Stephen Pichon

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Stephen Pichon
Portrait de Stephen Pichon.
Portrait de Stephen Pichon.
Fonctions
Ministre des Affaires étrangères
25 octobre 190620 juillet 1909
Gouvernement Georges Clemenceau I
Prédécesseur Léon Bourgeois
Successeur Stephen Pichon
Ministre des Affaires étrangères
24 juillet 19092 mars 1911
Président Armand Fallières
Gouvernement Aristide Briand I et II
Prédécesseur Stephen Pichon
Successeur Jean Cruppi
Ministre des Affaires étrangères
22 mars 19139 décembre 1913
Président Raymond Poincaré
Gouvernement Louis Barthou
Prédécesseur Charles Jonnart
Successeur Gaston Doumergue
Ministre des Affaires étrangères
16 novembre 191720 janvier 1920
Président Raymond Poincaré
Gouvernement Georges Clemenceau II
Prédécesseur Louis Barthou
Successeur Alexandre Millerand
Biographie
Nom de naissance Stephen Jean Marie Pichon
Date de naissance 10 août 1857
Lieu de naissance Arnay-le-Duc, Côte-d'Or (France)
Date de décès 18 septembre 1933 (à 76 ans)
Lieu de décès Vers-en-Montagne, Jura (France)
Nationalité française
Parti politique Alliance socialiste républicaine
Parti républicain, radical et radical-socialiste
Profession Journaliste,
Diplomate

Stephen Jean Marie Pichon[1], né le 10 août 1857 à Arnay-le-Duc (Côte-d'Or) et mort le 18 septembre 1933 à Vers-en-Montagne (Jura), est un journaliste, diplomate et homme politique français radical-socialiste. Il fut successivement député de 1885 à 1893, diplomate de 1894 à 1906, sénateur de 1906 à 1924, et ministre des Affaires étrangères sous plusieurs gouvernements de la Troisième République entre 1906 et 1920.

Mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

D'abord membre de l'Alliance socialiste républicaine, Stephen Pichon évolua ensuite au sein du groupe radical puis du Parti républicain, radical et radical-socialiste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né le 10 août 1857 à Arnay-le-Duc (Côte-d'Or), où son père, Jean-Étienne Pichon, était percepteur, Stephen Pichon fit de brillantes études au lycée de Besançon. Il affirma dès l'adolescence de solides convictions républicaines en refusant de recevoir des mains du Duc d'Aumale, fils de Louis-Philippe, un prix de philosophie, et se prépara à l’École normale supérieure.

À 21 ans, indigné par la révocation arbitraire de deux officiers pour motifs politiques, il écrit une lettre à Jules Viette, député du Doubs, qui l'invite à Paris et le présente à Georges Clemenceau, alors âgé de 37 ans. C'est le début d'une longue amitié, renforcée par des liens de famille puisque Pichon épousera la nièce de Clemenceau.

Installé à Paris, il ne tarde pas à s'occuper très activement de politique, d'abord dans les cercles et les réunions d'étudiants, puis dans la presse républicaine de la nuance la plus avancée.

Journalisme et débuts politiques[modifier | modifier le code]

Collaborateur de la Commune affranchie en 1878, puis de la Révolution française, journal fondé par Sigismond Lacroix[2], il fut avec Clemenceau en 1880, un des fondateurs de La Justice, où ses chroniques parlementaires et ses articles de fond furent remarqués.

Encouragé par son mentor, il se lance dans la politique. Élu conseiller municipal de Paris pour le quartier de la Salpêtrière en 1883, puis conseiller général en 1884, il combattit avec talent la politique opportuniste et se révéla excellent orateur. Il est alors désigné, aux élections législatives de 1885, comme un des principaux candidats du parti républicain radical dans le département de la Seine.

Député radical-socialiste[modifier | modifier le code]

Élu député en 1885, il siégea à l’extrême gauche, aux côtés de Clemenceau. Comme beaucoup d'hommes politiques de l'époque, Stephen Pichon est franc-maçon et anticlérical. Ses interventions en faveur de la séparation de l’Église et de l’État, et pour la suppression du budget des cultes sont particulièrement remarquées. Il prit aussi une part énergique à la campagne antiboulangiste, fut l’auteur de la proposition adoptée par les Chambres, en vertu de laquelle les candidatures multiples furent interdites pour les élections législatives de 1889, et se prononça pour les poursuites contre le général Boulanger.

Réélu député en 1889, inscrit au groupe radical, il est nommé secrétaire de la commission du Budget au nom de laquelle il rapporte le budget des affaires étrangères. Son anticléricalisme se manifeste par la réduction des crédits affectés à l'ambassade du Vatican en 1890, le dépôt d'une proposition de loi sur la séparation des Églises et de l’État, et par un discours contre les congrégations religieuses en 1892.

Au cours de la célèbre séance du 20 décembre 1892, lorsque Paul Déroulède attaqua vivement Clemenceau au sujet de l’affaire de Panama, il est le seul à se lever pour proclamer sa solidarité. Ils sortiront ensemble de l’hémicycle.

Battu aux élections législatives de 1893, il se tourne ensuite vers la diplomatie.

Diplomate[modifier | modifier le code]

Nommé Ministre plénipotentiaire de France à Port-au-Prince (République d’Haïti) en 1894, il est envoyé en mission spéciale à Santo Domingo où il procéda au rétablissement des relations diplomatiques entre la France et la République dominicaine. Occupant les mêmes fonctions à Rio de Janeiro en 1895, il signa, après l'avoir négocié, le traité de délimitation de la Guyane française en 1897.

Cette même année, il fut envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Pékin. Durant l'été 1900, alors qu'à l'instigation de l'impératrice Cixi éclate la révolte des Boxers, il alerte le corps expéditionnaire allié qui libère les légations des puissances occidentales, et prend part comme plénipotentiaire de la République aux négociations collectives des puissances occidentales avec la Chine (1900-1901). Adversaire résolu et acharné de l’expédition européenne contre les Boxers, Clemenceau discute la politique de son ami Pichon, et accuse surtout les missionnaires, qui à ses yeux profitent de cette guerre civile pour piller les biens chinois.

Stephen Pichon fut ensuite nommé résident général de France en Tunisie le 19 mars 1901, poste qu'il occupa jusqu'en 1907.

Sa carrière diplomatique à l'étranger le tient éloigné des débats alors suscités en France par l'affaire Dreyfus (1894-1906).

Sénateur et ministre des affaires étrangères[modifier | modifier le code]

Stephen Pichon fait sa rentrée politique en 1906. Conseiller général du Jura, il est élu sénateur en janvier 1906 et siège dans les rangs du groupe radical-socialiste. Clemenceau, devenu président du Conseil en octobre 1906, cherche alors un diplomate expérimenté qui ait toute sa confiance et fait appel à Pichon pour diriger le Quai d'Orsay (en remplacement de Léon Bourgeois). On peut difficilement imaginer équipe plus brillante que celle du premier gouvernement de Clemenceau : presque toutes les illustrations de la Troisième République, alors à son apogée, y figuraient : Joseph Caillaux (qui remplace Raymond Poincaré aux Finances), Aristide Briand (à l'Instruction publique), Louis Barthou (aux Travaux publics), Gaston Doumergue (au Commerce), René Viviani (au Travail), Albert Sarraut (à l'Intérieur), Marie-Georges Picquart (nommé à la guerre pour marquer la fin de l’affaire Dreyfus).

Malgré la chute du gouvernement Clemenceau le 20 juillet 1909, il conservera son portefeuille dans les deux ministères Briand qui suivent jusqu'au 27 février 1911 (Il fut pressentit pour succéder à Clemenceau par le président Armand Fallières qui finalement lui préféra Briand).

Dans un contexte de tensions internationales croissantes, Stephen Pichon doit à la fois faire face aux attaques des adversaires de la politique coloniale de la France, notamment celles de Jean Jaurès à la Chambre, et défendre les positions françaises à l'étranger qui se heurtent aux velléités des autres puissances européennes.

Après la crise de Tanger et la conférence d'Algésiras (janvier à avril 1906), le protectorat du Maroc revient au cœur du contentieux franco-allemand en septembre 1908, quand la police française arrête à Casablanca des déserteurs allemands de la Légion étrangère que les agents consulaires allemands tentaient de protéger. Alors que des menaces se font de part et d'autre, Stephen Pichon règle le différend par la conclusion le 9 février 1909 d'un accord économique prévoyant une association dans toutes les entreprises marocaines. Paris s'engage alors à accorder l'égalité de traitement aux ressortissants allemands au Maroc, tandis que Berlin reconnait la légitimité de la France à s'octroyer le maintien de l'ordre dans le pays. La vision politique de Pichon, partagée par Briand et Clemenceau, est de chercher la paix par la coopération économique.

Il est également à l'origine du décret du 24 septembre 1908 qui engage une timide réforme en Algérie, avec l'élection des conseillers généraux indigènes, jusque là nommés par le gouverneur général, et propose un projet de loi relatif au chemin de fer colonial de Djibouti à Adis-Abeba (29 mars 1909). La démission de Briand de la présidence du Conseil le 27 février 1911, à la veille de la crise d'Agadir, interrompra sa carrière ministérielle pendant deux ans.

Stephen Pichon reprend alors sa place au Sénat où il devient rapporteur du budget des Affaires étrangères, puis retrouve son portefeuille de ministre des Affaires étrangères dans le ministère Barthou du 22 mars 1913 au 2 décembre 1913. Une grande partie de l’action de Pichon a alors consisté à renforcer le système des alliances et des ententes afin d’accroitre la capacité de résistance de la France face à une agression allemande.

Le 17 novembre 1917, aux heures les plus sombres de la Première Guerre mondiale, Clemenceau fait de nouveau appel à lui pour diriger le Quai d'Orsay. À ce titre, il participe à la conférence de paix de Paris (janvier-juin 1919) et sera l'un des négociateurs du traité de Versailles[3] signé le 28 juin 1919 dans la Galerie des Glaces de Versailles, bien que les membres de la délégation française se soient largement effacés devant Clemenceau. Le traité sera ratifié par la Chambre le 23 octobre 1919.

Aux législatives de novembre 1919, le nouveau mode de scrutin proportionnel donnant une forte prime à la majorité favorise les coalitions. La gauche divisée s'écroule face à la droite réunie au sein du Bloc national : c'est la chambre bleu horizon. Le 17 janvier 1920, Paul Deschanel est largement élu président de la République et Clemenceau présente la démission de son gouvernement au chef de l'État sortant, Raymond Poincaré.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Stephen Pichon se retire de la vie politique en 1924. Il décède à Vers-en-Montagne, dans le Jura, le 18 septembre 1933, et repose au Cimetière du Père-Lachaise.

Hommages et distinctions[modifier | modifier le code]

Travaux et publications[modifier | modifier le code]

  • Articles et chroniques parlementaires dans La Justice ;
  • Écrits de publiciste dans Le Petit Journal ;
  • La diplomatique de l’Église sous la IIIe République, 1892 ;
  • Rétablissement des relations diplomatiques entre la France et la République dominicaine ;
  • Traité d'arbitrage pour la délimitation de la Guyane française ;
  • Les derniers jours de Pékin par Pierre Loti, précédé de La Ville en flammes par Stephen Pichon, et la Défense de la légation de France par Eugène Darcy, 1902 ;
  • Dans la Bataille, essai biographique, 1908 ;
  • La Guerre et les neutres par René Moulin, préface de Stephen Pichon, 1915 ;
  • Manuscrits et correspondances, manuscrits de la bibliothèque de l'Institut de France.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ne prend pas d'accent : voir Notice biographique de Stephen Pichon sur le site du Sénat.
  2. Sigismond Krzyzanowski dit Lacroix (1845-1909) : voir sa notice biographique sur le site de l'Assemblée Nationale.
  3. Traité de Versailles de 1919, site de l'université de Perpignan.
  4. Le dossier de Stephen Pichon est sur la base LEONORE du ministère de la Culture.
  5. Le nom originel, Stephen Pichon, ne prend pas d'accent, mais la Ville de Paris a rajouté un accent, par erreur ou par volonté délibérée. Il est à noter d'ailleurs que les diverses plaques de la rue utilisent indifféremment les deux typographies.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Chronologies[modifier | modifier le code]