Réfugié

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Un réfugié vietnamien
Camp de réfugié, Beyrouth
Camp de réfugié de Um Piam en Thaïlande (2009))

Un réfugié – au sens de la Convention relative au statut des réfugiés et des apatrides – est une personne qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle a sa résidence habituelle ; qui craint avec raison d’être persécutée du fait de sa "race", de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qui ne peut ou ne veut se réclamer de la protection de ce pays ou y retourner en raison de ladite crainte[1]. Les personnes essayant d'obtenir le statut de réfugié sont parfois appelées demandeurs d'asile. Le fait d'accueillir de telles personnes est appelé asile politique. Les demandes d'asile faites dans les pays industrialisés se fondent le plus souvent sur des critères et des motifs politiques et religieux.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR ou HCR dans l'espace francophone) a pour but de défendre les droits et la sécurité des réfugiés. Cette organisation onusienne estime que fin 2006, il y avait 8 661 994 réfugiés dans le monde[2].

Droit international[modifier | modifier le code]

Selon la Convention relative au statut des réfugiés de 1951 et le "Protocole relatif au statut des réfugiés" de 1967[3] , les pays doivent accorder l'asile aux réfugiés et ne peuvent pas forcer un réfugié à retourner dans son pays d'origine. Cependant, de nombreux pays ne prennent pas en compte ce traité : au 1er décembre 2006, 147 pays en sont signataires dont les membres du G8 et la Chine[4].

Généralement les réfugiés sont des personnes fuyant la guerre (comme ceux venant d'Irak et d'Iran ainsi que ceux d'ex-Yougoslavie) qui ont connu diverses guerres et révolutions[5].

Types de réfugiés[modifier | modifier le code]

Flüchtlinge, Vertriebene, Aussiedler, Umsiedler[modifier | modifier le code]

La langue allemande distingue entre deux catégories de réfugiés, les Flüchtlinge, qui ont fui d'un pays vers un autre, et les Vertriebene, qui ont été chassés d'un pays vers un autre. Les Aussiedler sont quant à eux les réfugiés "ethniquement allemands" (suivant la Loi du retour allemande). Les Umsiedler sont les Volksdeutsche (Allemands ethniques) déplacés de force par l'Allemagne nazie des territoires où ils habitaient (Sud-Tyrol, pays baltes, Roumanie etc.) vers le Troisième Reich.

Une réfugiée arménienne et son fils

Mouhadjirin, Muhacir et Mouhadjir[modifier | modifier le code]

Les premiers Mouhadjhirin furent les compagnons de Mahomet, donc les premiers musulmans, qui fuirent avec lui (Hégire) la ville de La Mecque, où ils étaient devenus personae non gratae pour les autorités politiques dominées par les polythéistes, pour rejoindre celle de Médine.

Les Muhacir sont des Turcs "ethniques" et autres musulmans, principalement originaires des Balkans, du Caucase et d'Asie centrale, qui ont été accueillis en Turquie en tant que réfugiés en provenance de pays précédemment dominés par un régime islamique (Empire ottoman, khanats de Khiva et Boukhara, Tchétchénie etc.).

Les Mohadjir sont des réfugiés musulmans de la République d'Inde qui se sont installés au Pakistan (qui incluait à l'époque l'actuel Bangladesh) après la partition de 1947.

Réfugiés tibétains[modifier | modifier le code]

Après l'Exode tibétain de 1959, plus de 150 000 Tibétains vivent en Inde, dont un grand nombre dans des camps à Dharamsala, à Mysore, et au Népal. Il s'agit de personnes ayant réussi à fuir le Tibet en traversant l'Himalaya, ainsi que leurs enfants et petits-enfants. En Inde, la grande majorité des Tibétains nés en Inde est toujours apatride et détient un document appelé une Carte d'Identité distribuée par le gouvernement indien en lieu et place d'un passeport. Ce document déclare que le détenteur est de nationalité tibétaine. C'est un document qui est souvent refusé comme un document de voyage valide par de nombreux services de douanes et d'immigrations. Les réfugiés tibétains possèdent aussi un Livre vert distribué par le Gouvernement tibétain en exil pour faire valoir leurs droits et s'acquitter de leurs devoirs envers cette administration.

Réfugiés palestiniens[modifier | modifier le code]

Suite aux exodes successifs de 1948 et 1967, 4 766 670 réfugiés palestiniens sont recensés par l'UNRWA, Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient. Ils vivent en Jordanie, au Liban, en Syrie et même dans des camps en Cisjordanie et à Gaza.

Organisations prenant en charge les réfugiés[modifier | modifier le code]

C'est le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR ou HCR dans l'espace francophone) qui est mandaté par l'ONU pour se charger des réfugiés.

Le Comité américain pour les réfugiés et les immigrants (U.S. Committe for Refugees and Immigrants (USCRI)) est une organisation non gouvernementale qui a pour mission de répondre aux besoins et aux droits des migrants dans le monde entier en militant pour l’avancement des politiques publiques pour qu’elles soient justes et humaines, en facilitant et en fournissant directement des services professionnels, et en promouvant la pleine participation des migrants à la vie communautaire.

En France, c'est l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) qui est chargé de statuer sur la qualité de réfugié ou d'apatride. Elle se charge également d'assurer une protection juridique et administrative aux réfugiés. Au terme du "grand retournement du droit de l'asile"[6], elle rejette plus de 90 % des demandes d'asile[réf. nécessaire]. Ce taux étant ramené à un niveau légèrement inférieur après la procédure d'appel devant la Cour nationale du droit d'asile.

Nombre de réfugiés[modifier | modifier le code]

À la fin de l'année 2007, le nombre de réfugiés dans le monde a atteint 14 047 300, son niveau le plus élevé depuis 2001[7] : en 2006 et 2005, les mouvements migratoires en provenance d'Irak avaient entraîné l'augmentation de la population mondiale de réfugiés. Environ 500 000 ont fui vers la Syrie en 2007, alors que d’autres sont arrivés au Liban, au Yémen, en Turquie, et dans les pays européens[7]. Plus de 8,5 millions de réfugiés vivaient depuis plus de 10 ans privés de leurs droits de travailler et de circuler librement[7]. Les réfugiés afghans formaient en 2004 le deuxième plus grand groupe national de réfugiés, après les Palestiniens.

Le UNHCR estime qu'à la fin de l'année 2006, il y avait un total de 21 018 589 personnes relevant de sa compétence dans le monde[2]. Ce chiffre comprend les apatrides, au nombre de 2 381 886.
Les réfugiés sont répartis sur le globe de la façon suivante :

Aire géographique Nombre de réfugiés[8]
Moyen-Orient 2 580 638
Asie du Sud-Est 2 974 316
Asie centrale 218 584
Asie du Sud 1 304 189
Asie de l'Est et Pacifique 901 525
Total Asie 7 979 251
Europe orientale 1 617 214
Europe du Sud-Est 708 132
Europe centrale et États baltes 616 132
Europe occidentale 1 798 914
Total Europe 4 740 392
Afrique centrale et Grand Lacs 1 359 175
Afrique orientale et Corne de l'Afrique 2 105 314
Afrique occidentale 1 031 030
Afrique Australe 434 427
Afrique du Nord 139 177
Total Afrique 5 069 123
Amérique du Nord et dans les Caraïbes 717 545
Amérique du Sud 2 512 277
Total Amérique 3 229 822

Evaluation des pays d'accueil[modifier | modifier le code]

Chaque année, le USCRI produit le World Refugee Survey[9] et évalue les 60 pays comptant le plus grand nombre de réfugiés. L’évaluation des pays du USCRI est fondée sur quatre critères :

  1. Le refoulement / protection physique, qui est le maintien de la sécurité des réfugiés et ne pas les forcer à retourner aux endroits où ils craignent la persécution ;
  2. La détention, qui est ne pas les détenir pour être réfugiés ou pour exercer leurs droits ;
  3. La liberté de circulation et de séjour, qui leur permet de vivre et de se déplacer là où ils le choisissent plutôt que de les confiner dans des camps ou dans des endroits restreint ;
  4. Le droit de subvenir à leurs besoins, ce qui permet aux réfugiés de travailler pour des salaires, de pratiquer des professions, et de gérer des entreprises.

Tous les critères d’évaluation du USCRI sont tirés de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. Selon le USCRI, les pires pays pour les réfugiés en 2007 étaient le Bangladesh, la Chine, l'Inde, l'Irak, le Kenya, la Malaisie, la Russie, le Soudan, et la Thaïlande. En revanche, le Bénin, le Brésil, et le Gabon ont reçu d'excellentes notes à tous les critères du système de classement du USCRI.

Réfugiés au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Au temps de la guerre froide, les demandeurs d'asile politique venaient surtout des pays du bloc soviétique. Mais depuis ces dernières années, on assiste à une "mondialisation" du phénomène des réfugiés politiques. Partout éclatent des conflits de frontières, des guerres civiles ou des guerres de libération. Régimes dictatoriaux ou fanatismes religieux entraînent fatalement la résistance des minorités victimes de la répression. La multiplication de ces points névralgiques fait affluer de toutes parts les exilés pourchassés par le pouvoir en place ou ruinés par les destructions.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Convention de 1951 relative au statut des réfugiés
  2. a et b UNHCR Appel Global 2007 - Première partie - Populations relevant de la compétence de l'UNHCR
  3. Protocole relatif au statut des réfugiés, sur le site ohchr.org du 4 octobre 1967
  4. [PDF]+(en) States Parties to the 1951 Convention relating to the Status of Refugees and the 1967 Protocol, sur le site unhcr.org du 4 octobre 1967
  5. Voir exil pour plus de détails sur les différentes catégories de réfugiés.
  6. J. Valluy, Rejet des exilés - Le grand retournement du droit de l'asile, Editions Du Croquant, 2009,
  7. a, b et c USCRI. 2008. "World Refugee Survey 2007." lire en ligne
  8. apatrides compris
  9. (en) World Refugee Survey, sur le site refugees.org

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Luc Cambrézy, Réfugiés et exilés : crise des sociétés, crise des territoires, Éd. des Archives contemporaines, Paris, 2001, 216 p. (ISBN 2-914610-11-4)
  • Olivier Forcade et Philippe Nivet (dir.), Les réfugiés en Europe du XVIe au XXe siècle (actes du colloque tenu à Amiens les 23 et 24 mars 2007, organisé par le Centre d'histoire des sociétés, des sciences et des conflits de l'Université de Picardie Jules Verne), Nouveau Monde, Paris, 2008, 351 p. (ISBN 978-2-84736-306-7)
  • André Guichaoua, Exilés, réfugiés, déplacés en Afrique centrale et orientale, Karthala, Paris, 2004, 1066 p. (ISBN 9782845865235)
  • Michel Rapoport, Les réfugiés : parias ou citoyens, Le Monde Poche, Paris, 1998, 221 p. (ISBN 2-501-02354-4)
  • Virginie Tallio, La fabrique du réfugié : du camp au rapatriement, lieux et processus de la construction du « réfugié » : l'exemple des camps de réfugiés de Dadaab (Kenya) et de Nkondo (R.D.C.), École des hautes études en sciences sociales, Paris, 2007, 340 p. (thèse de doctorat d'Anthropologie sociale et ethnologie)

Liens externes[modifier | modifier le code]