Giuseppe Penone

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Giuseppe Penone

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Giuseppe Penone

Naissance 3 avril 1947
Garessio, Drapeau de l'Italie Italie
Nationalité Italien
Activités Sculpteur
Mouvement artistique Arte Povera

Œuvres réputées

Elevazione [Élévation], 2001, bronze, 4 aulnes et 1 hêtre. 9 x 5,50 x 5,60 m. Rotterdam[1]
Giuseppe Penone. Détail de Cedro di Versailles [Cèdre de Versailles], bois, 2000-2003

Giuseppe Penone est un sculpteur italien de renommée mondiale. Il est né le 3 avril 1947 à Garessio, province de Coni (Cuneo) dans le Piémont, une région montagneuse et forestière du Nord-ouest de l'Italie au-dessus de la côte ligure. Il a été associé à l'Arte Povera dès 1969 par le critique d'art Germano Celant. Giuseppe Penone vit et travaille à Turin et Paris. Il a été professeur à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris de 1997 à 2012.

Biographie[modifier | modifier le code]

Giuseppe Penone[2] est fils et petit-fils d'agriculteurs. Son travail s'origine dans son village natal, dans ce petit village au milieu des forêts dans la vallée du Tanaro[3], où il avait développé une sensibilité particulière aux effets réciproques entre homme et nature[4].

Après avoir terminé l'école secondaire avec un diplôme en comptabilité, il entre à l'Accademia Albertina di Belle Arti de Turin.

Dans la seconde moitié des années 1960 il commence son travail d'artiste : « au cours d'une période de forte réaction contre le système politique et social qui interdisait l'indifférence. La violence de la critique sociale s'accompagnait d'une volonté d'annulation des valeurs pour pouvoir reconstruire à partir d'une identité retrouvée. La décision de travailler avec des éléments naturels est la conséquence logique d'une pensée qui rejetait la société de consommation et qui recherchait des relations d'affinité avec la matière »[5].

Sa première exposition personnelle a lieu à Turin en 1969, du 11 au 22 décembre[6], dans la galerie de Gian Enzo Sperone[N 1]. Il est alors le dernier arrivé au sein de l’Arte Povera[N 2]. Arte Povera est « sensibilité partagée », une « attitude »[7] (plutôt qu'un « mouvement », terme que les artistes d'Arte Povera rejettent). Mais Penone se situe lui-même en marge de cette mouvance[8]. Par contre il est au plus près de ce « théâtre pauvre » de Jerzy Grotowski, qui sert de référence à Germano Celant. La méthode de Grotowski, dans un dépouillement absolu du travail théâtral, valorise essentiellement l'acteur, la résistance physique de l'acteur, et plutôt son corps que son expression[8]. Le travail de Penone s'appuie ainsi sur le corps de l'artiste, le contact de son propre corps, les empreintes de son corps, ses mensurations, son action dans sa relation à la nature.

La même année il avait participé à des expositions collectives à Düsseldorf[9] (septembre-octobre) aux côtés de Boetti, Kounellis, Calzolari, Griffa[N 3] et Prini[N 4], et à Leverkusen [10](octobre-novembre)[N 5]. Au sein de cette mouvance artistique plutôt que mouvement artistique à proprement parler, il a eu ensuite un parcours atypique.

En 1970 il participe à l'exposition collective Information, sous le commissariat de Kynaston L. McShine, au Museum of Modern Art à New York[11].

En décembre 1999[12], son Arbre des voyelles est installé dans le parc de sculptures du jardin des Tuileries. Le projet ayant été présenté un an auparavant, mais comme prémonitoire des tempêtes de fin décembre 1999 en Europe[13]. Une rétrospective lui est consacrée au Centre Georges Pompidou en 2004. En 2007, il représente l’Italie, dans le pavillon italien à la Biennale de Venise. En 2009, il installe lors de la restauration de la cour vitrée du Palais des Études de l’École nationale supérieure des beaux-arts, une œuvre monumentale, un sapin de 24 mètres de hauteur tranché dans la longueur[14].

Giuseppe Penone vit et travaille à Turin et Paris (en 2015)[15].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Âgé de vingt-et-un ans, en 1968, il débute son parcours artistique alors que la société et l'art sont en pleins changements[16]. Le problème était d'arriver à avoir une identité forte [italienne, tout en prenant en compte les artistes américains], mais sans pères[17]. Rester indépendant de la mass culture américaine, alors dominante. Dans ses sculptures en taille directe ou dans ses moulages il met en valeur les caractères spécifiques des matériaux et produit des formes inédites.

Dans le premier de ses nombreux écrits, Penone se demandait si, emblématiquement, la terre pourrait assimiler et exprimer l'être humain. Depuis, l'artiste a continué à s'interroger sur la terre, considérée comme une substance universelle.

Comme d'autres artistes de l'Arte Povera, Giuseppe Penone fait preuve d'une sensibilité peu commune en ce qui concerne le corps, et plus particulièrement le corps en relation avec la nature[18]. Son œuvre se caractérise par une interrogation sur la sculpture mais dans son rapport avec l’homme et la nature, et donc sur le temps[19], l’être, le devenir, l’infini, le mouvement. Il pense ainsi la terre, l'air, l'eau, le feu[20]. Convaincu que le paysage est chargé de signes inscrits dans la mémoire des matières végétales, organiques et minérales, il tend dans ses œuvres à révéler une présence humaine autant dans ses sculptures que dans ses dessins. Il veut y intégrer cette sensibilité, cette culture humaine comme s'il ne faisait que la découvrir, la révéler, et il tente de la provoquer, de l'extraire, en créant en particulier des empreintes, mais aussi dans toute son œuvre où tout cet univers dont nous sommes issus apparait comme en nous. Il lie ainsi, indissolublement, humanité et nature[20]. Son œuvre montre aussi la métamorphose que le temps produit sur la matière et qui outrepasse le temps humain[16]. Il montre le temps comme instant et éternité, naissance et mort[N 6].

Il a très tôt la volonté d'aller à l'encontre des conventions académiques. En utilisant son corps dans ses premières œuvres il réalise moins des sculptures que des gestes[N 6]. Sa démarche va l'amener à privilégier le processus, au moins autant que l'objet. Le choix des procédés, des matériaux, des techniques de mise en œuvre manifestent la cohérence de l'ensemble du processus. Ainsi le choix du bronze est en cohérence avec la technique de la coulée dont l'artiste précise qu'elle « a pour fondement la chute du bronze fluidifié [...] dans le vide de la matrice [jusqu'aux] ramifications périphériques [...] créant ainsi un mouvement de circulation. [...] Pour les canalisations on a depuis toujours utilisé des tiges de roseau et des branches d'arbres. L'invention, la conception de la fonte du bronze renferme une connaissance profonde et toute une réflexion sur la croissance du végétal »[21]. Il met donc l’accent autant sur le processus[22] créateur que sur l’œuvre, et s’identifie souvent dans ses écrits au fleuve, au souffle, à ce qui est par essence mouvement et vie. Révélant le mouvement incessant au cœur du cycle naturel qui, avec le temps, altère les êtres et les choses, Penone semble faire sien le célèbre adage héraclitien: « Ta Panta Rei » (Τα Πάντα ῥεῖ ), tout s’écoule, rien ne reste tel.

Sélection d'œuvres[modifier | modifier le code]

1968 : Alpi Marittime - L'albero ricorderà il contatto [Alpes-Maritimes - L'arbre se souviendra du contact]. Documentation photographique de l'action (l'artiste enserre à bras le corps un tronc sur fond de neige. Le contour de son corps a été tracé par une tige de fer clouée dans l'écorce.)
1968-après 1969 : Alpi Marittime - Continuerà a crescere tranne che in quel punto [Alpes-Maritimes - Il pousuivra sa croissance sauf en ce point]. Document photographique de l'action. (L'artiste empoigne un jeune tronc. Il répète ce geste avec une main de fer forgé. Dans les versions suivantes : avec un bronze produit par le moulage de sa main. Le métal est « absorbé » par l'arbre.)
1969 - après 1970 : Alberi [Arbres]. Poutres décortiquées suivant un anneau de croissance qui mettent en lumière, chaque fois, un jeune tronc avec le départ de ses branches
1970 - après 1971 : Rovesciare i propri occhi [Retourner ses propres yeux]. Photographie documentant l'action: lentilles de contact-miroirs
1974-après 1975 : Pressione [Pression]. Fusain sur mur, dimensions déterminées par l'espace de l'installation. (Reproduction monumentale par l'artiste d'un détail de sa peau.
1977 : Patate [Pommes de terre]. Empreintes de fragments de son visage occupées par des pommes de terres lors de leur développement, puis transférées dans le bronze doré et disposée dans un monceau de pomme de terres, dimensions déterminées par l'espace de l'installation[23]
1978 : Soffio [Souffle]. Terre cuites, de 72 à 158 cm de haut. Dans cette série Penone construit avec de l’argile un moulage de son corps, puis il monte au colombin une « urne », et y ajoute l'empreinte interne de sa bouche au sommet, comme en train de souffler[N 7]. Le tout est cuit. Centre Georges-Pompidou
1998-après 1999 : Respirare l'ombra [Respirer l'ombre], cages métalliques contenant des feuilles (laurier, thé... selon les versions), bronze doré à la feuille représentant l'appareil respiratoire de l'homme au moyen de « feuilles » , dimensions déterminées par l'espace de l'installation.
1986 : Verde del bosco [Vert du bois]. Frottage de feuilles et couleurs végétales sur toile, 264 x 583 cm.
1999 : L'albero delle vocali [L'Arbre des voyelles]. Moulage en bronze d'un chêne de 30 mètres de long, lettres de bronzes, plantations [N 8], installé au Jardin des Tuileries
2001 : Elevazione [Élévation]. Bronze, 4 aulnes et 1 hêtre. 9 x 5,50 x 5,60 m. Rotterdam. Les cinq arbres, en grandissant, en arriveront à envelopper le support métallique de l'arbre de bronze. Les arbres vivants « porteront » alors l'arbre de métal par ses racines.
2005 : Spine d'acacia - contatto, maggio 2005 [Épines d'acacia - contact, mai 2005]. Toile, soie, épines d'acacia. 12 éléments de 100 x 120 cm : dim. totales : 300 x 480 cm. Chaque épine correspond à un point sombre sur fond de soie blanche dans cette momumentale représentation des lèvres de l'artiste.
2008 - après 2008 : Sigillo [Sceau]. Version de 2012 : marbre blanc de Carrare, 54 éléments de 135 x 90 x 3 cm : soit 19,80 x 4,05 m. et un cylindre : D. 47,5 x L. 303 cm, installation au Château de Versailles en 2013
2014 : Avvolgere la terra [Envelopper la terre]. Quatorze œuvres au mur : plaques d'aluminium à la surface irrégulière et convexe, dimensions variables (env. 40 x 50 x 10 cm) avec en leur centre un terre cuite. Chaque fois, G. Penone a comprimé dans sa main une petite boule de terre qui a été cuite ensuite.

Expositions récentes[modifier | modifier le code]

1997 : Carré d'Art, Nîmes.
2004 : Centre Pompidou.
2011 : Des veines, au ciel, ouvertes, au Grand-Hornu.
2012 : dOCUMENTA (13), à Cassel.
2013 : Château de Versailles.
2014 / 2015 : Musée de Grenoble.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le galeriste turinois a refondé sa galerie actuelle à New York en 1975 : (en) « Sperone Westwater », sur Sperone Westwater,‎ 2015 (consulté le 20 janvier 2015)
  2. Il est ainsi publié dans le livre Arte Povera de Germano Celant en 1969.
  3. Giorgio Griffa (en)
  4. Emilio Prini (en)
  5. Voire aussi à Modène avec certains d'entre eux et Anselmo, Zorio et Merz (?).
  6. a et b Guy Tosatto in : Actes Sud & Musée de Grenoble 2014, p. 13
  7. On a ainsi l’illusion que ces urnes sont nées d'un souffle (Giuseppe Penone, Actes Sud 2012, p. 23 : Entretien avec B. Buchloh). Deux empreintes sont visibles sur l’urne : l’empreinte du pantalon de Penone et celle de sa bouche. Comme s'il avait donné un souffle humain qui serait passé de sa bouche à la bouche du vase. Une sorte de métamorphose a lieu : transformation réciproque du corps en objet et de l’objet en corps. Cette œuvre peut aussi évoquer le mythe de Prométhée lorsqu'il modèle l’homme avec de la boue et de l’eau, tandis qu'Athéna lui donne un souffle de vie.
  8. Commande de l'État. Comité de pilotage : Ministère de la Culture et de la Communication, direction de l'Architecture et du Patrimoine, délégation aux Arts plastiques. : L'Arbre des voyelles, CNDP 2009, p. 5

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sculpture International Rotterdam
  2. Giuseppe Penone, Actes Sud 2012, p. 392 et suivantes
  3. Villa Médicis, 2008, p. 89
  4. Villa Médicis, 2008, p. Seconde de couverture
  5. Giuseppe Penone cité par Daniela Lancioni in : Villa Médicis, 2008, p. 87 en référence à G. Penone, Respirar la sombra. Respirare l'ombra, Centro Gallego de Arte Contemporáneo, Santiago de Compostela 1999, p. 10.
  6. Giuseppe Penone, Actes Sud 2012, p. 382
  7. Guy Tosatto in Beaux Quartiers - Hors série 2014 Giuseppe Penone / Les 20 ans du Musée (de Grenoble), p. 13. Site de Beaux Quartiers
  8. a et b Rétrospective, Centre Pompidou 2004, p. 48
  9. (en) « Prospect 69 », sur LEFT MATRIX - art / politics,‎ non daté (consulté le 20 janvier 2015)
  10. (en) « KONZEPTION - CONCEPTION », sur LEFT MATRIX - art / politics,‎ non daté (consulté le 21 janvier 2015)
  11. Giuseppe Penone, Actes Sud 2012, p. 386
  12. L'Arbre des voyelles, CNDP 2009, p. 5
  13. Ange-Dominique Bouzet relève cette « prémonition » dans son article de Libération, du 1er mars 2000, cité dans : L'Arbre des voyelles, CNDP 2009, p. 5
  14. http://www.lejournaldesarts.fr/jda/archives/docs_article/65392/l-ensba-reprend-des-couleurs.php
  15. (en) « Giuseppe Penone », sur Marian Goodman Gallery,‎ 2015 (consulté le 3 février 2015)
  16. a et b Rétrospective, Centre Pompidou 2004, p. 47
  17. G. Penone dans son entretien avec B. Buchloh in : Giuseppe Penone, Actes Sud 2012, p. 14
  18. Guy Tosatto in : Actes Sud & Musée de Grenoble 2014, p. 13 et Catherine Grenier in : Rétrospective, Centre Pompidou 2004, p. 48
  19. Giuseppe Penone, Actes Sud 2012, p. 32 et suivantes
  20. a et b Guy Tosatto in : Actes Sud & Musée de Grenoble 2014, p. 13
  21. Giuseppe Penone, Actes Sud 2012, p. 31
  22. Giuseppe Penone, Actes Sud 2012, p. 8
  23. Giuseppe Penone, Actes Sud 2012, p. 401 légende des figures 124-127, et page 21 dans l'entretien avec Benjamin Buchloh.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Laurent Busine (dir.), Giuseppe Penone, Actes Sud,‎ 2012, 408 p. (ISBN 978-90-6153-795-3). id. Fonds Mercator, 2012, ISBN 978-90-6153-795-3. Textes de Benjamin Buchloh, Laurent Busine, Daniela Lancioni, Ruggero Penone et Didier Semin. Monographie. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Catherine Grenier, Giuseppe Penone : Rétrospective, Centre Pompidou, Centre Pompidou,‎ 2004, 307 p. (ISBN 2-84426-234-1). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Daniela Lancioni (dir.), Giuseppe Penone : Exposition, Rome, Villa Médicis, 29 janvier-25 mars 2008, Hazan, Académie de France à Rome,‎ 2008, 185 p. (ISBN 978-2-7541-0262-9). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Hortense Lyon, L'Arbre des voyelles : Giuseppe Penone, CNDP, coll. « Baccalauréat Arts Plastiques »,‎ 2009, 29 p. (ISBN 978-2-240-03046-7). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Henri Loyrette, Olivier Kaeppelin, Daniel Soutif et Marie-Laure Bernadac, L'Arbre des voyelles : Giuseppe Penone, CNDP, coll. « Baccalauréat Arts Plastiques »,‎ 2009, 29 p. (ISBN 978-2-84056-308-2). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Frédéric Paul, Giuseppe Penone : archéologie, Actes Sud,‎ 2014, 115 p. (ISBN 978-2-330-03012-4).
  • Giuseppe Penone, Giuseppe Penone : Le regard tactile : Entretiens avec Françoise Jaunin / Giuseppe Penone, La Bibliothèque des arts,‎ 2012, 133 p. (ISBN 978-2-88453-164-1). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Texte de Roland Recht. Catalogue des œuvres établi par Michèle Lavallée et Jonas Storsve, Penone : L'espace de la main. (Exposition, Strasbourg, Ancienne douane, 26 octobre 1991-19 janvier 1992), Musées de la Ville de Strasbourg,‎ 1991, 203 p. (ISBN 2-901833-03-9).
  • Guy Tossatto, Giuseppe Penone, Actes Sud & Musée de Grenoble,‎ 2014, 198 p. (ISBN 978-2-330-03677-5). Synthèse précise bien illustrée. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Empreintes , un film de Camille Guichard avec la participation du professeur Merle, production et diffusion Terra Luna Films. 1994 : « Empreintes », sur terra-luna.com,‎ non daté (consulté le 20 janvier 2015).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes, expos[modifier | modifier le code]

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