Élections législatives françaises de 1951

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Élections législatives françaises de 1951
Représentation de l'assemblée
Diagramme
Gouvernement
Sortant
Élu
Législature élue
IIe de la IVe République

Les élections législatives se déroulent le 17 juin 1951.

Contexte[modifier | modifier le code]

Ces élections ont lieu dans un contexte de crise politique. En effet la majorité en place, incarnée par la Troisième force regroupant le MRP, la SFIO, les radicaux, l'UDSR et les modérés, sans cesse critiquée en raison des très fortes dissensions en son sein et de la « valse des ministères » qu'elle entretient depuis sa formation, redoute de perdre les élections face à un Parti communiste français toujours aussi populaire et surtout face au RPF, nouveau parti fondé et dirigé par Charles de Gaulle en personne, qui a remporté d'éclatants succès lors des élections municipales de 1947 (40 % des suffrages exprimés) et revendique un million d'adhérents dès 1948.

Pour résoudre le problème, les dirigeants de la Troisième force font adopter une nouvelle loi électorale, la loi des apparentements, qui permet à des listes ayant passé des accords avant les élections de remporter l'intégralité des sièges à pourvoir dans un département donné si l'addition de leurs voix dépasse 50 % des suffrages exprimés, et ce quels que soient les scores des autres listes.

Mode d'élection[modifier | modifier le code]

Représentation proportionnelle plurinominale suivant la méthode du plus fort reste dans 103 circonscriptions, conformément à la loi des apparentements : les listes qui se sont « apparentées » avant l'élection remportent tous les sièges de la circonscription si leurs voix ajoutées obtiennent la majorité absolue des suffrages exprimés. Il y a 627 sièges à pourvoir.

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Le paysage politique français se clive en trois grandes forces politiques :

  • La Troisième force regroupe les partis au pouvoir, à savoir la SFIO, les modérés, le MRP, le Parti radical et l'UDSR. Cette vaste coalition allant de la gauche à la droite en passant par le centre-gauche et le centre-droit a pour principal objectif de préserver le régime du chaos, qui pourrait se concrétiser si les communistes d'un côté, et les gaullistes de l'autre, mettent les partis de gouvernement en minorité. Grâce à la loi des apparentements, la Troisième force espère limiter la montée en puissance de ses adversaires tout en restant au pouvoir[1].
  • Le Parti communiste français est, pour la première fois depuis le début de la Quatrième République, sérieusement fragilisé. L'échec des grèves de 1947 et de 1948 et la cuisante défaite lors des élections municipales de 1947, au cours desquelles la Troisième force a contribué à marginaliser les élus communistes (le PCF perdra même quarante villes sur soixante dans la Seine), réduisent son audience. Les gouvernements successifs s'emploient vigoureusement à exclure le PC du système politique, notamment en votant une nouvelle loi électorale pour le Conseil de la République, renforçant le poids des communes rurales, hostiles aux communistes, et instaurant le scrutin majoritaire dans les départements les moins importants (79 au total), ce qui a eu pour effet de permettre l'élimination de la plupart des candidats communistes, ne pouvant compter sur aucun allié avec lequel passer des accords électoraux[2]. La constitution de la Troisième force ne laissait pratiquement aucune chance de succès au Parti communiste, plus que jamais exclu du système partisan de la République.
  • Le Rassemblement du peuple français, de Charles de Gaulle, est une nouvelle force politique, rejetant explicitement le système institutionnel en place, avec laquelle la Troisième force doit également compter. Triomphant lors des dernières élections municipales, le RPF menaçait de concurrencer la Troisième force sur sa droite, cette dernière courant alors de risque de se retrouver pris en tenaille à l'assemblée, entre une opposition communiste d'un côté et gaulliste de l'autre. La campagne agressive menée par les gaullistes et son discours constamment critique finiront toutefois par effaroucher l'opinion[3], et il était, au moment de se rendre aux urnes, peu probable que le succès gaulliste aux législatives connaisse l'ampleur de celui des municipales.

Résultats[modifier | modifier le code]

  • Participation électorale :
Participation Nombre de personnes  % des inscrits +/-
Inscrits 24 550 523 100 % -
Votants 19 670 655 80,1 % +2,1 en augmentation
Abstentions 4 879 869 19,8 % -2,1 en diminution
Suffrages exprimés 19 129 064 77,9 % +1,3 en augmentation
  • Résultats :
Résultats des élections à l'Assemblée nationale[4]
Parti voix %
Troisième Force 9 659 198 51,0 %
Section française de l'Internationale ouvrière 2 744 842 14,5 %
Rassemblement des gauches républicaines 1 887 583 10,0 %
Mouvement républicain populaire 2 369 778 12,5 %
Modérés 2 656 995 14,0 %
Autres :
Parti communiste français 4 910 547 25,9 %
Rassemblement du peuple français 4 125 492 21,7 %
Extrême gauche 146 058 0,8 %
Divers gauche 33 393 0,2 %
Non classés 87 346 0,4 %

Composition de l'Assemblée nationale[modifier | modifier le code]

Députés de la seconde législature par groupe politique
Affiliation Groupe politique Membres
Gauche Communiste & apparentés 103
Socialiste & apparenté 107
Centre gauche Union démocratique et socialiste de la Résistance & apparentés 16
Rassemblement démocratique africain 3
Républicain, radical et radical-socialiste & apparentés 74
Centre droit Mouvement républicain populaire & apparentés 95
Droite Républicains indépendants & apparentés 53
CRAPS et démocrates indépendants & apparentés 43
Rassemblement du peuple français & apparentés 121
- Non inscrits 10
Deux sièges des TOM sont non pourvus

Assemblée-nationale-1951.png

Analyse des résultats[modifier | modifier le code]

Le PCF arrive en tête en termes de suffrages, mais perd 79 sièges, et le RPF devient le premier parti de l'Assemblée, sans être en mesure d'empêcher les forces coalisées de la Troisième force de remporter les élections, et ce malgré l'effondrement du MRP, qui perd 78 sièges et plus de la moitié de son électorat, échec dont il ne se remettra jamais.

La majorité, toujours aussi divisée, rencontre désormais une farouche opposition à ses extrémités, d'autant plus qu'elle n'a pu se maintenir en place que grâce à sa loi des apparentements (le PCF et le RPF n'ayant pas d'alliés avec qui ils pourraient s'apparenter).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Jacques Becker, Histoire politique de la France depuis 1945, p. 53
  2. Jean-Jacques Becker, Histoire politique de la France depuis 1945, p. 54
  3. Le service d'ordre de De Gaulle ira même jusqu'à faire un mort lors d'un déplacement à Grenoble le 18 septembre 1948 (Jean-Jacques Becker, Histoire politique de la France depuis 1945, p. 54)
  4. Ministère de l'intérieur, cité sur le site de l'Assemblée nationale