Jane Eyre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Jane Eyre (homonymie).
Jane Eyre
Auteur Charlotte Brontë
Genre Roman
Version originale
Titre original Jane Eyre
Éditeur original Smith Elder and Co.
Langue originale Anglais
Pays d'origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Date de parution originale 16 octobre 1847
Version française

Jane Eyre est un roman de Charlotte Brontë, publié le 16 octobre 1847 en Angleterre. Il a depuis été adapté plusieurs fois pour le cinéma. L'histoire est présentée comme l'autobiographie de l'héroïne.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Jane Eyre est le premier roman publié de Charlotte Brontë, dont le livre précédent, The Professor, avait été refusé par sept éditeurs. Charlotte Brontë amorce la rédaction de Jane Eyre en août 1846 et l'achève un an plus tard. Le livre est accepté par la maison d’édition Smith, Elder and Co. et publié en octobre 1847 sous le pseudonyme de Currer Bell. Le succès est immédiat au point de précipiter la parution déjà prévue des romans Les Hauts de Hurlevent et Agnès Grey des sœurs de Charlotte, Emily (alias Ellis Bell) et Anne (alias Acton Bell). En décembre 1847, Jane Eyre fait l'objet d'une seconde édition que Charlotte dédie à William Makepeace Thackeray.

La première traduction française, par Noëmie Lesbazeilles-Souvestre, est publiée en 1854 sous le titre Jane Eyre ou les Mémoires d’une institutrice.

Histoire et personnages[modifier | modifier le code]

Première partie[modifier | modifier le code]

Jane Eyre, disant son fait à « sa tante », Mrs. Reed, avant que celle-ci ne l'envoie dans le dur pensionnat de Lowood (seconde édition de Jane Eyre, en 1847).

Jane, orpheline, est d'abord recueillie par sa tante, Mrs. Reed, tenue par une promesse faite à son mari avant sa mort. Jane Eyre est toutefois élevée comme étant inférieure à ses cousins qui n'hésitent pas à la maltraiter, surtout son cousin John. À la suite d'une forte rébellion contre sa tante, précédée par une punition disproportionnée qui la fait tomber en syncope, Jane Eyre, dix ans, est envoyée en internat à Lowood. Elle s’y fait une amie sincère, Helen Burns, qui décède de la tuberculose due aux très mauvaises conditions de l’internat. Ce passage est fortement inspiré de l'expérience de l'auteur : les deux sœurs aînées de Charlotte Brontë, Maria et Elizabeth, sont en effet mortes en bas âge en raison des mauvaises conditions de vie prévalant dans leur école de Cowan Bridge.

Après l'épidémie, les conditions de vie de l'internat changent et celui-ci devient un établissement de qualité. Après huit années passées à Lowood — six en tant qu'étudiante et deux en tant que professeur — Jane veut changer de vie et passe une annonce dans un journal pour trouver un poste de préceptrice. Mme Fairfax lui répond afin qu'elle vienne faire l'éducation d'Adèle, la protégée de M. Rochester, 40 ans, riche propriétaire du château de Thornfield-Hall.

Deuxième partie[modifier | modifier le code]

Au fil des mois, la jeune gouvernante apprend à connaître son "maître", et l'admiration qu'elle a pour lui se transforme bientôt en amour profond et sincère. Consciente de la différence d'âge et de fortune qui les sépare, elle ne peut refréner ses sentiments, et cela alors même qu'elle pense qu'il va en épouser une autre - la belle et fière Miss Ingram. Cependant, il lui apprend un jour que malgré son âge et sa situation, c'est à elle qu'il a toujours donné la préférence et qu'il veut l'épouser. Trop heureuse pour croire à son bonheur, Jane est d'abord sceptique mais convaincue de sa sincérité, elle accepte et les noces se préparent. Le jour du mariage, cependant, Jane apprend devant l'autel le terrible secret de M. Rochester. Marié dans sa jeunesse sous l'influence de son père et de son frère à une femme qui s'avère folle, il ne peut en épouser une autre. Sa première épouse est, en effet, toujours vivante et vit cachée au troisième étage de Thornfield-Hall sous la garde de Grace Poole.

Troisième partie[modifier | modifier le code]

Anéantie, Jane part dans la nuit pour fuir la tentation de devenir la maîtresse de Rochester. Sans argent, elle erre trois jours durant dans une région inconnue avant de trouver refuge, presque mourante, dans la maison de la famille Rivers. Elle y reste un mois et se lie d’amitié avec les deux jeunes Mary et Diana, laissées sans fortune après la mort de leur père. Elle fait aussi la connaissance de leur frère, le pasteur St-John Rivers. À sa demande, il lui trouve un poste d’institutrice dans le village, ce qui lui permet de vivre de façon indépendante. Cependant, après quelques mois, il découvre sa véritable identité (elle se faisait appeler Jane Elliot) et lui apprend que son oncle, qu’elle n’a jamais connu, est mort en lui laissant un riche héritage. Elle apprend en même temps que les Rivers sont en fait ses cousins paternels et que leur oncle (donc le sien) les a déshérités en sa faveur après une dispute avec leur père. Elle n’est que trop heureuse de trouver enfin une famille aimante et décide de partager son héritage avec ses cousins.

Vivant dans la maison familiale avec Mary, Diana et St-John, elle se lie peu à peu avec son cousin qui exerce sur elle une forte influence. Il a la vocation de devenir missionnaire et lui propose de l’accompagner en Inde et de devenir sa femme. Ce n’est pas l’amour qui guide sa demande mais son sens du devoir religieux et l’estime qu’il a pour le courage et l’intelligence de Jane. Bien que n’éprouvant pour St-John que des sentiments fraternels, elle est sur le point d’accepter. Une nuit, elle entend une voix venant de nulle part qui l'appelle : elle décide soudain de retourner à Thornfield pour s’enquérir de l'état de M. Rochester dont elle n’a aucune nouvelle malgré plusieurs lettres envoyées à Mrs. Fairfax, la femme de charge du manoir.

Elle ne trouve qu'un amas de ruines et apprend que la maison a brûlé dans un incendie peu de temps après son départ. C’est la femme aliénée de M. Rochester qui y a mis le feu, comme elle avait déjà tenté de le faire plusieurs fois. Elle est morte en se jetant du toit. M. Rochester, en tentant de sauver sa femme et les autres habitants de la maison, s'est blessé, a perdu la vue et une de ses mains ; il vit maintenant seul dans un manoir reculé. Jane va immédiatement le rejoindre et l’aime toujours autant malgré son aspect physique encore plus inquiétant. Comme plus rien ne s’oppose à leur union, ils se marient enfin.

Grâce à l’argent de l’héritage, Mary et Diana ont à leur tour trouvé un mari. Jane et M. Rochester vivent un mariage heureux et ce dernier recouvre même en partie la vue après deux ans de patience.

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

  • Jane Eyre : protagoniste et personnage principal du roman, auquel elle donne son titre. Orpheline dès son plus jeune âge, elle vit une enfance malheureuse et presque sans amour. À dix-huit ans elle devient gouvernante au château de Thornfield. Tombée amoureuse de son riche propriétaire, Edward Rochester, sa forte conscience morale l'empêche de devenir sa maîtresse et elle ne revient vers lui que lorsque son épouse aliénée meurt et après être entrée en possession d'un héritage.

L'enfance de Jane[modifier | modifier le code]

  • Mr. Reed : oncle maternel de Jane qu'il a choisi d'adopter à la mort de ses parents. Avant de mourir lui-même il fait promettre à sa femme de prendre soin de Jane. Ces événements se déroulent avant le début du roman et sont relatés par Jane lorsqu'elle est punie dans la Chambre Rouge.
  • Mrs. Sarah Reed : tante par alliance de Jane et contrainte de l'élever après la promesse faite à son époux. Elle la maltraite et la néglige, et lui conserve son inimitié jusqu'à sa mort. Elle est très froide et n'a aucune affection pour Jane.
  • John Reed : fils de Mr. et Mrs. Reed, il est le cousin de Jane. Jeune maître de la maison, il la bat et la maltraite sans arrêt, parfois même en présence de sa mère. Devenu adulte, il se ruine et meurt, pense-t-on en se suicidant.
  • Eliza Reed : sœur aînée de John, elle est un personnage décrit comme pincé, sévère et avide. Au cours du roman, elle se réconcilie avec Jane et se retire dans un couvent près de Lille après la mort de sa mère.
  • Georgiana Reed : sœur de John et Eliza. Hautaine et insolente elle est aussi belle et gâtée et forme un contraste important avec la petite Jane Eyre. Plus tard, sa sœur Eliza fait échouer son mariage avec un Lord fortuné, elle finit néanmoins par épouser un homme riche.
  • Bessie Lee : nurse à Gateshead (lieu de résidence des Reed) au langage rude, qui parfois témoigne de la bonté à Jane en lui racontant des histoires et en lui chantant des chansons. Plus tard, elle épouse Robert Leaven. Mrs. Reed gravement malade, Bessie et Jane sont heureuses de se rencontrer à nouveau après des années d'éloignement.
  • Robert Leaven : le cocher de Gateshead, qui apporte à Jane la nouvelle de la mort de John Reed, laquelle a causé une attaque à Mrs. Reed.
  • M. Lloyd : un apothicaire compatissant qui conseille d'envoyer Jane à l'école. Plus tard, il écrit à Miss Temple pour confirmer les déclarations de cette dernière concernant son enfance, ce qui la disculpe de l'accusation de mensonge proférée par Mrs. Reed.

Le pensionnat de Lowood[modifier | modifier le code]

  • M. Brockelhurst : un clergyman directeur et trésorier de l'école de Lowood qui maltraite les élèves. Il est fréquemment comparé à une « colonne noire ». Religieux traditionaliste, il prône pour ceux dont il a la charge une vie stoïque et ascétique, mais s'en dispense lui-même avec hypocrisie, en même temps que sa famille.
  • Miss Maria Temple : la supérieure bienveillante de l'école de Lowood School, qui traite Jane et Helen (ainsi que tous les autres élèves de Lowood) avec respect et compassion. Elle aide Jane à se disculper de la fausse accusation de mensonge de M. Brocklehurst.
  • Miss Scatcherd : professeur à Lowood.
  • Helen Burns : condisciple et meilleure amie de Jane à l'école de Lowood. Elle refuse de haïr ceux qui la maltraitent, ayant confiance en Dieu et tendant l'autre joue. Elle meurt de la tuberculose dans les bras de Jane. Elizabeth Gaskell, dans sa biographie des sœurs Brontë, écrit qu'Helen Burns est une transcription exacte de Maria Brontë, morte de la typhoïde à onze ans[1].

Au manoir de Thornfield[modifier | modifier le code]

  • Edward Fairfax Rochester : le propriétaire du manoir de Thornfield. Héros byronien, il a été piégé en faisant un premier mariage malheureux avant de faire la connaissance de Jane dont il tombe follement amoureux.
  • Bertha Antoinetta Mason : l'épouse folle à lier d'Edward Rochester. Sa vie est aussi racontée dans le roman de Jean Rhys La Prisonnière des Sargasses (Wide Sargasso Sea), dans lequel il est dit que son prénom original était Antoinette.
  • Adèle Varens : une petite fille française dont Jane devient la gouvernante à Thornfield. Elle est la pupille de M. Rochester depuis l'abandon de sa mère, une ancienne maîtresse de Rochester.
  • Mrs. Alice Fairfax : une veuve d'un certain âge, parente éloignée d'Edward Fairfax Rochester, intendante du manoir de Thornfield. Elle témoigne du respect à Jane.
  • Leah : une femme de chambre, jeune, jolie et aimable à Thornfield, qui montre parfois une certaine agitation.
  • Blanche Ingram : une mondaine que M. Rochester fait semblant de courtiser pour rendre Jane jalouse. Elle est décrite comme étant d'une grande beauté mais fait preuve d'un comportement dur et d'une avarice sordide.
  • Richard Mason : un Anglais des Antilles, dont la sœur devient la femme de Rochester. Son apparition au château de Thornfield annonce la révélation finale de Bertha Mason. C'est un personnage sans consistance et peu apprécié de M. Rochester.
  • Grace Poole : une servante ayant la garde de Bertha Mason. On fait croire à Jane que c'est elle qui est responsable des évènements mystérieux qui surviennent au château de Thornfield Hall. Elle a un faible pour la boisson, dont Bertha profite pour s'échapper en plusieurs occasions.

Sur la lande[modifier | modifier le code]

  • St. John Eyre Rivers : un clergyman qui devient l'ami de Jane avant d'apprendre qu'il est son cousin du côté paternel. C'est un calviniste dévot, de nature très réservée et de caractère entier. Il propose à Jane de l'épouser.
  • Diana and Mary Rivers  : les deux sœurs de St. John Rivers s'avèrent être les cousines de Jane.
  • Rosamond Oliver : une belle et riche jeune femme qui parraine l'école de campagne où Jane est institutrice. Elle est attirée par le révérend St. John, et réciproquement.
  • Alice Wood : servante de Jane lorsque celle-ci est l'institutrice de l'école pour filles de Morton.
  • John Eyre : oncle paternel de Jane à laquelle il lègue son immense fortune. Il est établi à Madère et n'apparaît cependant jamais dans le roman.
  • M. Oliver : père de Rosamond Oliver.

Influences[modifier | modifier le code]

Le pub Salutation à Hulme, près de Manchester où Charlotte Brontë a commencé la rédaction de Jane Eyre, alors que le pub était une auberge, et qu'elle accompagnait son père à Manchester où il devait subir une opération de la cataracte, dans les années 1840[2],[3]

Les premières scènes, dans lesquelles Jane est envoyée au pensionnat rigoureux et insalubre de Lowood, sont issues de la propre expérience de l'auteur. La mort d'Helen Burns, décédée de tuberculose (désignée sous son ancien nom de consomption) rappelle celle des sœurs de Charlotte Brontë, Elizabeth et Maria, mortes de la même maladie dans l'enfance suite aux mauvaises conditions qui régnaient à la Clergy Daughters School (école des Filles du Clergé) à Cowan Bridge, près de Tunstall, dans le Lancashire. M. Brockelhurst est inspiré du révérend William Carus Wilson (1791-1859), le pasteur évangélique qui dirigeait l'école, et Helen Burns a probablement pour modèle Maria, la sœur de Charlotte. De plus, le déclin de John Reed dans l'alcoolisme et sa vie dissolue rappellent la fin de Branwell, le frère de Charlotte, qui était devenu opiomane et alcoolique quelques années avant son décès. Enfin, comme Jane, Charlotte a été gouvernante. Ces faits ont été publiés dans La Vie de Charlotte Brontë (1857) par l'amie et collègue romancière de Charlotte Elizabeth Gaskell[4].

Le manoir « gothique » de Thornfield a été probablement inspiré par celui de North Lees Hall, près de Hathersage dans le Peak District où Charlotte Brontë et son amie Ellen Nussey se sont rendues durant l'été de 1845. Il est décrit par cette dernière dans une lettre datée du 22 juillet 1845. Ce manoir était la résidence de la famille Eyre et sa première propriétaire, Agnes Ashurst, est connue pour avoir été enfermée comme folle dans une chambre fermée à clef du deuxième étage[4]. On suppose que c'est le manoir de Wycoller Hall dans le Lancashire qui a inspiré le décor de Ferndean Manor, où M. Rochester se retire après l'incendie de Thornfield Hall. De même, on a pu établir un parallèle entre le propriétaire de Ferndean, le père de M. Rochester, et Henry Cunliffe qui hérita de Wycoller dans les années 1770 et y vécut jusqu'à sa mort, en 1818. On peut relever qu'une parente d'Henry Cunliffe se nommait Elizabeth Eyre (née Cunliffe). Haworth n'étant pas très éloigné de Wycoller où Elizabeth Eyre séjournait occasionnellement, il est vraisemblable que cette dernière a pu rencontrer les Brontë. Wycoller Hall a même été utilisé comme illustration de couverture d'une édition de 1898 de Jane Eyre.

Œuvres dérivées[modifier | modifier le code]

Adaptations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Internet[modifier | modifier le code]

  • The autobiography of Jane Eyre, web-série reprenant l'histoire au 21ème siècle.

Musique[modifier | modifier le code]

  • Jane Eyre, symphonie n° 7 de Michel Bosc
  • Au milieu des années 1990, Jane Eyre a été adapté en comédie musicale par Paul Gordon (texte et musique) et John Caird (livret). Présentée pour la première fois en 1995 à Wichita, l'œuvre a été notamment reprise à Toronto et à New-York
  • Jane Eyre a également fait l'objet d'un opéra en deux actes (musique Michael Berkeley, libretto David Malouf) dont la première a eu lieu en 2000 à Cheltenham, Angleterre

Livres audio en français[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie dédiée à ce sujet : Jane Eyre.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Speaker Icon.svg

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Elizabeth Gaskell, The Life of Charlotte Brontë, vol. 1, Smith, Elder & Co.,‎ 1857 (lire en ligne), p. 73
  2. (en) « Jane Eyre: a Mancunian? », BBC,‎ 10 October 2006 (lire en ligne)
  3. « Salutation pub in Hulme thrown a lifeline as historic building is bought by MMU », Manchester Evening News,‎ 2 September 2011 (lire en ligne)
  4. a et b (en) Stevie Davies, Introduction and Notes to Jane Eyre. Penguin Classics ed., 2006.