Yves Montand

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Ivo Livi dit Yves Montand, est un chanteur et acteur français d'origine italienne. Né le 13 octobre 1921 à Monsummano Terme, en Toscane (Italie), mort le 9 novembre 1991 à Senlis (Oise), en France.

Famille[modifier | modifier le code]

Ivo Livi, fils de Giovanni et Giuseppina Livi (1893-1971), nait le 13 octobre 1921 à Monsummano Alto, en Toscane (Italie), un an avant l'arrivée au pouvoir de Benito Mussolini (le 31 octobre 1922) et la mise en place du régime fasciste. Il est le dernier d'une fratrie de trois enfants (sa sœur Lydia est née en 1915, et son frère aîné Giuliano — Julien — (1917-1994)). Il est issu d'une famille ouvrière et militante, qu'il vénérera toute sa vie, et qui lui transmet son attachement pour le communisme.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

En 1923, Ivo n'a que deux ans lorsque sa famille fuit l'Italie fasciste et émigre vers la France. Les Livi s'installent au sein des quartiers pauvres de Marseille. Le père d'Ivo crée une petite fabrique de balais. Ses deux aînés quittent rapidement l'école pour gagner leur vie : Lydia devient coiffeuse, et son frère Julien serveur de café, et fervent militant communiste. L'enfance d'Ivo est difficile matériellement ainsi que moralement. Il est en effet considéré comme un « immigré rital ». C'est à cette époque qu'il se passionne pour le cinéma et notamment pour les comédies musicales américaines, en particulier celles de son idole Fred Astaire et ses numéros de claquettes.

Par décret du 8 janvier 1929, la famille Livi obtient la nationalité française et Ivo devient Yves. En 1932, son père Giovanni se voit contraint de déposer le bilan de la fabrique familiale de balais. Yves a onze ans et est nettement plus grand que la moyenne des enfants de son âge lorsqu'il falsifie ses papiers pour se faire engager dans une fabrique de pâtes (la loi interdit le travail avant l'âge de quatorze ans)[1]. Il sera encore livreur, puis serveur, avant d'être à quatorze ans apprenti dans le salon de coiffure pour dames où travaille sa sœur Lydia, et passe avec succès un CAP de coiffeur. Il travaille par la suite sur les docks de Marseille.

Carrière[modifier | modifier le code]

En 1938, à l'âge de dix-sept ans, il décroche une place de « chauffeur de salle » dans un cabaret de music-hall de Marseille. Par la suite, il participe à un spectacle dont la première partie accueille des débutants. Il chante Trenet, C'est la vie, Boum, Chevalier, On est comme on est et se livre à des imitations de Fernandel et de personnages de Walt Disney. L'organisateur le prend sous son aile et lui conseille de se trouver un nom de scène. Yves Livi devient Yves Montant - orthographié alors avec un t - pseudonyme choisi en souvenir de sa mère. En effet, par un mélange d’italien et de français, elle lui disait, afin qu’il monte à leur appartement : « Ivo, monta »[2]. Yves travaille son jeu de scène avec Francis Trottebas - alias Berlingot - et prend des cours de chant avec Marguerite Francelli à partir de l'été 1937. Le débutant, de temps à autre, décroche quelques engagements ; sur scène, il est accompagné au piano par Mado, la fille de son professeur de chant. Ses galas le conduisent parfois jusqu'à Narbonne et Toulouse et, au début de 1940, son nom attire le public. Montand ambitionne alors de passer à l'Alcazar de Marseille. Pour cela, il a besoin d'un répertoire original. Hubert Melone, alias Charles Humel, un auteur-compositeur aveugle, lui écrit deux chansons : Y'a du swing partout, qu'il n'enregistrera jamais, et Dans les plaines du Far-West, qui sera son premier vrai succès[3]

Le 21 juin 1939, Yves Montand est sur la scène de l'Alcazar, le public est conquis par son tour de chant qui mêle aux reprises des créations originales. La guerre éclate et remet tout en cause pour celui qui ambitionnait de monter à Paris tenter sa chance. Délaissant sa carrière, Montand se retrouve manœuvre aux Chantiers de Provence. Un emploi qu'il finit par perdre et, ne retrouvant pas de travail, c'est comme chanteur qu'il décide de chercher des engagements. Il passe dans des cafés, des cabarets modestes, des cinémas où il chante durant l'entracte. Il trouve un emploi de docker et chante encore parfois le dimanche. Berlingot, en janvier 1941, lui permet de reprendre à plein temps la chanson. Yves Montand se produit une seconde fois à l'Alcazar et obtient un triomphe. Il est remarqué par le producteur Émile Audiffred, qui prend en charge sa carrière. Avec lui le chanteur suit des cours de danse et affine son jeu de scène, et lui présente Reda Caire pour travailler sa façon de chanter. Audiffred le fera chanter à Lyon en première partie de Rina Ketty. À Marseille, il obtient un nouveau succès avec son passage au Théâtre de l'Odéon. Il chante à Aix, Nice, ToulonEmile Audiffred, monte la revue Un soir de folie dont Yves est la vedette. Envoyé aux chantiers de la jeunesse créés par Vichy, il y reste presque une année durant, puis reprend la scène. En cette période, malgré l'occupation, il gagne assez bien sa vie, mais doit régulièrement prouver que son nom Livi ne dissimule pas en fait celui de Lévy. Risquant enfin d'être envoyé en Allemagne, afin d'éviter le service du travail obligatoire (STO), il décide, en accord avec Emile Audiffred, de partir pour Paris[4].

En 1944, fraîchement débarqué dans la capitale, épaulé par Harry Max, Montand se produit au théâtre de l'ABC en février. Par la suite il joue à Bobino, aux Folies-Belleville et au célèbre Moulin Rouge, où il passe grâce aux relations d'Emile Audiffred, fin juillet, en première partie d'Édith Piaf. Cette rencontre est décisive pour Montand, désormais soutenu par la déjà célèbre chanteuse et ses conseils avisés sur le métier et la vie d'artiste. Piaf lui apporte la reconnaissance d'un public élargi et le présente à de nombreux futurs collaborateurs : Loulou Gasté, Jean Guigo, Henri Contet, Louiguy, Marguerite Monnot, Philippe-Gérard… Une idylle naît, mais ils doivent s'aimer en secret car Piaf est alors - pour un temps encore - la maîtresse d'Henri Contet[5]. Le chanteur, sous l'influence d'Édith, peaufine ses entrées en scène, abandonne son accent méridional, se constitue un nouveau répertoire et renouvelle son jeu de scène. Peu à l'aise dans « son nouveau costume », en tournée avec Piaf, durant l'automne 44, Montand ne convainc pas vraiment le public. Le chanteur emporte son adhésion, en février 1945, au Théâtre de l'Étoile, une fois encore en première partie d'Édith Piaf, laquelle lui a écrit plusieurs chansons, notamment Elle a… et Mais qu'est-ce que j'ai (à tant l'aimer) qui sont des succès.

Le 15 mai, il enregistre pour la première fois pour la marque Odéon : Luna Park, Dans les plaines du Far West, Elle a…, Il fait des…[6].

En octobre 1945, Édith Piaf permet à Montand de chanter en vedette à l'Étoile. Durant sept semaines, il obtient un considérable succès, qu'il prolonge à l'Alhambra. La carrière du chanteur est définitivement lancée.

La même année, Yves Montand débute au cinéma dans Étoile sans lumière de Marcel Blistène, avec Édith Piaf en vedette[7]. En 1946, il obtient un succès d'estime avec Les Portes de la nuit de Marcel Carné qui est un échec critique et commercial. Yves Montand partage la vedette avec Nathalie Nattier, vedettes par défaut de rôles initialement prévus pour Jean Gabin et Marlène Dietrich. Le chanteur fera encore quelques films, avant de trouver la consécration au cinéma en 1952.

En 1946, Édith et Yves se séparent, à l'initiative de Piaf qui juge que le talent de Montand lui fait quelque peu de l'ombre[6].

Six nouvelles chansons sont enregistrées en novembre, puis il passe au Club des Cinq, un cabaret Faubourg-Montmartre. Francis Lemarque est présent dans le public et enthousiasmé par la performance de Montand, il lui propose trois chansons : Ma douce vallée, Bal, petit bal et Tueur affamé. Cela scelle le début d'une collaboration fructueuse et Montand, qui se réserve l'exclusivité sur les chansons de Lemarque, lui devra quelques-uns de ses plus grands titres.

Début 1947, le chanteur passe en vedette à l'ABC. Il signe un contrat de sept ans avec la Warner, qu'il finira par juger trop contraignant et qu'il dénoncera plus tard. Attaqué en justice, l'affaire se conclut sans préjudice pour lui.

Montand se console de la rupture avec Piaf en multipliant ses prestations sur scène. Il participe à l'opérette Le chevalier Bayard qui est un échec, sans que son succès personnel en soit entaché. Cette année-là, il engage le pianiste Bob Castella, qui pour les quarante-quatre années à venir sera son accompagnateur. Grâce à Jacques Prévert, il rencontre le guitariste Henri Crolla, qui sera emporté par un cancer en 1960. Fort de cette fructueuse collaboration, le chanteur, plus jazzy, plus swing, enchaîne les enregistrements : C'est si bon, Clopin-clopant, À Paris, Les cireurs de souliers de Broadway, Les enfants qui s'aiment - ces deux dernières sont signées Prévert - Clémentine… Le 2 mai 1949, il enregistre Les feuilles mortes[Note 1],[8].

En 1948, Prévert lui fait découvrir La Colombe d'Or, une auberge de Saint-Paul-de-Vence. Il y devint un habitué et c'est là qu'il rencontre Simone Signoret le 19 août 1949. C'est un coup de foudre et ils ne se quittent plus. L'actrice met un temps sa carrière entre parenthèses et après son divorce avec le réalisateur Yves Allégret - de leur union est née Catherine Allégret - ils vivent place Dauphine.

En mars 1951, le chanteur triomphe avec un tour de chant de vingt-deux chansons, qui marque l'histoire du music-hall et influencera nombre de chanteurs qui s'essayeront au one-man-show[9]. En 1953, ce tour de chant restera à l'affiche à l'Étoile pendant 8 mois à guichets fermés, un record, et ce sera le premier double album 33 T enregistré en live (toujours disponible en CD) qui reste une leçon de music-hall toujours exemplaire.

Le 22 décembre 1951, Simone Signoret et Yves Montand se marient à la mairie de Saint-Paul-de-Vence et deviennent l'un des couples français les plus en vogue du monde du spectacle.

En 1953, Montand, avec le film d'Henri-Georges Clouzot Le Salaire de la peur, obtient son premier rôle marquant au cinéma. Cette année-là, le film obtient le Grand Prix du Festival de Cannes (ancêtre de la Palme d'or)

Toujours en 1953, la chanson Quand un soldat, datée de 1952, chantée par Yves Montand et écrite par Francis Lemarque est interdite[10].

En 1954, le couple achète une propriété à Autheuil-Authouillet, en Normandie. Cette demeure devint par la suite un haut lieu pour des rencontres artistiques et intellectuelles. Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Luis Buñuel, Jorge Semprún y séjournent régulièrement. Le couple milite en faveur de ses idées de gauche et est bientôt catalogué « compagnon de route » du Parti communiste français (PCF).

En 1955, Montand et Signoret se produisent au théâtre avec la pièce Les Sorcières de Salem de l'écrivain Arthur Miller. Traduite et adaptée en français par Marcel Aymé, elle est présentée pour la première fois au Théâtre Sarah Bernhardt à Paris, dans une mise en scène de Raymond Rouleau. Le succès est tel que les représentations durent jusqu'à Noël 1955[précision nécessaire].

En 1956, Yves Montand s'apprête à entamer une tournée de music-hall en URSS, lorsque le 23 octobre les chars de l'Armée rouge envahissent Budapest, en Hongrie (insurrection de Budapest). Il décide malgré tout de chanter devant les Soviétiques à Moscou, où il rencontre le Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique Nikita Khrouchtchev. L'entretien dure quatre heures, et Montand demande personnellement des explications au chef du Kremlin sur les raisons de l'invasion de la capitale hongroise[réf. nécessaire].

En 1957, Yves Montand, accompagné de Simone Signoret, (et ses musiciens, Bob Castella, Henri Crolla, Emmanuel Soudieux, Roger Paraboschi, et Marcel Azzola, qui remplace Freddy Balta pour la tourneée URSS) entreprend une tournée triomphale dans tous les pays du Bloc de l'Est. Cependant il en revint profondément désabusé, déçu de ce qu'il a vu de l'application concrète du communisme dans ces pays de l'Europe de l'Est. Ses convictions dans ce système politique étant enracinées en lui avant tout par le biais des profondes croyances familiales, surtout paternelles, il eut beaucoup de mal à les réfuter et mis du temps à reconnaître ses erreurs de jugement[11].

En 1959, engagé par le producteur Norman Granz, Yves Montand, une fois les visas accordés, accompagné par Simone Signoret, part pour les États-Unis, où, à partir du 22 décembre, il se produit à Broadway durant trois semaines. Le soir de la première, il est applaudi par de nombreuses célébrités : Montgomery Clift, Lauren Bacall, Ingrid Bergman et Marilyn Monroe. Le chanteur triomphe, obtient pas moins de seize rappels et la presse le lendemain ne tarit pas d'éloge sur sa prestation. Il chante ensuite à Hollywood, San Francisco et Montréal. Montand conquiert l'Amérique[12]. Il accède alors au statut de vedette internationale : il se produira à New York en 1961 et sera de retour à Broadway en 1963. Il accomplit également avec succès plusieurs tournées à travers le monde, au Canada et au Japon.

Pour l'heure, Yves Montand danse à la télévision avec Dinah Shore et c'est grâce à cette apparition sur la chaîne NBC, qu'il se voit proposer un rôle dans le film Le Milliardaire de George Cukor, avec Marilyn Monroe[12]. En janvier 1960, Signoret et Montand au Beverly Hills Hotel de Los Angeles sympathisent avec leurs voisins Arthur Miller et Marilyn Monroe, alors époux à la ville. En avril, Signoret reçoit l'Oscar de la meilleure actrice pour son interprétation dans Les Chemins de la haute ville de Jack Clayton, puis part à Rome pour un prochain tournage. Miller, lui, regagne New York. Marilyn et Montand tournent à Hollywood le film de George Cukor et bientôt, ils sont bien plus l'un pour l'autre que des partenaires de cinéma… Leur brève liaison alimente la presse, brise le couple Miller-Monroe, alors que Simone Signoret donne le change face à la presse à scandale.

Yves Montand tourne encore Sanctuaire de Tony Richardson avec Lee Remick pour partenaire, puis déclinant plusieurs autres propositions, il rentre en France. Cette infidélité de Montand brise définitivement une bonne partie de la confiance que Simone Signoret portait en elle-même. Yves Montand, de son côté, demeure un séducteur impénitent[réf. nécessaire]. Bien que l'équilibre du couple soit profondément affecté par cet épisode, que Signoret en son for intérieur a très mal vécu[13], le couple restera cependant uni jusqu'au décès de Simone Signoret, en 1985.

En octobre 1961, Montand triomphe encore à Broadway, au Golden Theatre, où il chante durant huit semaines. L'année suivante il effectue une longue tournée qui le mène de l'Angleterre au Japon. Début 1963, il chante à Paris à l'Étoile, où, bien que sa popularité soit sans faille, il constate que tout est en train de changer dans le métier. Il peine à trouver des titres nouveaux, et Francis Lemarque, à l'instar des Brassens, Brel, Ferré, Aznavour et autres Gainsbourg ou Nougaro, interprète désormais ses propres créations. Une autre génération, dont un certain Johnny Hallyday, bouleverse tout et Montand est conscient que sa grande période d'artiste de music-hall s'achève[14].

Yves Montand dans une loge du Théâtre Royal de La Haye (Pays-Bas), le 9 février 1965.

À partir de 1964, il se consacre presque exclusivement à sa carrière d'acteur et ne reviendra à la scène que de façon épisodique. C'est à partir de 1965 qu'il s'impose définitivement au cinéma. La rencontre avec Costa-Gavras, avec qui il tourne Compartiment tueurs en est la clef de voûte. Il tourne avec Alain Resnais, René Clément, Claude Lelouch, Philippe de Broca, Jean-Pierre Melville, Gérard Oury, Jean-Luc Godard… et devient l'un des acteurs fétiches de Claude Sautet avec qui il tourne trois films[15]. Durant les années 1970, l'acteur alterne drames, films engagés et comédies et s'impose comme l'un des acteurs français les plus populaires.

Costa-Gavras, qui en 1969 a réalisé Z, dénonçant le régime des colonels grecs, adapte en 1970 L'Aveu d'Artur London publié en 1968. Ce dernier, né à Prague en 1915, entré aux Jeunesses communistes à l'âge de quatorze ans, fut des Brigades internationales anti-franquistes, résistant en France, et déporté à Mauthausen. Après la guerre, il devient vice-ministre des Affaires étrangères de Tchécoslovaquie, il sera arrêté en 1951 et accusé de trahison lors d'un procès stalinien à Prague en 1952 au cours duquel onze condamnations à mort sont prononcées. Artur London en réchappera, et sera réhabilité en 1956. Le film L'Aveu s'achève sur l'arrivée des chars soviétiques à Prague en 1968. Cette fois encore, Costa-Gavras a coécrit le scénario avec Jorge Semprun, mais c'est l'interprétation magistrale d'Yves Montand qui retiendra l'attention et permettra de faire comprendre au grand public l'ampleur de la répression dans les pays du bloc soviétique. L'exemple du courage d'Artur London suffit pour dénoncer les méthodes staliniennes des régimes communistes[16].

En septembre 1968, Yves Montand redevient chanteur le temps de se produire à l'Olympia. Il crée La bicyclette et Mon frère.

Cette même année, son engagement et ses convictions politiques connaissent un revirement complet : après l'écrasement du Printemps de Prague, sa rupture avec le parti communiste français est définitive.

En février 1974, pour soutenir les réfugiés chiliens et condamner le coup d'état du général Pinochet, Yves Montand donne un récital unique à l'Olympia. La préparation de ce tour de chant donne lieu à un film de Chris Marker La Solitude du chanteur de fond, dans lequel on voit les répétitions avec son pianiste Bob Castella et son interprétation, entre autres, du Temps des cerises.

1981 marque le grand retour d'Yves Montand à la chanson et à la scène. Le chanteur enregistre l'album Montand d'hier et d'aujourd'hui et triomphe sur la scène de l'Olympia, à guichets fermés trois mois durant, du 7 octobre au 3 janvier 1982. Le succès est tel que, après s'être produit en province de mars à juillet, il revient à l'Olympia durant l'été pour de nouvelles représentations, du 20 juillet au 14 août. Fin août, il entame une tournée mondiale, qui le conduit au Brésil, aux États-Unis, au Canada et au Japon.

Yves Montand à un meeting de 1980, en faveur des Droits de l'Homme en Tchécoslovaquie.

Dans les années 1980, Yves Montand milite pour les droits de l'homme et s'engage en faveur du syndicat polonais Solidarnosc de Lech Wałęsa, en décembre 1981.

Le 30 septembre 1985, alors qu'Yves Montand tourne les films Jean de Florette et Manon des Sources de Claude Berri d'après Marcel Pagnol, Simone Signoret décède d'un cancer à l'âge de soixante-quatre ans.

La dernière compagne d'Yves Montand sera Carole Amiel, son assistante sur la tournée de 1982, avec qui il entretenait déjà une liaison au moment où disparaît Signoret. Avec elle, il aura son seul enfant, Valentin, né le 31 décembre 1988.

Il tourne encore trois autres films : Trois places pour le 26 de Jacques Demy (1988), Netchaïev est de retour de Jacques Deray (1991) et IP5 de Jean-Jacques Beineix.

Pierre tombale de Simone Signoret et d'Yves Montand au cimetière du Père-Lachaise, à Paris

Le 9 novembre 1991, Yves Montand meurt d'un infarctus du myocarde à l'âge de 70 ans, le lendemain du dernier jour de tournage du film de Beineix (à la fin duquel son personnage lui aussi, étrange coïncidence, meurt d'une crise cardiaque). Yves Montand ambitionnait de faire sa rentrée sur la scène de Bercy.

Pour les besoins du scénario, protégé par une combinaison de plongeur sous ses vêtements, il s'était baigné, fin septembre, dans un lac glacé des étangs de Commelles dans la forêt de Chantilly, près de Senlis (Oise). Après le tournage d'un dernier raccord, Montand ressentit un malaise. « Je sais que je suis foutu mais ce n'est pas grave, j'ai eu une très belle vie », a-t-il déclaré à l'un des ambulanciers[réf. nécessaire][17]. Il mourut à l'hôpital de Senlis et fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise aux côtés de Simone Signoret, la seule femme à laquelle il fut marié.

À ses obsèques furent présents entre autres Jean-Louis Livi, son neveu, Catherine Allégret, sa belle-fille, Jean-Pierre Castaldi, Catherine Deneuve, Michel Piccoli, Jack Lang, Gérard Depardieu, Claude Sautet, Alain Corneau, Claude Berri, Gérard Oury, Michèle Morgan, Danièle Thompson, Jean-Paul Rappeneau, Olivier Martinez, Jean-Jacques Beineix, Serge Reggiani, François Périer, Costa-Gavras, Miou-Miou ou encore Daniel Auteuil

Montand et la politique[modifier | modifier le code]

Son origine prolétaire, d'un milieu pro-communiste, fut d'abord un motif d'exploitation pour sa carrière de chanteur (J'aime flâner sur les grands boulevards, Luna Park), mais nourrit ensuite son engagement politique, empreint de coups de gueules, de ferveur, de lucidité (la reconnaissance de son aveuglement devant le stalinisme) et de fidélité aux idéaux de gauche : en 1973, il décida brutalement de remonter sur scène par soutien au peuple chilien, démarche filmée par Chris Marker dans La Solitude du chanteur de fond.

Dans les années 1980, son revirement idéologique fut total. Il adhéra au courant d'idées à l'extrême opposé, le libéralisme, qui arrive alors en France, promu par le courant de pensée TINA : There is no alternative[18]. Dans l'émission télé vive la crise ! (1984)[19] il prône un « capitalisme libéral »[20] tout en avouant ne rien connaître à l’économie[21]. Pendant ces années, Montand devient l’objet médiatico-politique qui l’installe à la Une de magazines. Plusieurs émissions de télévision dans lesquelles il apparaît réalisent d'importantes audiences. Le slogan « Montand président ! » fait son apparition et un sondage indique que 36 % des Français seraient prêts à voter pour lui lors d'une élection présidentielle à venir[22].

Il est l'acteur principal de la trilogie de Costa-Gavras dénonçant les extrémismes :

  • Z (1969), où il incarne Grigoris Lambrakis, un député de gauche assassiné par des fascistes, ce qui mènera au régime des colonels en Grèce ;
  • L'Aveu (1970) où il incarne le vice-ministre tchèque Artur London incarcéré par le régime communiste ;
  • État de siège (1972) où il est un agent américain, inspiré de Dan Mitrione, conseiller d'un régime militaire sud-américain, enlevé par l'extrême gauche.

Malgré ses engagements et soutiens publics, il n'a jamais appartenu à un parti politique, mais fut militant du Mouvement de la paix et des Droits de l'homme.

L'écran[modifier | modifier le code]

Yves Montand au Printemps de Bourges en 1982.

Yves Montand parvient, après la chanson, à s'imposer au cinéma. Au gré des tournages, il devint un acteur de premier plan tant pour la critique que pour le public. Tournant pour des réalisateurs aussi différents que peuvent l'être Henri-Georges Clouzot, Jean-Pierre Melville, Henri Verneuil, Costa-Gavras ou encore Gérard Oury et Claude Sautet. Il campe aussi bien un flic alcoolique en recherche de réhabilitation dans Le Cercle rouge, qu'un père primesautier dans Tout feu, tout flamme ; un procureur intègre dans I... comme Icare ou un désespéré amoureux dans Clair de femme. Aussi à l'aise dans la comédie (Le Sauvage, La Folie des grandeurs) que le drame (Le Salaire de la peur), il s'impose également dans plusieurs polars : Compartiment tueurs, Police Python 357, Le Cercle rouge, Le choix des armes.

Sa rencontre avec Claude Sautet lui permit d'apposer une empreinte supplémentaire sur le cinéma français : César et Rosalie (1972), Vincent, François, Paul... et les autres (1974) et Garçon (1983).

En 1986, Claude Berri l'appela pour camper un Papet plein de truculence et de tragédie dans le diptyque qu'il adapta de Marcel Pagnol : Jean de Florette et Manon des sources.

Enfin, en 1988, dans la comédie musicale Trois places pour le 26, Jacques Demy lui fit interpréter son propre rôle, revenant à Marseille pour y monter un spectacle chanté de sa vie.

Vie privée[modifier | modifier le code]

En août 1949, il rencontre Simone Signoret en vacances à Saint-Paul-de-Vence. C'est le coup de foudre. Elle quitte Yves Allégret pour le suivre, avec sa fille Catherine Allégret, et ils se marient en décembre 1951.

En 1960-61, il tourne Le Milliardaire avec Marilyn Monroe et a une liaison passagère avec elle.

Son petit-fils adoptif Benjamin Castaldi, dans son livre "Maintenant, il faudra tout se dire" aux éditions Albin-Michel en 2004, soutient qu'il y aurait eu une liaison amoureuse filialement perturbante à la fois dite et non dite, connue de Signoret, entre Yves Montand et la fille de Simone Signoret, Catherine Allégret, élevée par Montand et tout juste majeure[23].

En 2005, quatre mois après les affirmations de son fils Benjamin Castaldi, Catherine Allégret évoque cette prétendue relation avec son beau-père, dans un livre intitulé Un monde à l'envers, dans lequel elle écrit qu'il se serait livré à des attouchements sur elle au moins une fois quand elle était enfant et qu'il aurait longtemps gardé plus tard une « attitude plus qu'équivoque » à son égard[24].

En septembre 1985, il vit le drame de la disparition de Simone Signoret et fait la connaissance, lors du tournage de Manon des sources, d'une jeune assistante, Carole Amiel, dernière femme de sa vie et mère de son unique enfant Valentin, né le 31 décembre 1988. Invitée de l'émission "on va se gêner" de Laurent Ruquier sur la Station Europe1 en novembre 2011, Carole Amiel révèle qu'elle avait croisé Yves Montand sur une route de Saint-Paul-de-Vence alors qu'elle avait 14 ans. Elle avait ensuite entretenu une relation amicale avec lui jusqu'à l'âge de 20 ans où cette relation avait "évolué en relation amoureuse". Au moment de la naissance de Valentin, Montand est alors âgé de soixante-sept ans ; il meurt trois ans plus tard, en 1991, alors que le tournage d'IP5 : L'île aux pachydermes s'achevait.

Il a été inhumé au cimetière du Père-Lachaise auprès de Simone Signoret. Sa dépouille est exhumée en novembre 1997 : Aurore Drossart prétendant depuis quelques années être la fille illégitime de l'acteur, Catherine Allegret et Carole Amiel demandèrent que la cour d'appel de Paris infirmât la décision du tribunal ayant reconnu cette filiation et fît exécuter une expertise comparative d'ADN, qui prouva in fine qu'Aurore Drossard n'était pas sa fille.

Citation[modifier | modifier le code]

« "Un certain Emile Audiffred, Producteur de son état, le reconnaît lorsqu'il pousse la porte de son bureau sur la canebière [...], il était à l Alcazar lorsque Montand s'y produit, Audiffred croyait tres fort à son potentiel scénique, mais regrettait la minceur de son répertoire "vivre sans chanson, pour un artiste c'est vivre sans amour; on n'est rien du tout" lui dira-t-il. »

— Philippe Grocq et JeanMareska, Montand, qu'est ce quelles ont à tant l'aimer?[25].

« À L'Alcazar, le patron c'est M. Émile Audiffred. C'est à lui que je dois mes débuts. Il a été très chic pour moi. Il me disait : « Tu verras, petit, tu seras mondial à Marseille ! » Et on riait tous les deux. N'empêche que, le premier soir, j'avais un de ces tracs[26]. »

— Yves Montand, L'Express, 1969

« Je me souviens que c'est grâce à Édith Piaf que les Compagnons de la Chanson, Eddie Constantine et Yves Montand débutèrent » (Georges Perec, Je me souviens, 49).

Filmographie[modifier | modifier le code]

Le prénom César est plusieurs fois présent dans sa filmographie, on peut citer, par ordre chronologique :

Discographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Discographie d'Yves Montand.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. il grave également Et la fête continue - deux chansons extraites du film Les portes de la nuit. Dès 1947, la chanson Les feuilles mortes est créée par Jacques Douai et enregistrée par Cora Vaucaire. En 1951, Yves Montand l'interprète dans le film de Luciano Emmer Paris est toujours Paris

Références[modifier | modifier le code]

  1. Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, p. 4
  2. Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, p. 3
  3. Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, p. 6 et 7
  4. Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, p. 9 et 10
  5. Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, p. 10
  6. a et b Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, p. 11
  7. Jean Tulard Dictionnaire du cinéma : les acteurs, ed. Robert Laffont
  8. Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, p. 13,14
  9. Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, p. 15
  10. Biographie de Francis Lemarque Universalis
  11. Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, p. 20
  12. a et b Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, p. 22
  13. Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, p. 23
  14. Rémi Raemackers, 2011, fascicule coffret CD Yves Montand Ce monsieur-là, p. 17, 23 et 24
  15. Jean Tulard, Dictionnaire du cinéma : les acteurs, Ed. Robert Laffont
  16. Les années 70 de Claude Sérillon, Éditions du Chêne, Hachette Livre, 2006, p. 38
  17. Témoignage vidéo d'un pompier ayant réalisé le transfert l'hôpital de Sensil, diffusé au J=journal télévisé d'Antenne 2.
  18. Vive la crise! Et caetera Bakchich (site internet) 2008
  19. http://www.20minutes.fr/economie/261190-crise-financiere-Quand-Yves-Montand-et-Laurent-Joffrin-criaient-Vive-la-crise.php Quand Yves Montand et Laurent Joffrin criaient « Vive la crise ! »…] 20 minutes, 13/10/2008
  20. Vive la crise : pédagogie de la soumission. Reportage radio diffusé sur France Inter dans l'émission Là-bas si j'y suis en 2006
  21. Il y a quinze ans, « Vive la crise ! » in le Monde diplomatique
  22. [1]
  23. Article paru dans Libération, Par Luc Le Vaillant, mercredi 29 septembre 2004.
  24. Catherine Allégret : « Cette vérité, c’est à moi de la dire »
  25. [2]
  26. L'Express, 1969

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 1955 : Du soleil plein la tête, souvenirs recueillis par Jean Denys, Les Éditeurs français réunis
  • 1981 : Montand Yves de Ysabel Saiah (éd. du Sciapode)
  • 1983 : Montand la vie continue de Jorge Semprún (éd. Denoël)
  • 1990 : Tu vois, je n'ai pas oublié de Hervé Hamon et Patrick Rotman (éd. Seuil/Fayard)
  • 2001 : Montand raconte Montand récit recueilli par Hamon et Rotman au cours de l'élaboration du livre "Tu vois je n'ai rien oublié (Éditions du Seuil
  • 2007 : Lettres à Montand de Carole Amiel
  • 2011 : Les Sentiments de Agnès Michaux (Flammarion/J'ai lu)

Liens externes[modifier | modifier le code]