Marius Moutet

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Marius Moutet
Marius Moutet, en 1933.
Marius Moutet, en 1933.
Fonctions
Parlementaire français
Député 1914-1928
puis 1929-1940
puis 1945-1947
Sénateur 1947-1968
1914 –
Gouvernement IIIe république - IVe république
Groupe politique SFIO
Biographie
Date de naissance 19 avril 1876
Date de décès 29 octobre 1968 (à 92 ans)
Résidence Rhône
puis Drôme

Marius Moutet est un homme politique français, né le 19 avril 1876 à Nîmes (Gard) et décédé le 29 octobre 1968 à Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marius Moutet, membre du Comité central de la Ligue des droits de l'Homme.

Il fait partie des étudiants socialistes de Lyon, milite chez les socialistes indépendants dès 1895. Il devient avocat. En 1900, il est délégué du Rhône au congrès de Wagram, en 1900. Cinq ans plus tard, il délégué de ce département au congrès constitutif de la Section française de l'Internationale ouvrière.

Il bénéficie du soutien de Jean Jaurès lors de sa candidature à la députation en juillet 1914 dans la circonscription de Lyon-Vaise, dans le Rhône où il est élu. Pendant la Première Guerre mondiale, en mai 1917, il est chargé par Aristide Briand de convaincre le nouveau gouvernement russe, dirigé par Alexandre Kerensky, de continuer la guerre aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne. Peu avant ce voyage en Russie, Moutet est parmi les 52 députés qui votent à la Chambre pour une consultation des Alsaciens sur leur réintégration dans la France. Cette position est minoritaire. La Chambre décide qu'il n'y aura aucune condition pour le retour de l'Alsace-Lorraine à la France[1]. La même année, Moutet plaide en faveur de Joseph Caillaux devant la Haute cour de justice.

Également membre du Comité central de la Ligue des droits de l'homme (1918-1936, honoraire comme ministre de 1936-1939, 1939-1940, 1945-47), il est réélu député du Rhône en 1919 et 1924, mais battu en 1928 par le candidat républicain-socialiste. Le 13 janvier 1929, il est élu député de la Drôme, succédant à Jules Nadi, décédé. Devenu spécialiste des questions coloniales, il prône une politique généreuse d'assimilation, refusant la répression brutale et le paternalisme condescendant. Il est l'avocat des indépendantistes vietnamiens.

Il est ministre des Colonies dans les gouvernements de Front populaire du 4 juin 1936 au 10 avril 1938 (gouvernements Léon Blum (1), Camille Chautemps (3) et Blum (2) mais pas dans le cabinet Chautemps (4) qui dure deux mois). Moutet est confronté aux difficiles questions coloniales. Il supprime le bagne en Guyane. Pour améliorer le sort des populations colonisées, il vide le code de l'indigénat de sa substance au cours des années 1936 et 1937 et l'abroge complètement le 6 avril 1938; fait interdire le travail forcé dans toutes les colonies (loi du 17 juin 1937, décret du 12 août 1937); y interdit l'usure (décret du 9 octobre 1936) et ordonne aux administrateurs de coloniaux de ne plus considérer la famine comme une fatalité mais comme un fléau à combattre, suite à l'enquête menée de juin 1936 à février 1937. Il multiplie les initiatives pour associer les colonisés à l'administration de leur territoire. Il nomme pour la première fois un fonctionnaire noir, Félix Éboué, comme gouverneur de la Guadeloupe, puis de l’Afrique-Equatoriale française (AEF). Il fait voter l'amnistie des indépendantistes vietnamiens, qu'il avait défendus devant les tribunaux français quelques années plus tôt.

Le 14 mai 1939, il déclare, lors du congrès de la fédération drômoise de la SFIO, que « chaque concession [aux puissances de l'Axe] nous rapproche de la guerre ».

Marius Moutet est l’un des quatre-vingts parlementaires qui refusent les pleins pouvoirs à Philippe Pétain en 1940. II entre dans la clandestinité, puis se réfugie en Suisse pour échapper à l'arrestation, un de ses fils étant interné à sa place à Vals-les-Bains par le régime de Vichy en guise de représailles.

À la Libération, il est réélu député de la Drôme aux deux Assemblées nationales constituantes en 1945, puis est élu au Conseil de la République. Il est président du conseil général jusqu'en 1951. Il retrouve le ministère de la France d’Outre-mer dans les gouvernements Félix Gouin (du 26 janvier au 24 juin 1946), Georges Bidault (du 24 juin au 16 décembre 1946), Léon Blum (du 16 décembre 1946 au 22 janvier 1947) et Paul Ramadier (du 22 janvier au 22 octobre 1947). Il négocie avec Ho Chi Minh et fonde le Fonds d’investissement économique et social des territoires d’Outre-mer. À partir de 1947, il représente le Soudan français (aujourd'hui Mali) au Conseil de la République puis le département de la Drôme dès 1948 sous les IVe et Ve Républiques jusqu'à sa mort. Il est doyen d’âge du Sénat.

Comme parlementaire, il œuvre en faveur de la paix au sein de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, de l’Assemblée de l'Union de l'Europe occidentale et de l’Union interparlementaire.

À l'initiative de Jean Besson, sénateur de la Drôme, un institut d'histoire contemporaine porte son nom.

En 2012, une biographie par Freddy Martin-Rosset est parue sur son itinéraire politique dans la Drôme "Il était une fois 5000 paysans idéalistes..."

Citations[modifier | modifier le code]

« Si la France ne peut rester en Indochine qu'en y coupant des têtes et en y maintenant un régime de terreur et de force, il vaut mieux nous en aller. » (1930, cité dans Jean-Marc Binot, Denis Lefebvre et Pierre Serne, 100 ans, 100 socialistes, éd. Bruno Leprince, 2005)

« Un régime colonial n'est pas viable quand il ne peut pas être animé du dedans par les indigènes qui doivent en bénéficier. » (24 juin 1936, cité dans Léon Blum, chef de gouvernement, p. 392)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Delavignette, « La politique de Marius Moutet au ministère des colonies », dans Pierre Renouvin et René Rémond (dir.), Léon Blum, chef de gouvernement, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1967 ; rééd., coll. « Références », 1981.
  • Jean Fremigacci, « La vérité sur la grande révolte de Madagascar », L'Histoire, no 318, mars 2007.
  • Jean-Pierre Gratien, Marius Moutet : un socialiste à l'Outre-mer, Paris, L'Harmattan, 2006.
  • (en) James I. Lewis, « The Tragic Career of Marius Moutet », European History Quarterly, 38,1 (2008), p. 66-92.
  • Freddy Martin-Rosset, L'Itinéraire politique drômois de Marius Moutet, Paris, édition de l'OURS (Office Universitaire de Recherche Socialiste), 2012.
  • Marie-Rose Polidori, L'Action de Marius Moutet au ministère des colonies, mémoire de maîtrise en histoire dirigé par Marc Michel, université de Provence, 1992.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Yves Le Jariel, L'ami oublié de Malraux en Indochine, Paul monin (1890-1929), Paris, Les Indes savantes,‎ 2014, 260 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]