Terreur blanche de 1815

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L’expression de Terreur blanche a une origine qui reste très incertaine. Elle caractérise deux épisodes dans l’histoire de France : en 1795, dans le Midi, certains partisans royalistes pourchassent et massacrent les jacobins responsables de la Terreur « rouge » en place les années précédentes.

Cependant, à la fin de l’année 1815, après la chute définitive de Napoléon, elle est utilisée par les bonapartistes et les anciens révolutionnaires pour désigner les sanctions et les mesures d'éviction prises contre certains d'entre eux.

Le contexte historique : les Cent-Jours et la chute de Napoléon Ier[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Première Restauration et Cent-Jours.

Le nouveau régime de Louis XVIII, en place depuis avril 1814, doit affronter une sérieuse épreuve à partir de mars 1815.

Napoléon s’est échappé de l’île d'Elbe et a débarqué à Golfe-Juan, le 1er mars 1815. Après une remontée triomphale sur Paris, il arrive, le 20 mars, au palais des Tuileries. Louis XVIII, abandonné par son armée, s’enfuit à Gand, en Belgique. Le lendemain de son arrivée à Paris, Napoléon abolit la noblesse et les titres et séquestre les biens des émigrés qui sont revenus en France depuis le début de la Restauration. L’empereur paraît renouer avec l’héritage de la Révolution de 1789. Il forme également un nouveau gouvernement composé d’anciens ministres, comme Fouché. Le rétablissement du régime impérial se heurte aux soulèvements royalistes menés par la duchesse d’Angoulême qui a levé une armée de quatre mille hommes, puis par le duc d’Angoulême dans la France méridionale. Grouchy en vient à bout le 8 avril et l’empereur leur impose des humiliations de toutes sortes : emprisonnements, imposition forcée des notabilités royalistes, etc.

Le 15 juin, Napoléon décide d’attaquer, en Belgique, des troupes anglaises et prussiennes. Il est battu, le 18 juin, à Waterloo. Il envisage tout de même de poursuivre la lutte, mais la Chambre des représentants ne le suit pas. Napoléon Ier abdique, le 22 juin, en faveur de son fils.

Exilé en Belgique pendant les Cent-Jours, Louis XVIII revient à Paris, le 8 juillet 1815. Il forme un gouvernement dominé par Talleyrand afin de prévenir toute réaction royaliste intérieure. Cependant, cette nouvelle composition ne répond pas aux aspirations des Ultras.

La Terreur blanche : une réaction des ultras royalistes contre les bonapartistes et les républicains[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Seconde Restauration.

Difficilement contenue pendant les Cent-jours, la haine des royalistes explose à l’annonce de Waterloo. La Terreur Blanche est un mouvement de réaction contre les bonapartistes et les anciens révolutionnaires, dont la violence se développe dans le Midi et dans les vieux pays de contre-révolution comme la Vendée, la Bretagne et le Maine.

Des bandes de royalistes s’arment et terrorisent le pays. Ils sont connus sous le nom de Verdets car ils portent la cocarde verte, couleur du comte d’Artois, le chef des ultras royalistes. Cette vague de terreur royaliste est particulièrement sanglante autour de Marseille et de Toulouse, où des dizaines de soldats bonapartistes sont assassinés. Les Verdets y trouvent de nombreuses sympathies. Napoléon avait dû se déguiser lors de son voyage vers l’île d’Elbe, en 1814, afin d’échapper à la fureur des habitants de la vallée du Rhône, majoritairement royalistes.

Ainsi, des mouvements populaires et spontanés, très mal contrôlés par l’administration royale, apparaissent. À Marseille, le peuple se soulève et massacre d’anciens Mamelouks de la garde impériale, le 25 juin 1815. À Toulouse, le général Ramel, commandant de cette place forte au nom de Louis XVIII qui avait tenté de désarmer les Verdets, est assassiné le 15 août. À Avignon, le maréchal Brune, héros de l’Empire, est massacré par la foule et jeté dans le Rhône.

Dans le Gard, Jacques Dupont dit Trestaillons, à la tête de bandes armées, fait assassiner plusieurs dizaines de réformés[1], beaucoup d’autres sont persécutés et plusieurs milliers s’enfuient. Les seuls refuges espérés sont les prisons. Cependant, celles-ci sont vidées et leurs occupants sont exterminés.

Les troubles prennent fin à l’automne 1815 après la proclamation de Louis XVIII sur les excès du Midi le 1re septembre[2]. Néanmoins, ni les troupes d’occupation en place depuis la défaite de Napoléon ni les autorités françaises, désorganisées, n’ont tenté d’arrêter les massacres.

La seconde Terreur blanche ou « Terreur légale »[modifier | modifier le code]

Cette terreur d’origine populaire, se greffe, dans un climat de vengeance entretenu par les candidats ultras, aux élections législatives.

Celles-ci voient le triomphe des Ultras, proches du comte d’Artois. Ils remportent 350 sièges sur 398. Louis XVIII l’appelle « Chambre introuvable » car selon lui, même en désignant les députés, il n’aurait pu trouver une meilleure composition[3]. Ce raz-de-marée réactionnaire reflète surtout le durcissement des notables des provinces, effrayés par les Cent-Jours, qui souhaitent arrêter la révolution. Talleyrand est remplacé par le duc de Richelieu. Le cabinet de ce dernier est composé, pour une partie, d’émigrés, comme lui, dont le vicomte Dubouchage, ancien ministre de la Marine de Louis XVI.

La Chambre élue en août ne reste pas inactive. Elle commence une épuration légale qui marque sa volonté de revanche sur la Révolution et l’Empire. L’épuration de l’administration est sévère ; elle touche plus du quart des fonctionnaires. Environ 70 000 personnes sont arrêtées pour « délit politique » et 6 000 condamnées. Cette épuration aboutit à la condamnation de plusieurs généraux de l’empire, ralliés à Napoléon durant les Cent-jours, en particulier La Bédoyère, Mouton-Duvernet, le maréchal Ney, héros de la campagne de Russie et les frères Faucher, qui sont fusillés. En janvier 1816, la loi contre les régicides condamne au bannissement tous les anciens conventionnels qui avaient voté la mort de Louis XVI, comme Carnot et David.

De plus, la fin de l’année 1815 est marquée par plusieurs lois constitutives qui, ajoutées à l’épuration légale, sont appelées la « seconde Terreur Blanche » : cette législation répressive comprend la loi de sûreté générale du 29 octobre, qui suspend les libertés individuelles et permet d’emprisonner sans jugement, ainsi qu'une loi sur les cris et les écrits séditieux, le 9 novembre, prévoyant une juridiction correctionnelle, enfin, le 27 décembre, un rétablissement des cours prévôtales qui statuent en matières de crimes politiques sans jury ni appel. Ces mesures votées par la Chambre introuvable n’ont qu’une portée temporaire puisque Louis XVIII fait prévaloir par la suite sa politique de conciliation. Très contestées d’un point de vue juridique, elles ont tout de même prononcé 250 condamnations.

Conclusion[modifier | modifier le code]

La Terreur blanche fait 300 à 500 morts[4]. À la fin de 1815, un mouvement de retour en arrière est largement engagé. Il semble que, dans les milieux politiques, l’ultracisme soit l’opinion dominante. La Terreur blanche décroît dans ses formes les plus extrêmes, même si Lagarde, un général modéré, est assassiné à Nîmes le 12 décembre pour avoir tenté de rouvrir un temple. Malgré les propos menaçants qui subsistent dans la Chambre introuvable, Louis XVIII la dissout, le 5 septembre 1816, mettant ainsi définitivement fin à la Terreur blanche.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mourre, Dictionnaire encyclopédique d’histoire, Bordas.
  • Nadine Vivier, Dictionnaire de la France du XIXe siècle, Hachette supérieur.
  • Jean Tulard (dir.), Dictionnaire Napoléon, Fayard.
  • Jean Tulard, Les révolutions de 1789 à 1851, in Jean Favier (dir.), Histoire de France, Le livre de poche.
  • J. Garrigues, P. Lacombrade, La France au XIXe siècle, 1814-1914, Campus, Armand Colin.
  • G. de Bertier de Sauvigny, La Restauration, Flammarion.
  • Pierre Albertini, La France du XIXe siècle (1815-1914), Hachette supérieur.
  • Jean-Claude Caron, La France de 1815 à 1848, Cursus Armand Colin.
  • J. El Gammal, Histoire politique de la France de 1848 à 1870, Fac. Histoire Nathan.
  • Vincent Adoumié, De la monarchie à la république 1815-1879, Carré Histoire, Hachette supérieur.
  • Encyclopædia Universalis 2007.
  • André Chamson, Les Taillons ou la Terreur blanche (roman), Plon, 1974.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ernest Daudet, Revue des Deux Mondes, tome 26, 1878 [1]
  2. Isabelle Backouche, La Monarchie parlementaire 1815-1848, Pygmalion 2000, p.29
  3. C’est ultérieurement que l’expression prendra un sens ironique. Voir Mémoires d’une femme de qualité, sur Louis XVIII, sa cour et son règne, Paris, Mame et Delaunay-Vallée, 1829, tome III, p. 67.
  4. Jean-Clément Martin (dir.), Dictionnaire de la Contre-Révolution, Perrin,‎ 2011, p. 492.