Mulâtre

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Enfant mulâtre avec sa mère espagnole et son père noir en Nouvelle-Espagne par le peintre espagnol Miguel Cabrera (XVIIIe siècle).

Le terme mulâtre (au féminin mulâtresse) désigne, dans les anciens empires coloniaux, les personnes dont l'ascendance est à la fois européenne et africaine. Le terme mulâtre (mullatre) est apparu en 1544 dans l'ouvrage de Jean Fonteneau La Cosmographie avec l’espère et régime du soleil du nord dans le sens général de métis. Ce n'est qu'en 1604 chez François Martin de Vitré[1] que le substantif prend son acception actuelle : « Il y a quelques mulastres ou mestis c'est-à-dire personnes yssuz d'hommes blancs et de femmes noires »[2]. Toutefois, l'existence de mulâtres précède l'économie de plantation.

Aux Antilles Française, pendant l'esclavage, la transposition pour qualifier un être esclave était très péjorative car celui-ci était classifié et considéré comme un animal.

En français, le terme est emprunté au portugais mulato (mulet)[3]. Il est de moins en moins utilisé dans la partie européenne de la France, ce qui n'est pas le cas aux Antilles (milat, mot créole dans les îles francophones), au Québec et au Nouveau-Brunswick. Les équivalents portugais et espagnols mulato restent couramment utilisés. En anglais, le terme mulatto peut être considéré comme péjoratif ou raciste[réf. nécessaire].

En français, le terme mulâtre n'est pas considéré comme péjoratif, mais vieilli[4]. L’étymologie faisant référence au mulet peut être considérée comme peu honorable, mais l'usage du terme a été adopté, avec fierté, par ceux qui se réclament de cette communauté. Elle a d'ailleurs pu avoir le caractère d'une caste. Le terme métis est plus général. Le terme « mulâtresse » est lui considéré comme dépréciatif[3].

Vision historique[modifier | modifier le code]

Contexte original du terme[modifier | modifier le code]

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Aux Antilles et dans les Mascareignes la désignation des personnes selon leur couleur a une importance historique. Elle est due à une représentation de la hiérarchie sociale. Plus les personnes étaient d'ascendance européenne, plus elles étaient supposées riches et puissantes. Initialement les colons étaient des nobles, et le roi de France, Louis XIV, ne permettait pas la transmission du titre au travers du mariage avec des Africains d'origine. Il faut rappeler que ce titre conférait une fonction d'autorité sur des Français[5], et souvent un territoire associé en métropole.

Par ailleurs, il faut rappeler que les premiers mulâtres sont apparus avant l'économie de plantation et la traite des esclaves. Ils étaient les enfants d'européens et d'esclaves africaines des débuts de la traite occidentale qui débuta en 1441 par la déportation de captifs africains vers la péninsule ibérique[6] ainsi que de flibustiers et boucaniers. Ces derniers sont en partie les ancêtres des négociants de l'économie de comptoir des Amériques. Ces immigrants européens prenaient femmes locales parmi les indiens caraïbes (amérindiens). À la fin de la flibuste, au XVIIIe siècle, une partie des pirates s'est reconvertie en bateaux négriers ; une partie des boucaniers s'est reconvertie en négociants d'esclaves. En effet les colons achetaient souvent ceux-ci à crédit, et c'était coûteux. Face aux planteurs, il s'est constitué une caste de mulâtres[réf. nécessaire]. Leur aisance économique leur a facilité l'accès à l'éducation ; c'est-à-dire aux professions intellectuelles. La défense de leur couleur était implicitement associée à leurs privilèges, et leur patrimoine. Cela les a conduit, à l’imitation des békés, à restreindre les mariages avec des personnes d'ascendance africaines. Leur couleur est implicitement associée à la pauvreté héritée de la condition d'esclave. D'ailleurs, ces personnes n'ont plus de patrimoine, initialement saisi par les noblesses africaines qui les ont vendues[7] pour participer au commerce triangulaire lancé par les colons [8].

En opposition avec ces comportements discriminatoires et ces inégalités, le mariage d'une personne d'ascendance africaine avec un béké ou un mulâtre était à la fois une ascension sociale et une remise en cause de l'ordre établi. Il s'est ajouté, notamment aux Mascareignes l'arrivée d'une immigration asiatique. Une partie d'entre elle a été intégrée dans les mulâtres. Contrairement aux États-Unis, les métissages n'ont jamais été interdits dans les colonies des pays (catholiques) d'Europe continentale[réf. nécessaire],[9]. Progressivement[Quand ?] les discriminations s'affaiblissent. Mais, le pouvoir économique des békés et des mulâtres demeure au grès des transmissions de patrimoine. La relative dépassionalisation de la question conduit les antillais à un regard plus culturel sur leurs différences d'apparence. Elles participent à la définition d'une « identité antillaise ».

Chaque teinte entre le noir et le blanc a eu son qualificatif. Dans les Antilles françaises, en Espagne, au Portugal, au Brésil et dans le sud des États-Unis comme dans plusieurs autres pays, l'importance de l'origine raciale ne s'arrêtait pas à la première génération. Une classification raciste selon la part de « sang noir » s'est mise en place, ainsi traditionnellement :

  • Un enfant issu d'une union noir-blanc est un mulâtre (mulâtresse)
  • Un enfant issu d'une union mulâtre-blanc est un quarteron (quarteronne)
  • Un enfant issu d'une union quarteron-blanc est un octavon (octavonne)
  • Un enfant issu d'une union mulâtre-noir est un câpre (câpresse) ou un griffe (griffonne)

Le terme quarteron signifie que l'individu a un quart de sang noir et octavon qu'il en a un huitième (les qualificatifs ont par exemple été utilisés concernant Alexandre Dumas père et fils).

En langue anglaise la division ne s'arrêtait pas à octoroon (l'équivalent d'octavon), on avait donc ensuite le quintroon (c’est-à-dire la cinquième génération à partir de l'ancêtre noir), nettement plus fréquent que son synonyme hexadecaroon (qui signifie que l'individu a un seizième de sang noir). Ces derniers qualificatifs ont probablement été très peu utilisés car à ce niveau les individus n'ont plus aucune caractéristique les différenciant des blancs.

Statut social du mulâtre[modifier | modifier le code]

Juan de Pareja, né d'un père espagnol et d'une mère esclave noire, peint par Velasquez (1650).
Redenção de Cam de Modesto Brocos (1895), illustrant l'éclaircissement du lignage familial au fil des générations.

Le mulâtre jouissait jusqu’au milieu du XXe siècle dans les Antilles et en Amérique latine (également dans le sud des États-Unis) du prestige du sang blanc et de la force noire (chaque nuance de couleur correspondait dans l'imaginaire collectif à une valeur et à un statut social). En même temps le mulâtre suscitait, à cause de sa position, un sentiment de haine et d’agacement aussi bien chez les blancs que chez les noirs, certains préférant être employés par un blanc raciste que par un mulâtre.

Chaque famille (noire) avait pour ambition d'éclaircir son sang génération après génération car cela signifiait à terme échapper à la condition pauvre et à l'esclavage (s'affranchir par une couleur libre). Sous certaines conditions, l'enfant mulâtre pouvait être affranchi, mais dans d'autres cas et dans des colonies autres que françaises même les octavons pouvaient rester esclaves.

C'est pourquoi certains mulâtres furent adeptes de l’éclaircissement du lignage familial et évitaient au maximum le contact avec les noirs, en se mêlant si possible aux blancs (ou supposés blancs). Ceci a été longtemps le cas au Brésil même après l’abolition de l’esclavage, c’est ce qu'on a appelé le branqueamento. Les noirs, les métis ou les indiens recherchant systématiquement une femme plus claire.

Du point de vue légal, le statut des mulâtres était variable : selon la disposition IX de 1685 du code noir ceux issus d'un père blanc naissaient libres : "L’homme qui n’était point marié à une autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera dans les formes observées par l’Église ladite Esclave, qui sera affranchie par ce moyen, & les enfans rendus libres & légitimes". De ce fait ils étaient inscrits à l'état civil, avec toutes les conséquences sur la capacité à agir et disposer de propriétés. Mais paradoxalement, l'article 13 de ce même code précise que "si le père est libre et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement" (et inversement "Si le mari esclave a épousé une femme libre, les enfants tant mâles que filles suivent la condition de leur mère").

Utilisation du terme[modifier | modifier le code]

Concernant l'étymologie du terme mulâtre, la comparaison des métis à des mulets est biologiquement fausse puisque le mulet, issu d'un âne et d'une jument, deux animaux d'espèces différentes, est stérile, alors qu'un individu métis n'est bien sûr pas stérile. De surcroît, nous savons aujourd'hui que l'existence de races humaines est contredite par les résultats constants de la recherche en génétique depuis le milieu du XXème siècle.

Bien qu'il soit issu de raisonnements raciaux, le terme mulâtre n'a officiellement aucune connotation péjorative, en effet, aucun dictionnaire ne le qualifie ainsi, ni même d'adjectif vulgaire ou familier. Il en est de même en Amérique du Sud et centrale pour le terme mulato, tant dans les pays hispanophones qu'au Brésil.

La population métisse, comme la population blanche, s'est appropriée ces classifications par nuance de couleur et il en reste des traces dans le langage, notamment aux Antilles françaises. D'autres termes antillais existent, et sont plus ou moins usités. Certains sont péjoratifs comme chapé coolie qui désigne les métis indiens, d'autres restent plus affectifs comme chabin (féminin: chabine) et désignent les métis à la peau claire (ou avec des yeux ou cheveux clairs). L'hybride issu du mouton et de la chèvre est aussi nommé chabin, chabine.


Le terme mulato ou mulata est aussi utilisé en portugais pour désigner des métis. Au Brésil la mulata est encensée durant le carnaval[10] notamment dans des chansons spécifiques (marchinhas)[11].

Aux États-Unis, le terme mulatto ayant autrefois été employé aussi pour les hybrides d'animaux, il est considéré comme raciste et insultant par certains, qui lui préfèrent biracial, alors que d'autres locuteurs anglophones considèrent que mulatto préserve une continuité qui fait défaut à biracial ou autres termes alternatifs[réf. nécessaire].

La grande encyclopédie Larousse de 1974 donne comme synonyme à mulâtre le terme eurafricain[réf. à confirmer].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Description du premier voyage faict aux Indes Orientales par les François en l'an 1603, p. 10 et ibid, par François Martin, de Vitré
  2. Etymologie de mulâtre, C.N.R.T.L.
  3. a et b Alain Rey, Dictionnaire historique la langue française, Le Robert, 2011, p. 1833
  4. Les dictionnaires français n'indiquent pas le terme comme péjoratif, mais uniquement comme « vieilli », voir par exemple le dictionnaire Hachette ou la définition du dictionnaire Larousse
  5. Le terme désigne étymologiquement Ceux qui ont été affranchis, c'est-à-dire rendus Francs ou libres de toutes charges. Ce n'est qu'au XIIIe siècle que l'esclavage et le servage disparaissent en Europe. C'est l'ordonnance de Louis X le Hutin qui en est le premier symbole. En 1315 il affranchit tous les serfs du domaine royal, et proclame selon le droit de nature, chacun doit naître franc. Cité par Adolphe Chéruel (1809-1891) dans le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France — Paris, 1899
  6. Gomes Eanes De Zurara, Chronique de Guinée, éd. IFAN, Dakar, 1960
  7. Lawoetey-Pierre Ajavon dans Traite et Esclavage des Noirs : Quelle responsabilité Africaine ?, Éditeur : Eidtions Anibwe (1er juin 2010), ISBN 978-2916121338
  8. Olivier Pétré-Grenouilleau dans Les Traites négrières: Essai d'histoire globale, Éditeur : Folio (16 novembre 2006), ISBN 978-2070339020 (résumé)
  9. Il y a l'exception de la seconde version du Code Noir en 1724, signée par le Roi Louis XV de France alors qu'il a 14 ans, et qu'il est sous l'influence du Duc de Bourbon. La validité juridique de ce texte destiné à la Louisiane est discutée.
  10. Carnaval de Rio, p. 180 de Walnice Nogueira Galvão
  11. Carnaval de Rio, p. 182 de Walnice Nogueira Galvão

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Carminella Biondi, «  Le problème des gens de couleur aux colonies et en France dans la seconde moitié du XVIIIe siècle », Cromohs, 8 (2003), p. 1-12 [lire en ligne]