Léopold III de Belgique

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Léopold III
4e roi des Belges
Léopold et son épouse Astrid de Suède

Règne
23 février 1934 - 16 juillet 1951
Prestation de serment 23 février 1934
Dynastie Maison de Saxe-Cobourg
Prédécesseur Albert Ier
Charles, comte de Flandre (Régent)
Successeur Charles, comte de Flandre (Régent)
Baudouin (Roi des Belges)
Premier(s) ministre(s) Georges Theunis
Paul van Zeeland
Paul-Émile Janson
Paul-Henri Spaak
Hubert Pierlot
Jean Duvieusart

Autres fonctions
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Biographie
Nom de naissance Léopold Philippe Charles Albert Meinrad Hubertus Marie Miguel de Saxe-Cobourg
Naissance 3 novembre 1901
Bruxelles-ville, Belgique
Décès 25 septembre 1983
Woluwe-Saint-Lambert, Belgique
Père Albert Ier
Mère Elisabeth von Wittelsbach
Consort(s) 1. Astrid de Suède
2. Lilian Baels
Descendance 1er lit:
Princesse Josephine-Charlotte de Belgique, grande-duchesse de Luxembourg
Prince Baudouin de Belgique, duc de Brabant
Prince Albert de Belgique, prince de Liège
2e lit:
Prince Alexandre de Belgique
Princesse Marie-Christine de Belgique
Princesse Marie-Esméralda de Belgique
Résidence(s) Palais royal de Bruxelles

Rois des Belges

Léopold III (Léopold Philippe Charles Albert Meinrad Hubertus Marie Miguel) (3 novembre 1901, 25 septembre 1983) fut le quatrième roi des Belges, du 23 février 1934 au 16 juillet 1951. Il était le fils d'Albert Ier et d'Élisabeth de Bavière. Il est le seul souverain belge à avoir abdiqué, au terme de la longue polémique et de la crise nationale suscitée par son comportement discuté au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Sommaire

[modifier] Jeunesse et mariage

Léopold, prince héritier, alors adolescent, combattit comme simple soldat durant la Première Guerre mondiale avec le 12e Régiment de Ligne. Après la guerre, il fut inscrit au St. Anthony Seminary à Santa Barbara, Californie.

En 1926, il rencontra à Stockholm la princesse Astrid de Suède, née le 17 novembre 1905, fille du prince Charles de Suède et nièce du roi Gustave V. Le mariage eut lieu en novembre de la même année et ils eurent trois enfants :

  • Albert, prince de Liège, futur Albert II, l'actuel roi des Belges (1993)

En 1935, un accident de voiture à Küssnacht (Suisse) causa la mort de la reine Astrid et blessa le roi, qui était au volant. La disparition de cette reine très populaire fut ressentie comme un deuil national particulièrement douloureux.

En 1941 il épousa Lilian Baels dont il eut trois enfants :

  • Marie-Esmeralda, princesse de Belgique, née le 30 septembre 1956. Elle épousa, le 4 avril 1998, Salvador Moncada. Elle est maintenant journaliste sous le nom d'Esmeralda de Réthy (titre de sa mère). Descendance : Alexandra (04/08/1998) et Léopoldo (21/05/2001)

Si les enfants du roi et de Lilian Baels portent le titre de prince(sse) de Belgique, ils n'entrent pas toutefois dans l'ordre de succession au trône.

[modifier] La Seconde Guerre mondiale et la controverse

Face à la menace hitlérienne, en 1936, le Gouvernement belge décida la neutralité de la Belgique alors qu'elle avait été l'alliée de la France et du Royaume-Uni, ce qui ne l'empêcha pas d'être envahie par l'Allemagne nazie le 10 mai 1940. Durant les années 1930 Léopold avait fermement soutenu la politique gouvernementale des "mains libres", c'est-à-dire de la stricte neutralité de la Belgique, ce qui eut pour effet d'interdire toute coopération préalable entre états-majors français et belge.

Commandant en chef de l'armée belge, Léopold III proclama de son seul chef la capitulation de l'armée le 28 mai 1940, après la dure et coûteuse bataille de la Lys, mais alors que les troupes n'étaient pas encore vaincues ni le rembarquement allié à Dunkerque achevé. La décision fut prise contre l'avis de son gouvernement et fut blâmée par un vote des deux tiers du Parlement, également retiré en France. Fidèle à son engagement vis-a-vis de l'armée mais contre leur volonté, Léopold se constitua prisonnier de guerre.

Cette décision provoqua l'accusation de trahison par le président du Conseil Francais Paul Reynaud, qui dénonça la capitulation belge, laquelle équivalait à retirer la Belgique en tant que telle de la guerre aux côtés des Alliés. Le souverain fut notamment radié de l'ordre de la Légion d'Honneur. Par contraste, de surcroît, la reine Wilhelmine des Pays-Bas avait gagné Londres après l'invasion (de même que la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg) et elle avait maintenu le pays dans le camp allié au travers de l'empire colonial hollandais. Les autorités en exil déclarèrent le Roi « dans l'impossibilité de régner ».

Les Allemands le gardèrent en résidence surveillée à Bruxelles. Le 19 novembre 1940, il rendit une visite aimable à Adolf Hitler pour discuter du sort de la population civile, mais sans obtenir de résultats. Il s'abstint de tout acte politique et refusa d'administrer la Belgique sous occupation allemande. Cependant, il ne manquait pas de Belges pour rêver de le voir prendre la tête d'un régime plus autoritaire, voire d'une "dictature royale". Cela aurait pu correspondre à certains de ses penchants connus pour les solutions autoritaires en vogue dans l'Europe d'avant-guerre. En décidant dès juillet 1940 que le Roi serait interdit d'activités politiques, Hitler lui épargna sans doute d'avoir à choisir entre la réserve et la prise du pouvoir[1].

Léopold III fut très populaire au début de l'Occupation, la population en désarroi lui étant reconnaissante d'être resté au milieu d'elle sur le sol national et voyant dans le souverain un repère, voire un bouclier contre les occupants. L'Eglise, par la voix du cardinal Van Roey, approuva son choix et lui apporta son soutien. Une partie de la Résistance active belge, dite « léopoldiste », se réclamera également du Roi. Son attitude sera souvent approuvée et défendue comme une forme de « résistance passive », notamment par la partie catholique et flamande de la population[2].

Toutefois, en réalité, la présence de Léopold III n'apporta aucune amélioration substantielle au sort des Belges. Et au contraire, par exemple, de son homologue Christian X de Danemark ou du cardinal Van Roey, le Roi ne protesta contre aucune des exactions de l'Occupant nazi. Malgré des demandes du gouvernement en exil, il n'éleva la parole pas plus contre les exécutions d'otages ou contre l'envoi en Allemagne de centaines de milliers de travailleurs forcés que contre la discrimination et la déportation des Juifs[3].

Le Roi n'eut aucun signe de solidarité non plus pour le gouvernement en exil de Hubert Pierlot, qui continuait la lutte à Londres. Il considérait le royaume comme retiré de la guerre et revenu à la « neutralité ». En 1940, par les « instructions de Berne », il demanda au corps diplomatique belge à travers le monde de se montrer partout courtois avec les diplomates allemands. Il demanda aussi le retour à la neutralité du Congo belge, qui représentait l'atout économique et militaire essentiel du gouvernement en exil pour poursuivre la lutte aux côtés des Alliés[4].

Il se remaria secrètement en septembre 1941 avec une jeune roturière Lilian Baels qui, renonçant au titre de reine, fut élevée au rang de princesse et titrée « princesse de Réthy ». Ce mariage était doublement contraire aux lois belges: le roi s'était marié religieusement avant de se marier civilement, et tout mariage royal en Belgique doit être approuvé par le gouvernement pour des raisons d'intérêts nationaux ; de même, en annonçant que les enfants à naître de cette union n'entreraient pas dans l'ordre de la succession au trône, le Palais anticipait sur une décision normalement dévolue au Parlement. Garant de la loi belge, le roi l'avait enfreinte pour son propre compte. Sa légitimité était fortement entamée.

Annoncé le 7 décembre 1941 par une lettre du cardinal Van Roey lue dans toutes les paroisses, ce mariage lui aliéna le support d'une majeure partie de la population belge qui n'oubliait pas la très populaire reine Astrid et qui considéra ce geste déplacé, puisqu'il prouvait que le roi n'était pas prisonnier comme il le prétendait et que les prisonniers de guerre, eux, restaient depuis 1940 séparés de leurs familles. L'affirmation du roi en 1940 : « Mon sort sera le vôtre », apparaissait reniée par son auteur. Enfin, les sentiments pro-nazis que l'on prêtait à la princesse de Réthy parurent accrédités auprès de la population lorsque celle-ci apprit que Hitler avait envoyé des fleurs et un mot de félicitations lors du mariage.

En juin 1944, au moment du débarquement en Normandie, Heinrich Himmler ordonna que le Roi et sa famille soient emmenés en Allemagne. Les nazis gardèrent la famille royale à la forteresse de Hirschstein en Saxe durant l'hiver 1944-45, puis à Strobl, près de Salzbourg. Le roi et sa famille furent libérés par l'armée américaine en mai 1945.

[modifier] La question royale et l'abdication

Article détaillé : Question royale.

Le gouvernement, ainsi qu'une partie de la population belge, étant opposés à son retour sur le trône, le prince Charles, son frère, réputé plus favorable à la Résistance, assuma la régence.

Au printemps 1944, Léopold avait écrit un « Testament politique », destiné à être publié en cas d'absence du Roi lors de la libération de la Belgique. Le testament politique, d'abord gardé quelques temps secret par le gouvernement Pierlot à son retour à Bruxelles, fut cause de controverse. Le gouvernement belge à Londres, qui n'avait jamais mis en cause publiquement le Roi pendant ses années d'exil et avait espéré jusqu'au bout un compromis avec lui, n'apprécia guère sa demande d'excuses publiques de la part des ministres l'ayant "diffamé" en 1940, et les Alliés n'aimèrent pas davantage la demande du Roi de reconsidérer les traités conclus par le gouvernement en exil (la controverse était principalement centrée sur les traités économiques avec les États-Unis concernant la livraison de l'uranium congolais, indispensable pour la construction des bombes atomiques américaines). Par ailleurs, le texte ne disait mot de la Résistance, et parlait de la future présence alliée en Belgique libérée comme d'une "occupation". Winston Churchill, frappé du décalage entre le Roi et la situation réelle, remarqua à son sujet: "Il n'a rien oublié et rien appris".

Le Roi ne put donc rentrer en Belgique dès la fin de la guerre, des grèves et des troubles menaçant d'éclater s'il revenait tout de suite. Il s'établit en Suisse.

En 1946, une commission d'enquête exonéra le roi Leopold de toute accusation de trahison. Néanmoins la controverse sur sa loyauté continua. Une consultation populaire eut lieu en 1950 qui autorisa à 57 % le roi à rentrer en Belgique. Cependant, le scrutin révélait un pays coupé en deux. En majorité, les Wallons et certains noyaux industriels ou urbains flamands avaient voté contre son retour, mais celui-ci fut nettement approuvé par les campagnes wallones et surtout par une forte majorité des Flamands, ce qui fit taxer le souverain de seul "roi des Flamands" par certains de ses opposants[5].

À peine le souverain rentré le 22 juillet 1950, des troubles éclatèrent, essentiellement dans les provinces wallonnes. La grève générale paralysa une bonne partie du pays. On compta plusieurs dizaines de sabotages à l'explosif en Wallonie et trois morts abattus par la gendarmerie au cours d'une manifestation. Le 31 juillet, après une entrevue dramatique avec d'anciens déportés politiques, le Roi Léopold III accepta de confier la lieutenance générale du royaume à son fils aîné le prince Baudouin, afin de préserver l'unité du pays, puis il abdiqua en 1951, la situation n'ayant pas évolué.

Léopold III influença le règne de son fils jusqu'au mariage de ce dernier. En 1959, le gouvernement lui demanda de cesser de vivre sous le même toit que son fils et de quitter le palais de Laeken. L'ancien monarque se retira alors au château d'Argenteuil et se consacra essentiellement à des travaux de recherche scientifique et à des voyages d'exploration.

[modifier] Bibliographie

  • Sébastien Cokaiko, Les Fous du roi - Léopold III (1934-1940), Éditions Luc Pire, Bruxelles, 2008 (ISBN 9782874159329)
  • Michel Dumoulin, Mark Van den Wijngaert et Vincent Dujardin (dir.), Léopold III, Éditions Complexe, Bruxelles, 2001 (ISBN 2-87027-878-0)
  • Antoine Giscard d'Estaing, Léopold III - Un Roi dans la tourmente, Éditions Racine, Bruxelles, 1996 (ISBN 978-2-87386-079-0)
  • Roger Keyes et Guy Scheyven, Échec au roi - Leopold III 1940-1951, Duculot, Paris-Gembloux, 1986 (ISBN 2801106046)
  • Léopold III, Pour l´Histoire - Sur quelques épisodes de mon règne, Éditions Racine, Bruxelles, 2001 (ISBN 978-2-87386-251-0)
  • Serge Moureaux, Léopold III - La tentation autoritaire, Luc Pire, Bruxelles, 2002 (ISBN 2874151424)
  • André de Staercke, Mémoires sur la Régence et la Question royale, Éditions Racine, Bruxelles, 2003 (ISBN 978-2-87386-316-6)
  • Jean Stengers, Léopold III et le gouvernement - Les deux politiques belges de 1940, Éditions Racine, Bruxelles, 2002 (rééd.) (ISBN 978-2-87386-262-6)
  • Jean Vanwelkenhuyzen, 1936 - Léopold III, Degrelle, van Zeeland et les autres..., Éditions Racine, Bruxelles, 2004 (ISBN 978-2-87386-319-7)
  • Albert Tirtiaux, La "Trahison" du roi des Belges, Imprimerie Delmas, Bordeaux, 1941

[modifier] Notes et références

  1. José Gotovitch et Paul Aron (dir.), Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique, éditions André Versaille, 2008, article "Roi"
  2. Ibidem.
  3. Ibidem.
  4. Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique, op. cit., article "Diplomatie".
  5. Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique, op. cit., article "Question royale".

[modifier] Liens internes

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