Roland Dumas

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Roland Dumas
Roland Dumas, dans les années 1980.
Roland Dumas, dans les années 1980.
Fonctions
6e président du Conseil constitutionnel français
8 mars 19951er mars 2000
Prédécesseur Robert Badinter
Successeur Yves Guéna (Président)
Monique Pelletier (Membre)
Ministre d'État, ministre des Affaires étrangères
12e ministre des Affaires étrangères de la Ve République
10 mai 198828 mars 1993
Président François Mitterrand
Gouvernement Michel Rocard I
Michel Rocard II
Édith Cresson
Pierre Bérégovoy
Prédécesseur Jean-Bernard Raimond
Successeur Alain Juppé
Ministre des Relations extérieures
10e ministre des Affaires étrangères de la Ve République
7 décembre 198420 mars 1986
Président François Mitterrand
Gouvernement Laurent Fabius
Prédécesseur Claude Cheysson
Successeur Jean-Bernard Raimond
Ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes
18 décembre 19837 décembre 1984
Président François Mitterrand
Gouvernement Pierre Mauroy III
Laurent Fabius
Prédécesseur André Chandernagor
Successeur Catherine Lalumière
Député de la Gironde, Député de la Dordogne
2 avril 1973, 21 juin 19812 avril 1978, 28 mars 1993
Élection 2 avril 1973, 21 juin 1981
Réélection 16 mars 1986
12 juin 1988
Législature VIIe, VIIIe, IXe
Député de la Corrèze
12 mars 196730 juin 1968
Élection 12 mars 1967
Législature IIIe
Député de la
Haute-Vienne
19 janvier 19569 octobre 1962
Élection 2 janvier 1956
Biographie
Date de naissance 23 août 1922 (92 ans)
Lieu de naissance Limoges, France
Nationalité Française
Parti politique Parti socialiste
Profession Avocat

Roland Dumas, né le 23 août 1922 à Limoges (Haute-Vienne), est un avocat et homme politique français.

Proche de François Mitterrand, il a été plusieurs fois ministre, des Relations extérieures de 1984 à 1986 et des Affaires étrangères de 1988 à 1993. Il a ensuite présidé le Conseil constitutionnel de 1995 à 2000.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Roland Dumas est le fils d'Élisabeth Lecanuet et Georges Dumas. Ce dernier est fonctionnaire des impôts, détaché à la mairie de Limoges pour gérer les régies des services publics municipaux. Membre du Parti socialiste, interdit par les autorités de Vichy, et de l'Armée secrète, il est arrêté sur dénonciation à la Gestapo le 24 mars 1944, comme chef régional du Noyautage des administrations publiques (NAP), puis fusillé deux jours plus tard à Brantôme (Dordogne), avec vingt-quatre autres résistants[1]. Une avenue de Limoges porte son nom.

Roland Dumas s'engage dans les Mouvements unis de la Résistance (MUR) pour lesquels il transporte des armes dans la région de Grenoble au profit des maquis[1]. Organisateur du boycott de l'Orchestre philharmonique de Berlin par les étudiants lyonnais le 18 mai 1942[2], il est arrêté par la police française et fait l'objet d'un internement administratif pour motif politique au Fort Barraux entre le 19 mai et le 31 mai 1942. Il s'en évade, avec quelques camarades, la veille de sa remise en liberté.

À la Libération, il reçoit la Croix de guerre 1939-1945 et la Croix du combattant volontaire[1].

Il termine ses études de droit à Paris, en travaillant parallèlement dans une agence de presse, l’Agence économique et financière (AGEFI), où il traduit des dépêches aux côtés de Pierre Viansson-Ponté et Pierre Charpy, plus particulièrement celles traitant du Proche-Orient[3].

Il décroche également un diplôme de la London School of Economics et de l'École libre des sciences politiques et suit une formation à l'École des langues orientales[1].

Avocat politique[modifier | modifier le code]

Il pense à une carrière de chanteur lyrique pour satisfaire sa passion pour la musique et l'opéra[4]. Entre 1949 et 1955, il collabore à l'Agefi comme chef du service étranger, à L'Information[1], et au Nouveau journal, et couvre en particulier la conférence de Genève sur l'Indochine[5].

Puis, il s'inscrit au barreau en 1950. En plaidant en décembre 1953, aux côtés de Robert Badinter, pour le résistant communiste Georges Guingouin, proche de son père, victime d'une machination l'accusant de meurtre, qui bénéficie d'un non-lieu en 1959, et en obtenant l'acquittement en 1954 du secrétaire-général de la défense Jean Mons, soupçonné d'avoir livré des secrets au PCF, il gagne la reconnaissance dans les prétoires[4].

Cette dernière affaire touche également le ministre de l'Intérieur sous le gouvernement de Pierre Mendès France, François Mitterrand dont il est l'avocat lors de l'attentat de l'Observatoire en 1959, et avec qui il tisse des liens fidèles malgré des positions différentes sur le Proche-Orient et la décolonisation[4].

Il défend également Francis Jeanson, organisateur des réseaux de financement du FLN lors de la guerre d'Algérie[6], est partie civile lors de l'affaire Ben Barka[4], plaide dans les affaires Markovic et Jean de Broglie.

Défenseur du journal Le Canard enchaîné dans les années 1970 et jusqu'en 1983[3], il plaide contre Jacques Foccart, dans l'affaire des écoutes de l'hebdomadaire dites des « plombiers du Canard », et contre Valéry Giscard d'Estaing dans l'affaire des diamants[4].

Jean Genet, Jacques Lacan, Marc Chagall, les héritiers d'Alberto Giacometti, de Giorgio De Chirico et de Georges Braque, Mouammar Kadhafi sont de ses clients et amis. Il se constitue une importante collection d'art. Pablo Picasso le charge du retour de Guernica à Madrid quand l'Espagne sera redevenue démocratique[4],[5].

Député socialiste[modifier | modifier le code]

Ami proche de François Mitterrand, il prend la tête de la liste dissidente de la SFIO en Haute-Vienne, laissée par le sénateur et premier adjoint de Limoges, Gaston Charlet. La liste remporte 20 610 voix et 11,5 % des suffrages exprimés. Roland Dumas est élu député seul, malgré le meilleur score obtenu par le sénateur[1].

Apparenté UDSR, il est secrétaire de la Commission de la production industrielle et siège à celle de la presse. Il est l'auteur de huit propositions de loi, signe deux résolutions, s'investit dans les débats du projet de loi concernant les œuvres cinématographiques comme rapporteur et par plusieurs amendement le 20 avril 1956, et exprime, le 14 décembre 1956, la position de la commission de la presse à propos du projet de loi sur la propriété littéraire et artistique. Il s'oppose au Traité de Rome instituant la communauté européenne, dans laquelle il craint la puissance allemande. Il défend également ses positions contre la Guerre d'Algérie en faisant voter un amendement le 17 juillet 1957, empêchant l'assignation à résidence en Algérie des individus réputés « dangereux » dans le cadre de la reconduction des mesures exceptionnelles de la loi du 16 mars 1956, et en s'opposant à un amendement au projet de loi sur l'amnistie dans certains territoires d'outremer, jugé insuffisant[1].

Il est des trois députés sur quatorze de l'UDSR qui refusent l'investiture du général de Gaulle en 1958 aux côtés de François Mitterrand[1]. Aux élections suivantes, il ne résiste pas à la victoire gaulliste[5].

Il est élu député FGDS de Corrèze de mars 1967 en battant Jean Charbonnel secrétaire d'État aux affaires étrangères, chargé de la Coopération, mais est battu en juin 1968. Candidat contre Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux lors des élections municipales françaises de 1977, il est élu député socialiste de Dordogne en juin 1981, mars 1986 puis juin 1988, sans s'y implanter réellement[5].

Étant ministre pendant cette période, il ne siège que de juin 1981 à janvier 1984, puis de mars 1986 à mai 1988. En mars 1993, il est emporté par la « vague bleue », malgré ou à cause de la promesse du don à l'hôpital de Sarlat, d'un scanner fourni par la fondation de Nahed Ojjeh, fille du ministre syrien Mustafa Tlass[4],[5].

Ministre de François Mitterrand[modifier | modifier le code]

Quand François Mitterrand est élu président de la République, Roland Dumas est au premier rang de la cérémonie du 21 mai au Panthéon, pour laquelle il organise un récital de Placido Domingo grâce à sa position de défenseur de l'Opéra de Paris. Pour autant, il n'entre pas au gouvernement, et se voyant confier des missions plus discrètes. On dit alors : « Mitterrand a deux amis avocats, Badinter pour le droit et Dumas pour le tordu. »[4]

Au cours de l'année 1983, il est l'émissaire spécial de François Mitterrand auprès du colonel Kadhafi. Il tente de dissuader la Libye d'envahir le Tchad via une rébellion nord-tchadienne, ce qui aurait forcé la France à intervenir pour maintenir le régime en place. Kadhafi lui promet de ne pas pénétrer au sud du 15e parallèle. Le Tchad est ainsi provisoirement coupé en deux, mais le régime de Ndjamena est maintenu grâce à l'action de la France.

En décembre 1983, il est nommé ministre des Affaires européennes puis, en plus, porte-parole du gouvernement (en juin 1984). En décembre 1984 il est nommé ministre des Relations extérieures du gouvernement de Laurent Fabius et s'engage notamment pour trouver une solution au conflit israélo-palestinien. En tant que ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas signe l'Acte unique européen le 17 février 1986[7]. Il est élu président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale pendant la session parlementaire de l'automne 1986 grâce aux voix du Front national et d'un membre anonyme de la majorité RPR et UDF (le vote eut lieu à bulletin secret) contre Bernard Stasi[5] ; lequel Front national donnera ses voix à Valéry Giscard d'Estaing aux sessions de 1987. il retrouve le Quai d'Orsay après la seconde victoire de François Mitterrand en 1988, malgré la tentative de Michel Rocard, Premier ministre nommé, de l'en écarter[6]. Il y demeure jusqu'en 1993, représentant la France à l'occasion de la réunification allemande, de la fin de l'URSS et du déclenchement de la guerre du Golfe.

Son action diplomatique est notamment marquée par ses efforts en vue de la création d'un État palestinien (réception de Yasser Arafat à l'Élysée en 1989 en échange de la reconnaissance du caractère caduc de la charte de l'OLP) et de la paix au Cambodge (retour au pouvoir de Norodom Sihanouk).

Homme de réseau, franc-maçon, profitant de la confiance totale du Président de la République, il incarne la Françafrique mitterrandienne qui s'articule notamment autour d'Omar Bongo et de Elf[6], en contact direct avec le Président de la République au détriment des Premiers ministre, et s'appuyant sur son entregent et ses collaborateurs plutôt que sur la diplomatie des fonctionnaires du Quai d'Orsay[4].

Il effectue également, hors fonctions officielles, des missions secrètes au profit de François Mitterrand en Afrique et au Proche Orient[5], mais également pour la politique intérieure comme quand il rencontre Roland Gaucher, membre du bureau politique du Front national (parti français) durant l'entre-deux-tours de la présidentielle de 1988, pour s'assurer que l'extrême-droite n'appellera pas à faire battre le candidat socialiste[8].

Président du Conseil constitutionnel[modifier | modifier le code]

En 1995, deux mois avant la fin du deuxième septennat de François Mitterrand, Roland Dumas est nommé par le président de la République à la tête du Conseil constitutionnel. L'accueil par les sages de la rue de Montpensier, qui lui reprochent selon Raphaëlle Bacqué une certaine amoralité en comparaison à son prédécesseur Robert Badinter, est froid, mais il séduit rapidement par son esprit[6].

Quelques mois plus tard, le 11 octobre 1995, il convainc ses collègues de valider les comptes de campagne d'Édouard Balladur et Jacques Chirac, malgré les dépassements et les recettes injustifiées, pour ne pas à avoir à annuler l'élection présidentielle[6],[9].

Sous sa présidence, le Conseil constitutionnel a notamment rendu une décision affirmant que l'immunité judiciaire du Président de la République s'imposait même pour les crimes et délits de droit commun. Les affaires judiciaires (ci-dessous) le contraignent à démissionner en mars 2000.

De 1996 à 1999, il préside également l'Institut François-Mitterrand.

Les affaires judiciaires et médiatiques[modifier | modifier le code]

Article connexe : Affaire Dumas.

À partir de 1997, il est cité dans les affaires Elf et des frégates de Taïwan, pour ce qui devient l'affaire Elf, autour du rôle d'intermédiaire joué par sa maitresse Christine Deviers-Joncour. Il décide de suspendre l'exercice de ses fonctions le 24 mars 1999, puis est contraint à la démission du Conseil constitutionnel le 1er mars 2000. Il accède toutefois à l'honorariat en 2002.

Condamné en première instance à six mois de prison ferme et deux ans avec sursis, il obtient la relaxe en appel en janvier 2003 et est reconnu innocent de l'ensemble des chefs d'accusation qui l'avaient amené devant la justice[4].

Également poursuivi pour complicité d'abus de confiance, dans le cadre de la succession du sculpteur Alberto Giacometti dont il est l'exécuteur testamentaire, Roland Dumas a été condamné, de manière définitive, à douze mois d'emprisonnement avec sursis et 150 000 euros d'amende par le rejet de son pourvoi par la Cour de cassation le 10 mai 2007[4].

Il retrouve la robe d'avocat[4]. À l'extérieur des instances du Parti socialiste, où il est peu apprécié, et tenu à l'écart du cercle des mitterrandiens[6], il conserve une place médiatique de défenseur de l'ancien président après la mort de celui-ci, comme lors du procès des écoutes de la cellule de l'Élysée, en janvier 2005[10]. Lors de l'élection présidentielle de 2007, il apporte son soutien à la candidate socialiste Ségolène Royal.

Fidèle à ses positions sur le conflit du Proche-Orient, Roland Dumas est l'un des premiers soutiens de Dieudonné en 2006. Il se laisse photographier avec Bruno Gollnish, Jany Le Pen, et Alain Soral[6], et signe une lettre de recommandation pour l'entrée au barreau de Louis Aliot [11].

En décembre 2010, il agite le monde médiatique et politique en se rendant quelques jours en Côte d'Ivoire avec son confrère Jacques Vergès pour défendre les positions du président sortant Laurent Gbagbo, qui conteste la victoire d'Alassane Ouattara à l'élection présidentielle, reconnue par la commission électorale indépendante et la quasi-totalité de la communauté internationale[4]. Selon Libération, Dumas aurait été convaincu de s'y rendre par Marcel Ceccaldi, conseiller de plusieurs chefs d’État africains, conseiller juridique du FN et ancien proche de Jean-Marie Le Pen[11].

Détail des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

Mandat de député[modifier | modifier le code]

Mandats locaux[modifier | modifier le code]

Fonctions gouvernementales[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Notice de l'Assemblée nationale
  2. Éric Duhamel, François Mitterrand : l'unité d'un homme, 1998, p. 146
  3. a et b « Ma vie avec les médias : Roland Dumas », La Revue-Médias, mars 2005
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Dominique Loeillet, « Biographie », lci.tf1.fr, 20 janvier 2011
  5. a, b, c, d, e, f et g Gilles Bresson, « Un proche parmi les proches », Libération, 23 février 1995
  6. a, b, c, d, e, f et g Raphaëlle Bacqué, « Roland Dumas, l'amoraliste », Le Monde, 13 janvier 2011
  7. CVCE
  8. Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez, La Main droite de dieu : Enquête sur François Mitterrand et l'extrême droite, Seuil, 1994
  9. Benoît Collombat et David Servenay, « Campagnes de Chirac et de Balladur en 1995: souvenirs d'une arnaque », Les Inrockuptibles,‎ 23 février 2012 (lire en ligne)
  10. Patricia Tourancheau, « Roland Dumas, éternel avocat du Président », Libération, 26 janvier 2005
  11. a et b « La Côte-d’Ivoire, nouveau terrain de jeu de l’extrême droite française? », Droites Extrêmes (Le Monde.fr),‎ 7 janvier 2011 (consulté le 18 janvier 211)

Annexe[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]