André Bettencourt

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André Bettencourt
André Bettencourt (à gauche), en 1968.
André Bettencourt (à gauche), en 1968.
Fonctions
Sénateur de Seine-Maritime
25 septembre 19771er octobre 1995
(18 ans, 0 mois et 6 jours)
Député de Seine-Maritime
5 juillet 195125 septembre 1977
(26 ans, 2 mois et 20 jours)
Ministre des Affaires étrangères
15 mars 19732 avril 1973
(18 jours)
Président Georges Pompidou
Gouvernement Pierre Messmer I
Prédécesseur Maurice Schumann
Successeur Michel Jobert
Ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères
6 juillet 197215 mars 1973
(8 mois et 9 jours)
Président Georges Pompidou
Gouvernement Pierre Messmer I
Biographie
Date de naissance 21 avril 1919
Lieu de naissance Saint-Maurice-d'Ételan (France)
Date de décès 19 novembre 2007 (à 88 ans)
Lieu de décès Neuilly-sur-Seine (France)
Nationalité Française
Conjoint Liliane Bettencourt

André Bettencourt, né le 21 avril 1919 à Saint-Maurice-d'Ételan (Seine-Maritime) et mort le 19 novembre 2007 (à 88 ans) à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), est un journaliste, homme d'affaires et homme politique français.

Fondateur des journaux La France agricole et Le Courrier cauchois, dirigeant de L'Oréal, il est député puis sénateur de la Seine-Maritime entre 1951 et 1995 et membre du gouvernement sous les présidences de René Coty, Charles de Gaulle et Georges Pompidou.

Biographie[modifier | modifier le code]

André Marie Joseph Bettencourt[1] naît dans une vieille famille bourgeoise catholique normande, descendante de la famille du navigateur Jean de Béthencourt[2]. Son père, Victor, est avocat à la Cour d'appel de Paris et conseiller général de la Seine-Inférieure[3]. Son frère ainé, Pierre (1917-2006), deviendra artiste.

Étudiant en droit dans les années 1935-1937, résidant à l’internat des pères maristes, situé au 104, rue de Vaugirard à Paris, il fréquente alors des membres de La Cagoule en compagnie de ses amis Pierre Bénouville, Claude Roy et François Mitterrand[4]. Il rencontre aussi Eugène Schueller, fondateur de L'Oréal. C'est le début d'une longue carrière politique et d'une longue carrière dans le groupe L'Oréal.

Le 8 juin 1950, il épouse Liliane Schueller, Eugène Schueller lui ayant donné la main de sa fille unique en récompense de son témoignage qui l'a relaxé de toute accusation de collaboration. Il a eu une fille unique, Françoise Bettencourt-Meyers. Il est élu membre de l'Académie des beaux-arts de l'Institut de France (section VI, membres libres) le 23 mars 1988, au fauteuil de Michel Faré. Il meurt en 2007.

En politique[modifier | modifier le code]

Il dirige entre 1940 et 1942 l'hebdomadaire collaborationniste La Terre française, dans lequel il rédige la chronique « Ohé! les Jeunes! ». Dans un article intitulé « La dénonciation serait-elle un devoir », il affirme que « les jeunes doivent être, dans chaque village, les agents du Maréchal, la police de la révolution[2],[5] » Le 12 avril 1941, il y écrit « Les juifs, les pharisiens hypocrites n’espèrent plus. Pour eux l’affaire est terminée. Ils n’ont pas la foi. Ils ne portent pas en eux la possibilité d’un redressement. Pour l’éternité leur race est souillée par le sang du juste[6]. »

Au début de 1943, il serait entré dans la Résistance, au sein du Rassemblement national des prisonniers de guerre. Ses mémoires mentionneront en fait de faux états de service dans la Résistance[7]. Dans la nuit du 15 au 16 novembre 1943, il aide François Mitterrand à rejoindre Londres en avion. Arrêté la même année par la Gestapo à Nancy et incarcéré, il s'évade et serait devenu agent de liaison du CNR en Suisse, puis membre de la délégation à Berne du gouvernement d'Alger[3]. Cependant, son rôle à Genève a été contesté par le député suisse Charles Poncet, de même Serge Klarsfeld déclare n'avoir trouvé aucune preuve de l'engagement de Bettencourt avant juillet 1944[8].

À la Libération, il rejoint le Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPG, issu de la fusion entre le RNPG et les autres réseaux de résistance de prisonniers et déportés)[9], et reçoit la Croix de guerre 1939-1945, la rosette de la Résistance et la Croix de chevalier de la Légion d'honneur[3]. Le général de Gaulle l'envoie alors en Allemagne enquêter sur le sort de déportés[réf. nécessaire]. Grâce à son témoignage et celui de son ami François Mitterrand, Eugène Schueller, fondateur de L'Oréal évite l'épuration[8].

André Bettencourt s'engage en politique : il échoue aux législatives de 1946 mais succède à son père comme conseiller général de Lillebonne à la mort de celui-ci en 1947 et entre au conseil municipal de Saint-Maurice-d'Ételan. Élu à l'Assemblée nationale en 1951 sous l'étiquette de l'Union des Indépendants paysans et des républicains nationaux, il siège à la commission de la presse et à celle des territoires d'outre-mer, intervenant particulièrement sur le conflit indochinois en demandant la mise en place de négociations. Cette position le rapproche de Pierre Mendès France qui le fait entrer dans son cabinet comme secrétaire d'État à la Présidence du Conseil chargé de la coordination des services de l'information en juin 1954[3].

Réélu en 1956 sur la liste des indépendants paysans avec Pierre Courant, il participe à la Commission de la marine marchande. Il soutient les derniers gouvernements de la IVe république, approuve les traités créant la Communauté économique européenne et Euratom et vote les pouvoirs spéciaux en Algérie le 12 mars 1956, puis les pleins pouvoirs à De Gaulle et la révision constitutionnelle[3].

Réélu à l'Assemblée nationale jusqu'en 1977, dont il est vice-président de la commission des Affaires étrangères entre 1962 et 1965, puis sénateur de 1977 à 1995, il intègre la Fédération nationale des Républicains indépendants dont il est vice-président de 1966 à 1971.

Le 17 janvier 1975, André Bettencourt vote la loi dépénalisant l'avortement dite « loi Veil »[10].

Il est nommé ministre sans interruption de 1966 à 1973, étant en particulier simultanément ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé du Plan et de l'Aménagement du territoire (cabinet de Jacques Chaban-Delmas) et chargé de l'intérim du ministre des Affaires culturelles, à la mort d'Edmond Michelet. Grâce à ce double mandat ministériel, il a pu autoriser l'exploitation d'une mine de bauxite à ciel ouvert par Pechiney, dans le site naturel classé des Baux-de-Provence[11]. Ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, il organisa en septembre 1973 pour Georges Pompidou, la première visite présidentielle française en Chine depuis la prise de pouvoir par les communistes[12], et fut à ce titre l'un des rares hommes politiques français à avoir dialogué en direct avec Mao-Tsé Toung[13].

Localement, il devient maire de Saint-Maurice-d'Ételan en 1965, conserve son mandat de conseiller général de Seine-Maritime jusqu'en 1979, et préside le Conseil régional de Haute-Normandie de 1974 à 1981. Il participe à la création du district Lillebonne-Notre-Dame-de-Gravenchon[14], et le syndicat départemental de l'eau. Il est également l'initiateur du Parc naturel régional de Brotonne, du prolongement de l'autoroute de Normandie et du développement du port du Havre[15].

En 1986, il est très brièvement cité comme premier ministre possible de François Mitterrand dans le cadre du premier gouvernement de cohabitation du fait de leur ancienne amitié[15].

Les mémoires, qu'il dicte entre 1998 à 1999 à Diane de Clairval, ex-directrice de la Fondation Bettencourt Schueller[16], sont le témoignage d'un homme défait au passé terni par de sombres révélations. Ses Souvenirs tentent d'effacer l'accusation d'antisémitisme dont il fait alors l'objet, notamment aux yeux de son gendre Jean-Pierre Meyers, juif dont une partie de la famille a disparu dans les camps de concentration[7].

Dans les affaires[modifier | modifier le code]

À la fin de la guerre, il reprend sa carrière journalistique en fondant et dirigeant, aux côtés de Paul Desbruyères, Le Journal agricole devenu plus tard Journal de la France agricole puis La France agricole. Il fusionne le Petit-Cauchois et le Réveil d’Yvetot pour créer Courrier cauchois le 28 février 1948, dans lequel il publie jusqu'à sa mort, des éditoriaux lors des événements importants et des échéances électorales[13].

André Bettencourt intègre la direction de L'Oréal, en 1950. Il travaille au sein du groupe Nestlé. Il quitte le groupe en 1995.[réf. nécessaire]

En 1989, Jean Frydman, administrateur israélien de Paravision, filiale audiovisuelle de L'Oréal, est évincé par François Dalle, sous la pression de la Ligue arabe[17]. Frydman révèle alors le passé fasciste du milliardaire ainsi que celui de plusieurs autres dirigeants de L'Oréal sous l'Occupation, contraignant André Bettencourt à quitter la vice-présidence du groupe en décembre 1994[17], et à exprimer ses regrets pour ce qu'il qualifie d'« erreur de jeunesse[8]. »

Mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

Mandats électifs[modifier | modifier le code]

Conseiller général de la Seine-Maritime
Maire de Saint-Maurice-d'Ételan
Président du Conseil régional de Haute-Normandie
  • 1974-1981
Conseiller régional de Haute-Normandie
Député de la Seine-Inférieure puis de la Seine-Maritime 
Sénateur de la Seine-Maritime

Fonctions gouvernementales[modifier | modifier le code]

  • Secrétaire d'État à la Présidence du Conseil, dans le gouvernement Pierre Mendès France (du 19 juin 1954 au 23 février 1955)
  • Secrétaire d’État aux Transports, dans le gouvernement Georges Pompidou (3) (du 8 janvier 1966 au 6 avril 1967)
  • Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, chargé de la coopération, dans le gouvernement Georges Pompidou (4) (du 6 avril 1967 au 31 mai 1968)
  • Ministre des Postes et Télécommunications, dans le gouvernement Georges Pompidou (4) (du 31 mai au 10 juillet 1968)
  • Ministre de l'Industrie, dans le gouvernement Maurice Couve de Murville (du 12 juillet 1968 au 20 juin 1969)
  • Ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé du Plan et de l'Aménagement du territoire, dans le gouvernement Jacques Chaban-Delmas (du 22 juin 1969 au 6 juillet 1972)
  • Ministre des Affaires culturelles (par intérim), dans le gouvernement Jacques Chaban-Delmas (du 19 octobre 1970 au 7 janvier 1971)
  • Ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, dans le gouvernement Pierre Messmer (1) (du 6 juillet 1972 au 15 mars 1973)
  • Ministre des Affaires étrangères (par intérim), dans le gouvernement Pierre Messmer (1) (du 15 mars au 2 avril 1973)

Honneurs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. www.assemblee-nationale.fr
  2. a et b Bruno Abescat, Liliane Bettencourt. Les secrets de la première fortune de France, L'Express no 2578, 30 novembre 2000
  3. a, b, c, d et e Biographie d'André Bettencourt sur le site de l'Assemblée nationale
  4. Pierre Péan, Une jeunesse française, François Mitterrand 1934-1947, Fayard 1998, p. 229
  5. Article publié le 11 octobre 1941, dans La Terre française, cité par Charles Poncet, Nestlé, Bettencourt & les nazis, L'Aire, 1996. (ISBN 9782881083211)
  6. « Propos insupportables » L'Humanité, 14 février 1995
  7. a et b Ian Hamel, L'affaire Bettencourt : derniers secrets, Archipel,‎ 2013 (lire en ligne), p. 23-29
  8. a, b et c (en) « André Bettencourt », Telegraph, 23 novembre 2007
  9. Jean Lacouture, Mitterrand, une histoire de français, éd. du Seuil, « Points », p. 85 et 100
  10. http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/interruption/1974-12-20s.pdf
  11. , Michel Beaud, Pierre Danjou et Jean David, Une multinationale française, Seuil, 1975 p. 240
  12. « Décès d'André Bettencourt, ancien ministre du général de Gaulle » brève AFP, LeMonde.fr, 19 novembre 2007, 18 h 45
  13. a et b Étienne Banzet « André Bettencourt est décédé à l’âge de 88 ans » Fil-fax, 20 novembre 2007
  14. « La courtoisie du “grand parrain” » Paris Normandie, 20 novembre 2007
  15. a et b Christophe dupuis, « Un homme de projet », Le Courrier cauchois, 23 novembre 2007, p. 5
  16. Ils sont, selon sa volonté, non publiés mais distribués à ses proches au lendemain de sa mort en 2007.
  17. a et b Nicole Vulser, « Un siècle de beauté trouble », Le Monde, 8 juillet 2010

Annexe[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]