Société des amis des Noirs

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La Société des amis des Noirs est une association française créée le 19 février 1788 qui avait pour but l'égalité des Blancs et des hommes de couleur libres dans les colonies, l'abolition immédiate de la traite des Noirs et progressive de l'esclavage[1],[2] ; d'une part dans le souci de maintenir l'économie des colonies françaises, et d'autre part dans l'idée qu'avant d'accéder à la liberté, les Noirs devaient y être préparés, et donc éduqués.

Cette association fut fondée par Jacques Pierre Brissot et Étienne Clavière ; basée sur un système d'élections trimestrielles, plusieurs présidents se sont succédé, parfois durant plusieurs mandats mais jamais de manière consécutive : Jacques Pierre Brissot, Étienne Clavière, Condorcet et Jérôme Pétion de Villeneuve.

Adresse de la Société des amis des Noirs à l'Assemblée nationale en février 1790
Adresse de la Société à l'Assemblée nationale en mars 1791.

Historique[modifier | modifier le code]

Cette société a pour modèle une société créée en Grande-Bretagne un an plus tôt, la Society for Effecting the Abolition of the Slave Trade (Société pour l'abolition du commerce des esclaves) dont Thomas Clarkson, un de ses cofondateurs, invite Jacques Pierre Brissot à une de ses réunions[3].

En 1789, cette société compte 141 membres, dont des personnalités telles que Mirabeau, Condorcet, La Fayette, l'abbé Henri Grégoire, l'abbé Sieyès, le duc Dominique de La Rochefoucauld, Louis Monneron, et Jérôme Pétion de Villeneuve. Mais contrairement à ce qui s'est souvent dit, Robespierre n'en fit jamais partie, non plus qu'Olympe de Gouges[4].

Entre 1789 et 1791, la Société des Amis des Noirs publie dans les journaux Le Patriote français, L'Analyse des papiers anglais, Le Courrier de Provence, La Chronique de Paris et l'Adresse de la Société des amis des noirs à l'Assemblée nationale qui connaît deux éditions, l'une en février 1790[5] et l'autre en mars 1791[6].

Société élitiste, de programme « modéré » et gradualiste, elle mena une activité de publications, d'interventions auprès de l'administration et du gouvernement, d'abord contre la traite des Noirs, puis pour l'égalité des droits des métis libres. Elle fut mise en échec dans ces initiatives par les colons de Saint-Domingue et leurs représentants, notamment Barnave, regroupés à Paris dans le Club Massiac, riches en moyens et réseaux de relations, puissants à la Cour, dominant la Constituante, puis la Législative à ses débuts. Les membres de la Société furent très vite absorbés par les activités administratives et ministérielles, particulièrement à partir du ministère Girondin. En mars 1792 ce ministère girondin en la personne notamment de Clavière parvint à convaincre Louis XVI de sanctionner le 4 avril 1792 le décret législatif du 24 mars consacrant l'égalité des Blancs et des hommes de couleur libres. Elle contribua cependant à la popularisation des idées antiesclavagistes, en France et dans les colonies, et participa au renforcement, dans la conscience de nombreux Noirs et métis, de la légitimité de leurs droits d'hommes, et de celle de leurs luttes. Mais face à ces difficultés, certains Amis des Noirs tels que l'abbé Grégoire se sont exprimés dans ce sens en septembre 1791 au club des Jacobins[7].

Dès sa création, et même après sa disparition (vers l'automne 1791) elle fut rendue responsable, par ses informations, des révoltes et agitations des esclaves à partir de 1789. Elle fut dénoncée par les partisans de l'esclavage et de la colonisation, jusqu'à la seconde et dernière abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, d'être cause principale du soulèvement des esclaves de Saint-Domingue en août 1791, et de la perte de la colonie. Accusations maintes fois renouvelées dans la première moitié du XIX° siècle[8]

Sous le Directoire, une Société des Amis des Noirs et des Colonies vit le jour avec à sa tête quelques-uns de ses anciens membres de la première (l'abbé Grégoire, Lanthenas). En 1999 ont été publiés les procès-verbaux des séances de ces deux sociétés qui confirment la modération de leurs plans[9].

Penchant politiquement dès 1790 vers le brissotinisme, la Société des Amis des Noirs qui avait tant fait pour déshonorer l’esclavage et disqualifier l’argumentation colonialiste dominante montra les limites de ses orientations modérées, fidèle à sa recherche d'une abolition progressive et du soutien des colons, alors que ses principaux membres étaient arrivés au gouvernement. Elle choisit de tenter de réprimer l'insurrection des esclaves, préférant accorder la pleine qualité de citoyens aux seuls hommes libres de couleur. Mais elle fut très vite dépassée, et par le sort politique des Girondins, et par la rapide évolution de la situation politique en France et à Saint-Domingue, qui aboutit à la proclamation de l'abolition de l'esclavage par la Convention Montagnarde et le Comité de salut public le 4 février 1794[10]. Cependant au côté d'Olympe de Gouges pendant près de trois ans jusqu'en mai 1791 ses membres furent presque seuls à se préoccuper de ces questions, de ce fait se montrèrent sur le sujet plus avancés que nombre de révolutionnaires jacobins ou cordeliers[11]. En mars 1790 Mirabeau prononce au club des Jacobins un discours resté longtemps inédit contre la traite des noirs. Il y emploie pour désigner les navires négriers l'expression "bières flottantes" [12]. En février 1791 dans un pamphlet contre Gouy d'Arcy le député esclavagiste de Saint-Domingue, Brissot déforme l'expression : "longues bières". Or en avril 1793 dans son projet de déclaration des droits de l'homme et de réglementation de la propriété, opposé à celui de Condorcet, Robespierre qui ne fut jamais membre de la société reprend l'expression "longues bières" originaire donc de deux membres fondateurs de la Société des Amis des Noirs, auxquels il était opposé sur d'autres terrains [13]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Yves Benot, La Révolution française et la fin des colonies, Paris, La Découverte, 1987 ; 2e édition 2003 avec une postface de l'auteur.
  2. Jean Sévillia, Historiquement correct : Pour en finir avec le passé unique, Paris, Perrin,‎ 2003, 453 p. (ISBN 2-262-01772-7), p. 253.
  3. Nelly Schmidt, La France a-t-elle aboli l'esclavage ? - Guadeloupe-Martinique-Guyane (1830-1935), Perrin,‎ 2009, 361 p. (ISBN 978-2-262-03040-7)
  4. Olympe de Gouges, L'esclavage des noirs ou L'heureux naufrage, Côté-femmes éditions,‎ 1989, p. 15
  5. Société des Amis des Noirs et des colonies (France), Adresse à l'Assemblée nationale pour l'abolition de la traite des noirs, par la Société des amis des noirs, de Paris. Février 1790 : XVIIIe ‑ XXe siècle : 1790-1993, Lille, Imprimerie de L. Potier de Paris,‎ 1790.(notice BnF no FRBNF36400188d). Reproduction de l'édition de, Paris, l'imprimerie de L. Potier de Lille, 1790. 22 p., (notice BnF no FRBNF37237548c)
  6. Etienne Clavière, Adresse de la Société des amis des noirs à l'Assemblée nationale, à toutes les villes de commerce, à toutes les manufactures, aux colonies, à toutes les sociétés des amis de la constitution, adresse dans laquelle on approfondit les relations politiques et commerciales entre la métropole et les colonies, etc. : XVIIIe ‑ XXe siècle : 1791-1991, Paris, Editions,‎ 1791.(notice BnF no FRBNF36400239g). Reprod. de l'édition, rédigée par Étienne Clavière pour la Société des amis des Noirs, Paris, de l'imprimerie du patriote françois, 1791. VII-128 p., (notice BnF no FRBNF37243734g).
  7. Jean-Daniel Piquet, "Un discours inédit de l’abbé Grégoire sur le décret du 15 mai 1791 « Discours de M. Grégoire sur la révocation du décret relatif aux gens de couleur », Annales historiques de la Révolution française, n° 363-janvier-mars 2011, p.175-183.
  8. Jean-Pierre Barlier, La société des amis des Noirs : Aux origines de la première abolition de l'esclavage, 4 février 1794, L'Amandier,‎ 2010, 196 p. (ISBN 9782355161025)
  9. Marcel Dorigny & Bernard Gainot, La Société des Amis des Noirs, 1788-1799, contributions à l'histoire de l'abolition de l'esclavage, Paris Éditions de l'UNESCO, 1999
  10. Claude Mazauric, La Société des Amis des Noirs (1788-1799). Contribution à l’histoire de l’abolition de l’esclavage, dans « Annales historiques de la Révolution française » [En ligne], 317 | juillet-septembre 1999, mis en ligne le 10 avril 2006, consulté le 21 novembre 2011. URL : http://ahrf.revues.org/928
  11. Yves Benot, op cit.
  12. Marcel Dorigny, Les Bières flottantes des négriers, un discours non prononcé par Mirabeau pour l'abolition de la traite des nègres novembre 1789-mars 1790, Saint-Étienne, Presses Universitaires de Saint-Étienne, 1999
  13. Jean-Daniel Piquet, «  Mise au point sur Robespierre et les bières flottantes » dans l’Incorruptible. Bulletin des Amis de Robespierre, n° 78 -4e trimestre 2011, 10 p., p. 5-6.