est ce contexte de guerre qui transforme la psychose latente ordinaire de Landru en schizophrénie mortifère : puisque les soldats tuent pour une raison, cet homme cultivé, soucieux de subvenir aux besoins de sa famille mais aussi amoureux d'une chanteuse dont il a été l'amant, trouve lui aussi une raison économique de tuer en série des femmes pourtant pas très riches[6]. C'est dans un contexte non sans similarités que la Seconde Guerre mondiale engendrera à son tour un Marcel Petiot.

Début de l'affaire[modifier | modifier le code]

À la fin de 1918, le maire de Gambais reçoit une lettre d'une certaine Mme Pellat, lui demandant des nouvelles de son amie Mme Anne Collomb qui, fiancée à un M. Dupont, s'était établie avec lui à Gambais ; le maire répond qu'il ne connaît pas cette personne. Quelque temps plus tard cependant, l'édile reçoit une lettre d'une certaine Mlle Lacoste, qui lui demande des nouvelles de sa sœur, Célestine Buisson, laquelle se serait également installée à Gambais avec un M. Frémyet[10].

Frappé par la similitude de ces demandes, le maire met en contact les deux familles qui se rendent compte que Dupont et Frémyet semblent être la même personne  : les deux disparues ont répondu à la même annonce de rencontre parue le 1er mai 1915 dans Le Petit Journal[11]. Les deux familles s'unissent pour porter plainte contre X auprès du parquet de la Seine. Une enquête de police menée par l'inspecteur Jules Belin[12] permet alors d'établir que la villa en question baptisée « l'Ermitage », appartient à un certain Monsieur Tric, qui la loue à un Monsieur Frémyet, résidant à Rouen. Dupont/Fremyet est introuvable à Rouen, mais son courrier est réexpédié chez M.Guillet, demeurant boulevard Ney à Paris, c’est-à dire à l’adresse de Célestine Buisson.

L’enquête piétine, les recherches sur cette personne demeurant vaines jusqu'à ce que, le 8 avril 1919, une voisine de Mlle Lacoste reconnaisse le mystérieux homme au bras d’une nouvelle amie et sortant d'un magasin de faïences rue de Rivoli à Paris où il avait acheté des bibelots. Alerté, Jules Belin parvient à localiser l'individu, nommé Lucien Guillet, grâce au vendeur du magasin qui avait enregistré l'adresse de ce client qu'il devait livrer. Ce Lucien Guillet est arrêté à son domicile 76, rue de Rochechouart, le 12 avril 1919, jour de ses cinquante ans, à 6 heures (l'heure légale pour procéder à l'arrestation) par les inspecteurs Braunberger et Jules Belin (Belin ayant monté la garde devant la porte toute la nuit) qui l'accusent d'escroquerie et d'abus de confiance. Ils retrouvent à son domicile un permis de conduire au nom d'Henri Désiré Landru et un petit carnet sur lequel sont inscrits onze noms, dont ceux des deux disparues sur lesquelles enquêtait Jules Belin[10]. Une autre version veut que pendant son transport hippomobile vers les bureaux des brigades mobiles, Landru sorte un petit carnet noir de sa poche et tente de le jeter par la fenêtre mais le brigadier Riboulet s'en empare[3].

Instruction[modifier | modifier le code]

L'examen des papiers personnels de Landru — et en particulier son registre de comptes, méticuleusement tenu — révèle une vaste opération d'escroquerie au mariage  : pas moins de 283 femmes sont entrées en contact avec Landru à la suite d'annonces matrimoniales passées par celui-ci dans des journaux, mais beaucoup d'entre elles ne deviennent pas ses victimes car elles ne sont pas assez isolées de leur entourage ou n'ont pas assez de biens. Dans le carnet « traduit » par le brigadier Riboulet, la découverte par le commissaire Dautel des noms de onze femmes déclarées officiellement disparues conduit le juge Bonin à inculper Landru de meurtres en mai 1919[10].

Dessin de la cuisinière dans laquelle Landru aurait brûlé ses victimes (œuvre de Landru lui-même).

Des perquisitions ont lieu chez Landru, 22, rue de Châteaudun à Paris mais aussi dans les deux villas qu'il louait successivement, à Vernouillet, puis à Gambais, conduisant à la découverte de débris supposé humains dans un tas de cendres retrouvé dans un hangar, dans la cheminée, dans la cuisinière ; on trouve également des agrafes, des épingles, des morceaux de corset, des boutons en partie brûlés. En tout, la police retrouve 4,176 kg de débris d'os calcinés, dont 1,5 kg provenant de corps humains, ainsi que 47 dents ou fragments de dents. Le médecin légiste annonce à la presse que ces os correspondent à trois têtes, cinq pieds et six mains[7].

Le 28 juin 1919, les enquêteurs Kling et Beyle font brûler dans la cuisinière une tête de mouton et un gigot de sept livres : ils constatent que le tirage est excellent et que la graisse de la viande assure une parfaite combustion. De même, les enquêteurs retrouvent dans un garde-meuble (garage loué à Clichy) par Landru des meubles ayant appartenu à l'une des victimes. Landru, après les avoir fait disparaître, se rendait à leurs domiciles, faisait le déménagement avec son fils qui prenait son père pour un entrepreneur et les entreposait avant de les revendre aux enchères[3].

Les papiers personnels de Landru sont examinés, en particulier sa comptabilité, qui révèle l'achat de plusieurs scies à métaux, de scies à bûches et de beaucoup de charbon ; les noms des fiancées y sont même associés à des heures qui paraissent, pour les enquêteurs, constituer les heures des crimes : (« 12 avril 1917 Mlle Babelay h soir ; 1er septembre 1917 Mme Buisson 10 h 15 ; 26 novembre 1917 Mme Jaume h ; 5 avril 1918 Mme Pascal 17 h 15 »).

L'un des éléments les plus accablants est fourni par des reçus de billets de train : Landru achetait, lors de ses déplacements en train à Vernouillet ou Gambais, un aller-retour (pour lui) et un aller simple (pour la fiancée).

Il semble aujourd'hui acquis, tant par les analystes que par les historiens, que les victimes étaient découpées et que les corps (tronc, jambes, bras) étaient soit enterrés dans des bois, soit jetés dans des étangs tandis que les têtes, mains et pieds étaient incinérés (vraisemblablement dans la cuisinière de la villa)[13],[14].

Le 18 août 1920, le juge Bonin récapitule toutes les charges : le dossier est si volumineux que le substitut Gazier, chargé d'établir le réquisitoire définitif, profite des vacances du juge Bonin pour l'étudier dans le cabinet du magistrat. Le dossier contient en tout plus de 5 000 pièces sans preuve. Malgré ces éléments accablants, Landru n'avoue rien pendant ses nombreux interrogatoires[9], parlant seulement à deux aliénistes pour tenter de les manipuler et se faire passer pour irresponsable[3].

Les victimes[modifier | modifier le code]

Landru est accusé du meurtre de onze personnes :

  1. février 1915 : Jeanne-Marie Cuchet (ou Georgette Cuchet[15]) née Jamast, lingère, veuve d'un commerçant, 39 ans, disparue à Vernouillet ;
  2. février 1915 : André Cuchet, fils de Jeanne Cuchet, 17 ans, vendeur dans une lingerie, disparu à Vernouillet ;
  3. 26 juin 1915 : Thérèse Laborde-Line, née le 12 août 1868 à Chascomus (Argentine), séparée d'un mari aubergiste, disparue à Vernouillet ;
  4. 3 août 1915 : Marie-Angélique Guillin, née Pelletier le 15 avril 1863 à Bellavilliers (Orne), ancienne gouvernante, disparue à Vernouillet ;
  5. 8 décembre 1915 : Berthe-Anna Héon, 55 ans, née au Havre, veuve, femme de ménage, disparue à Gambais ;
  6. 27 décembre 1916 : Anne Collomb, 44 ans, veuve, secrétaire dans une compagnie d'assurances, disparue à Gambais ;
  7. 12 avril 1917 : Andrée-Anne Babelay, 19 ans, domestique chez une cartomancienne, disparue à Gambais ;
  8. 1er septembre 1917 : Célestine Buisson, veuve, femme de ménage, disparue à Gambais ;
  9. 26 novembre 1917 : Louise-Joséphine Jaume, 38 ans, séparée de son époux et en instance de divorce, disparue à Gambais ;
  10. 5 avril 1918 : Anne-Marie Pascal, née le 5 novembre 1880 à Toulouse, divorcée, couturière, disparue à Gambais ;
  11. 13 janvier 1919 : Marie-Thérèse Marchadier, née le 27 octobre 1881 à Bordeaux, ancienne prostituée tenancière d'une maison de passes rue Saint-Jacques, à Paris, connue sous le nom de la belle Mytèse, disparue à Gambais (la police retrouvera les cadavres de ses trois chiens, étranglés).

Le procès[modifier | modifier le code]

Landru, durant son procès.

Le procès-fleuve qui passionna les contemporains s'ouvre, après deux ans et demi d'instruction, le 7 novembre 1921 devant la cour d'assises de Seine-et-Oise siégeant à Versailles[9]. La cour est présidée par le président Gilbert assisté de Messieurs Schuler et Gloria, assesseurs ; M. Godefroy officie comme avocat général ; Landru choisit comme avocat Maître Vincent de Moro Giafferi, assisté de Maître Auguste Navières du Treuil tandis que les parties civiles sont représentées par Maîtres Lagasse et Surcouf.

Le procès à grand spectacle attire le Tout-Paris (Mistinguett, Raimu, Berthe Bovy ou Colette alors chroniqueuse judiciaire) et même l'aristocratie étrangère qui sont charmés par son humour provocateur[3].

La cuisinière dans laquelle il était supposé avoir fait brûler les corps de ses victimes est même transportée dans la salle d'audience.

Landru nie jusqu'au bout être l'auteur des crimes dont on l'accuse, concédant toutefois avoir volé et escroqué ses supposées victimes. Il fait preuve à diverses reprises d'une éloquence souvent provocante devant la Cour, allant, par exemple, jusqu'à s'exclamer : « Montrez-moi les cadavres ! ». Landru est également renommé pour certaines de ses réparties, certaines attestées par les témoins de l'époque, d'autres apocryphes[3] :

  • À l'huissier chargé de lui remettre la liste des jurés : « Il n'est pas vraiment utile de se déranger surtout un dimanche, pour si peu de choses ».
  • Au président : « Ma mémoire est surmenée par ces longs débats » — « Chaque fois qu'on voit sur mon carnet un chiffre en haut d'une page, on en déduit que ce fut l'heure où j'accomplissais un crime ! » — (le président) « Voyons Landru, toutes ces femmes ... vos enfants ne disaient rien ? » — (Landru) « Quand je donne un ordre à mes enfants, moi, monsieur le Juge, ils obéissent. Ils ne cherchent pas le pourquoi ni le comment. Je me demande comment vous élevez les vôtres ! »
  • « Vous parlez toujours de ma tête, Monsieur l'avocat général. Je regrette de n'en avoir pas plusieurs à vous offrir ! »
  • « Moi ? J'ai fait disparaître quelqu'un ? Eh bien, ça alors ! Si vous croyez ce que racontent les journaux ! »
  • (Le président) « Vous pleurez Landru : vous éprouvez le besoin de libérer votre conscience ? » — (Landru) « Oui, je pleure mes fautes, je me repens... j'ai des remords... je pleure parce que je pense qu'avec tout le scandale fait autour de mon nom, on a appris à ma pauvre femme que je l'avais trompée. »
  • « Si les femmes que j'ai connues ont quelque chose à me reprocher, elles n'ont qu'à déposer plainte !  »
  • Alors que Landru vient de déclencher l'hilarité du public par une nouvelle repartie, le président menace : « Si les rires continuent, je vais demander à chacun de rentrer chez soi ! », ce à quoi Landru réplique : « Pour mon compte, monsieur le Président, ce n'est pas de refus ».

Son avocat maître Moro Giafferi le défend avec talent. Une scène mémorable eut lieu pendant sa plaidoirie, où il affirma que des victimes avaient été retrouvées et allaient venir se présenter devant la cour d'assises. Le public et les jurés tournèrent la tête vers la porte que le « ténor du barreau » avait alors désignée, et après avoir laissé planer le suspense, souligna le fait que tous ceux qui avaient tourné la tête vers la sortie avaient ainsi démontré leur manque de conviction concernant la réalité des assassinats imputés à son client, mettant en évidence l'absence de preuves formelles contre Landru, faute de cadavre retrouvé. L'avocat général rétorqua du tac au tac que Landru, lui, n'avait pas tourné la tête vers la porte…[13]

Mais, face à une série de témoignages accablants et un faisceau de présomptions convaincantes, Giafferi ne peut lui éviter d'être condamné à mort : au terme de huit heures de délibérations, les jurés déclarent Henri Désiré Landru coupable de onze meurtres et le condamnent à la guillotine le 30 novembre 1921. Le 24 février 1922, Alexandre Millerand, président de la République, rejette le recours en grâce déposé[16].

Alors qu'on vient chercher Landru dans sa cellule à 5h25 du matin pour le conduire à l'échafaud, l'aumônier se serait approché et lui aurait demandé « Mon fils, croyez-vous en Dieu ? », Landru lui ayant répondu « Monsieur le curé, je vais mourir et vous jouez aux devinettes »[3]. Landru est guillotiné à l'entrée de la prison de Versailles à l'aube du 25 février 1922 par le bourreau Anatole Deibler qui note dans son carnet « 6h10. Temps clair »[3]. Landru a demandé comme dernière volonté de pouvoir se laver les pieds, ce qui lui a été refusé par peur d'un suicide. Peu avant son exécution, alors qu'on lui propose un verre de rhum et une dernière cigarette, Landru décline l'offre et répond : « Ce n'est pas bon pour la santé. ». À son avocat qui, au pied de l'échafaud, lui demandait si, finalement, il avouait avoir assassiné ces femmes, Landru répondit : « Cela, Maître, c'est mon petit bagage... »[11].

Il fut enterré dans la partie réservée aux condamnés à mort du cimetière des Gonards à Versailles[17], le législateur ayant fait supprimer l'inscription pour éviter la curiosité, son corps aurait été par la suite récupéré par la famille et inhumé discrètement ailleurs[18].

Conséquences de l'affaire[modifier | modifier le code]

La famille Landru dut changer de nom pour mener une vie tranquille.[réf. nécessaire]

Fernande Segret[modifier | modifier le code]

Fernande Segret, artiste lyrique, dernière maîtresse de Landru avec qui elle vivait maritalement lors de son arrestation, avouera pendant l'instruction que celui-ci avait tenté de l'empoisonner par deux fois[3]. Après l'affaire, elle fit carrière dans un cabaret parisien, puis partit travailler comme institutrice au Liban. S'estimant diffamée par le film Landru de Claude Chabrol en 1963, elle obtint 10 000 francs de dommages et intérêts de la part du producteur du film. Le 21 janvier 1968, elle se jeta dans les douves du château de Flers, non loin de la maison de retraite où elle s'était retirée. Dans sa chambre, il y avait deux photos : l'une de sa mère, l'autre de Landru[7].

Reliques[modifier | modifier le code]

La Villa Tric de Gambais fut pillée par la foule, puis vendue à un restaurateur qui la rebaptisa Au Grillon du Foyer et aménagea une partie de la bâtisse en musée. Le restaurant ferma ses portes en 1940 et la maison fut ensuite revendue à des particuliers[19].

La cuisinière de la villa de Gambais aurait été acquise dans un premier temps par un collectionneur américain. Deux journaux français des années 1950 affirment au contraire qu'elle aurait été vendue aux enchères le 23 janvier 1923 par le palais de justice de Versailles pour 4 200 francs, à Anglade, directeur du Musée Grévin, la fonction du commissaire-priseur étant tenu par Béguin, receveur des Domaines en Seine-et-Oise[20]. Depuis, elle a été rachetée par l'animateur, producteur et humoriste Laurent Ruquier[21]. Passionné par le personnage, il a écrit une pièce sur le sujet, en 2005, mise en scène par Jean-Luc Tardieu au théâtre Marigny avec Régis Laspalès dans le rôle principal.

En 1955, à la demande d'un ancien médecin légiste qui avait conservé un carton contenant des restes humains numérotés supposés être les os découverts dans le cuisinière de Gambais, ce carton est enterré au pied d'un saule pleureur du Jardin des Plantes de Paris[16].

Landru dans les œuvres de fiction[modifier | modifier le code]

Chanson[modifier | modifier le code]

  • Louis Boucot chante en 1921 Les femmes de Landru[11].
  • Le groupe de chanteurs français Les Quatre barbus fait allusion à Landru dans une chanson intitulée Le Duc de Bordeaux.
  • Dans sa chanson Nous les Français, Georges Milton évoque Landru : « Et si l'on s'appelle Landru, on brûle sa femme en surplus ».
  • Dans son album Gainsbourg Confidentiel, paru en 1963, le compositeur et chanteur français Serge Gainsbourg cite Landru dans le morceau Sait-on jamais où va une femme quand elle vous quitte.
  • L'artiste comédien et chanteur Francis Blanche composa une chanson, aux airs bucoliques et humoristiques, Idylle en forêt, faisant allusion à Landru : « Toc toc, quelqu'un frappe à la porte - "Entrez !" s'écrie le grand barbu - "Bonjour", dit l'facteur d'une voix forte - "Une lettre pour vous Monsieur Landru !" ».
  • Le chanteur Renaud dans Le Tango de Massy-Palaiseau tiré de son album Ma Gonzesse (1979) fait directement allusion à Landru : « Et quand Landru, ce vieux salaud, - Coupa sa femme en p'tits morceaux - Elle lui d'manda dans un sanglot - Je t'en prie ne me scie pas les os - Il répondit : "Je fais c'que je veux - Car je suis le roi du tango - Et je le danse beaucoup mieux - Que Rudolphe et Valentino" ».
  • Le groupe de trash metal français ADX dans Souvenirs de Gambais de leur album Division Blindée (2008) fait référence à Landru : « Charmeur cruel, courtois si obligeant - Parlant d'amour, de fleurs, de lendemains plaisants - Patience à toute épreuve pour saisir la finesse - Séduction dans un rôle, qu'importent les promesses (...) - Oh, la peur aux yeux de lame - Oh, la mort derrière les roses ».
  • Le groupe new wave français No Unauthorized a écrit une chanson intitulée Landru en 1987 : « Il prenait pas la plus jolie - Qu'importe une fois qu'c'est cuit - Du moment qu'elle a du pognon - Pour lui s'marier, c'était pas con - Landru choisit, marie puis cuit - Landru les aime pas crues ».
  • Le chanteur Charles Trenet a écrit une chanson intitulée Landru en 1963 : « Landru, Landru, Landru, vilain barbu - Tu fais peur aux enfants - Tu séduis les mamans - Landru, Landru, ton crâne et ton poil dru - Ont fait tomber bien plus d'un prix d'vertu ».
  • Le groupe Rolling Bidochons a repris le titre des Rolling Stones "Sympathy for the Devil" et l'a rebaptisé "Sympathie for the débile". Les paroles évoquent Landru. On entend notamment les choristes chanter "Landru, Landru..." à la place des "Ouh Ouh"[22].
  • La chanteuse Juliette Noureddine lui fait également référence dans sa chanson Il n'est pas de plaisir superflu]' dans son album Le Festin de Juliette (2002) : « Vive la barbe et les barbus - Allons aux bois monsieur Landru - Envers vous ma confiance est grande - Dans les tranchées sous les obus - Sus à l’ennemi crie le poilu - La Madelon en redemande ».
  • Désiré Landru est également le nom d'un groupe punk-garage expérimental qui officia à Reims de 1980 à 1983.
  • Le groupe Les frères Brothers l'évoque dans leur chanson Le Collectionneur.
  • Le groupe Force de frappe a enregistré un titre, Landru, qui figure sur leur EP éponyme de 1993.

Livres[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • En 2003, le personnage et ses facéties ont encore inspiré une pièce de théâtre Landru et Fantaisies de Christian Siméon, aux éditions de l'Avant-scène Théâtre. Elle met en scène sous forme de flash-backs les rencontres de Landru avec ses victimes et Fernande Segret, sa maîtresse. Mais on assiste surtout à l'aube de sa mort à la confrontation avec son bourreau, Anatole Deibler, un autre tueur « public ».
  • En décembre 2005, une pièce écrite par Laurent Ruquier, Landru, est jouée sur les planches du théâtre Marigny avec dans le rôle titre Régis Laspalès.

Télévision[modifier | modifier le code]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • L'auteur de bande dessinée Christophe Chabouté publie en 2006 un ouvrage intitulé Henri Désiré Landru où il fait apparaître le personnage comme victime d'une odieuse et complexe machination.
  • Henri-Désiré Landru apparaît également dans la bande-dessinée Le Codex Angélique de Thierry Gloris et Mikaël Bourgouin : il est le majordome de la famille Devisse.
  • Dans la bande dessinée Iznogoud, le personnage-titre donne vie à une statue de cire de Landru, qui s'en va séduire une autre statue animée de Lucrèce Borgia. Dans un autre album, Iznogoud se rend en enfer où il rencontre Landru et Hitler. Landru l'invite à manger en lui vantant sa cuisinière, ce à quoi Hitler rétorque qu'un four est plus pratique qu'une cuisinière.
  • Dans la bande dessinée La Foire aux Cochons de Ptiluc, Landru apparaît, comme « étant de passage » dans l'espèce de purgatoire qu'est le statut de cochon, et, voyant que la plupart des pénitents cochons sont des « foudres de guerre » à l'instar de Napoléon, du général de Gaulle), il estime qu'il ne restera pas longtemps, et se contente de regarder le spectacle des disputes de ses compatriotes porcins.
  • Dans la bande dessinée Les Superhéros injustement méconnus de Manu Larcenet, Landru est le héros Combustion Man. Il brûle les femmes faisant trop cuire les steaks, car il a découvert qu'elles viennent de la planète Véga du Centaure pour envahir la Terre. Il est alors condamné à mort par ses contemporains incrédules.

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • Landru, der Blaubart von Paris (1922), film autrichien muet réalisé par Hans Otto l'année même de l'exécution de Landru, est la première fiction cinématographique consacrée à celui-ci.
  • Sur un synopsis d'Orson Welles qui le lui vendit, Charlie Chaplin s'inspira de l'affaire Landru pour composer le personnage principal de son film Monsieur Verdoux (1948), ajoutant à l'histoire originale une trame sociale inspirée de la crise de 1929. Il présentait son héros comme une sorte de victime de la crise et lui donnait même des dehors sympathiques.
  • La Dixième Femme de Barbe Bleue (1960) est un film britannique réalisé par W. Lee Wilder. George Sanders y tient le rôle du meurtrier Landru, renommé « Henry Jackson » dans la version française. La version belge du film s'intitule Landru.
  • Claude Chabrol réalisa à son tour un film intitulé Landru, sorti le 25 janvier 1963. Le scénario, inspiré des reconstitutions les plus plausibles de l'affaire, était signé de Françoise Sagan. Le rôle du criminel était dévolu à Charles Denner.
  • Dans le film Un singe en hiver, le brocanteur se fait appeler Landru, car il a eu deux femmes qui sont mortes prématurément.
  • Dans le film Le Tatoué, un détective soupçonné d'avoir été approché par Félicien Mézeray (Louis de Funès) pour assassiner le comte Enguerand de Montignac (joué par Jean Gabin) se fait appeler Landru.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives état-civil, Mairie de Paris.
  2. a, b et c Gérard A. Jeager, « Itinéraire d'un tueur en série », Historia, no 705,‎ septembre 2005, p. 50
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Éric Yung, Landru - 6h10 - Temps clair, coédition Télémaque - Musée des lettres et manuscrits,‎ 2013 (ISBN 978-2-7533-0185-6)
  4. a et b Franck Ferrand, « Landru », émission Au cœur de l'histoire, 1er mai 2012
  5. Note sur Landru, par Marc Renneville, d'après les documents originaux de la bibliothèque P. Zoummeroff
  6. a et b Interview de Francesca Biagi-Chai
  7. a, b, c et d Jean-Pierre Vergès, Les tueurs en série, Hachette Pratique,‎ 2007, 256 p.
  8. Collectif, Landru : un serial killer à la Belle Époque : Les grands procès de l'histoire, Omnibus,‎ 2012 (ISBN 978-2-258-10213-2), p. 11-12
  9. a, b et c Le procès de Landru Série « les grands procès de l’histoire » publication n°6 du site www.justice.gouv.fr
  10. a, b et c Charles Diaz, La fabuleuse histoire des grands flics de légende, Jacob Duvernet,‎ 2010 (ISBN 978-2847242942), p. 507
  11. a, b et c Le Barbe bleue de Gambais, le procès Landru aux archives des Yvelines
  12. Jeune inspecteur à cette époque (35 ans), il décroche un bac de sciences et lettres – une rareté à l’époque -, puis devient secrétaire de commissariat mais il s'ennuie dans un commissariat de quartier de Paris. Il intègre les brigades du Tigre en 1907, participe à l'arrestation de la bande à Bonnot puis à celle de Landru, ce qui lui vaut d'être un des modèles de Georges Simenon pour son commissaire Maigret. Source : Roald Billebault, « le flic oublié  », dans La Gazette de Côte d'Or no 143, 20 mai 2009
  13. a et b Alain Decaux : Les Assassins, Éd. Perrin.
  14. Le Petit Parisien, 15 mai 1919, no 15437.
  15. Sarah Sissmann, Christophe Barbier, « Une épouse outragée », sur lexpress.fr,‎ 30 août 2004
  16. a et b Un tueur en série "bourreau des cœurs"...
  17. le cimetière des Gonards
  18. Jacques Pradel, dans L'heure du crime sur RTL, 21 février 2012
  19. « Que deviennent ces "maisons de l'horreur" ? », Lavieimmo.com.
  20. Paris-Presse du 17 avril 1956 et Franc-Tireur du 1er mars 1957.
  21. Interview de Laurent Ruquier et Régis Laspalès par Thierry Ardisson, dans Tout le Monde en parle, 26 novembre 2005 , 3 min 55
  22. https://www.youtube.com/watch?v=8jwVNx51rIE
  23. LANDRU 6 H 10 TEMPS CLAIR (Les pièces du dossier) Textes d'Eric YUNG. Éditions Télémaque.
  24. Jean-Paul Sartre, Saint Genet, comédien et martyr, Paris, Gallimard (Tel), 1952 (2010), p. 231

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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