Suzanne Lacore

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Suzanne Lacore
Suzanne Lacore, en 1936 dans un discours à une fête de l'Enfance, dans la banlieue parisienne.
Suzanne Lacore, en 1936 dans un discours à une fête de l'Enfance, dans la banlieue parisienne.
Fonctions
Sous-secrétaire d'État à la Santé Publique, chargée de la Protection de l'Enfance de la France
5 juin 193621 juin 1937
Gouvernement Blum I
Prédécesseur Louis Nicolle
indirectement
Successeur Marc Rucart
indirectement
Biographie
Date de naissance 30 mai 1875
Lieu de naissance Beyssac
(Corrèze)
Date de décès 6 novembre 1975 (à 100 ans)
Nationalité Française
Parti politique SFIO

Suzanne Lacore
Ministres français de la Santé

Suzanne Lacore, née le 30 mai 1875 au hameau du Glandier, commune de Beyssac (Corrèze) et décédée le 6 novembre 1975 à Milhac-d'Auberoche (Dordogne)[1] est une femme politique socialiste française.

Enfance et éducation[modifier | modifier le code]

Née dans une famille relativement aisée, Suzanne Lacore fut inscrite, en 1887, dans un pensionnat dirigé par des religieuses où l'on préparait les jeunes filles au brevet élémentaire. Elle passa ensuite avec succès l'examen d'entrée à l'École normale d'institutrices où, au terme de trois ans d'études (1891-1894), elle obtint le brevet supérieur.

Carrière[modifier | modifier le code]

À ses débuts (à partir de 1894), Suzanne Lacore fut institutrice puis, sans interruption jusqu'à sa retraite — en 1930 —, directrice d'une école primaire en Dordogne, menant son activité politique en parallèle avec sa carrière d'enseignante.

En 1906, en entrant à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), elle devint une socialiste militante. À cette époque, elle était la seule femme en Dordogne inscrite au Parti socialiste. À partir de 1906, elle écrivit des articles pour des journaux locaux, régionaux et nationaux et, notamment, de 1906 à 1914, sous le pseudonyme de Suzon, des articles très engagés contre le régime capitaliste et pour la révolution sociale, bien dans la mouvance guesdiste à laquelle elle appartenait.

Après la scission de Tours (décembre 1920), elle resta fidèle à la SFIO et fit progressivement la synthèse entre le socialisme dogmatique de Jules Guesde et celui, plus humaniste, de Jean Jaurès. Elle s'attacha à reconstruire le parti en s'occupant, entre autres, de la question féminine, participant en 1931 à la création du Comité national des femmes socialistes (CNFS), dont elle fut l'une des figures marquantes.

Le 4 juin 1936, elle devint l'une des trois femmes ministres du gouvernement de Front populaire avec Cécile Brunschvicg et Irène Joliot-Curie[2], à une époque où les femmes ne pouvaient ni voter, ni être élues[3]. Elle fut nommée sous-secrétaire d'État chargée de la Protection de l'enfance dans le premier gouvernement de Léon Blum, sous la tutelle de Henri Sellier. Elle exerça cette fonction jusqu'au 21 juin 1937.
Durant son mandat ministériel, outre une réforme de l'Assistance publique, Suzanne Lacore conçut un vaste ensemble de mesures relatives aux enfants déficients, aux enfants défavorisés et aux loisirs. Elle institua les « visiteuses sociales » et créa des sessions de formation destinées aux jeunes travailleuses[3]. Elle fit aussi prendre des mesures de soutien en faveur des enfants abandonnés.

Par la suite, Suzanne Lacore continua à publier des brochures, à rédiger des articles pour les journaux et à prononcer des discours. Elle y mit, en particulier, l'accent sur les bienfaits exercés par l'École maternelle, démontrant pourquoi il importe qu'un enfant reçoive une éducation dès son plus jeune âge. À la fin de sa vie, l'Enfant devint sa préoccupation essentielle. Elle lui consacra son dernier livre, Enfance d'abord !, qu'elle publia à l'âge de 85 ans.

Elle mourut centenaire, fidèle jusqu'au bout à ses idées et à son parti.

Engagements[modifier | modifier le code]

Suzanne Lacore a consacré toute sa vie à défendre, entre autres, les droits des femmes et des enfants. Elle a exposé ses idées socialistes dans ses discours, ses articles de presse et dans plusieurs livres (voir ci-dessous).

Concernant l'égalité entre les femmes et les hommes, Suzanne Lacore ne fut pas une féministe au sens habituel du terme. Elle défendit plutôt le mouvement socialiste féminin, l'éducation féminine, pensant que l'émancipation de la femme passe par l'émancipation du prolétariat tout entier. C'est ainsi qu'elle écrivit : « Dans notre esprit, la libération des femmes reste dépendante de la solution révolutionnaire qui émancipera le prolétariat ouvrier[4] » et : « L'infériorité des femmes est une notion inventée par les hommes ; elle n'est pas l'écho d'une loi naturelle[5]. »

Dans le domaine de la protection de l'enfance, ses efforts, en vue d'améliorer la prise en charge des jeunes délinquants, ont préparé la voie à l'abolition, en 1945, des maisons de correction, institutions où les enfants et adolescents étaient maltraités. Elle avait coutume de dire : « L'enfant n'est pas coupable. Est coupable la société qui n'a pas donné à l'enfant — souvent maltraité — l'aide qui lui est nécessaire. »

Sur les causes des guerres, à ses débuts, son analyse typiquement marxiste (ou guesdiste) l'amène à déclarer que « la guerre est le résultat inévitable de l'organisation capitaliste »[6]. À partir de 1915, elle a légèrement révisé sa position, disant que « le fait économique » — qu'elle croyait prépondérant — « est susceptible de subir la marque des forces que sont les idées, les sentiments, les passions et les instincts humains. » Lors des deux guerres, son pacifisme, son internationalisme ont cédé — temporairement — la place à la solidarité nationale et à la défense de la patrie. En particulier, pendant la Première Guerre mondiale, rejetant le pacifisme de certains de ses amis socialistes, elle s'engagea en faveur du patriotisme, appelant même à mener la guerre « jusqu'au bout » contre l'Allemagne.

Publications de Suzanne Lacore[modifier | modifier le code]

Brochures[modifier | modifier le code]

  • Socialisme et féminisme, Paris, éditions de l'Équité, 1914.
  • Le Rôle de l'institutrice, Cahors, éditions de la Fédération féministe du Sud-Ouest, 1919.
  • Femmes socialistes, Paris, éditions de la SFIO, 1932.
  • La Femme dans l'agriculture, Cahiers des « Amis de Jacquou le Croquant », Paris, 1938.
  • L'Émancipation de la Femme, Paris et Limoges, éditions de la Perfrac, Les Cahiers de la Démocratie, 1945.
  • Espoir et lutte, Périgueux, Éditions Fanlac, Cahiers d'éducation socialiste féminine, 1951.
  • Enfance d’abord ! (préface de Guy Mollet), Périgueux, éditions Fanlac, 1960.

Articles publiés dans les journaux suivants (entre autres)[modifier | modifier le code]

  • Le Travailleur du Périgord, 1906-1907.
  • L'Équité, 1913-1914.
  • Le Populaire du Périgord, 1930-1932.
  • Le Travailleur du Centre, 1908-1914.
  • Le Populaire du Centre, 1908-1914.
  • Le Combat social, 1925-1926.
  • Le Populaire de Paris, 1927-1931.
  • La Voix socialiste, 1934-1939 et 1944-1947.
  • La Tribune des Femmes socialistes, 1936-1939.
  • Le Vétéran socialiste, 1949-1963.

Hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Guy Penaud, Dictionnaire biographique du Périgord, p. 523-524, éditions Fanlac, 1999 (ISBN 2-86577-214-4)
  2. Christine Bard, « Les premières femmes au Gouvernement (France, 1936-1981) », Histoire@Politique – Politique, culture, société (revue électronique du Centre d'histoire de Sciences Po), no 1, mai-juin 2007 [texte intégral]].
  3. a et b « Les premières femmes au Gouvernement sous le Front populaire », sur assemblee-nationale.fr, Assemblée nationale (consulté le 22 novembre 2013).
  4. Suzanne Lacore, Féminisme et socialisme, 1914 ; Femmes socialistes, 2e éd., 1936.
  5. Suzanne Lacore, « L'Émancipation de la Femme », La Voix socialiste, 10-11 février 1945.
  6. Dans Le Populaire du Centre, 8 décembre 1912.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Dougnac, Suzanne Lacore, biographie 1875-1975 – Le socialisme-femme, Périgueux, éditions Fanlac, Institut aquitain d'études sociales, 1996.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]