Jules Moch

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Jules Moch
Jules Moch (à droite) avec Levi Eshkol en Israël.
Jules Moch (à droite) avec Levi Eshkol en Israël.
Fonctions
Député 1928-1936
puis 1937-1940
puis 1945-1958
puis 1962-1967
1928 –
Gouvernement Troisième République
Quatrième République
Cinquième République
Groupe politique SFIO
Successeur Cerf Lurie
Vice-président du conseil et ministre de l'Intérieur
28 octobre 19497 février 1950
Président Vincent Auriol
Gouvernement gouvernement Georges Bidault (2)
Biographie
Date de naissance 15 mars 1893
Date de décès 1er août 1985 (à 92 ans)
Résidence Drôme
puis Hérault

Jules Salvador Moch (prononcer /ʒyl mɔk/) est un homme politique français, né le 15 mars 1893 à Paris 16e et mort le 1er août 1985 à Cabris (Alpes-Maritimes)[1]. Il fut ministre à plusieurs reprises sous la Troisième République et surtout la Quatrième République.

Biographie[modifier | modifier le code]

Député de la Drôme (1932).

Milieu familial et formation[modifier | modifier le code]

Son père, le colonel Gaston Moch[1], fut condisciple à Polytechnique du capitaine Alfred Dreyfus[2].

Il est polytechnicien (promotion X 1912) et ingénieur en chef du Génie maritime militaire.

Il adhère à la SFIO en octobre 1924 et est élu député dès 1928, d'abord de la Drôme jusqu'en 1936, puis, lors d'une élection partielle, en 1937, de l'Hérault. Il s'impose comme l'un des meilleurs techniciens de la SFIO. Foncièrement anticommuniste, depuis un voyage en URSS en 1921, il n'hésite pas à écrire qu'une bonne partie de la doctrine marxiste est dépassée.

Ministre de Léon Blum et opposant aux accords de Munich[modifier | modifier le code]

Ayant perdu, aux législatives de juin 1936, son mandat de député de la Drôme[3], Jules Moch ne participa pas au premier gouvernement du Front populaire. Léon Blum le nomme pourtant Secrétaire général du gouvernement. Il l'appelle au gouvernement, le 26 mai 1937, comme sous-secrétaire d'État à la présidence du Conseil, puis, en (mars-avril 1938 dans le second cabinet, comme ministre des Travaux publics et des Transports. Il organise l'aide aux républicains espagnols (ventes fictives d'armes vers d'autres pays, qui se retrouvaient en Espagne).

En 1937, à la faveur d'une élection partielle, il retrouve un siège de député, dans l'Hérault.

En octobre 1938, il s'oppose aux accords de Munich, et ne vote leur ratification à la Chambre des députés que par discipline de parti, cédant notamment à l'insistance de Léon Blum. Il fut ensuite, avec Léon Blum, un des animateurs de la tendance de la SFIO prônant la fermeté face à Hitler.

Sous l'Occupation et au sein de la France Libre[modifier | modifier le code]

Le 10 juillet 1940, il fait partie des quatre-vingts parlementaires qui votent contre les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il est pour cette raison surveillé par Vichy, qui le fait même arrêter le 25 septembre 1940. Il est incarcéré à Pellevoisin (Indre), en compagnie de Vincent Auriol et de Marx Dormoy, puis transféré à Aubenas et à Vals-les-Bains.

Au début de 1941, il est libéré. Il entre alors dans la Résistance et crée le mouvement 1793, qui se livre à des sabotages dans l'Aude et l'Ardèche. Il rejoint de Gaulle en 1942. Peu enthousiasmé par le général, il préfère s'engager dans les forces navales de la France libre (1943). Lieutenant de vaisseau, il participe au débarquement en Provence, en août 1944.

Son fils, résistant, est tué par les Allemands durant la guerre[4].

Député et ministre de la Quatrième République[modifier | modifier le code]

Il est membre de l'Assemblée consultative à Alger et Paris (1944), puis des deux Assemblées nationales constituantes (1945-1946) puis de l'Assemblée nationale (1946-1958 et 1962-1967). À huit reprises, il est ministre pendant la Quatrième République : Travaux publics et Transports (1945-1947), Intérieur (1947-1950), Défense (1950-1951). Jules Moch est vice-président du conseil de 1949 à 1950.

De 1951 à 1960, Jules Moch est le délégué de la France à la Commission du désarmement de l'ONU, et refuse, pour cette raison, d'entrer dans un gouvernement.

Il fait exception à ce principe pour entrer l'éphémère gouvernement Pierre Pflimlin de mai 1958, comme ministre de l'Intérieur. Mais le gouvernement se heurte au putsch d'Alger, et Jules Moch ne peut que constater l'impuissance de son action sur une administration policière soumise aux pressions et émotions putschistes. Ainsi échoue-t-il à faire reprendre la Corse par les CRS qu'il y a envoyés.

Son œuvre politique et ministérielle[modifier | modifier le code]

Au ministère des Transports[modifier | modifier le code]

Comme ministre des Transports, il contribue à la reconstruction des chemins de fer, des ports, des routes et de l'aviation.

Ministre de l'Intérieur[modifier | modifier le code]

En tant que ministre de l'Intérieur en 1947, il est confronté aux grèves organisées par la CGT en novembre 1947 et il montre une grande fermeté.

Le 9 octobre 1948, Henri Queuille, président du Conseil (de tendance radicale) depuis le 11 septembre 1948 — il forme le cinquième cabinet de la Troisième Force depuis l'éviction des ministres communistes en mars 1947 et la fin du tripartisme —, dénonce le « caractère insurrectionnel » des grèves en cours dans les mines. Ces nouvelles grèves, qui prennent des allures révolutionnaires notamment dans les charbonnages du Nord, sont déclenchées en octobre 1948 par la CGT en raison d'un retard des salaires sur les prix de plus de 30 %, l'inflation étant alors un mal chronique malgré l'aide américaine et de la suppression des avantages acquis à la Libération, décidée par le ministre de l'Industrie, Robert Lacoste[5].

Pour contrer la grève, Jules Moch mobilise 60 000 CRS et soldats, qui se heurtent aux 15 000 grévistes retranchés dans les puits, et leur impose, fin novembre une cuisante reprise du travail. À la faveur de la lassitude des travailleurs et des divisions des syndicats, la répression est sévère, avec plus de 3 000 licenciements, six morts et de nombreux blessés[6]. Les communistes garderont contre Jules Moch un profond ressentiment[7].

Très tardivement, en 2011, soit bien après le décès de Jule Moch, une cour d'appel[8] a reconnu l’illégalité de ces licenciements pour fait de grève. 17 mineurs, survivants de la grande grève de 1947, ont obtenu, chacun, une indemnisation de  30 000 euros[9],[10]. Le pourvoi en cassation demandé par Christine Lagarde, alors ministre de l'Économie, a abouti à l'annulation de la condamnation des Charbonnages de France pour licenciements abusifs[11]. En mai 2014, Christiane Taubira, ministre de la Justice, demande au ministre des Finances, Michel Sapin, l'indemnisation des mineurs grévistes et de leurs ayants droit[12].

Mise en place des IGAMES[modifier | modifier le code]

Jules Moch a créé les inspecteurs généraux de l'administration en mission extraordinaire (Igames), qui préfigurent les premiers préfets régionaux et la mise en place ultérieure d'une administration territoriale au niveau régional.

À la Défense et aux Affaires étrangères[modifier | modifier le code]

Au ministère de la Défense, il contribue à la modernisation de l'armée, met sur pied la participation française à la guerre de Corée et contribue à la mise en œuvre de l'OTAN. Alors qu'il est rapporteur de la Commission des affaires étrangères, il s'oppose cependant à la Communauté européenne de défense, ce qui lui vaut d'être exclu temporairement de la SFIO le 31 août 1954.

Un acteur de l'alliance diplomatique et militaire franco-israélienne[modifier | modifier le code]

En 1947, comme ministre de l'Intérieur, il fait autoriser les escales en Corse des avions américains alimentant clandestinement en armes la Haganah et l'Irgoun[13]. Il facilite, par ailleurs, le transit par la France des Juifs en partance pour Israël. Combattant la tendance qu'il décèle de la part du Quai d'Orsay à ménager la Ligue arabe, Jules Moch prône le soutien à l'État d'Israël, et contribue à façonner l'un des traits dominants de la diplomatie de la Quatrième République.

C'est Jules Moch, qui, en novembre 1956, dans le cadre de son mandat à l'ONU, rend publique la secrète et intense coopération militaire franco-israélienne dans le domaine du nucléaire[14].

Au même moment, et aligné en cela sur la position de Pierre Mendès France, Jules Moch prend ses distances avec la campagne franco-anglaise de Suez, menée par Guy Mollet en coordination avec le gouvernement israélien, estimant notamment que Nasser n'est pas « le nouvel Hitler »[15].

Un des leaders de la Troisième Force[modifier | modifier le code]

Il combat à la fois les gaullistes (RPF) et les communistes (PCF) et est un des leaders de la Troisième Force, sous la Quatrième République et dans les premières années de la Cinquième.

Battu par un candidat UNR aux élections législatives de 1958, il redevient député en 1962 grâce à un accord départemental passé[16]entre le PCF et la SFIO qui retire son candidat Raoul Calas (député de l'Hérault de 1946 à 1951 et de 1956 à 1958) arrivé en tête[17] au premier tour du scrutin. Jules Moch se justifie en déniant à ce soutien toute portée politique stratégique, au-delà de la coalition des « non » au gaullisme[18].

En 1967, il ne se représente pas et se retire de la vie politique. La circonscription est reprise par le PC. Jules Moch se consacre notamment à ses livres, à des conférences internationales scientifiques et au projet de pont sur la Manche, plus coûteux mais plus rentable qu'un tunnel.

Un opposant à l'Union de la Gauche[modifier | modifier le code]

Issu de la génération socialiste qui est marquée par la guerre froide et les combats anti-communistes, affecté par la mort de sa femme, Jules Moch prend une position hostile à l'Union de la gauche ; pour ces raisons Jules Moch démissionne du Parti socialiste le 1er janvier 1975. En 1977, alors que François Mitterrand engrange les succès de sa stratégie d'union, Jules Moch affiche sa position d'opposant irréductible en publiant son dernier ouvrage politique : Le Communisme, jamais !.

Récapitulatif de ses fonctions[modifier | modifier le code]

Fonctions gouvernementales[modifier | modifier le code]

Députation[modifier | modifier le code]

  • Député (SFIO) de la Drôme (1928-1936)
  • Député (SFIO) de l'Hérault (1937-1941, 1945-1958, 1962-1967)

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Socialisme et rationalisation, L'Eglantine, Bruxelles, 1927.
  • L'Espagne républicaine : l'œuvre d'une révolution, éd. Rieder, 1933 (avec Germaine Picard-Moch).
  • Arguments socialistes, éd. de la Liberté, 1945.
  • Le Communisme et la France, Société parisienne d'imprimerie, 1948.
  • Confrontations (Doctrines - Déviations - Expériences - Espérances), éd. Gallimard, 1952 ; nouv. éd., Socialisme à l'ère atomique. Nouvelles confrontations, éd. Plon, 1974.
  • Yougoslavie, terre d'expérience, éd. du Rocher, Monaco, 1953.
  • Alerte, le problème crucial de la Communauté Européenne de défense, éd. Robert Laffont, 1954.
  • La Folie des hommes (au sujet de la bombe atomique), éd. Robert Laffont, 1955.
  • URSS, les yeux ouverts, éd. Robert Laffont, 1956.
  • Washington D. Smith, banquier de Wall Street, éd. Robert Laffont, 1957.
  • En retard d'une paix, éd. Robert Laffont, 1958.
  • Socialisme vivant. Dix lettres à un jeune, éd. Robert Laffont, 1960.
  • En 1961, paix en Algérie, éd. Robert Laffont, 1961.
  • Le Pont sur la Manche, éd. Robert Laffont, 1962.
  • Non à la force de frappe, éd. Robert Laffont, 1963
  • Histoire du réarmement allemand depuis 1950, éd. Robert Laffont, 1965.
  • Rencontres avec Darlan et Eisenhower, éd. Plon, 1968.
  • Destin de la paix, Le Mercure de France, 1969.
  • Rencontres avec Léon Blum, éd. Plon, 1970.
  • Le Front Populaire, grande espérance, éd. Perrin, 1971.
  • Rencontres avec Charles de Gaulle, éd. Plon, 1971.
  • Une si longue vie, éd. Robert Laffont, 1976.
  • Le communisme, jamais !, éd. Plon 1977.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance no 16/326/1893, avec mention marginale du décès (consulté le 5 juillet 2012).
  2. Jean-Claude Maitrot, « Moch Jules (1893-1985) », sur universalis.fr, Encyclopædia Universalis (consulté le 13 juillet 2014).
  3. Battu par le candidat radical, M. Pecherot notice biographique sur le site de l'Assemblée nationale.
  4. Dominique Desanti, L'Année où le monde a tremblé, 1947, Paris, Albin Michel, coll. « H comme histoire »,‎ 1976, 400 p. (ISBN 978-2226233455, lire en ligne).
  5. « La face obscure du socialisme », entretien, marianne.net, 4 mai 2014.
  6. Pierre Outteryck, « La grève des mineurs de 1948 », site CGT [PDF].
  7. Les députés communistes l'accueillent à l'Assemblée au cri de « Heil Hitler » : Joël Kotek, Dan Kotek, L'Affaire Lyssenko, Paris, Éditions Complexe, 1986 (ISBN 978-2870271872), p. 126-127.
  8. Celle de Versailles, jugement du 10 mars 2011.
  9. Laurence Mauriaucourt, « Grève de 1948 : charbons gagnants », humanite.fr, 21 mars 2011.
  10. Delphine Saubaber, « Justice pour les mineurs grévistes de 1948 », lexpress.fr, 2 avril 2011.
  11. Camille Raad, « Nouveau coup dur pour les mineurs grévistes de 1948, qui résistent encore », sur lavoixdunord.fr, La Voix du Nord,‎ 14 octobre 2012 (consulté le 10 juin 2014).
  12. AFP, « Mme Taubira veut indemniser des mineurs grévistes de 1948 », sur lemonde.fr, Le Monde,‎ 11 juillet 2014 (consulté le 12 juillet 2014).
  13. Charles Reich « Jules Moch », sur le site du judaïsme alsacien.
  14. Jérémy Sebbane, Pierre Mendès France et la question du Proche-Orient : (1940-1982) lire en ligne.
  15. Site du judaïsme alsacien.
  16. L'accord, motivé par « la gravité de la situation politique et des menaces précises qui pèsent sur les libertés fondamentales des citoyens en raison des visées dictatoriales du régime gaulliste » (affiche reproduite dans Les Cahiers du communisme de décembre 1962), concerne le désistement du socialiste Alfred Crouzet en faveur de Paul Balmigère dans la circonscription de Béziers-Bédarieux et de Raoul Calas en faveur de Jules Moch dans la circonscription de Sète-Pézenas.
  17. « Notes sur le second tour des élections législatives de novembre 1962 », Revue française de science politique, année 1963, no 2, p. 320 [1].
  18. Dans l'interview qu'il accorde au quotidien communiste La Marseillaise entre les deux tours de scrutin (édition du 22 novembre 1962), Jules Moch déclare notamment : « Si je veux remercier Calas et ses amis pour leur geste politique, ce ne sont pas ses conséquences locales immédiates qui doivent retenir notre attention. Peu importe ce qui se passe dans une circonscription : ce qui compte, c'est l'évolution sur le plan national. Or en de multiples coins du pays des ententes de formes d'ailleurs diverses se nouent qui ont toutes un trait commun : il s'agit de faire échec au plus grand nombre possible de candidats de l'U.N.R. » (Cahiers du communisme, décembre 1962, p. 48)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fabienne Chabod, Jules Moch, un socialiste de gouvernement. 1945-1951, mémoire de maîtrise, université de Besançon, 1986.
  • Claude Bagheriche, Jules Moch et les communistes. 1947-1948, mémoire de maîtrise, Paris-XII, 1988.
  • Béatrice Grand, Jules Moch, un polytechnicien socialiste. 1893-1985, mémoire de DEA, Paris-XII, 1992.
  • Éric Méchoulan, Jules Moch un socialiste dérangeant, Bruxelles, éd. Bruylant, et Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 2000.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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