Fédération républicaine

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La Fédération républicaine (1903-1940) était le grand parti de la droite républicaine libérale et conservatrice sous la IIIe République. L'autre grand parti de la droite libérale, plus laïque et centriste, était l'Alliance démocratique (France).

La Fédération républicaine, parti républicain[modifier | modifier le code]

La Fédération républicaine s'est créée en novembre 1903 pour regrouper l'aile droite des républicains « modérés », aussi appelés « opportunistes » puis « progressistes », qui refusaient le ministère de Bloc des gauches de Waldeck-Rousseau, l'alliance avec le parti radical-socialiste voire la défense du capitaine Dreyfus. Ces républicains conservateurs, issus de l'Association nationale républicaine, de l'Union libérale républicaine, de l'Alliance des républicains progressistes et des groupes parlementaires modérés[1], sont les héritiers idéologiques de Jules Méline, Alexandre Ribot, Jean Casimir-Perier ou Charles Dupuy. C'est un parti de la bourgeoisie républicaine, notamment liée aux milieux d'affaires, très opposé aux réformes sociales et partisan d'une certaine décentralisation (on peut voir en elle un descendant des républicains girondins de la Révolution française).

Ce parti est favorable dès sa création au droit de vote des femmes[2].

Tout comme l'Alliance démocratique, la Fédération républicaine est un parti de notables et d'élus, reposant sur des comités électoraux locaux et comprenant à son sommet un ou plusieurs groupes parlementaires (lire plus bas). Elle n'aura jamais beaucoup de militants (30 000 en 1926, 18 000 en 1939).

En 1919, la Fédération républicaine participe aux Listes du Bloc national. La Fédération républicaine va intégrer en 1919 l'Alliance libérale populaire qui regroupait les catholiques qui s'étaient ralliés à la république. Ils étaient alliés à la chambre des députés au sein du groupe de l'Entente républicaine démocratique ("groupe Arago").

La dérive à droite (années 1930)[modifier | modifier le code]

Dans l'entre-deux-guerres, la Fédération républicaine va adopter une position de plus en plus à droite, quittant son image de républicains modérés pour adopter - sous l'influence des ligues et des nationalistes ainsi que par une modification de ses élites dirigeantes - celle de républicains de plus en plus "nationaux".

En revanche, si l'intégration des catholiques ralliés à la République de l'Action libérale populaire va renforcer la doctrine du catholicisme social au sein de la Fédération républicaine, elle signifie aussi un changement radical de l'équilibre au sein du parti. Symbole de ce changement, Louis Marin remplace Auguste Isaac à la présidence de la Fédération Républicaine en 1924.

Sous l'impulsion de Marin, la Fédération républicaine tend à se conformer au modèle du parti que les gauches ont mis en place au début du vingtième siècle. Le parti devient plus hiérarchisé (création de section de jeunesse, etc.), les militants ayant davantage de poids face aux élus.

Aux législatives de 1928, la Fédération républicaine fait un de ses meilleurs scores électoraux, obtenant plus d'une centaine de députés, regroupés à la Chambre sous le nom d'Union républicaine et démocratique. Toutefois, une trentaine de députés, dont de nombreux anciens de la Fédération, quittent celle-ci pour créer l'Action démocratique et sociale (ADS), un groupe de centre-droit plus ou moins satellite de l'Alliance démocratique.

La Fédération est nettement affaiblie après les législatives de 1932 qui voient la victoire du second Cartel des gauches, passant d'une centaine de députés à plus de 40, 18 députés ayant fait scission pour rejoindre le groupe parlementaire Républicain et social de Georges Pernot.

Si quelques membres du parti participent aux gouvernements Doumergue, Flandin et Laval de 1934-1935, la majorité de la Fédération Républicaine s'oppose à ce ralliement qui s'inscrit dans la doctrine de la "conjonction des centres" que défend l'AD. Après l'expérience du Bloc national et du Cartel des gauches en 1924, de nombreuses voix prônent l'unité des droites, fait majoritaire à partir des émeutes du 6 février 1934 rangeant le parti dans l'opposition à cette République qui « tue les patriotes ».

La Fédération après 1936[modifier | modifier le code]

Article connexe : Front populaire (France).

En définitive, l'aile droite du parti l'emporte dans les années 1930 sur son aile gauche composé de notables proches de l'idéologie modérantiste qu'incarne l'Alliance démocratique, expliquant le départ dès les années 1920 de nombreuses figures de la Fédération d'avant la première guerre mondiale, tels Laurent Bonnevay.

La Fédération républicaine devient alors une plateforme de renouvellement idéologique et de rencontre entre droite parlementaire et droites nationalistes et anti-républicaines par les liens de nombreux de ses dirigeants avec l'Action française, les ligues nationalistes, ce qu'incarnent des hommes tels que Philippe Henriot ou Xavier Vallat, mais aussi Louis Marin, servant d'intermédiaires entre les cadres de la Fédération et la "nébuleuse fascistoïde" (selon l'expression de l'historien Philippe Burrin).

L'antisémitisme se fait virulent, notamment avec les propos de Vallat, alors vice-président du groupe parlementaire de la Fédération, lors de l'arrivée au pouvoir de Léon Blum après les législatives de 1936, remportées par le Front populaire; la Fédération républicaine a alors une soixantaine de députés, soit environ 10 % de la Chambre, si on y inclut les Indépendants républicains (Georges Mandel, Henri de Kérillis, etc.). Xavier Vallat n'est pas une exception: d'autres font de même (Joseph Massé, Louis Biétrix, par ailleurs proche du Rassemblement antijuif de Darquier de Pellepoix, etc.)[3].

La dérive nationaliste de la Fédération républicaine apparaît clairement dans la constitution en 1937 d'un Front de la liberté avec le Parti populaire français de Jacques Doriot et les petits Parti républicain national et social et Parti agraire et paysan français (Fleurant Agricola). Si le Front de la liberté fut théorisé par les instances du parti et par Louis Marin comme un moyen de lutter contre l'influence du Parti social français, cette union correspond de fait à l'idéologie de la classe dirigeante en province (tel Victor Perret dans le Rhône) et des militants prônant l'union des nationaux contre la gauche mais aussi contre les formations à la gauche de la Fédération républicaine (AD et Parti démocrate populaire).

La Fédération Républicaine après 1940[modifier | modifier le code]

S'il ne semble pas que beaucoup de membres importants de la Fédération républicaine s'engageront dans la collaboration (à l'instar de la position digne de Louis Marin) - vieux fond patriotique oblige - l'imprégnation conservatrice des années 1930 (catholicisme traditionnel, priorité à l'anticommunisme, nationalisme conservateur) en préparera plus d'un à accepter la première période de la Révolution nationale de Vichy, comme Xavier Vallat, voire la collaboration, comme Philippe Henriot ou Marcel Boucher. La Fédération républicaine était l'un des six partis politiques membres du Conseil national de la Résistance, représentée par Jacques Debû-Bridel. Ce dernier et Louis Marin tenteront en vain de ressusciter la "FR" à la Libération. En février 1948, le dernier secrétaire général de la Fédération, le controversé Henri Becquart, décide sa mise en sommeil à titre définitif.

Ultérieurement, le Centre national des indépendants et paysans est la principale structure qui poursuivra l'esprit de la Fédération républicaine, après l'échec de plusieurs structures parmi lesquelles le Parti républicain de la liberté. L'époque de la IVe République voit aussi la naissance d'un parti d'inspiration chrétienne-démocrate, le Mouvement républicain populaire, auquel se rallient beaucoup d'électeurs catholiques.

Résultats électoraux et groupes parlementaires[modifier | modifier le code]

Résultats de la Fédération Républicaine aux élections législatives[modifier | modifier le code]

À l'Assemblée nationale[modifier | modifier le code]

Les députés de la Fédération républicaine :

  • 1903 : siègent au sein du groupe républicain progressiste.
  • 1914 : baptisent leur groupe Fédération républicaine, comme en 1932 et 1936.
  • 1919 : groupe Entente républicaine démocratique.
  • 1924 :
  • 1930 : se retrouvent dans le groupe Union républicaine et démocratique (URD), ou "groupe Marin".
  • 1932 : le groupe est rebaptisé Fédération républicaine mais il est affaibli par la scission du groupe Républicain et social (groupe Pernot).
  • 1936 : siègent dans les groupes Fédération républicaine et groupe Républicain indépendant d'action sociale (RIAS, qui semble un pont entre Alliance démocratique et Fédération républicaine). Le groupe assez composite des Indépendants républicains (animé par Georges Mandel et Henri de Kérillis) est également proche de la Fédération républicaine. Les deux, réunis, regroupent une soixantaine de députés (sur environ 600).

Au Sénat[modifier | modifier le code]

Les sénateurs de la Fédération républicaine se retrouvaient dans le groupe de la Gauche républicaine (le plus à droite de la Chambre haute en dépit de son nom) jusqu'en 1936 lorsque ce dernier est rebaptisé Action nationale républicaine et sociale (ANRS).

Personnalités[modifier | modifier le code]

Les futurs collaborateurs Philippe Henriot et Xavier Vallat sont passés à l'aile droite de la Fédération républicaine (comme à des nombreux autres partis de droite nationaliste).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Auguste Avril, « Les Progressistes », Le Figaro, 19 novembre 1903, p. 3.
  2. Michel Winock, La Droite, hier et aujourd'hui, Perrin, 2012, p.93
  3. Laurent Joly (2007), « Antisémites et antisémitisme à la Chambre des députés sous la IIIe République », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 3/2007 (n° 54-3), p. 63-90.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

La Fédération Républicaine.

Sur le plan national :

  • William D. Irvine, French conservatism in the crisis : The Republican Federation of France in the 1930’s, Bâton Rouge, 256p, 1975.
  • Passmore, Kevin. The Right in France from the Third Republic to Vichy. Oxford University Press. 2013
  • Jean Vavasseur-Desperriers, Culture, structures, stratégie d’une organisation de la droite parlementaire entre les deux guerre : la Fédération Républicaine de 1919 à 1940, Université Lille 3, thèse d’état sous la direction de Yves-Marie Hilaire, 914p, 1999.
  • Jean Vavasseur-Desperriers, « Mise en sommeil et disparition : la Fédération républicaine de 1940 à 1946 », dans Gilles Richard et Jacqueline Sainclivier (dir.), La recomposition des droites en France à la Libération 1944-1948, 2004.

Autres Aspects :

  • Laurent Bigorgne, « Le parcours d’une génération de ‘modérés’ : les jeunes de la Fédération Républicaine », dans François Roth (dir.), Les modérés dans la vie politique française (1880-1965), 2000.
  • Jean Vavasseur-Desperriers, « La Fédération républicaine, Louis Marin et l'idée de paix pendant l'entre-deux-guerres », dans Robert Vandenbussche et Michel (dir.), L’idée de paix en France et ses représentations au XXe siècle, 2001.
  • Jean Vavasseur-Desperriers, « De la présence à la distance: les milieux d’affaires et la Fédération républicaine », dans Hervé Joly (dir.), Patronat, bourgeoisie, catholicisme et libéralisme. Autour du Journal d’Auguste Isaac, Larhra, 2004

Études locales :

  • Mathias Bernard, La dérive des modérés. La Fédération Républicaine du Rhône sous la Troisième République, Éditions l’Harmattan, 432p, 1998.

La Fédération Républicaine et ses rapports avec les droites.

Sur le plan national :

  • Malcom Anderson, Conservativ politics in France, Allen and Unwen, 1974.
  • Jean-Noël Jeanneney, « La Fédération Républicaine », dans Rémond et Bourdin (dir), La France et les français 1938-1939, 1979.
  • Philippe Machefer, « L’union des droites, le PSF et le Front de la liberté, 1936-1937, RHMC, 1970.
  • René RémondJanine Bourdin, « Les forces adverses », dans Renovin et Rémond (dir.), Léon Blum, chef de gouvernement 1936-1937, 1981.
  • René Rémond, Les droites en France, Aubier, 544p, 1982 (réed. De 1954).
  • Jean Vavasseur-Desperriers, « Les tentatives de regroupement des droites dans les années trente », Annales de Bretagne et des pays de l’ouest, 2002.

Études Locales :

  • Bruno Béguet, Comportements politiques et structures sociales : le Parti Social Français et la Fédération Républicaine à Lyon (1936-1939), Université Lyon 2, mémoire de maîtrise sous la direction de Yves Lequin, 2 volumes, 252p, 1982.
  • Jean-François Colas, "Les droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux", Thèse de doctorat, Université de Paris X-NANTERRE, 2002, 3 volumes, 648 p. + annexes
  • Kevin Passmore, From liberalism to fascism. The Right in a French Province, 1928-1939, (étude sur le departement du Rhône) Cambridge university press, 333p, 1997.

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Un programme de la Fédération républicaine en 1928 ([6]).
  • La Fédération républicaine dans le courant politique libéral ([7]).