Jules Favre

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Jules Favre
photographié en 1865 par Nadar.

Jules Gabriel Claude Favre, né à Lyon, le 21 mars 1809 et mort à Versailles le 19 janvier 1880, était un avocat et homme politique français, fils de commerçant (son père qui a investi dans beaucoup d'affaires en Italie fera d'ailleurs faillite à la chute du Second Empire). Il appartient à cette génération d'hommes qui a traversé le XIXe siècle, jouant un rôle dans presque tous les régimes. Il cumule dans sa vie diverses activités dans le corps législatif, au barreau ou encore à la plume : il écrit ainsi dans des journaux de la monarchie de Juillet comme Le précurseur et est l'un des membres fondateurs de L'électeur libre.

Un avocat engagé[modifier | modifier le code]

Jules Favre se fait tout d'abord connaître par son rôle d'avocat dans des affaires sensibles de son temps. Il obtient sa licence en droit en 1830 quelques jours après avoir participé sur les barricades aux Trois Glorieuses, toutefois sa carrière au barreau débute réellement en 1835 lorsqu'il prend la défense des insurgés de Lyon de 1834, dans une monarchie de juillet encore instable et fragile. Monté à Paris en 1836 il prend par la suite le parti de Louis-Napoléon Bonaparte dans son coup d'État raté de Boulogne-sur-Mer, qui succédait déjà au fiasco de Strasbourg, en étant l'avocat d'Adadenize, l'officier de la 42e ligne qui devait offrir en soutien à Bonaparte ses deux compagnies en garnison dans la ville. Ce dernier se verra toutefois condamné à l'une des plus lourde peine de ce procès, écopant de la déportation à vie. Jules Favre peut compter pour le servir dans ses procès sur une éloquence certaine qui, nous le verrons par la suite, l'aidera à se démarquer des autres acteurs de la vie politique. En 1837, il défendra André Chazal, le mari de Flora Tristan.

Sa carrière d'avocat est relancée sous le Second Empire où, en parallèle avec son statut de chef de file de l'opposition républicaine, il prend position en faveur des opposants au régime de Napoléon III et à sa politique. Il assume ainsi en 1858 la responsabilité de défendre Orsini et lui conseille la rédaction, ou du moins l'envoi, de la fameuse lettre à l'empereur clamant la nécessité de l'unification italienne. Jules Favre introduit et présente en outre au barreau une personnalité qui va faire connaître sa valeur par la suite : Gambetta, le 8 juin 1861. Il ne tarit pas d'éloges sur ce jeune avocat qui fait en parallèle ses classes en politique, on rapporte ainsi qu'après que Gambetta l'eut appelé maître celui-ci lui répliqua qu’« il n'a qu'un seul maître de la parole, mon cher enfant, et c'est vous ». Il joue de plus de sa notoriété en sa faveur le faisant plaider dans un de ses procès politiques à Cahors en 1868, Gambetta ainsi accompagné d'un membre de l'Académie gagne ainsi en reconnaissance.

Bâtonnier de l'ordre des avocats en 1860, ce qui le sauve à plusieurs reprises des foudres du Second Empire et notamment de la proscription, Jules Favre se fait remarquer une dernière fois dans son rôle d'avocat lors du procès des 13, en prenant la défense de Garnier-Pagès. Avocat aux côtés d'autres personnalités républicaines comme Jules Grevy ou encore Emmanuel Arago, il se démarque toutefois dans cette affaire en étant le seul à faire sa plaidoirie ce qui lui vaudra en cette année 1864 une popularité certaine. Avec au final l'acquittement de Garnier-Pagès ce procès des 13 restera l'affaire la plus brillante et la plus célèbre de la carrière d'avocat de Jules Favre, celui-ci va se consacrer par la suite, avec un activisme qui ne s'est pas démenti, à son rôle de républicain convaincu et de chef de file de l'opposition au Second Empire.

Un républicain convaincu[modifier | modifier le code]

Jules Favre par André Gill (1867)

Les premiers procès de Jules Favre et notamment celui des insurgés de Lyon en 1834 lui permettent de faire valoir et d'exposer ses opinions politiques républicaines en opposition avec la monarchie de Juillet. Il acquiert ainsi de 1836, date de son retour à Paris où il avait déjà fait ses études de droit dans le quartier latin, à 1848 une solide réputation d'éloquence républicaine, tant par la plume que par ses qualités certaines d'orateur, ses discours clairs et incisifs lui valent d'ailleurs d'être élu à l'académie française en 1867 au siège de Victor Cousin. Il est auparavant appelé par Ledru-Rollin au service de la deuxième république en 1848 au poste de secrétaire général au ministère de l'intérieur, il est ainsi l'auteur de nombreuses circulaires du ministère s'adressant aux préfets dans lesquelles son activisme politique fait déjà quelques bruits, puis comme sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères. Il quitte néanmoins rapidement ces fonctions pour se faire élire à l'assemblée constituante en tant que député de Lyon, siégeant parmi les républicains modérés et votant contre les socialistes. On retrouve ici un des aspects fondamentaux de la personnalité et de la pensée politique de Jules Favre, républicain convaincu mais également homme d'ordre, il soutient ainsi la dure répression des journées de juin de Cavaignac et vote pour ce dernier à l’élection présidentielle suivante.

Fermement opposé au coup d'État du 2 décembre 1851, il tente aux côtés de Victor Hugo notamment d'organiser la résistance armée dans les rues de Paris, sans succès. Il délaisse ensuite ces fonctions politiques, dans un contexte de l'empire autoritaire des premières années rendant impossible toute opposition, en refusant de prêter serment pour mieux y revenir à partir de 1858, date à laquelle, avec le début de libéralisation du régime, il est élu député de Paris. Il devient dès lors avec d'autres personnalités dont Emile Ollivier (lui aussi élu à Paris en 1858), formant le groupe des 5, l'une des figures emblématiques de l'opposition libérale et républicaine à l'empire. Son apogée politique a lieu lorsqu'il devient chef du parti républicain en 1863. Par la suite, avec l'ouverture progressive du corps parlementaire vers d'autres orateurs à l'image de Thiers ou la jeune génération des Ferry et autres Gambetta, sa position de chef de file et de porte-parole de l'opposition est ébranlée. L'incarnation du républicain formaliste et libéral et son rejet du radicalisme politique, socialiste et matérialiste des jeunes générations révolutionnaires du quartier latin lui valent en 1869 des difficultés pour se faire élire comme député de Paris face au radical Henri Rochefort.

Il lutte néanmoins activement contre l'expédition du Mexique et avec Thiers s’oppose à la guerre contre la Prusse en 1870 ; à la nouvelle de la capitulation de Napoléon III à Sedan il exige la destitution de l'empereur. Dans le gouvernement de la Défense Nationale il devient vice-président et ministre des Affaires étrangères sous la présidence du général Trochu, chargé de la tâche pénible de négocier la paix avec l'Allemagne victorieuse. Il se révéla moins adroit comme diplomate qu'il l’avait été comme orateur et commit plusieurs bévues irréparables. Sa déclaration célèbre du 6 septembre 1870, selon laquelle on ne cèderait à l'Allemagne « pas un pouce de nos territoires, pas une pierre de nos forteresses » fut un morceau d'éloquence auquel Bismarck répliqua le 19 en déclarant à Favre lors de l'« entrevue de Ferrières » qu’il faudrait céder l'Alsace et la Lorraine comme condition de paix.

La faiblesse de Favre était de ne pas pouvoir s’appuyer sur une assemblée régulièrement élue qui aurait eu des pouvoirs plus légitimes que le gouvernement de la Défense Nationale et il s’opposa au départ du gouvernement de Paris assiégé. Il prit des dispositions pour l'armistice du 28 janvier 1871 sans connaître la situation militaire et sans consulter le gouvernement de Bordeaux. Par une grave inadvertance il négligea d'informer Gambetta que l'armée de l'Est (80 000 hommes) n'avait pas été comprise dans l'armistice ; celle-ci fut ainsi obligée de se réfugier en Suisse, territoire neutre. En février 1871, il devint ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement investi par l'Assemblée nationale élue le 8 février. Il ne montra guère de compétence diplomatique pendant les négociations du traité préliminaire de paix du 26 février 1871 et ce fut Bismarck qui imposa toutes les conditions. Il fut un des adversaires les plus déterminés de la Commune de Paris, dont il injuria les membres, provoquant la protestation indignée des députés de Paris[réf. nécessaire]. Discrédité[Pourquoi ?], il quitta le ministère, le 2 août 1871, mais resta à l’Assemblée nationale comme député du Rhône. Élu sénateur du Rhône le 30 janvier 1876, il continua à soutenir la République contre l'opposition de droite jusqu'à sa mort.

Son œuvre comprend beaucoup de discours et d’adresses au gouvernement : La Liberté de la Presse (1849), Défense de F. Orsini (1866), Discours de réception a l'Académie française (1868), Discours sur la liberté intérieure (1869). Dans Le Gouvernement de la Défense nationale, 3 vols., 1871-1875, il expliqua son rôle en 1870-1871.

Après sa mort sa famille publia ses discours en 8 volumes.

Protestant du courant libéral, il s'impliquera en outre dans la laïcité scolaire et sa veuve, née Julie Velten (1834-1896), deviendra la première directrice de l'École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres de 1881 à sa mort.

Sources et références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Les papiers personnels de Jules Favre sont conservés aux Archives nationales sous la cote 244AP[1].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Archives nationales

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Gouvernement de la Défense nationale [du 30 juin 1870 au 28 juillet 1871], Paris, H. Plon, 1871-1875, 3 vol. (en ligne).
    Comprend : I. Du 30 juin au 31 octobre 1870. Journée du 4 septembre, entrevue de Ferrières, organisation de la défense, délégation de Tours, journée du 31 octobre. - 1871 ; II. Du 31 octobre 1870 au 28 janvier 1871. Bataille de Champigny, bataille du Bourget, conférence de Londres, bataille de Buzenval, insurrection du 22 janvier 1871, armistice. - 1872 ; III. Du 29 janvier au 22 juillet 1871. Derniers actes du gouvernement de la Défense nationale, M. Thiers, chef du pouvoir exécutif de la République française, négociations de Versailles, traité de préliminaires, l'armée allemande à Paris, journée du 18 mars, la Commune, négociation et traité de Francfort, prise de Paris, l'Internationale. - 1875.
Sur Jules Favre
  • G. Hanotaux, Histoire de la France contemporaine (1903, sqq.)
  • E. Benoît-Lévy, Jules Favre (1884).
  • Pierre Antoine Perrod, Jules Favre : avocat de la liberté (1988)
  • Article (en) « Jules Favre », dans Encyclopædia Britannica, 1911 [détail de l’édition] [lire en ligne]
  • Louis Girard, Les Libéraux français, 1814-1815
  • Jean Tulard, Dictionnaire du Second Empire
  • Pierre Antonmattei, Gambetta héraut de la République
  • Guy Antonetti, Louis Philippe

Articles connexes[modifier | modifier le code]