Gaston Monnerville

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Gaston Monnerville
Image illustrative de l'article Gaston Monnerville
Fonctions
Membre du Conseil constitutionnel
5 mars 19745 mars 1983
Prédécesseur François Luchaire
Successeur Léon Jozeau-Marigné
1er président du Sénat français
2 octobre 19583 octobre 1968
(&&&&&&&&&&&0365410 ans, 0 mois et 1 jour)
Prédécesseur Fondation du Sénat
Successeur Alain Poher
2 e président du Conseil de la République
6 mars 19472 octobre 1958
(&&&&&&&&&&&0422811 ans, 6 mois et 26 jours)
Prédécesseur Auguste Champetier de Ribes
Successeur Fondation du Sénat
Président du Conseil général du Lot
19511970
Prédécesseur -
Successeur Maurice Faure
Sénateur du Lot
7 novembre 19485 mars 1974
Sénateur de la Guyane
15 décembre 19467 novembre 1948
Sous-secrétaire d’État aux Colonies
29 juin 193710 mars 1938
Président du Conseil Camille Chautemps
Gouvernement Chautemps III et IV
Député de la Guyane
19321942
Prédécesseur Eugène Lautier
Successeur Rosan Girard
Biographie
Date de naissance 2 janvier 1897
Cayenne
Date de décès 7 novembre 1991 (à 94 ans)
Paris
Parti politique Radical
GD
Diplômé de Faculté de droit de l'université de Toulouse
Faculté de lettres de l'université de Toulouse
Profession Avocat

Gaston Monnerville
Présidents du Sénat français

Gaston Monnerville, né le 2 janvier 1897 à Cayenne (Guyane) et mort le 7 novembre 1991 à Paris, est un homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Petit-fils d'esclave, Gaston Monnerville, est le fils de Marc Saint-Yves Monnerville et de Marie-Françoise Orville. Des côtés maternel et paternel, la famille est originaire de Case-Pilote, commune de la Martinique. Son frère, Pierre Monnerville, fait également carrière politique.

Les études[modifier | modifier le code]

Il fréquente le lycée de Cayenne et en 1912, boursier, il quitte la Guyane et entre en classe de seconde à Toulouse, au lycée Pierre-de-Fermat. Il s'y montre un élève particulièrement brillant, aussi doué pour les sciences que pour les lettres. En classe de seconde, Gaston Monnerville accumule les récompenses : prix d'excellence, premier prix de mathématiques, deuxième prix de version latine, troisième prix d'histoire moderne...

Son année en classe de rhétorique est, elle aussi, fort brillante et le palmarès est impressionnant : inscription au tableau d'honneur, premier prix en mathématiques, premier prix en anglais (première langue), premier prix en espagnol (deuxième langue), etc.

Le brillant élève opte pour les lettres et choisit de suivre la classe de philosophie. Il y remporte notamment le prix Ozenne et le prix d'honneur.

Étudiant aux facultés de lettres et de droit de l'université de Toulouse, Gaston Monnerville passe à la fois sa licence ès lettres et sa licence en droit, avec les félicitations du jury. C'est également avec les félicitations du jury qu'il est reçu, en 1921, docteur en droit, après avoir soutenu une thèse sur « l'enrichissement sans cause ». Celle-ci est honorée d'une souscription du ministère de l'Instruction publique et primée la même année au concours des thèses.

Avocat[modifier | modifier le code]

Dès 1918, Gaston Monnerville s'inscrit au Barreau de Toulouse. Reçu, en 1921, au concours des secrétaires de la Conférence, il obtient la médaille d'or « Alexandre Fourtanier » qui récompense l'un des meilleurs secrétaires. À ce titre, il prononce, à une séance solennelle de rentrée, un discours remarqué sur « La Critique et le Droit de réponse ».

Gaston Monnerville quitte Toulouse et s'inscrit en 1921 au Barreau de Paris. Il entre bientôt au cabinet d'un célèbre avocat et futur homme d'État, César Campinchi (1882-1941), dont il est, pendant huit ans, le principal collaborateur.

En 1923, il est reçu au concours des secrétaires de la Conférence des avocats, à la Cour d'appel de Paris. En 1927, il est élu président de l'Union des jeunes avocats à la cour de Paris (UJA de Paris).

Gaston Monnerville plaide plusieurs grands procès. Et surtout, il s'illustre, à l'âge de 34 ans, en 1931, dans l'affaire Galmot. Inculpés, après l'émeute provoquée en 1928 par la fraude électorale et par la mort suspecte de Jean Galmot, quatorze Guyanais sont traduits devant la cour d'assises de Nantes. Avec Alexandre Fourny, Alexandre Zévaès et Henry Torrès, il assure leur défense. Sa plaidoirie produit un effet considérable sur les jurés, qui se prononcent pour l'acquittement.

En marge de son métier d'avocat, Gaston Monnerville collabore en tant que journaliste avec la station Radio Tour Eiffel.

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Député de la Guyane (1932)

À la suite de l'affaire Galmot, on lui propose de se présenter en Guyane, contre le député sortant, Eugène Lautier. Il est élu à une majorité considérable député radical de la Guyane en 1932 et 1936.

Dans les troisième et quatrième gouvernements de Camille Chautemps, il est sous-secrétaire d’État aux Colonies en 1937 et 1938. Ses ministres de tutelle sont Marius Moutet puis Théodore Steeg. La nomination d'un homme de couleur au gouvernement ne fut appréciée ni en Allemagne, ni en Italie. Dans L'Azione coloniale du 22 juillet 1937, un article titré « Derrière le Rouge du Front populaire vient le Noir » annonce la création d'un sous-secrétariat d'État aux Colonies « confié au noir G. Monnerville » et commente : « La France a adopté une politique indigène qui, outre qu'elle est une folie pour la nation française elle-même, est un danger pour les autres nations de l'Europe, car cette action qui dépasse le cadre purement politique pour rencontrer le cadre biologique, doit être dénoncée à l'opinion publique mondiale, là où existe une race incontestablement supérieure à celle de couleur que la France voudrait implanter au cœur de l'Europe ».

Résistant[modifier | modifier le code]

Engagé volontaire dans la marine du 23 juin 1939 jusqu'à la formation du régime Pétain, il participe à la Résistance. Il prend contact avec le capitaine Chevance et entre dans le mouvement Combat sous le nom de « Saint-Just », en hommage à son oncle, Saint-Just Orville, maire de Case-Pilote, Martinique. Il participe à la protestation conduite par Candace à Vichy contre les premières mesures discriminatoires qui frappent « les Juifs, les Arabes et les hommes de couleur ». Le maréchal Pétain répond de façon évasive et dilatoire.

Après la Libération, Gaston Monnerville siège à l’Assemblée consultative provisoire. Le Gouvernement provisoire de la République française le charge de préparer le statut de l’outre-mer français. La vieille revendication d'accorder le statut de département français aux « quatre vieilles colonies » aboutit enfin sous son impulsion politique[réf. nécessaire]. En 1946, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion deviennent des départements d'outre-mer.

La Constitution d'abord, de Gaulle ensuite[modifier | modifier le code]

Après avoir été élu aux deux Assemblées nationales constituantes, Gaston Monnerville est élu au Conseil de la République (Guyane) en 1946. Il devient président de ce conseil en mars 1947. Il est alors la première personnalité originaire de l'ancien Empire colonial français à accéder à un tel niveau de responsabilité et le plus jeune président de la haute assemblée (50 ans).

En 1948, il est élu dans le Lot et conserve ce mandat sous la Ve République en qualité de sénateur du parti de la Gauche démocratique. Il siège au Sénat jusqu'en 1974.

En 1953, lors de l'élection présidentielle indécise, c'est René Coty qui est élu président de la République, alors même que la tradition sous la troisième et quatrième république était d'élire dans ces cas-là le président du Conseil de la République (ancien Sénat), alors Gaston Monnerville. Mais, selon son biographe Jean-Paul Brunet, le fait que Monnerville était un homme de couleur joua en sa défaveur[1].

En 1958, il joue un rôle important dans le retour du général de Gaulle au pouvoir en se rendant avec André Le Troquer à Saint-Cloud pour un entretien sur les modalités de l’investiture du général et le respect de la constitution.

Il conserve son mandat à la présidence de la Haute Assemblée en étant président du Sénat de 1959 à 1968. Il a ainsi présidé la Chambre haute du Parlement durant 21 ans, mais fut frustré qu'à quelques mois près, il n'ait pu devenir président de la République par intérim (ce qui aurait pu faire de lui le premier chef d'État français noir) ; son successeur immédiat, Alain Poher, se trouva amené en revanche à le faire par deux fois. Cependant, si une vacance du pouvoir avait été établie lorsque Charles de Gaulle quitta la France sans préavis ni annonce pour Baden-Baden le 29 mai 1968, il aurait pu assurer l'intérim de la présidence.

Défense du Sénat[modifier | modifier le code]

En 1962, Gaston Monnerville s’oppose au projet de référendum sur l’élection du président de la République au suffrage universel direct et lâche le mot de « forfaiture » à l’encontre du Premier ministre Georges Pompidou, qui avait accepté de signer le projet de référendum[2],[3]. Il combat le projet de réforme du Sénat qui sera rejeté lors du référendum du 27 avril 1969.

Gaston Monnerville présida également le Sénat de la Communauté en 1959 et 1960. Sur le plan municipal, il fut maire de Cayenne, puis maire de Saint-Céré (Lot). Sur le plan départemental, il présida le conseil général du Lot de 1951 à 1971.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Ayant renoncé, en 1968, à la présidence du Sénat, Gaston Monnerville continue à exercer son mandat sénatorial, six ans durant. Lorsque survient la scission radicale de 1972, il donne son adhésion au nouveau Mouvement des radicaux de gauche.

Le 22 février 1974, Alain Poher, son successeur, le nomme membre du Conseil constitutionnel. La nomination de Gaston Monnerville surprit, car le président du Sénat de 1962 n'avait pas été tendre pour le Conseil constitutionnel, lequel s'était déclaré incompétent pour juger du référendum sur l'élection du président de la République au suffrage universel.

Considérant qu'il est appelé à une fonction juridictionnelle, il estime qu'en conséquence il doit s'interdire, pour l'avenir, toute prise de position politique. Gaston Monnerville prête serment le 5 mars, devant Georges Pompidou, président de la République, qui décède moins d'un mois plus tard, le 2 avril.

Plaque commémorative sur le dernier domicile parisien de Gaston Monnerville au no 27 de l'avenue Raymond-Poincaré (16e arrondissement de Paris.

Gaston Monnerville est chevalier de l'ordre de la Légion d'honneur à titre militaire pour faits de résistance depuis 1947. Il est promu officier de l'ordre de la Légion d'honneur en 1983 par le chef de l'État, François Mitterrand, qui lui remet la « rosette » à l'Élysée.

En 1974, il entre au Conseil constitutionnel, à l'âge de 77 ans, et le quitte neuf ans plus tard au terme de sa mission. Âgé de 86 ans, il n'abandonne pas toute activité. Il prononce encore des conférences sur les institutions ou des causeries sur ses souvenirs d'homme public. La télévision vient l'enregistrer. Il signe quelques préfaces.

Atteint d'un cancer depuis plusieurs années, il décède le 7 novembre 1991, à l'âge de 94 ans. Son épouse est décédée centenaire en 2000.

Grand porte-parole des droits de l'homme en France, Gaston Monnerville fut l’un des meilleurs orateurs français sous la IIIe, sous la IVe et sous la Ve République.[réf. nécessaire]

Il fut franc-maçon en tant que membre pendant 20 ans de la loge « La Prévoyance », Grande Loge de France[4].

Carrière gouvernementale et parlementaire[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

D'après la liste des discours[5] et écrits[6] de Gaston Monnerville publiée sur le site du Sénat français[7].

Discours[modifier | modifier le code]

Écrits[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Ordres français :

  • Officier de l'Ordre de la Légion d'honneur (1983)
  • Chevalier de l'Ordre de la Légion d'honneur (1947)

Ordres étrangers :

  • Grand Croix de l'Ordre de Saint-Charles de Monaco (1954)
  • et plusieurs autres décorations étrangères.

Médailles :

L'esplanade Gaston-Monnerville à Paris a été inaugurée le 5 septembre 2006 par Bertrand Delanoë et le président du Sénat, Christian Poncelet, à proximité du jardin du Luxembourg.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Rodolphe Alexandre, Gaston Monnerville et la Guyane, 1999, Ibis Rouge Éditions;
  • Jean-Paul Brunet, Gaston Monnerville, le Républicain qui défia de Gaulle, 1997, Albin Michel, Paris.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Paul Brunet, Gaston Monnerville. Le républicain qui défia de Gaulle, Nicole Racine, Revue française de science politique, Année 1998, Volume 48, Numéro 2, pp. 312-313
  2. Sénat, Le conflit du référendum de 1962
  3. Décret n°62-1127 du 2 octobre 1962, précédé d'une lettre du premier ministre Georges Pompidou au président de la République Charles de Gaulle lui proposant de soumettre au référendum, selon l'article 11 de la Constitution, un projet de loi constitutionnelle réformant le mode d'élection du Président de la République.
  4. [1]
  5. Liste
  6. Bibliographie
  7. Élaborée sous la responsabilité de la Société des Amis du Président Gaston Monnerville.
  8. Le Drame juif, 1933
  9. Le 14 Juillet et l'Empire, 1946
  10. "Liberté, création continue", 1948
  11. Discours prononcé à l'occasion du Banquet Hoche, 1948]
  12. .Révolution de 1848 et abolition de l'esclavage, 1948
  13. Inauguration du Monument de Stauffen, 1949
  14. Jubilé de M. Georges Pernot, 1950
  15. Discours de Verdun, 1953
  16. Congrès de l'Association nationale des Avocats, 1953
  17. [Maison de l'Amérique latine, 1953]
  18. Inauguration du Monument Georges Leygues, 1953
  19. Voeux de nouvel an sur les ondes de Radio-Luxembourg, 1954
  20. La Presse et l'opinion publique : Par M. Georges Gombault. Conférence donnée au Cercle parisien, le 13 décembre 1956. L'Éducation par la presse, extraits d'une conférence donnée le 17 janvier 1909 par Maurice Bloch, à la mémoire de Auguste Nefftzer
  21. Promotion de M. G. Gombault au grade de Grand Officier de la Légion d'honneur, 1954
  22. Voeux à l'adresse de l'Union Française, 1954
  23. [PDF]Discours de Vichy,1962
  24. "guadeloupéen, avocat et poète"
  25. Eloge funèbre de Maître Arsène-Hévans Cassin,1975
  26. L'Abbé Grégoire. Conférence donnée à la Grande Loge de France, 1981

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]