Pierre Victurnien Vergniaud

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Pierre Vergniaud.jpg

Pierre Victurnien Vergniaud (31 mai 1753 à Limoges - guillotiné 31 octobre 1793 à Paris) était un avocat, homme politique et révolutionnaire français.

Bien plus que l'organe oratoire du parti girondin, il fut l'un des plus grands orateurs de la Révolution française, et au-delà, de son siècle. Si la postérité de son nom n'a pas connu la même gloire que celle de Mirabeau ou Danton, la défaite de la Gironde au 31 mai 1793, parachevée le 2 juin de cette même année n'y est certainement pas étrangère. Les historiens ayant préféré s'attacher aux montagnards représentés par le trident Danton - Marat - Robespierre.

Pour autant, le méconnu Vergniaud ne doit pas être réduit à son éloquence. Par-delà sa verve oratoire, il reste un des grands organes de la Révolution qui est à l'origine de certains grands faits de la Révolution française. Président à plusieurs reprises de l'Assemblée législative et de la Convention nationale, c'est lui qui déclara la « patrie en danger » (discours du 3 juillet 1792). C'est également lui qui prononça la suspension du roi au 10 août 1792 et le verdict qui condamne Louis XVI à la mort. Il fut pour beaucoup dans la chute du trône, et la levée en masse des citoyens pour la guerre. Il fut avec Georges Danton un des grands organes énergiques de la Révolution, ce qui fait regretter à Michelet que ces deux hommes ne se soient pas entendus[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses débuts[modifier | modifier le code]

Fils d'un maître d'armes, il reçoit une éducation moyenne, mais une bonne instruction. Son père ayant connu des revers de fortune, le jeune homme entre au séminaire qu'il quitte bientôt, faute de vocation. Vite repéré par Turgot, alors intendant du Limousin qui lui procure une bourse au collège du Plessis à Paris, Vergniaud est envoyé par lui aux écoles de Bordeaux. Il y termine brillamment ses études classiques avant de venir à Bordeaux pour y faire son droit.

Inscrit au barreau de la ville en 1780, secrétaire de Dupaty président du Parlement, il acquiert rapidement une certaine notoriété. Surtout, la protection de Dupaty permet à Vergniaud d'acquérir la charge d'avocat au parlement de Bordeaux. Brillant mais doté d'un caractère indolent, paresseux, rêveur, le jeune avocat n'accepte de travailler que lorsqu'il a besoin d'argent, refuse des causes le reste du temps. L'argent ne l'intéresse pas et il ne cherche pas à faire fortune. Administrateur de la Gironde en 1789, Vergniaud entre à la société des amis de la Constitution.

Naissance de la vocation révolutionnaire (1789-1791)[modifier | modifier le code]

En 1789, alors que la Révolution éclate à Paris et partout ailleurs en France, Vergniaud a trente-six ans. Par le biais de la société des amis de la Constitution, il suit de près les grands événements qui ont lieu à Paris, il s'informe par les journaux, les gazettes qui font alors florès. À cette période, Vergniaud est encore favorable à la monarchie constitutionnelle mais la tentative de fuite du roi, le 20 juin 1791, la fusillade du Champ-de-Mars 17 juillet 1791 et l'impopularité naissante de l'Assemblée constituante, jugée trop modérée par les publicistes et les sections parisiennes remodèlent la pensée politique de Vergniaud (comme bien d'autres révolutionnaires à l'automne 1791). Il se présente alors à Bordeaux et se fait élire député pour l'assemblée législative qui succède à l'assemblée constituante.

Une ascension fulgurante (octobre 1791-décembre 1791)[modifier | modifier le code]

Vergniaud élu, il ne lui reste qu'à rejoindre Paris. Une nouvelle carrière s'ouvre à lui et aux autres députés bordelais qui le suivent. Une nouvelle période s'ouvre également pour la France, car ce petit groupe d'hommes qui entrent dans capitale totalement inconnus vont bientôt renverser le trône. Vergniaud semble déjà leur chef de file bien que son caractère n'aille nullement dans ce sens. Juriste éloquent, philosophe profondément empreint de justice et d'humanité, il avait une filiation évidente avec le siècle des Lumières partageant avec Voltaire la lutte contre l'Église et l'intolérance. Mais déjà pouvait-on percevoir chez Vergniaud ces inconstances qui devaient le mener deux ans plus tard, lui et son parti, à la guillotine. Un témoin de l'époque, Monsieur de Reinhart, un diplomate allemand, rencontra la voiture qui conduisait Vergniaud, Gensonné, Fonfrède et Guadet. Il trouva à ses compagnons de voyage une infinie générosité, du génie, mais également une certaine inexpérience, une tendance à être beaux parleurs, dominés par les habitudes du barreau. L'anecdote est racontée par Michelet[2].

Certains historiens ont parlé de Vergniaud comme d'un leader des girondins dans la mesure où il symbolisait les forces et faiblesses, les grandeurs et les bassesses de ces amis. En revanche, Vergniaud n'avait pas, contrairement à ses collègues, l'esprit clanique et querelleur. Il était plutôt indolent, voire paresseux, ce qui explique, en plus de son génie, sa propension à improviser à la tribune.

Le 1er octobre 1791 s'ouvre la première session de l'assemblée législative. Vergniaud siège à son extrême gauche avec ses amis de Bordeaux, Ducos, Gensonné et Guadet. Dès ses premières sessions, cette nouvelle assemblée tergiverse : le 5 octobre 1791, sur demande de plusieurs députés, l'Assemblée décrète que le titre de Majesté serait remplacé par Roi des Français et que le siège destiné au roi serait à la même hauteur que le siège destiné au président de l'Assemblée[3]. Mais sous la pression royaliste et dans l'incertitude, l'assemblée annule son décret le lendemain. Mêmes lenteurs constatées en ce qui concerne les décrets contre les émigrés qui se réunissent à Coblence et menacent la France de guerre civile. Après son collègue Brissot, Vergniaud fait son entrée sur la scène nationale, dans un discours très équilibré, fluide et empreint d'humanité (ce qui en accentue la portée et le défi lancé au roi), qui se termine par une injonction noble et mordante à Louis XVI :

« Si le roi a le chagrin de ne pas trouver en ses frères (sous-entendu, les émigrés qui complotent contre la France, au nom du roi) l'amour et l'obéissance, qu'ardent défenseur de la liberté, il s'adresse au cœur des Français, il y trouvera de quoi se dédommager de ses pertes. »

— Pierre Victurnien Vergniaud, Archives nationales, L'assemblée législative, Discours du 30 octobre 1791

Ce discours fait un tel effet sur l'assemblée qu'elle acclame son orateur et le nomme dès le lendemain à la présidence (30 octobre 1791) [4]. Vergniaud n'est alors à Paris que depuis un mois. Au mois de novembre, Vergniaud, avec Isnard, Guadet et d'autres, multiplie ses attaques contre les émigrés et les prêtres réfractaires (ceux qui avaient refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé). Au mois de décembre, il rédige un projet d'adresse aux Français dans lequel il dénonce l'attitude des émigrés et leur projet de guerre contre la France. Cet appel vibrant se termine par cette emphase, procédé de style que Vergniaud, comme beaucoup d'autres orateurs de la Révolution, utilise souvent :

« Union et courage : la gloire vous attend. Jadis les rois ambitionnaient le titre de citoyens romains ; il dépend de vous de leur faire envier le titre de citoyen français »

— Pierre Victurnien Vergniaud, Les plus beaux discours de Vergniaud, réunis par F. Castre, Éditions du Centaure, Paris, page 17

Ce projet d'adresse destiné aux Français montre, mais contredit également le consensus qui s'est fondé entre les historiens qui rangent Vergniaud parmi les orateurs et ne jamais en faire un homme d'action. Or, à la lumière de ce texte, Vergniaud, inspiré par le projet d'adresse que Mirabeau avait écrit aux français en juillet 1789, cherche avant tout à impliquer ses concitoyens, à les faire entrer dans une phase active. Cela contredit également l'historiographie qui fait de Vergniaud un modéré : contrairement aux Feuillants et comme les Montagnards, Vergniaud considère que la Révolution n'est absolument pas achevée et qu'il faut la poursuivre. Il refuse de laisser les citoyens dans un état de latence et cherche à les impliquer. Le refus de la passivité est toute girondine en 1791, et c'est ce grand mouvement des idées qui va conduire à la guerre, guerre utopique destinée à libérer tous les peuples et à faire tomber tous les trônes. Avant de s'attaquer à Louis XVI, Vergniaud, Brissot et les girondins entendent régler leur compte aux cours de l'Europe et répondre enfin aux provocations des émigrés réunis à Coblence. Ce mouvement vers la guerre sera également celui d'un schisme au sein des patriotes qui siègent encore à l'extrême gauche : d'un côté, Vergniaud, Isnard, Fonfrède, Brissot et Roland souhaitent la guerre comme moyen de faire tomber les trônes et de réduire à néant l'influence de Louis XVI, d'un autre côté, Robespierre, Desmoulins et Couthon qui préfèrent déjouer les complots internes et ne pas se lancer dans une guerre coûteuse, qui peut détruire la France et qui n'entraîne pas l'amour des autres peuples. Personne n'aime les missionnaires armés, dit Robespierre aux Jacobins.

L'apogée de la gloire (janvier 1792-août 1792)[modifier | modifier le code]

La première phase des discussions sur la guerre est celle de l'interminable débat sur les sanctions à prendre contre les émigrés. Dans un discours du 11 janvier 1792, Vergniaud appuie une motion de Brissot visant à envoyer un ultimatum à l'empereur Léopold II. Discours où se trouve sa fameuse formule [...] en méritant le titre de bienfaiteurs de votre patrie, vous mériterez aussi celui de bienfaiteurs du genre humain. Toujours cette utopie, cet universalisme des droits de l'homme et cette insatiable besoin de justice. On retrouve cette dichotomie avocat/philosophe dans le style de Vergniaud. Toujours la recherche du bon mot, au service de la justice. Cette philosophie romaine de l'éloquence qui doit permettre d'éclairer le peuple est constamment la muse de Vergniaud. Avec ses amis, partisans de la guerre, ils incitent le peuple à agir. La guerre, c'est aussi le moyen de profiter de toute l'énergie populaire. Cette étape est également celle de la scission avec Robespierre, farouche opposant à la guerre.

Grâce à l'influence de Dumouriez, des ministres brissotins (Pétion, Clavière, etc.), étaient entrés au gouvernement en mars 1792. Suite à leur révocation, avant la journée du 20 juin 1792, Vergniaud se serait entremis en juillet avec les conseillers de Louis XVI, pour faire assurer sa protection à condition de rappeler les ministres démocrates. Louis XVI refusa cette ouverture et fit appel à des ministres qui, pensait-il, lui étaient acquis.

Au mois de juillet, dans un de ses meilleurs discours, il dénonça la duplicité de la politique étrangère des Tuileries, qu'il rendait responsable de l'attitude des puissances ennemies.

Président de l'Assemblée nationale législative (Révolution française), le 10 août 1792, en remplacement de Merlet, il accueille le roi et sa famille venus chercher refuge auprès des députés.

Dans l'après-midi, en tant que directeur, il fit adopter par ses collèges ces deux mesures historiques : Le peuple français est invité à former une Convention nationale, et Le chef du pouvoir exécutif (Louis XVI) est provisoirement suspendu de ses fonctions (décret de déchéance), et il prononça la suspension de sa fonction.

De la législative à la convention nationale (août 1792-novembre 1792)[modifier | modifier le code]

Cependant, à partir de cette date, il dénonce la démagogie et les machinations tortueuses des Exagérés issus de la Commune du 10 août qui ont la force armée pour eux, sous le commandement de Santerre puis de Hanriot. Il s'élève contre le terrorisme que certains présentent comme une fatalité révolutionnaire et les dangers que la démagogie développée dans les clubs populaires et les sections fait peser sur la représentation nationale.

Vergniaud s'élève avec force avec Charles de Villette et Olympe de Gouges contre les Massacres de Septembre et demande que les responsables soient identifiés et jugés comme ils le méritent. Élu à la Convention, il réclame une commission d'enquête parlementaire susceptible de faire la lumière sur les voies de faits et les spoliations de septembre où des députés sont impliqués (notamment Marat, Santerre et Panis).

Danton devient ministre de la Justice le 17 août 1792. Grand vainqueur du 10 août, membre de la Commune insurrectionnelle de Paris, substitut du procureur Manuel, Danton par son réseau et ses amitiés entre au pouvoir « Au son du tocsin ». Vergniaud et la Gironde ayant hésité le 10 août, ils ont laissé, à partir de ce moment, les rênes de la Révolution à La Commune de Paris. Si les girondins retrouvent leurs ministères avec Servan, Clavière et Roland, l'influence de Danton écrase vite ces hommes sans relief. Rapidement, c'est lui qui décide tout, qui arrange la retraite des troupes françaises, traite via ses émissaires avec les forces étrangères (certains dirent que Danton avait acheté le duc de Brunswick et que cela expliquerait la victoire de Valmy).

À ce moment-ci, Danton dirige la France : il tient les fils de la police, de la politique étrangère, de l'armée et son réseau immense lui permet de négocier avec chaque parti. Enfin, sa popularité sans commune mesure dans Paris et au sein des sections lui assure un soutien total de la capitale. Il peut agir librement, sans avoir à se retourner. Cette puissance est immédiatement vue d'un mauvais œil par les girondins et surtout par Madame Roland : le Mirabeau de la canaille n'entre pas dans les schémas ampoulés du véritable chef de la Gironde, Manon Roland. Sa république à elle ne doit souffrir aucune impureté, aucune vertu souillée (on note la ressemblance de la pensée rolandiste avec la pensée robespierriste). Danton pour Manon, est une hydre infâme, la honte de la République : corrompu, grossier, gouailleur, libertin, elle lui trouve tous les défauts et lui fait les mêmes griefs dont Robespierre se servira pour l'envoyer à la guillotine. Elle ne trouve pas derrière cet aspect terrible du taureau de la Révolution la force vive, l'énergie et l'intelligence révolutionnaire de Danton. De lui, elle ne voit que le turbot farci, mot terrible de Billaud-Varenne.

Les Massacres de Septembre, ou la première Terreur dont on dit que Danton a laissé faire, voire prémédité (la réalité historique est bien plus complexe) achève de convaincre Madame Roland de l'infamie de ce personnage, vu par elle comme un assassin, un anarchiste et un possible dictateur. Dès lors, les girondins se rangent derrière elle et développent un mépris à son égard que la pureté salie (et sûrement la jalousie de lui céder la popularité) vont enflammer. Quel fut le sentiment de Vergniaud à l'égard de Danton ? Difficile à dire. Entre légendes, fantasmes des historiens et vides laissés par les archives, il n'est pas aisé de tirer des conclusions. Toujours est-il que Vergniaud ne s'attaqua jamais à Danton directement. Les historiens favorables à Vergniaud et Danton[5] pensent même que Vergniaud, sans son parti, aurait pu s'entendre avec Danton, ne cédant pas ainsi les rênes de la Révolution à Robespierre. Et pour s'en tenir aux faits, rien de tout cela n'est avéré, mais encore une fois : Vergniaud qui s'attaqua tant de fois à Robespierre, ne s'attaqua jamais à Danton directement.

Deux anecdotes montrent tout de même le rapport des deux grands révolutionnaires à cette époque. La première, que l'on trouve chez Michelet [6] raconte que Danton aurait pris place avec sa femme dans la loge de Manon Roland, au théâtre, tentant ainsi, par l'entremise des femmes, et l'amitié qui serait née de ce rapport de se rapprocher de Vergniaud. Mais Manon voyant la femme de Danton préféra se retirer au prétexte quelle aurait aperçu une femme de mauvaise figure. Elle rêvait d'arriver entre Vergniaud et Dumouriez, entre la parole et l'épée et son idéal ne souffrit pas Danton à ses côtés. La deuxième anecdote semble avérée : on la retrouve dans les Mémoires de Dumouriez[6], chez Marat et nombre d'historiens l'ont relayée. Une grande fête se serait tenue en l'honneur du retour du général, fête dans laquelle se trouvaient pêle-mêle Vergniaud, Madame Roland, et Danton. Que s'est-il dit ? Nul ne le sait, mais Marat interrompit la petite fête et glaça le sang des convives.

Enfin, Michelet[6] dont les écrits historiques doivent être lus en étant circonspect, parle d'une entrevue entre Vergniaud et Danton. Ce n'est pas impossible, mais aucun texte historique n'atteste cette prétendue entrevue, et impossible de savoir ce qu'il s'y serait dit. En revanche, les archives nous montrent un Danton ayant beaucoup de respect pour Vergniaud et les girondins. L'on sait qu'à maintes reprises, il se plaignait Je ne pourrai pas les sauver disait-il Ils n'ont pas de confiance On sait également que Danton parla à Vergniaud en lui demandant de cesser ses attaques s'il ne voulait pas mourir. Vergniaud n'en fit rien (avril-mai 1793)[6]. Par fidélité à ses amis ou par conviction ? Les deux sont plausibles. Sachant qu'en septembre-octobre 1792, Vergniaud, contrairement à tous ses amis entretient des rapports cordiaux avec l'homme de l'audace.

Du procès du roi à l'arrestation de Vergniaud (novembre 1792-octobre 1793)[modifier | modifier le code]

Lors du procès de Louis XVI le 31 décembre 1792, il tente en vain de persuader ses collèges de faire appel au peuple, alternative qui aurait laissé une chance au roi. Président de la Convention le 10 janvier 1793, c'est lui qui rédigea les trois questions qui devaient être posées aux députés le jour du verdict. Malgré les intentions publiques qu'il avait manifestées avant le procès, il vota la mort sans sursis.

Il ne fut pas favorable à l'établissement, le 10 mars 1793, d'un Tribunal révolutionnaire. En revanche il participa à l'organisation de la Commission des Douze chargée de faire la lumière sur les débordements de la Commune. Le 10 avril 1793, Robespierre l'engloba dans l'accusation lancée contre les ministres girondins et Brissot d'avoir pactisé avec La Fayette et Dumouriez.

Désigné par la fameuse section du « Bon Conseil » comme l'un des Girondins à éliminer, il fut décrété d'accusation avec ses collègues, le 2 juin 1793. Contrairement à plusieurs Brissotins, il refusa de fuir avec ces mots Fuir c'est s'avouer coupable. Il publia un texte extrêmement important à connaître sur l'illégalité de la mise en accusation par la Convention - sous la menace de la force armée - des 31 députés de la Gironde, en rendant responsable Barère de Vieuzac qualifié d'imposteur et d'assassin.

Incarcéré à la Force puis au Luxembourg, il condamne l'insurrection fédéraliste fomentée par ses anciens amis. Il est guillotiné le 31 octobre 1793 avec les 21 autres députés girondins.

Legs de Vergniaud à la postérité[modifier | modifier le code]

Sciences Po Bordeaux a créé en 2009, avec le soutien du Conseil général de la Gironde, une « Chaire Vergniaud » consacrée aux questions se rapportant à la décentralisation, au développement territorial durable et à l'analyse des politiques publiques territorialisées, en France et dans le reste du monde, dans une approche comparative. Chaque année, un spécialiste de ces questions bénéficie du statut de professeur invité à Sciences Po Bordeaux, pour traiter ces problèmes dans le cadre d'un "cours d'ouverture" ou par des conférences et des séminaires organisés à Sciences Po Bordeaux ainsi qu'au Conseil général de la Gironde. En 2009-2010, le professeur Jean Mercier, de l'Université Laval à Québec, a été le premier titulaire de la « Chaire Vergniaud ».

L'homme d'État[modifier | modifier le code]

Avocat, révolutionnaire, Vergniaud fut-il un homme d'État ? Les historiens (même ceux qui lui sont très favorables) s'accordent pour dire que Vergniaud manqua, comme les brissotins de la vision que doit avoir un homme d'État[réf. nécessaire]. Les Girondins excellaient dans l'art d'attaquer, de détruire, mais lorsqu'il s'agissait de construire, ils vacillaient, achoppaient, remettaient à d'autres le soin de faire la France. En partie responsables de la journée du 20 juin 1792, du 10 août 1792, ils laissèrent ensuite le pouvoir à la Commune et s'éloignèrent du peuple.

Idéologie de Vergniaud[modifier | modifier le code]

Nous n'avons que peu de textes théoriques de Vergniaud à notre disposition. Indolent, il laissa à Condorcet le soin de rédiger la Constitution de l'an I et à Roland le ministère. Aussi, seuls ses discours peuvent nous servir comme point d'appui dans une étude de l'idéologie de Vergniaud. Or, ces discours étaient souvent des improvisations, souvent prononcés dans l'urgence ou en réponse à des attaques personnelles. De là, il ressort que Vergniaud n'est pas plus original que Robespierre, Couthon ou Brissot. Il évolua avec le temps.

D'abord favorable à une monarchie constitutionnelle, les urgences de la situation (et disons-le, l'amour de la popularité) radicalisèrent ses discours. Celui du 3 juillet 1792 était un coup terrible porté à la monarchie et ce n'est pas se tromper de dire que Vergniaud fait partie des responsables de la chute de cette royauté. (En sachant qu'auparavant, il avait écrit à Louis XVI pour lui proposer de le protéger s'il acceptait de rappeler les ministres girondins et leur laisser les pleins pouvoirs. Devant le refus de ce dernier, Vergniaud attaqua).

Une fois la République proclamée, il fut l'un des plus ardents promoteurs d'une République bourgeoise par opposition à Gracchus Babeuf par exemple. Comme Danton, Robespierre et Saint-Just, Vergniaud ne voulait pas s'attaquer à la propriété. Il la considérait comme un droit inaliénable. La République selon Vergniaud semble assez proche de ce que fut la Troisième République française. Une république de la « méritocratie », qui laisse sa chance à chacun. Vergniaud semblait placer la liberté encore au-dessus de l'égalité, ce qui explique en partie ses réticences à l'idée d'un Tribunal révolutionnaire et à la censure croissante de la presse dès septembre 1792.

Qu'est ce qui le séparait de la Montagne alors ? Idéologiquement, peut-être rien mais on trouve un schisme religieux avec Robespierre. Ce dernier comprit vite que la Révolution ne pouvait se mettre le clergé à dos, que l'homme avait besoin de nourritures célestes, de religion. En 1794, il lutta farouchement contre l'athéisme et envoya toute la Commune de Paris à la guillotine avec ce grief. Or, Vergniaud était franchement athée. Il refusa la dernière bénédiction d'un prêtre la veille de sa mort et il lutta énergiquement contre les prêtres réfractaires à la tribune de la législative et de la Convention. En cela, il était plus montagnard que Robespierre. Ceci montre également que les différences idéologiques sont plus ténues que celles qui sépareraient un Danton d'un La Fayette, un Robespierre d'un Barnave. Évidemment, Vergniaud luttait farouchement contre les idées hébertistes et maratistes.

Il semblerait que Vergniaud fût donc partisan d'une République une et indivisible avec un pouvoir fort à une seule assemblée tout en rehaussant quelque peu le pouvoir des départements pour contrebalancer le pouvoir exorbitant de la Commune de Paris. Toutefois, il faut se garder de conclusions hâtives, que ce soit dans un sens ou dans l'autre car Vergniaud a peu écrit et l'imagination des historiens est parfois obligée de combler les vides laissés par le grand orateur.

Le politique[modifier | modifier le code]

Député, président de l'assemblée législative, de la Convention Nationale, membre de la Commission des Douze, à la tête du parti le plus puissant de France, ami des ministres Servan, Clavières ou Dumouriez, les apparences peuvent nous faire croire à un Vergniaud fin politique, homme d'État qui faisait ou défaisait les gouvernements. Or il n'en fut rien. Comme nous l'avons déjà dit, Vergniaud était avant tout un homme de loi aux allures de philosophe, un orateur du genre humain, mais nullement un homme politique. S'agissait-il de dénoncer les complots de la cour ? On l'entendait à l'assemblée. S'agissait-il d'attaquer le roi ? On l'entendait. Mais dès que celui-ci tomba et qu'il fallut prendre les rênes de la République, Vergniaud ne proposa presque rien ou peu. Il ne parvenait pas à adapter ses grandes idées en actions. Pourtant, il sut agir en 1792, attaquant le roi, plaçant les ministres. Son attaque contre le duc de Brunswick et son appel à « la patrie en danger » sont aussi de grands actes vigoureux. Mais dès lors que l'ennemi numéro un, le roi, était déchu, et que tout restait à faire, Vergniaud ne perdit non de sa superbe mais de son action. Il prononçait toujours de sublimes apostrophes mais celles-ci étaient souvent sans but.

Vergniaud était-il un brissotin ?[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gironde (Révolution française).

Il s'agit d'abord de comprendre ce qu'était ce parti. Entre les 200 membres de l'assemblée législative ou de la Convention nationale qui votèrent avec eux et les cercle d'une dizaine d'amis qui se rendaient chez Madame Roland (Vergniaud n'y allait pas), quelle était la réalité de ce parti ? Il ne s'agit pas ici de faire une étude exhaustive sur les Girondins mais simplement de montrer qu'au-delà de l'indépendance d'esprit de Vergniaud, le parti girondin était très divisé, ne pouvant jamais se présenter en ordre de bataille. Aucune politique commune ne les animait, si ce ne fut dans les grands mois de 1792. Parfois, l'on voyait Isnard combattre Condorcet à la tribune, et Vergniaud contredire ses amis. En réalité, il semblerait que ce fut l'amitié qui servit de lien diaphane aux Girondins. Ils n'avaient aucune ligne politique commune, mais des sentiments personnels. Leur seul convergence fut de s'attaquer à la Montagne et ils devaient en périr. Ce parti trop hétéroclite prouva son manque d'homogénéité en juin 1793 quand certains fuirent pour soulever les provinces contre la convention alors que d'autres restaient à Paris comme Vergniaud. Les girondins post-thermidoriens qui réintégrèrent la Convention nationale (souvent royalistes) montrèrent également la divergence d'opinion avec leurs illustres aînés. On peut avancer que le parti girondin n'en fut jamais un. Seule l'amitié lia les Girondins de 1792

Vergniaud était un ami personnel de Guadet, Gensonné et Ducos. Outre ce sentiment personnel, les mêmes combats les animaient. Ils luttèrent ensemble contre les émigrés, les prêtres réfractaires, les ministres et la cour. Mais lorsque la République fut proclamée, Vergniaud ne partagea pas complètement l'esprit querelleur des brissotins qui dans leurs journaux et à la tribune s'acharnaient contre les Montagnards. Il vota avec eux par amitié, les défendit parce que le sort les liait à lui, mais il ne fut nullement leur meneur. Les Girondins n'en avaient pas, ils n'avaient aucun mot d'ordre commun. Trop philosophes pour être politiques, trop abstraits pour être hommes d'État, ils partagèrent tous ce manque de pragmatisme, et c'est cette unité dans le désordre, ces grandes idées manquant de réalisme qui peuvent sans doute ranger Vergniaud comme étant un Brissotin.

Vergniaud et les révolutionnaires[modifier | modifier le code]

La jalousie de Robespierre[réf. nécessaire][modifier | modifier le code]

Dès l'assemblée constituante, Robespierre avait exercé ses talents d'orateur à la tribune. Chétif, doté d'une voix faible et qui ne portait pas, il ennuyait souvent l'assemblée et ses auditeurs par des discours très longs, discours dans lesquels il se mettait souvent en scène comme martyr de la liberté. Ces discours faisaient beaucoup d'effet sur les femmes et les membres des jacobins, mais les grands orateurs les goûtaient peu. Durant la Constituante, Robespierre subit par ailleurs de nombreuses railleries de ses pairs. Aussi, s'il se rallia aux Girondins dans un premier temps pour combattre les ministres et la cour, le divorce d'avec leur faction raviva en lui la jalousie de ne pas posséder un talent oratoire tel que le possédaient les Barbaroux, Isnard, Fonfrède, Guadet, et bien sûr Vergniaud. Cette rancune était d'autant plus tenace que Robespierre mit longtemps à accuser Vergniaud qu'il considérait à juste titre comme un éminent révolutionnaire. Aussi, lors de l'un de ses nombreux réquisitoires contre la Gironde, il cède ce persiflage à la tribune Oserai-je accuser des citoyens aussi patriotes que Monsieur Vergniaud ? . Il finit par céder à la tentation du 31 mai 1793. Auparavant, comme nous l'avons évoqué, il dicta un long réquisitoire et une attaque personnelle contre Vergniaud qu'il lut à la tribune. Le lendemain, Vergniaud lui répondit avec une aisance et une grandeur d'âme qui lui offrirent la victoire. Paris et les sections avaient vaincus Vergniaud et les Girondins, mais jamais Robespierre, ni les autres Montagnards ne surent vaincre Vergniaud à la tribune. Cette rancœur, nous la retrouvons durant l'automne et l'hiver 1792 mais également dans les premiers mois de 1793. Elle explicite une fois encore que Vergniaud et les Girondins ne surent pas profiter de leur avantage, et refusant de s'adresser au peuple, dans les sections, aux Jacobins, ils devaient périr par lui. Robespierre avait vaincu.

Incompréhensions avec Danton[modifier | modifier le code]

Avec Mirabeau, les deux hommes furent les trois grands orateurs de la Révolution française. Danton était la voix du peuple, Mirabeau celui de la foudre et Vergniaud de l'âme. Contrairement à de nombreuses idées reçues, Vergniaud et Danton avaient de nombreux points en commun : tous deux paresseux, plutôt épicuriens, nullement jaloux, ils pouvaient se regarder comme deux grands organes de la Révolution. Tous deux avocats, républicains, anticléricaux et compromis par la cour ou les intrigues, ils ne laissaient pas leurs discours orphelins de l'action comme pouvaient le faire certains girondins. Ils firent également partie des grands promoteurs du 10 août qu'ils contribuèrent tous deux à déclencher. Leur politique et leur idéologie n'était sans doute pas très éloignée, mais les Massacres de Septembre allaient les diviser. Vergniaud rêvait la jeune République pure, au-dessus de tout chaos et de toute anarchie. Il était résolument contre ce que Marat appelait la « Hache vengeresse du peuple ». À ce titre, Vergniaud trahissait son affiliation plus qu'évidente aux Girondins et à Madame Roland qu'il ne portait pourtant pas dans son cœur. Pire : comme pour beaucoup de ses contemporains, Danton lui apparut comme un possible dictateur, au même titre que Robespierre et Marat. Sans jamais s'attaquer directement à lui, Vergniaud se rangea alors derrière le parti brissotin. Ils rapprochèrent ainsi Danton de Robespierre et rangèrent les Montagnards en ordre de bataille. Cette incompréhension avec Danton coûta plus que tout autre à Vergniaud, et nul doute que si lui et son parti ne s'étaient pas attaqué à l' « homme du 10 août », les Girondins n'auraient pas été vaincus.

Hors du cercle de Manon[modifier | modifier le code]

Les contemporains de la Révolution française le savaient : l'égérie, l'inspiratrice, la meneuse même du parti que l'on qualifiait alors de Brissotin n'était autre qu'une femme : Manon Roland. Les repas qu'elle donnait dans son salon attiraient tous les fervents patriotes. En 1791, on y trouve pêle-mêle Brissot, Buzot, Robespierre et Pétion. Le mari de Madame Roland recevait les convives et Manon écoutait ce qui se disait, inspirait ses collègues. Ceux qui y venaient, et qui allaient former la tête du parti girondin étaient directement inspirés par elle. Sa beauté, son charme, son intelligence lui conféraient une aura, sa pureté et sa vertu la faisaient paraître une idole. Buzot s'était épris de la belle Manon et beaucoup en effet la louaient pour son courage et son honnêteté. On pensait aux femmes de Sparte, prêtes à donner leur vie pour la patrie. Jouissant de ce pouvoir sur les âmes, Manon qui ne faisait que servir les invités disposait en réalité d'un pouvoir absolu sur leur conscience. C'est dans son salon que se préparaient les grandes lois, les décrets qui allaient être discutés le lendemain à l'assemblée législative. C'est ici que l'on portait les attaques au roi, que les Girondins réfléchissaient aux journées populaires. Aussi, beaucoup s'y rendaient pour voir l'idole et l'écouter, mais contrairement à ce qu'écrit Lamartine[6], Vergniaud goûtait peu à ses soirées. Il ne s'y rendait que très rarement, préférant rester avec Madame Candeille. Ceci montre encore que Vergniaud gardait une totale indépendance vis-à-vis des Girondins, totalement affidés au cercle Roland. Si Vergniaud a suivi les Girondins dans leur chute, c'est autant par amitié et par devoir que par conviction.

Citations[modifier | modifier le code]

  • A Marat, devant l'assemblée législative : « Donnez lui un bon verre de sang pour le rafraichir [7]. »
  • « Les grands ne sont grands que parce que nous sommes à genoux : levons-nous ! ». Prononcée lors d'un de ses discours en 1792[8], souvent attribuée à tort à Étienne de La Boétie.

Hommages[modifier | modifier le code]

La rue Vergniaud dans le 13e arrondissement de Paris prend son nom en hommage en 1894.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, Éditions Édito-service, Tome 4
  2. Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, Éditions Édito-service, Tome 3, page 50
  3. Archives parlementaires, Tome XXXIV, P. Dupont, Paris, pp. 82-88.
  4. Voir la Liste des présidents et vice-présidents de l'Assemblée législative
  5. tels Aulard ou Michelet
  6. a, b, c, d et e Voir bibliographie
  7. Philippe-Joseph-Benjamin Buchez,Prosper-Charles Roux, Hidtoire parlementaire le la révolution française ou Journal des assemblées nationales, History, 1837, pp. 457.
  8. Pierre Victurnien Vergniaud

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Touchard-Lafosse, « Histoire parlementaire et vie intime de Vergniaud, chef des Girondins » (1847)
  • François-Alphonse Aulard, Les Grands orateurs de la Révolution : Mirabeau, Vergniaud, Danton, Robespierre, Paris : F. Rieder, 1914, 304 p.
  • Bernard Lerat, Le Terrorisme révolutionnaire, 1789-1799, éditions France-Empire, 1989.
  • Jean-Denis Bredin, « Vergniaud ou le génie de la parole », in François Furet et Mona Ozouf (dir.), La Gironde et les Girondins, Paris, Payot, collection « Bibliothèque historique Payot », 1991 p. 367-387.