Rashōmon (film, 1950)

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Rashōmon

Description de l'image  Rashomon poster.jpg.
Titre original Rashomon
Réalisation Akira Kurosawa
Scénario Akira Kurosawa
Shinobu Hashimoto
Ryūnosuke Akutagawa
Acteurs principaux
Pays d’origine Japon
Sortie 1950
Durée 88 min.

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Rashōmon (羅生門?) (la porte de Rashô en japonais) est un film japonais réalisé par Akira Kurosawa en 1950[1], d'après la nouvelle de Ryunosuke Akutagawa[2].

Synopsis[modifier | modifier le code]

Dans le Japon de l'époque Heian (aux alentours du Xe siècle)[3], pendant une guerre civile, quatre versions[4] très différentes d'un crime d'après autant de témoins y compris celui qui l'a perpétré et le fantôme du défunt, convoqué par un chaman.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Commentaires[modifier | modifier le code]

Le western L'Outrage de 1964 avec en vedette Paul Newman, Claire Bloom et Edward G. Robinson est fondé sur le même scénario.

  • « De la réalité chacun se fait une idée. Dans les discours scientifique et politique, dans les conversations de tous les jours, nous renvoyons en dernière instance au référent suprême : le réel. Mais où est donc ce réel ? Et surtout, existe-t-il réellement ? De toutes les illusions, la plus périlleuse consiste à penser qu'il n'existe qu'une seule réalité. En fait, ce qui existe, ce sont différentes versions de la réalité, dont certaines peuvent être contradictoires, et qui sont toutes l’effet de la communication et non le reflet de vérités objectives et éternelles » (Paul Watzlawick, La réalité de la réalité, Seuil, Paris, 1976).

Au premier niveau physique est la réalité matérielle de faits, gestes et paroles du « crime ». Au deuxième niveau physiologique est la réalité sensorielle des images et sonorités perçues. Au troisième niveau psychique est la réalité imaginaire des significations et valeurs conférées aux éléments de la réalité physique déjà orientée et délimitée par la réalité sensorielle de la perception des sons et lumières. Au quatrième niveau symbolique est la réalité culturelle des croyances d'une religion et des règles de conduite d'une morale qui orientent et délimitent les significations et valeurs possibles conférées aux faits, gestes et paroles de la réalité physique déjà filtrée et sélectionnée par la réalité physiologique des perceptions.

Ainsi, une même scène du « crime » se présente en quatre versions différentes après une cascade d'interprétations, de « communications » des différents niveaux de réalité.

Ceci pose le problème du témoignage d'une « scène » dans la sélection des témoins et dans la sélection par le témoin choisi des différentes perceptions, significations et valeurs qu'il a éprouvées « réellement »

D'autre part, un même « fait » physique ne devient « événement » psychique que par ses effets et répercussions dans l'esprit des acteurs et spectateurs des gestes et paroles.

Selon le souhait du réalisateur Akira Kurosawa, la musique du film composée par Fumio Hayasaka est une adaptation japonisée du Boléro de Ravel, ce qui a pour effet de renforcer le caractère cyclique, mais changeant de la narration (Joseph L. Anderson et Donald Richie, The Japanese Film. Grove Press, Inc. New York, 1959. p. 342). D'ailleurs, le déroulement de la musique n'est pas constant : les notes sont absentes au début du film, commencent quand le paysan qui voulait couper du bois entame le récit de sa découverte - leur objectif semble alors celui de servir l'action, en soulignant les passages forts du drame, assez classiquement - puis elles décroissent pour s'assourdir au deuxième témoignage et disparaître à partir du troisième, à mesure qu'on découvre la cruauté et l'abjection des protagonistes. Elles ne reprendront qu'à la fin, comme une légère touche d'espoir quand le paysan prend un nouveau-né délaissé et accepte de s'en occuper.


Non seulement ce film a amorcé la Nouvelle Vague cinématographique française des années 1950-1960 du point de vue technique et esthétique, mais encore il a introduit la multiplicité de points de vue d'un faisceau par rapport au récit linéaire univoque.

À rapprocher également du film Angles d'attaque.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Donald Richie, The Films of Akira Kurosawa, Berkeley, University of California Press,‎ 1998 (réimpr. 1965, 1984, 1996), 272 p. (ISBN 0-520-22037-4)
  • Tadao Sato (trad. Karine Chesneau et al.), Le Cinéma japonais, t. II, Paris, Cinéma/pluriel et Centre Georges Pompidou,‎ 1997, 324 p. (ISBN 2-85850-930-1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Donald Richie (The Films of Akira Kurosawa, p. 70), un premier projet de réalisation eu lieu en 1948 (un scénario avait déjà été écrit), mais fut abandonné après que le financeur (Toyoko Company) le jugea trop risqué et que la Toho le rejeta.
  2. « The beginings of Rashomon lies in the stories of Ryunosuke Akutagawa », in Donald Richie, The Films of Akira Kurosawa, p. 70
  3. Tadao Sato indique que le choix de cette époque constitue en soi une innovation, et fait de Rashōmon « une œuvre expérimentale très éloignée des lieux communs du genre » : ce film serait, selon Sato, le premier jidaigeki qui se déroule à cette époque (les jidaigeki, qui représentaient à cette époque environ la moitié de la production japonaise, se déroulaient généralement à l'époque Edo (du XIIIe siècle au XIXe siècle), ou, plus rarement, à l'époque Genpei (XIIe siècle)), jamais avant. Tadao Sato, Le Cinéma japonais, Tome II, p. 40
  4. Cf. Donald Richie, The Films of Akira Kurosawa, p. 71, ou encore Tadao Sato, Le Cinéma japonais, Tome II, p. 40
  5. (en)Pre-1953 Japanese films are in public domain.
  6. Le 2 avril 2007 la Tôhô a déposé une plainte contre la société Cosmo Contents concernant la distribution des œuvres de Kurosawa. Le jugement a permis d'établir si les films d'Akira Kurosawa antérieurs à 1953 sont dans le domaine public ou pas. Il s'agissait en effet de de savoir quelle loi s'applique à ces œuvres : la loi japonaise sur la propriété intellectuelle réformée de 1971 (auquel cas les films sont dans le domaine public 50 ans après leur première diffusion publique) ou la loi antérieure à 1971 (les films entrent dans le domaine public 38 ans après la mort du réalisateur) (Quelques sites décrivant la situation à l'époque du dépôt de plainte : (en) Mark Schilling, « Kurosawa films center of suit. Toho targets DVD sales company », Reed Business Information,‎ 2007 (consulté le 4 mai 2007) ou encore (en) « Toho sues Cosmo Contents for selling DVDs of Kurosawa’s early works »,‎ 2007 (consulté le 4 mai 2007)). Dans tous les cas, l'amendement de 2003 à la loi de 1971 – qui étend la durée des droits patrimoniaux de 50 ans à 70 ans après la première diffusion – ne s'applique pas à ces films (cf. (en) « Japanese court rules pre-1953 movies in public domain »,‎ 12 juillet 2006 (consulté le 4 mai 2007) ou Hidehiro Mitani, « Argument for the Extension of the Copyright Protection over Cinematographic Works », Center for Advanced Study & Research on Intellectual Property (consulté le 4 mai 2007) ou encore « Pre-1953 Japanese films are in public domain »,‎ 12 juillet 2006 (consulté le 4 mai 2007) ). La cour du district de Tokyo a rendu son jugement le 14 septembre 2007, établissant que les œuvres d'Akira Kurosawa ne seront dans le domaine public qu'à la fin de la 38e année après la mort de l'auteur, c'est-à-dire le 31 décembre 2036. Quelques liens expliquant le jugement : (ja) « 東宝、黒澤DVD著作権訴訟で全面勝訴、著作権は死後38年存続 », Eiga.com (consulté le dimanche 14 octobre 2007) (ja) « 黒沢映画の格安DVD販売差し止め・東京地裁 », Nikkei Inc. (consulté le dimanche 14 octobre 2007) (ja) « 黒沢監督著作権は死後38年DVD差し止め », Asahi (consulté le dimanche 14 octobre 2007), ou encore, en anglais : [1], [2], ou [3])
  7. Tadao Sato, Le Cinéma japonais, Tome II, p. 39