John Davison Rockefeller

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John D. Rockefeller en 1885.

John Davison Rockefeller, né le 8 juillet 1839 à Richford (État de New-York) et mort le 23 mai 1937 à The Casements (Floride), à l'âge de 97 ans, est un industriel américain, fondateur de la famille Rockefeller, qui a fait fortune dans l'industrie du pétrole.

Il est le frère de William Rockefeller. Certaines études le considèrent comme l'un des hommes les plus riche de tous les temps, avec une fortune estimée à environ 340 milliards de dollars américains de 2012[1].

La famille a été à la tête d'un empire durant près de deux siècles en créant la Standard Oil qui deviendra Esso (des initiales SO), puis ExxonMobil.

Biographie[modifier | modifier le code]

Début[modifier | modifier le code]

Son père d'origine anglaise et allemande, William Avery Rockefeller (en), est un marchand itinérant, officier de santé vendant des « médicaments-miracles » (qui étaient en fait des flacons d'huile mélangée à du laxatif qu'il vendait sans scrupules sous ce titre, certains comme remèdes contre le cancer dont il se prétendait spécialiste)[2]. C'est un père souvent absent, coureur de jupons et bigame[3]. Sa mère Eliza Davison (12 septembre 1813 - 28 mars 1889) d'origine écossaise et irlandaise inculque à ses six enfants les valeurs religieuses du culte presbytérien[4]. Dès son enfance, John D. Rockefeller se donne pour but de devenir un grand homme d'affaires. Il commence alors à gagner de l'argent dans de petites affaires (élevage de dindons, prêt avec intérêt de quelques dollars à des camarades) et se montre plus attiré par les usines, les chemins de fer et l'organisation des banques que par l'art, la littérature ou la politique[5].

Sorti de l'école de commerce Folson’s Commercial College de Cleveland avec un diplôme de comptable en poche, il devient en septembre 1855 assistant comptable dans une petite entreprise de transport et de courtage Hewitt & Tuttle[6]. Au bout de trois ans, il démissionne et s'associe avec Maurice B. Clark, mettant ses 2 000 dollars d'économies dans le capital d'une entreprise de transport et de courtage concurrente (en grains, viandes et autres produits alimentaires). En 1862, il investit dans des puits à Titusville mais trouve cette aventure de l'extraction du pétrole trop hasardeuse et préfère s'associer à deux partenaires qui créent une compagnie de raffinerie du pétrole[7]. En 1867, il fonde la firme Rockefeller, Andrews & Flagler (en) avec un associé, Henry Flagler. La compagnie qui produit du naphte et du kérosène réinvestit ses bénéfices dans deux raffineries et devient la plus grande entreprise pétrolière au monde[8].

Protestantisme et capitalisme[modifier | modifier le code]

Rockefeller, âgé de 18 ans

Rockefeller devient membre à vie du Parti républicain, est un fervent partisan d'Abraham Lincoln et du mouvement abolitionniste. Il est un fidèle de la congrégation baptiste d'Erie Street (Erie Street Baptist Church Mission), où il assure l’école du dimanche, tout en exerçant les charges de fiduciaire, greffier et occasionnellement de concierge. La piété est une ligne directrice tout au long de sa vie, et Rockefeller voyait volontiers dans son succès un signe d’élection : « L'argent me vient de Dieu ». Il se sent justifié par la maxime de John Wesley, « faites de votre mieux, épargnez ce que vous pouvez épargner, donnez tout ce que vous pouvez donner »[9].

Standard Oil[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Standard Oil.

À la fin de la guerre de Sécession, Cleveland est l'un des cinq principaux centres de raffinage des États-Unis (avec Pittsburgh, Philadelphie, New York et la région du nord-ouest de la Pennsylvanie d'où provient la plupart du pétrole).

En 1863, Rockefeller entend parler du « colonel » Drake (en réalité un ancien employé de chemins de fer, embauché par une poignée de businessmen pour trouver du pétrole en Pennsylvanie) et des champs pétrolifères. L'idée lui plait immédiatement et il se rend sur place examiner les puits de plus près. Persuadé des possibilités offertes, il décide d'investir dans ce nouveau domaine et propose à son associé Flagler de le suivre. Celui-ci restant hésitant, John D. Rockefeller lui rachète ses parts de la société de courtage pour 72 500 $ et prend un nouvel associé, le chimiste Samuel Andrews. Il monte ainsi sa première raffinerie à Cleveland pour produire naphte et kérosène. Réinvestissant constamment les profits et gardant les coûts et les salaires le plus bas possible, John D. Rockefeller étend son affaire rapidement.

En janvier 1870, Rockefeller crée la société Standard Oil of Ohio, qui devient rapidement la raffinerie la plus rentable de l'Ohio. Le but de Rockefeller est alors de pouvoir contrôler toutes les raffineries de pétrole des États-Unis.

John D. Rockefeller vers 1875

En 1871, certains raffineurs se concertent dans le but de constituer une alliance assez grande pour qu'ils puissent convaincre les chemins de fer de leur accorder des rabais spéciaux sur leurs convois, et des suppléments sur ceux de leurs concurrents. Ils cherchent une société déjà existante et tombent sur la South Improvement Company. Les gens impliqués dans cette société ne représentent pas 10 % du raffinage américain, mais ils se présentent comme majoritaires devant les chemins de fer. La Standard est le plus gros actionnaire, et mène la danse qui aboutit à un accord secret très avantageux pour Rockefeller. En effet, les chemins de fer sont obligés de céder car les moyens de transport entre les gisements et les raffineries sont multiples (plusieurs lignes de trains et un canal) et un gros client comme la Standard peut dicter ses conditions, menaçant d'aller à la concurrence en cas de non coopération. Cet accord entraine une forte augmentation des frais de transport pour les autres compagnies, ce qui déclenche les protestations de concurrents tels que le principal raffineur de New York, Charles Pratt.

Quand il constate qu'au moins une partie de l'avantage tarifaire de la Standard Oil provient des rabais secrets obtenus par la South Improvement Company, Rockefeller doit y renoncer.

Dans l'intervalle, toutefois, la Standard Oil a assez grossi pour devenir l'un des plus grands transporteurs de pétrole et de kérosène du pays.

Monopole[modifier | modifier le code]

Pas découragé pour autant, Rockefeller décide de procéder par intégration horizontale en faisant pression sur les raffineries concurrentes pour les racheter. En 1872 a lieu ce qu'on appellera ensuite « la conquête de Cleveland », la Standard Oil absorbe 22 de ses 26 concurrents à Cleveland en moins de deux mois. Il va ensuite à Pittsburgh, Philadelphie, New York, possédant bientôt toutes les principales raffineries.

Fin 1872, 80 % des raffineurs américains s'unissent sous la présidence de Rockefeller dans la National Refiners Association. Dès qu'ils sont au courant, les producteurs, inquiets de voir se former un oligopsone pour leur produit, s'unissent dans la Petroleum Producer's Agency et fixent un prix minimum du baril à 5 $. Rockefeller commence par accepter ces conditions tant que les producteurs limitent leur production afin de maintenir des prix stables. Mais moins d'un an plus tard, Rockefeller rompt le contrat sous prétexte que les producteurs ne limitent pas suffisamment leur production. De nombreux producteurs se sont lourdement endettés et doivent absolument vendre pour éviter la faillite. Un gel durable de la production est donc impossible, et la Standard Oil dicte ses conditions. Même ses anciens concurrents, Pratt & Rogers, réalisent la futilité de continuer à rivaliser avec la Standard Oil. En 1874, ils passent un accord secret avec leur ancienne némésis et acceptent d'être rachetés et de devenir les partenaires de Rockefeller.

Rockefeller ne s'arrête pas à une concentration horizontale presque parfaite du raffinage. Se rendant compte qu'en s'assurant le contrôle du processus de raffinage, il devient maître de toute l'industrie pétrolière, il travaille ensuite à la concentration verticale de l'industrie, englobant toutes les phases de la production, de l'extraction au commerce de détail en passant par le transport, la fabrication de barils, les pipelines (en 1879, Rockefeller contrôle la quasi-totalité des sociétés d'oil-gathering pipelines regroupées sous le nom de United Pipe Lines) puis la recherche scientifique et le marketing.

Mais un obstacle se met en travers de la route de Rockefeller : la législation des États-Unis interdit aux hommes d'affaires d'exercer leur activité en dehors de l'État où se trouve leur domicile. Rockefeller met donc l'affaire dans les mains de juges qui résolvent le problème avec les trusts. Son nouvel associé, Rogers devient l'un des hommes clés de la formation de la « Standard Oil Trust ».

En 1882, les 37 actionnaires des différentes sociétés contrôlées par la Standard Oil confient leurs titres à neuf Trustees (hommes de confiance) : John et William Rockefeller, Oliver H. Payne, Charles Pratt, Henry Flagler, John D. Archbold, William G. Warden, Jabez Bostwick, et Benjamin Brewster. Le siège de la Standard Oil Trust est installé au 26 Broadway à New York. La Standard Oil Trust commence par fermer 31 des 53 raffineries de la Standard Oil et concentre la production dans trois raffineries géantes. Une cour de l'Ohio dissout le trust, mais il est reformé au New Jersey, état qui autorise les trusts.

En 1900, la Standard Oil contrôle plus de 90 % du volume de pétrole raffiné aux États-Unis.

John D. Rockefeller en 1911

En 1911, à la suite de la mise en application du Sherman Antitrust Act, la société est fragmentée en une trentaine de firmes pour cause de monopole. Naissent ainsi les sociétés Exxon, Mobil, Chevron, American, Esso (soit SO pour Standard Oil).

Ce jugement est un tournant dans l'histoire économique des États-Unis, et fonde une nouvelle doctrine dans la politique antitrust américaine appelée la règle de la raison (suite aux fameuses unreasonable restraints to trade mentionnée dans le Sherman Antitrust Act). Les besoins de bases juridiques plus solides conduisent au passage du Clayton Antitrust Act en 1914, qui condamne explicitement des pratiques commerciales telles que la discrimination des prix, les relations commerciales exclusives, les acquisitions de concurrents ou encore les conseils d'administration incestueux.

Cependant Rockefeller reste actif dans plusieurs des rejetons survivants, ce qui lui permet d'être sans doute l'acteur le plus puissant de son époque dans la géopolitique du pétrole.

Diversifications[modifier | modifier le code]

Après le pétrole il se lance dans l'automobile, puis l'aviation. La fortune de Rockefeller ne cesse de se multiplier facilement mais certainement pas grâce aux fameuses actions de classe A de la reserve fédérale (banque centrale des États-Unis dont les actionnaires sont uniquement des banques qui ne peuvent pas en percevoir plus de 6 % des bénéfices, la différence étant perçu par le trésor public américain) qu'il n'a jamais contrôlé. Il prend sa retraite en 1896 en étant l'homme le plus riche des États-Unis et l'un des plus puissants au monde. Son fils reprend l'entreprise. Il est considéré comme l'homme le plus riche de tous les temps avec une fortune estimée en 1902 à 200 millions de dollars, en 1914 à 900 millions de dollars (soit un pour cent de la richesse américaine de l'époque), ceci valant selon le Guiness Book 200 milliards de dollars actuels[10].

À la fin des années 1920 John Davison Rockefeller décide de construire un complexe de bâtiments à New York dans Midtown, son quartier. À cette époque, il réside en effet sur la 54e rue et souhaite dynamiser le quartier en développant de nouvelles activités économiques. Rockefeller décide d'investir une partie de sa fortune dans des projets immobiliers, comme il l'avait déjà fait en finançant la construction de la Riverside Church à Morningside Heights. D'autre part, ses intérêts rencontrent ceux de la Metropolitan Opera Company qui cherche alors à quitter le Garment District depuis le début des années 1920 : il est décidé que le Rockefeller Center comprendrait un opéra et ses annexes. John Davison Rockefeller ne verra pas l'achèvement des travaux qui se prolongeront après sa mort en 1937. C'est en conséquence son fils et successeur, John Davison Rockefeller Junior (1874-1960) qui développe le projet entre 1929 et 1940.

Donations[modifier | modifier le code]

Gardant le souvenir du conseil que lui avait donné sa mère, Rockefeller donne près de 600 millions de dollars. Cet argent sert entre autres à fonder l'université de Chicago[11], l'Institut Rockefeller pour les recherches médicales et la Fondation Rockefeller (1913), destinée à promouvoir le progrès scientifique dans tous les pays du monde. La création de cette fondation permet à John D. Rockefeller de redorer son image alors que sa compagnie la Standard Oil était accusée de faire des profits illicites en s'appropriant des terres, en les polluant, sa société de raffinage et de distribution de pétrole ayant de plus acquis une position monopolistique et étant alors poursuivie en vertu de la Sherman Anti-Trust Act, loi qui pouvait le menacer de la démanteler[12]. Celle-ci permet le développement des écoles noires dans le sud des États-Unis[13]. La division « Humanités » fondée en 1928 encourage la préservation des archives[13]. Du vivant de Rockefeller, la Fondation soutient officiellement les Républicains et est vivement anticommuniste[13].

Famille[modifier | modifier le code]

Il épouse Laura Celestia « Cettie » Spelman (1839-1915) et a cinq enfants :

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Et l'homme le plus riche de tous les temps est... — www.lalibre.be
  2. (en) Allan Nevins, John D. Rockefeller : The Heroic Age of American Enterprise, C. Scribner's Sons,‎ 1940, p. 18
  3. (en) Ron Chernow, Titan. The Life of John D. Rockefeller, Sr., Random House,‎ 1998, p. 43
  4. (en) ryan Holme, The Journal of the century, Viking Press,‎ 1976, p. 120
  5. Maurice Ezran, John D. Rockefeller : la naissance d'une multinationale, L'Harmattan,‎ 2007, p. 21-22
  6. Ron Chernow, op. cité, p.46
  7. (en) Wyn Derbyshire, Six Tycoons. The Lives of John Jacob Astor, Cornelius Vanderbilt, Andrew Carnegie, John D. Rockefeller, Henry Ford and Joseph P. Kennedy, Spiramus Press Ltd,‎ 2008, p. 122-128
  8. Maurice Ezran, op. cité, p.83
  9. Citation originale :« Make all you can, save all you can, give all you can. »
  10. Guiness world record, 2001, p. 48
  11. Frédéric Martel, De la culture en Amérique, Paris, Gallimard, 2006, p. 295, (ISBN 2-0707-7931-9)
  12. (en) Eliot Jones, The Trust Problem in the United States, The Macmillan company,‎ 1922, p. 58-66
  13. a, b et c Frédéric Martel, De la culture en Amérique, Paris, Gallimard, 2006, p. 297, (ISBN 2-0707-7931-9)