Principauté de Liège

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50° 38′ 45.08″ N 5° 34′ 24.99″ E / 50.6458556, 5.5736083 ()

Principauté de Liège

985 – 1789
1791 – 1792
1793 – 1795

Drapeau Blason
Armoiries.
Description de cette image, également commentée ci-après

La principauté de Liège en 1560

Informations générales
Statut Principauté ecclésiastique du Saint-Empire romain germanique
Capitale Liège
Religion Église catholique romaine
Démographie
Population ± 400 000 habitants (fin du XVIIIe siècle)
Superficie
Superficie 5 697 km2 (fin du XVIIIe siècle)
Histoire et événements
985 Fondation par l'évêque Notger et acquisition du comté de Huy
1366 Acquisition du comté de Looz
1468-1477 Occupation bourguignonne
Révolution liégeoise
1791 Les Autrichiens rétablissent la principauté
1792 Invasion par les troupes françaises
1793 Les Autrichiens rétablissent une seconde fois la principauté
1795 Rattachement à la France

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La principauté épiscopale de Liège était un État du Saint-Empire romain germanique, compris dans le cercle de Westphalie, ayant pour capitale la ville de Liège. C'est en l'an 985 que naît la principauté épiscopale. C'est à cette date que Notger, déjà évêque de Liège depuis 972, devient prince-évêque en recevant le Comté de Huy. Cet État a existé pendant plus de 800 ans, jusqu'à la Révolution liégeoise en 1789.

Histoire[modifier | modifier le code]

Naissance et âge d'or[modifier | modifier le code]

Liège devint au Xe siècle la capitale d'une puissante principauté épiscopale, grâce à l'action des évêques Éracle, Notger et Wazon. Ses écoles furent célèbres jusqu'au XIIe siècle.

Sept collégiales s'élèvent alors dans la ville (Saint-Pierre, Sainte-Croix, Saint-Paul, Saint-Jean, Saint-Denis, Saint-Martin, Saint-Barthélemy) en plus de la cathédrale où est enterré Saint Lambert.

Deux abbayes bénédictines s'y ajoutent : Saint-Jacques et Saint-Laurent. Plusieurs églises romanes et de nombreuses pièces d'orfèvrerie (art mosan) témoignent encore aujourd'hui de l'efflorescence de cette époque, en particulier les fonts baptismaux de la ville, conservés aujourd'hui à Saint-Barthélemy.

Entre 1297 et 1335, la chevalerie hesbignonne est quasiment décimée par la guerre des Awans et des Waroux.

Liège tentera également de résister à l'œuvre unificatrice des ducs de Bourgogne, mais échouera face à Charles le Téméraire le (échec des 600 Franchimontois). La Cité retrouvera tous ses privilèges en 1477, à la mort de Charles.

Le , Érard de La Marck, l'un des plus remarquables prince-évêques de Liège, reçoit les droits régaliens de l'empereur Maximilien Ier, qui confirme les privilèges de la principauté octroyés par ses prédécesseurs. Il construit la cour actuelle du Palais des Princes-Évêques de Liège.

Les princes de Bavière[modifier | modifier le code]

Les XVIe et XVIIe siècles seront éprouvants pour la Principauté, car elle subit de plein fouet la scission des Pays-Bas espagnols ainsi que les guerres de Louis XIV.

Sur le plan intérieur, la vie politique est dominée par l'opposition entre le parti populaire (les Grignoux, fervents défenseurs de la démocratie) et le parti aristocratique (les Chiroux, partisans du prince). Des journées d'émeutes eurent notamment lieu en 1636, lors d'une tentative de coup de force des Chiroux, et en 1646, quand des rumeurs annoncent que les Chiroux vont truquer les élections grâce à l'intervention des troupes espagnoles.

Les émeutes se transformèrent en révolte. En 1647, les Grignoux remportent les élections et interdisent l'entrée à Liège du prince-évêque Ferdinand de Bavière (qui était à Visé accompagné de troupes allemandes). Celui-ci transfère le siège du gouvernement à Huy et, aidé par son neveu Maximilien-Henri, entreprend la reconquête de la Cité.

Liège est bombardée le (l'Hôtel de ville sera brûlé) et capitule le 29 août. Le 19 septembre, le prince entre dans Liège accompagné de 2 000 cavaliers et de 1 000 fantassins[1] et suspend la plupart des droits politiques. Le système électoral est également revu à la faveur du prince, qui aura alors tous pouvoirs.

En 1716, après la guerre de succession d'Espagne, la Principauté de Liège est intégrée dans le Cercle de Westphalie.

Il faudra attendre le début de la Révolution liégeoise le pour que le règlement de 1684 soit aboli, par un prince-évêque ramené prisonnier du château de Seraing.

La fin de la Principauté[modifier | modifier le code]

Blason de Liège sous le Premier Empire.
Article détaillé : République liégeoise.

Le eurent lieu les premières élections au suffrage universel : tous les habitants de plus de 18 ans furent appelés à élire les députés à la Convention nationale. 9 700 électeurs participèrent à ce suffrage et 9 660 d'entre eux se prononcèrent pour le rattachement à la France, sous réserve.

En 1794, à la suite des guerres de la Révolution liégeoise, l'armée impériale quitte la Principauté de Liège, ce qui entraîne l'exil définitif du dernier Prince-Évêque François-Antoine-Marie de Méan.

La disparition de la Principauté sera entérinée en 1801 par le traité de Lunéville signé entre la France et l'Autriche.

Appartenance au Saint-Empire[modifier | modifier le code]

Le pays de Liège est un territoire du Saint-Empire[2]. Il est compris dans le cercle de Westphalie, cercle duquel il a tenté de se détacher en 1717 pour avoir une existence libre mais qu'il a réintégré en échange de libertés accrues.

Le Prince ne devient apte à gouverner qu'après avoir reçu l'investiture de l'Empereur, il siège au collège des princes ecclésiastiques de la Diète[3].

Le Pays est soumis à subside. Ce dernier a consisté en un contingent de fantassins et cavaliers équipés mais en 1717, il a été fixé à 826 florins par mois[4].

La Chambre impériale et le Conseil aulique sont supérieurs aux juridictions liégeoises.

Cependant, à partir de 1717, les constitutions et coutumes de l'Empire ne sont applicables que pour autant qu'elles ne soient pas contraires aux lois, statuts et usages liégeois.

Constitution de la Principauté[modifier | modifier le code]

Le concept de constitution de la Principauté n'est pas à comprendre au sens juridique actuel d'un document juridique global, elle se compose pour l'essentiel de règles non codifiées et de traditions.

L'exercice des différents pouvoirs a évolué au cours de l'histoire, à la suite de nombreuses guerres et autres Paix[5].

Lois fondamentales[modifier | modifier le code]

Les lois et les textes qui ont fait partie de la constitution principautaire ont été élaborés au cours de différents siècles et leur reconnaissance en tant que lois faisant partie intégrante de la constitution n'a pas été générale. Toutefois certaines d'entre elles peuvent être désignées comme étant des lois fondamentales.

La principale norme écrite de droit public est la paix de Fexhe du 18 juin 1316. Elle détermine et limite les attributions du gouvernement central et elle définit certaines libertés fondamentales.

Le pouvoir législatif[modifier | modifier le code]

Après la paix de Fexhe en 1316, le pouvoir législatif du pays fut partagé entre le Prince et les trois États. La population est en effet divisée en trois classes, chacune représentée par un état. Chaque classe a ses prérogatives, ses privilèges et ses franchises. Les trois États sont l'état primaire, l'état secondaire ou noble et l'État tiers.

Composition des États[modifier | modifier le code]

L'État primaire est l'État du clergé. Il est composé des cinquante-neufs chanoines de la cathédrale Saint-Lambert. Lorsque le siège du Prince était vacant, il exerce à partir de 1688 les pouvoirs de ce dernier en attendant l'élection d'un nouvel évêque.Dans les faits, cet État faisait souvent alliance avec le Prince, lequel en était issu.

L'État noble est présidé par le lieutenant des Fiefs, c'est-à-dire le président de la Cour féodale. Ses membres ont le droit exclusif d'être revêtus des hautes charges civiles à la nomination du Prince (grand-mayeur de la Cité, président de la Cour féodale, grand-baillis, etc.). Cependant, les conditions d'admission dans cet état sont très restrictives et très peu de seigneur parviennent à y être intégrés. De plus, des seigneurs étrangers achetaient quelques terrains sur le territoire de la Principauté dans le seul but d'avoir accès à ce conseil et d'y défendre leurs intérêts personnels.

L'État tiers représente la bourgeoisie. Il est composé des bourgmestres des Bonnes villes.

Journées d'État[modifier | modifier le code]

Les « Journées d'État » sont convoquées par le Prince. Elles durent en principe 10 jours, et se tiennent ordinairement deux fois par an, ou plus si l'urgence ou l'importance des affaires l'exige. Pendant les Journées d'État, les membres des États sont inviolables.

Les États sont notamment compétents pour voter l'impôt, approuver les traités, approuver la levée des troupes, disposer des principaux offices publics, voter les lois.

Le chancelier ouvre la séance de chaque État en exposant les propositions du Prince. Chaque État a le droit de faire des propositions et d'interpeller le chancelier. Chaque État prend des résolutions ou recès à la pluralité des suffrages sur les propositions du prince. Si les recès des trois États sont uniformes, ils représentent le "Sens du Pays", c'est-à-dire de la volonté de la nation. Le Prince publie les recès uniformes.

Une fois arrêté par les États et promulgués par le Prince, les recès deviennent des édits. Ces édits sont rédigés en français et publiés sur le péron de Liège. Du jour de leur publication, les édits ont force de loi dans tout le Pays.

Les députés du Prince et de ses États[modifier | modifier le code]

En dehors des Journées d'État, les affaires courantes sont traités par la députation réunie des trois États.

Ces députés sont au nombre de quatorze. Les deux bourgmestres de Liège sont députés de droit et font partie de l'État tiers. Les autres députés sont choisis par les États en leur sein, à raison de quatre députés par État. Les quatre députés de l'État tiers sont pour moitié issus de villes françoises et pour moitié de villes thioises. En plus de ces quatorze députés, trois membres du Conseil privé du Prince assistent aux séances mais n'ont que des voies consultatives.

Les députés de l'État primaire sont désignés pour trois ans, ceux de l'État noble pour sept ans et ceux de l'État tiers pour une année.

Les députés se réunissent au moins trois fois par semaine. Lorsqu'ils se réunissent avec les membres du Conseil privé, on parle de séance Jointe ou Junte.

Le pouvoir exécutif[modifier | modifier le code]

Le Prince[modifier | modifier le code]

Le chef de l'État est le prince-évêque. Il exerce ses fonctions conformément aux lois.

Le Prince-Évêque est élu par le Chapitre de Saint-Lambert en son sein. Pour être élu, il faut obtenir deux tiers des suffrages des électeurs présents. L'élu doit ensuite obtenir confirmation du Saint-Siège avant d'être investi comme Prince par l'Empereur. Une fois investi, l'élu prête serment dans le chœur de la cathédrale de gouverner suivant les lois, privilèges et usage du Pays. Enfin, il signe cette capitulation dressée par le Chapitre cathédrale et est reconnu et acclamé Prince-Évêque.

Le Prince n'a d'autres prérogatives que celles que les Paix lui attribuent. Il les exercent conformément à ces Paix avec le concours de ministres responsables. Selon la paix de Fexhe, il est chargé d'assurer l'ordre public et de poursuivre ceux qui l’enfreignent. Il envoie et reçoit les agents diplomatiques. Il a un droit de grâce mais qui ne s'étend pas aux réparations civiles. Il ne peut ni suspendre la loi ni en empêcher l'exécution.

Dans toutes les affaires qui ne sont pas du ressort des États, le Prince doit prendre l'avis du Chapitre cathédrale.

Le Prince est inviolable dans sa personne et dans ses biens.

Lorsque le siège du Prince tombe en vacation, les États élisent un mambour. À partir de 1688, c'est le Chapitre cathédrale qui exerce les pouvoirs du Prince lors de la vacation.

Le Conseil privé[modifier | modifier le code]

Le Conseil privé du Prince est le gouvernement de la Principauté. Il ne s'occupe pas des questions religieuses.

Il est présidé par un chancelier, lequel est un chanoine de la cathédrale. Le grand-mayeur et deux échevins de Liège en sont membres de droit.

Le Conseil privé est chargé de la gestion de tout ce que la loi abandonne au pouvoir du Prince, en matière d'administration publique et de police générale. Les actes du Conseil privé sont vidimés par le Chancelier qui s'en rend ainsi responsable.

Le Consistoire synodal[modifier | modifier le code]

Le Consistoire synodal est le département du culte de l’évêché.

Il est présidé par un vicaire-général.

Le pouvoir judiciaire[modifier | modifier le code]

Le pouvoir du Tiers-État fut encore renforcé le (Paix des XXII) : les fonctionnaires et conseillers du prince étaient responsables devant le Tribunal des XXII, dont les décisions étaient souveraines. Ce Tribunal était composé de 4 chanoines du Chapitre, 4 chevaliers et 14 représentants des Bonnes Villes.

Territoire[modifier | modifier le code]

Armoiries de la Principauté

La principauté de Liège était enclavée dans les Pays-Bas méridionaux. Elle s'étendait le long de la Meuse belge, à l'exception de la région de Namur, de Dinant jusqu'au territoire du comté de Looz. Elle divisait donc en deux les Pays-Bas autrichiens, isolant le Luxembourg et l'ancien Limbourg des autres Pays-Bas.

Bouillon était également lié à la principauté. Le prince-évêque codirigeait par ailleurs la ville de Maastricht, initialement avec le Brabant, ensuite avec les Provinces-Unies, la République y ayant repris les droits brabançons après la guerre de Quatre-vingts ans.

Les armoiries de ces territoires étaient reprises sur le blason de la principauté, dont celui de l'actuelle province de Liège n'est qu'un remaniement.

Écartelé : 1, de Bouillon ; 2, de Franchimont ; 3, de Looz ; 4, de Horn ; sur-le-tout de Liège.

Le duché de Bouillon constitue la pointe sud de la Principauté, tandis que le comté de Horn en étant la pointe nord. À la fin de l'Ancien Régime, le territoire couvrait environ 1/5 de la Belgique actuelle. Celui-ci n'est pas à confondre avec le territoire du diocèse de Liège.

Divisions du territoire[modifier | modifier le code]

La Principauté comptait 23 Bonnes Villes et était divisée en 15 quartiers (5 en banlieue de Liège et 10 hors-banlieue) et possédait également des seigneuries allodiales, appartenant au patrimoine de Saint-Lambert (et donc indépendantes du Prince et des 3 États). Alleu signifie indépendant de tout prince (ou seigneur), ne relevant que de Dieu seul[6]).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le règlement de 1649
  2. A Liège, les armes du Saint-Empire se voyaient au-dessus de la porte de l'Hôtel-de-Ville et au-dessus des principales portes de la ville
  3. Il occupe alternativement avec le prince-évêque de Munster la vingtième et la ving-deuxième place à la Diète de l'Empire
  4. F. HENAUX, Constitution du Pays de Liège - Tableau des institutions politiques, communales, judiciaires et religieuses de cet États en 1789, Imprimerie de J. Desoer, Liège, 1858, p. 26
  5. Pour en savoir d'avantage sur le fonctionnement politique de l'État liégeois, voir notamment l'Histoire ecclésiastique et politique de l'État de Liège[PDF], de N.G. Léonard (1744-1793)
  6. Voir Les Seigneuries allodiales du Pays de Liège

Voir également[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stanislas Bormans, Les Seigneuries allodiales du Pays de Liège, avec une introduction historique, Liège, J. Gothier, 1867. (Aussi en version PDF, ex libris www.chokier.com)
  • Georges Hansotte, Les institutions politiques et judiciaires de la principauté de Liège aux Temps modernes, Bruxelles, Crédit Communal, 1987. In-8° broché, 355 p., (collection « Histoire », série in-8°, no 73, 1987).
  • La principauté de Liège au XVIIIe siècle : un guide bibliographique.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Quelques textes juridiques[modifier | modifier le code]