Marx Dormoy

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Marx Dormoy
Marx Dormoy, député de l'Allier (1932)
Marx Dormoy, député de l'Allier (1932)
Fonctions
Parlementaire français
Député 1931-1938
Sénateur 1938-1940
1931 –
Gouvernement IIIe république
Groupe politique SFIO
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Montluçon (Allier)
Date de décès (à 52 ans)
Lieu de décès Montélimar (Drôme)
Résidence Allier

Marx Dormoy est un homme politique français, né le à Montluçon (Allier) et mort à Montélimar (Drôme) le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et débuts dans la vie active[modifier | modifier le code]

René Marx Dormois (son nom sur son acte de naissance à l'état civil[1]), né rue de la Paix à Montluçon, est le fils de Jean Dormoy, cordonnier, militant socialiste, et de Marie Joséphine Gavignon. Pendant son service militaire, il est affecté en Algérie, où il fonde un groupe de Jeunesses socialistes. Il est ensuite employé à la mairie de Montluçon, puis, après la Première Guerre mondiale, où il combat, devient représentant de commerce.

Élu socialiste[modifier | modifier le code]

En novembre 1919, il mène la liste SFIO aux élections législatives, qui n’obtient aucun élu malgré un nombre élevé de voix (37 443 sur 88 972 suffrages exprimés). Un mois plus tard, il devient conseiller d’arrondissement. En 1920, il choisit le camp de Léon Blum, contre l’adhésion à la IIIe Internationale. Quatre ans plus tard, il devient secrétaire général de la fédération de l’Allier, et parvient à maintenir une bonne implantation de celle-ci chez les ouvriers, malgré la concurrence du Parti communiste et la tentation de se tourner vers les ruraux, très majoritaires dans le département. Il entre ensuite à la Commission administrative permanente.

En 1925, il est élu conseiller municipal et conseiller général de Montluçon, puis maire de cette commune l’année suivante. En octobre 1931, il est élu président du Conseil général de l'Allier, suite au décès de Paul Constans, dont il « récupère » aussi le siège de député un mois plus tard.

Favorable à une participation de la SFIO dans un gouvernement à direction radicale, il refuse de suivre Marcel Déat, dont il juge les idées « aberrantes » et mène la manifestation du dans sa commune, où les communistes sont présents. Il est dès lors partisan d’une solution de Front populaire, et d’une unité de candidature avec le PC dès le premier tour, sans oublier pour autant les critiques qu’il formulait contre ce mouvement avant 1934.

Ministre du Front populaire[modifier | modifier le code]

Marx Dormoy, nouveau ministre de l'Intérieur (1936).

Réélu député en 1936, il est sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil et participe à la négociation des Accords de Matignon. Après le suicide de Roger Salengro, il devient ministre de l’Intérieur, poste qu’il conserve dans les cabinet Chautemps III (juin 1937-mars 1938) et Blum II (mars-avril 1938). Il mène une politique vigoureuse de refoulement des réfugiés politiques clandestins [2] :

  • il ordonne notamment aux préfets de « refouler impitoyablement tout étranger qui cherchera à s'introduire sans passeport ou titre de voyage valable ou qui n'aura pas obtenu de visa consulaire s'il est soumis à cette formalité » () ;
  • il renouvelle cet ordre par une directive similaire le  : « Je suis informé de divers côtés que les mouvements d'immigration clandestine se poursuivent et que de nombreux Polonais, surtout, parviennent à pénétrer en France sans visa, sans passeport, ou même sans pièces d'identité d'aucune sorte. »

Lutte contre le fascisme[modifier | modifier le code]

Lors de la fusillade de Clichy le (manifestation des Croix-de-feu et contre manifestation de socialistes et communistes locaux avec intervention des forces de l'ordre), il est personnellement mis en cause par les communistes qui mettent en cause la réaction des forces de l'ordre[3].

Il consacre principalement ses activités à la lutte contre la Cagoule, laquelle est démantelée à la fin de . Il n’a pas le temps de détruire complètement ses ramifications dans les milieux économiques, en particulier dans les grandes entreprises qui, selon les Renseignements généraux et la police judiciaire, ont financé le mouvement terroriste.

Il démet Jacques Doriot de ses fonctions de maire suite à des irrégularités dans la gestion municipale (la ville de Saint-Denis était devenue un foyer d'agitation anti-républicaine) [réf. nécessaire]. Il défend une ligne d'opposition intransigeante face aux régimes fascistes et se prononce contre les accords de Munich. Le , lors d'une séance particulièrement houleuse qui se finit en bagarre, et alors que les cris « À bas les Juifs ! » se font entendre à l'Assemblée nationale, il rétorque à un député breton antisémite  : « Bande de salauds. Et d’abord un Juif vaut bien un Breton[4] ! »

Après ses passages au gouvernement, il est élu sénateur en 1938.

En juillet 1940, il fait partie des 80 parlementaires refusant de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Le , il est suspendu de ses fonctions de maire de Montluçon, puis emprisonné cinq jours plus tard. Il est incarcéré à Pellevoisin, puis à Vals-les-Bains avant d'être mis en résidence surveillée à Montélimar.

Il est assassiné dans la nuit du 25 au par une bombe à retardement placée sous son lit par d'anciens cagoulards. Inhumé discrètement, il aura le droit à des funérailles solennelles à Montluçon le . Il est cité à l'ordre de la Nation en 1946 et médaillé de la Résistance française avec rosette en 1947.

Marx Dormoy est inhumé au cimetière Saint-Paul à Montluçon.

C'était un ami intime du peintre Lucien Pénat (1873-1955) qui fit de lui plusieurs portraits.

Hommages posthumes[modifier | modifier le code]

Monument à Marx Dormoy à Montluçon.

De nombreux établissements scolaires et de nombreuses voies portent son nom. Sans être exhaustif, on peut indiquer notamment (villes citées par ordre alphabétique) :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric Monier, Le Front populaire, éd. La Découverte, 2002
  • Pierre Renouvin et René Rémond (dir.), Léon Blum, chef de gouvernement, éd. Armand Colin, 1967
  • André Touret, Marx Dormoy (1888-1941), maire de Montluçon, ministre du Front populaire, éd. Créer, 1998
  • Olivier Wieviorka, Les Orphelins de la République. Destinées des députés et sénateurs français (1940-1945), éd. du Seuil, coll. « L'univers historique », 2001
  • L’Histoire de France, Encyclopædia Universalis, Montparnasse Multimédia, 1998.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Extrait du registre d'état civil de Montluçon (1888) :

    « L'an mil huit cent quatre-vingt huit, le deux août à quatre heures du soir. Par devant nous, Julien François Victor Lougnon, adjoint délégué remplissant les fonctions d'Officier de l’État civil de la ville de Montluçon, chef-lieu d'arrondissement, département de l'Allier, a comparu Jean Dormois, cordonnier, âgé de trente-six ans, demeurant à Montluçon, rue de la Paix. Lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né hier à onze heures du soir, de lui déclarant en son domicile et de Marie Joséphine Gavignon, son épouse, sans profession, âgée de trente-six ans, demeurant avec lui, et auquel il a donné les prénoms de René Marx. Les dites déclarations et présentations faites en présence de Stéphane Gilbert Létang, cordonnier, âgé de vingt-neuf ans, ami du déclarant, et de Alexandre Dormois, oncle de l'enfant, journalier, âgé de vingt-neuf ans, domiciliés en cette ville. Lesquels témoins ainsi que le père de l'enfant ont signé avec nous le présent acte, après lecture faite. Signé Lougnon, J. Dormoy, Létang, Dormoy A. (Archives départementales de l'Allier.) »

  2. Jean Sévillia, Historiquement correct, Perrin, 2003, ISBN 2-262-01772-7
  3. Selon Philippe Bourdrel et Annie Lacroix-Riz, la Cagoule aurait peut-être été impliqué dans le déclenchement de cette fusillade.
  4. Laurent Joly (2007), « Antisémites et antisémitisme à la Chambre des députés sous la IIIe République », Revue d'histoire moderne et contemporaine, 3/2007 (n° 54-3), p. 63-90.