Bataille de Waterloo

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Bataille de Waterloo
La Bataille de Waterloo. 18 juin 1815, par Clément-Auguste Andrieux, 1852.
La Bataille de Waterloo. 18 juin 1815, par Clément-Auguste Andrieux, 1852.
Informations générales
Date
Lieu Sud de Waterloo (près de Bruxelles)
Issue Victoire décisive des Alliés

 : seconde abdication de Napoléon Ier
 : Traité de Paris

Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
drapeau du Royaume de Prusse en 1803 Royaume de Prusse
Flag of the Netherlands.svg Royaume des Pays-Bas
Flagge Preußen - Provinz Hannover.svg Royaume de Hanovre
Drapeau de la Maison de Nassau Duché de Nassau
Drapeau du Brunswick Duché de Brunswick
Commandants
Flag of France.svg Napoléon Ier Flag of the United Kingdom (3-5).svg Arthur Wellesley de Wellington
Flag of the Kingdom of Prussia (1803-1892).svg Gebhard Leberecht von Blücher
Flag of the Netherlands.svg Guillaume II des Pays-Bas
Forces en présence
59 000 fantassins
12 600 cavaliers
246 canons
56 000 fantassins
12 000 cavaliers
156 canons
+ renforts prussiens
33 000 hommes
Pertes
7 000 morts
18 000 blessés
8 000 prisonniers
220 canons
7 drapeaux
5 000 morts
17 000 blessés

Flag of the United Kingdom (3-5).svg
1 417 morts
4 923 blessés
592 disparus

Flag of the United Kingdom (3-5).svg Flag of Hanover (1692).svg King's German Legion
362 morts
1 009 blessés
218 disparus

Flag of the Kingdom of Prussia (1803-1892).svg
1 226 morts
4 380 blessés
1 387 disparus

Flag of the Netherlands.svg
3 009 morts, blessés ou disparus

Flag of Hanover (1692).svg
1 337 morts, blessés ou disparus

Flagge Herzogtum Nassau (1806-1866).svg
254 morts
389 blessés

Flagge Herzogtum Braunschweig.svg
154 morts
456 blessés
50 disparus[1]
Campagne des Cent-Jours
Septième coalition
Batailles
Guerre de Vendée et Chouannerie de 1815

Les Échaubrognes — L'Aiguillon — Aizenay — Sainte-Anne-d'Auray — Cossé — Saint-Gilles-sur-Vie — Redon — Les Mathes — Muzillac — Rocheservière — Thouars — Auray — Châteauneuf-du-Faou — Guérande — Fort-la-Latte


Campagne de Belgique de 1815
Ligny — Quatre-Bras — Wavre — Waterloo — La Souffel — Rocquencourt


Guerre napolitaine
Panaro — Ferrare — Occhiobello — Carpi — Casaglia — Ronco — Cesenatico — Pesaro — Scapezzano — Tolentino — Ancône — Castel di Sangro — San Germano — Gaète

Coordonnées 50° 41′ 00″ N 4° 24′ 00″ E / 50.683333333333, 4.4 ()50° 41′ 00″ Nord 4° 24′ 00″ Est / 50.683333333333, 4.4 ()  

Géolocalisation sur la carte : Brabant wallon

(Voir situation sur carte : Brabant wallon)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Waterloo.

Géolocalisation sur la carte : Belgique

(Voir situation sur carte : Belgique)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Waterloo.

La bataille de Waterloo s'est déroulée le . Elle s'est terminée par la victoire décisive de deux armées : celle des alliés, commandée par le duc de Wellington, composée de Britanniques, d'Allemands (contingents du Hanovre, du Brunswick, du Nassau) et de Néerlandais (unités belges et hollandaises) et celle des Prussiens, commandée par le maréchal Blücher ; toutes deux opposées à l'armée française dite Armée du Nord emmenée par l'empereur Napoléon Ier.

La commune de Waterloo se situe à une vingtaine de kilomètres au sud de Bruxelles, en Belgique. Toutefois, les combats n'eurent pas lieu à Waterloo mais un peu plus au sud, sur le territoire des communes actuelles de Lasne et de Braine-l'Alleud. La bataille a souvent été appelée en France « bataille de Mont Saint-Jean », lieu plus précis de l'engagement effectif[2]. En Allemagne, elle est appelée « bataille de la Belle-Alliance ».

Cette bataille est la dernière à laquelle prit part personnellement Napoléon, qui avait repris le contrôle de la France durant la période dite des Cent-Jours. Malgré son désir de poursuivre la lutte avec de nouvelles forces qui se reconstituaient, il dut, par manque de soutien politique, abdiquer quatre jours après son retour à Paris.

Prélude[modifier | modifier le code]

En mars 1815, une nouvelle coalition se constitue au congrès de Vienne pour combattre Napoléon, qui a quitté l'île d'Elbe. Louis XVIII a fui à Gand. L'armée des alliés de Wellington et l'armée prussienne de Blücher arrivent les premières en Belgique.

Napoléon préfère ne pas attendre l'offensive des Alliés et se lance à l'attaque, espérant séparer Wellington et Blücher et les battre l'un après l'autre.

Repoussant les Prussiens, il franchit la Sambre à Charleroi le 15 juin.

Le 16 juin, les troupes françaises, divisées en deux ailes, sont, le même jour, opposées à des unités de Wellington aux Quatre-Bras (une dizaine de kilomètres au sud du champ de bataille de Waterloo) et à trois des quatre corps prussiens à Ligny (une dizaine de kilomètres au sud-est des Quatre-Bras).

Le commandement de l'aile gauche française (1er et 2e Corps) est confié au maréchal Ney avec la mission de s'emparer des Quatre-Bras. Ney perd beaucoup de temps, ce qui permet l'arrivée de renforts alliés.

Avec les 3e et 4e Corps, Napoléon parvient à fixer les Prussiens à Ligny. Il veut saisir l'occasion pour les neutraliser définitivement. Pour cela, il ordonne au 1er Corps (réserve de Ney) de venir couper les arrières prussiens, quitte à retarder la prise des Quatre-Bras. Mal ou non informé de cette décision de l'Empereur, Ney rappelle cette unité qui fera donc un aller-retour inutile, privant ainsi Napoléon d'une victoire décisive sur les Prussiens.

L'armée de Blücher perd 12 000 hommes à Ligny. Les pertes françaises s'élèvent à environ 7 000. Le vieux maréchal de 73 ans, dont le cheval a été tué, échappe de peu à la capture mais son brillant chef d'état-major, Gneisenau, organise un repli remarquable sur Wavre sauvegardant la possibilité de rejoindre Wellington. L'armée prussienne est battue mais pas vaincue ; elle a sauvé l'essentiel de son artillerie et surtout conservé son esprit combatif. Napoléon, au contraire, surestime les effets de ce qui n'est qu'un succès tactique, pense les Prussiens hors de combat et en retraite vers Namur et Liège. Ce n'est que le lendemain, le 17, que Napoléon confie le commandement de son aile droite (34 000 hommes) au maréchal Grouchy avec mission de poursuivre les Prussiens.

Informé de la défaite des Prussiens, Wellington fait replier ses unités des Quatre-Bras sur la position reconnue de Mont Saint-Jean où Blücher a promis de le rejoindre. Le mouvement se fait discrètement, couvert par la cavalerie. Ney ne s'en aperçoit que le 17 après-midi alors que l'orage transforme le terrain en bourbier.

La bataille[modifier | modifier le code]

Disposition des armées avant la bataille

Les forces et le plan de Wellington[modifier | modifier le code]

Le Duc de Wellington, général vétéran de la guerre d'Espagne, commanda une armée de forces britanniques, hollandaises, et prussiennes.

L'armée de Wellington, appelée « Armée des Alliés », comprend, à Waterloo, 68 000 hommes répartis comme suit : 25 000 Britanniques, 17 000 Néerlandais, 10 000 Hanovriens, 7 000 Brunswickois, 6 000 hommes de la King's German Legion et 3 000 Nassoviens.

Wellington a déployé son armée sur le plateau de Mont-Saint-Jean, face au sud, de part et d'autre de l'axe Charleroi-Bruxelles. Par mesure de protection et de surprise, la plupart des unités sont sur la contre-pente mais le dispositif est précédé, d'ouest en est, par trois points d'appui constitués de grosses fermes barricadées et défendues : Hougoumont, la ferme de la Haie Sainte et la ferme de la Papelotte.

Les forces et le plan de Napoléon[modifier | modifier le code]

Le matin du 18 juin, l'armée de Napoléon (71 600 hommes) prend position à environ un kilomètre au sud du plateau avec :

Guillaume, Prince d'Orange fit preuve de bravoure durant la bataille.

Numériquement, Napoléon n'a qu'une très légère supériorité en hommes mais son artillerie est beaucoup plus nombreuse.

Le plan de Napoléon est de mener l'attaque principale à l'est et au centre en y incluant la ferme de la Haye Sainte (centre du dispositif allié). Il fait déployer 80 canons (appelés la grande batterie) devant le Ier Corps.

Afin d'attirer les réserves de Wellington vers l'ouest, il charge d'abord le IIe Corps de lancer, avec uniquement la division Jérôme (commandée par le frère de l'Empereur), une attaque de diversion à l'ouest, sur la ferme Hougoumont.

Il a plu toute la nuit, le terrain est détrempé. La mise en place de l'artillerie, dans la boue, est difficile. Le début de l'attaque est retardé. Par la suite, l'efficacité des tirs est réduite (les boulets s'enfoncent dans la terre au lieu de rebondir par ricochets). La progression de l’infanterie et de la cavalerie n'est guère aisée.

Gebhard Leberecht Blücher, l'infatigable Commandant en Chef des Prussiens durant la campagne de 1813–1815.

L'attaque de diversion[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hougoumont.

À 11h30, à l'ouest, démarre l'attaque de diversion menée par le prince Jérôme contre le château-ferme de Hougoumont. Le prince s'acharne et, malgré des renforts successifs, toutes les attaques françaises sont repoussées. À 13 h 30, quelques hommes parviennent à pénétrer par une brèche ouverte à coups de hache dans une porte ; ils sont tous massacrés sauf un jeune tambour. Hougoumont devient, durant toute la journée, une bataille dans la bataille mobilisant inutilement plus de 8 000 hommes du côté français contre seulement 2 000 du côté allié.

L'attaque du 1er Corps[modifier | modifier le code]

La charge des Scot Greys

À 13h00, à l'est, les quatre-vingts canons de la grande batterie déployés sur 1 400 mètres ouvrent le feu. À 13 h 30, le 1er Corps d'Erlon démarre la progression avec ses quatre divisions d'infanterie. Chaque division a un front d'environ 140 mètres (180 hommes) et une profondeur de 24 rangs. À l'ouest du dispositif d'Erlon, la division commandée par Quiot (en l'absence d'Allix) est chargée de prendre la Haye Sainte. Elle est flanquée d'une brigade de cuirassiers du Corps Milhaud (deux, selon certaines sources qui citent les brigades Travers et Dubois).

La Haye Sainte est fermement défendue par le 2e bataillon léger du major George Baring de la King's German Legion. À l'est de la ferme, le général britannique Picton (qui y sera tué) mène une contre-attaque avec des régiments d'infanterie écossais. Wellington charge le commandant de sa cavalerie, Lord Uxbridge, de faire contre-attaquer les brigades de cavalerie lourde Sommerset et Ponsonby (dont les célèbres Scots Greys). Les Français, surpris en plein déploiement, sont sévèrement étrillés et se replient en désordre, subissant de lourdes pertes. Dans leur élan, les deux brigades de cavalerie britanniques vont même jusqu'à attaquer la grande batterie mais elles se font alors décimer par la cavalerie française restée en arrière et sont mises définitivement hors combat.

Malgré les déboires de la cavalerie lourde britannique et la mort du très compétent Thomas Picton, c'est un nouveau succès défensif pour l'armée de Wellington.

Les charges de la cavalerie française[modifier | modifier le code]

À 15 h 00, après réorganisation du 1er Corps et nouveau tir de préparation de la grande batterie, une nouvelle attaque est menée pour s'emparer du verrou que constitue la ferme de la Haye Sainte. À la suite de la canonnade, Wellington fait replier son centre. Ney croit à un repli général. D'initiative, il entraîne tous les cuirassiers de Milhaud suivis par la division de cavalerie de Lefèbvre-Desnouettes dans des charges à l'ouest de La Haye Sainte, là où l'infanterie alliée est toujours intacte. C'est le fameux affrontement de la cavalerie française et des carrés d'infanterie britannique. C'est aussi l'épisode (exagéré par Victor Hugo dans Les Misérables) du chemin creux.

Napoléon estime l'action prématurée mais, à 17h00, vu la situation, envoie, en renfort, le corps de cavalerie de Kellermann et la division de cavalerie de Guyot. Avec la cavalerie déjà engagée, cela fait un total de plus de 10 000 cavaliers français.

L'arrivée des Prussiens[modifier | modifier le code]

Carte des forces en présence à la bataille de Waterloo, le 18 juin 1815
Carte des forces en présence à la bataille de Waterloo, le 18 juin 1815

Entre-temps, de 14 à 16 heures, Napoléon a dû déployer sur son flanc est les divisions de cavalerie Domon et Subervie et le VIe Corps de Lobau afin de faire face à l'arrivée inopinée de l'avant-garde prussienne. Comme Napoléon a négligé ou ignoré le risque d'une intervention prussienne, les premiers éléments du IVe Corps de Blücher ont pu déboucher du défilé de la Lasnes et occuper le bois de Paris sans aucune opposition. Quant à Grouchy, Napoléon lui aurait fait envoyer un courrier lui ordonnant de se rapprocher. Les heures d'envoi, de réception et l'interprétation du message font l'objet de discussions entre historiens. Le maréchal Soult, chef d'état-major à Waterloo, chargé de transmettre et de faire exécuter les ordres de l'Empereur, n'avait pas, dans cette fonction, la rigueur et l'efficacité de Berthier. Il est de toute façon trop tard pour que Grouchy puisse intervenir sur le champ de bataille. À 16h30, le IVe Corps prussien attaque vers Plancenoit. Napoléon est face à une menace mortelle de débordement sur son flanc droit.

La prise de la Haye Sainte[modifier | modifier le code]

Sur le front principal (devant l'actuel Lion de Waterloo élevé à l'endroit où le prince héritier des Pays-Bas fut blessé), la bataille continue à faire rage. Lors de chaque charge française, les artilleurs britanniques se replient dans les carrés formés par l'infanterie. Les canons alliés, placés en avant de leur infanterie, ne sont ni encloués (enfoncement d'un clou dans la lumière de la pièce rendant sa mise à feu impossible) ni emportés, si bien qu'ils redeviennent utilisables avant chaque nouvelle charge. La cavalerie charge plus de dix fois et Ney a cinq chevaux tués sous lui. Par une erreur tactique grave, la cavalerie française n'est pas suivie par de l'infanterie qui aurait dû nettoyer puis défendre le terrain et mettre les pièces anglaises hors d'état, ce qui permet aux artilleurs anglais de reprendre leurs pièces pour recommencer à tirer sur les Français. Finalement, ce n'est qu'à 18h30 qu'a enfin lieu une attaque de l'artillerie anglaise et de la Haie Sainte par le IIe Corps de Reille (moins la division Jérôme engagée à Hougoumont). La Haye Sainte tombe enfin aux mains des Français. Ney fait avancer des canons qui prennent d'enfilade les positions britanniques. La situation des Alliés est critique. Ney demande des renforts pour en finir, mais vu la menace prussienne, Napoléon refuse.

Les combats de Plancenoit[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Combats de Plancenoit.

Sur le flanc est, sous la pression des Prussiens du IVe Corps (Bülow), le corps de Lobau débordé a dû se replier. Plancenoit tombe aux mains des Prussiens vers 18h00. La division de la Jeune Garde commandée par Duhesme est envoyée pour reprendre le village, ce qu'elle réussit à faire mais un nouvel assaut des Prussiens l'en chasse. Renforcés par deux bataillons de la Vieille Garde, les Français parviennent cependant à reprendre Plancenoit en délogant l'ennemi à la baïonnette peu après 19h00. Le flanc droit de l'Armée impériale est momentanément stabilisé mais Napoléon a dû utiliser une partie de ses réserves.

Napoléon fait donner la Garde[modifier | modifier le code]

Grenadiers de la Vieille Garde.
Article détaillé : Attaque de la Garde.

Protégé à l'est par l'arrivée des Prussiens du Ier Corps (Von Zieten), Wellington peut récupérer des unités pour renforcer son centre. Aussi, à 19h30, quand Napoléon fait donner la Garde sur les positions alliées, il est trop tard. Les grenadiers de Friant et les chasseurs à pied de Morand (dont fait partie le célèbre général Cambronne) ne peuvent rien contre la conjugaison de l'artillerie, de l'infanterie et de la cavalerie de Wellington. La Garde impériale recule, ce qui jette le désarroi dans le reste de l’armée française.

Une reconstitution de la bataille (20 juin 2010)

La déroute française[modifier | modifier le code]

Le général Hill et le dernier carré.
Article détaillé : Belle-Alliance.

À la vue de la Garde en retraite, certaines unités françaises commencent à se débander. Les Prussiens de Von Zieten (Ier Corps) accentuent leur pression sur la Papelotte mais, surtout, les renforts continuels que reçoit le IVe Corps prussien lui permettent de conquérir définitivement Plancenoit et de menacer directement les arrières de Napoléon. La panique gagne l'ensemble du front français et la déroute s'amplifie. Wellington lance l'ensemble de l'armée alliée en avant. Toute résistance organisée cesse. Hormis quelques rares bataillons de la Garde, l'Armée du Nord s'enfuit dans le plus complet désordre, abandonnant l'essentiel de ses bagages et de son artillerie. Vers 22h00, Wellington et Blücher se rencontrent. La légende veut que ce soit à la ferme de la Belle-Alliance (nom prédestiné dû au mariage d'un valet de ferme avec sa riche patronne devenue veuve). Plus vraisemblablement, cette rencontre a eu lieu au sud, à l'approche de Genappe. Napoléon a fui, échappant de peu aux avant-gardes prussiennes. Wellington, dont les troupes sont épuisées, laisse aux Prussiens la tâche de poursuivre. Wellington rentre à son QG, y rédige son rapport et donne à la bataille le nom de l'endroit où il se trouve : Waterloo.

Wellington à Waterloo par Robert Alexander Hilingford

Conclusions[modifier | modifier le code]

Napoléon (reconstitution du 18 juin 2005)

Les principales causes de la victoire des alliés sont les suivantes :

Du côté français :

  • Mauvaises transmissions et ambiguïté des ordres : à Ney (1er Corps à Ligny), à Grouchy bloqué à Wavre : l'important n'était pas que Grouchy rejoigne Waterloo mais qu'il empêche les Prussiens d'y arriver.
  • Engagements tardifs le 16 juin aux Quatre-Bras et à Ligny et le 18 juin à Waterloo où la bataille aurait pu commencer plus tôt (l'état du terrain n'a pas contrecarré les mouvements prussiens ! ) et où la Garde aurait pu « donner » lorsque Ney demandait des renforts pour l'estocade.
  • Manque de coordination des armes : Jérôme attaque Hougoumont sans préparation d'artillerie ; Ney lance des charges de cavalerie en oubliant son infanterie ; la Garde « donne » sans appui d'artillerie et quand il n'y a plus de cavalerie.
  • Mauvais choix du lieu des dernières attaques : Ney lance ses charges de cavalerie à l'ouest de la Haye Sainte où la position alliée est la plus solide alors que l'infanterie n'y a même pas été fragilisée ; la Garde attaque à l'ouest (emmenée par Ney) plutôt qu'à la Haye Sainte.
  • Détail non négligeable : les canons alliés capturés sont laissés intacts, permettant à chaque fois aux artilleurs de Wellington de les réutiliser.

Du côté allié et prussien :

  • Cohésion meilleure que ce qu'on pouvait attendre de l'armée de Wellington, pourtant composée de troupes de multiples provenances.
  • Connaissance du terrain par Wellington qui avait repéré les lieux un an avant et a décidé du lieu de la bataille.
  • Sang-froid et ténacité des troupes alliées dont très peu d'éléments se débanderont malgré les attaques répétées des Français.
  • Combativité et allant des troupes prussiennes jamais découragées par les revers initiaux.
  • Décision de Gneisenau après Ligny de retraiter vers Wavre et donc de rester potentiellement en contact avec Wellington.
  • Énergie de Blücher qui pousse ses troupes en avant et les lance sur les Français alors qu'elles ne se sont pas encore regroupées. Son activité jusqu'à la nuit tombée transformera la défaite française en désastre irréparable.

Considérations techniques[modifier | modifier le code]

Le fusil[modifier | modifier le code]

Fusil britannique Brown Bess

Le fusil de l'époque est le fusil à platine à silex. La portée et la précision sont réduites. Le chargement (par la bouche) est long. Le tir produit énormément de fumée (poudre noire). Par temps humide (ce qui est le cas à Waterloo), il y a beaucoup de ratés. Lors de l'affrontement, l'infanterie ouvre le feu (tir de salve) à moins de 100 mètres de l'ennemi. Le combat continue ensuite à la baïonnette que les Français appellent la fourchette.

Il y a des différences significatives entre les armes des belligérants.

Le fusil français (modèle 1777 modifié an IX) tire une balle en plomb de 21 g. Le serrage de la balle dans le canon rend le tir plus précis (écart d'environ 1 mètre à 100 mètres) mais l'arme plus longue à charger (environ 2 coups par minute). Pour des raisons techniques, il a plus de ratés que le modèle britannique. L'infanterie française est disposée sur trois rangs contre deux pour les Alliés (le troisième rang est inutile au feu), ce qui ne permet pas la même puissance de feu que les alliés.

Le fusil britannique dit "Brown Bess" tire une balle de 32 g ce qui le rend plus efficace contre les chevaux. La précision est moindre que le modèle français mais la cadence de tir est plus rapide (3 voire 4 coups par minute).

Le fusil prussien (modèle 1782 modifié) comporte une lame sur l'arme qui permet de déchirer la cartouche plus facilement qu'avec les dents. Ceci permet d'atteindre une cadence de quasi 5 coups par minute.

Il y a aussi à Waterloo la carabine Baker. Elle équipe deux régiments britanniques et la très professionnelle King's German legion dont des unités défendent la ferme de La Haye Sainte. Il s'agit d'une arme à canon rayé. Le chargement est long (1 minute) car il faut forcer la balle mais la précision est remarquable pour l'époque : 200 mètres. Ceci explique pourquoi la Haye Sainte n'a pu être prise que lorsque les hommes de la King's German Legion ont été à court de munitions.

En conclusion, on peut en déduire que la puissance de feu de l'infanterie des alliés était plus grande que celle des Français.

Formation du 1er Corps français[modifier | modifier le code]

Lors de l'attaque du 1er Corps, contrairement à l'usage, les trois divisions de droite ont progressé en trois blocs si compacts (sans intervalle en profondeur) que certains historiens ont même qualifié le fait de « formation macédonienne » par comparaison aux guerriers grecs de l'Antiquité.

Cette formation a l'avantage de permettre de se déployer (élargir le front) très rapidement pour l'assaut final. Elle a, par contre, un grand inconvénient : celui de ne pas pouvoir se réorganiser en carrés, seule action permettant de s'opposer efficacement à une contre-attaque de cavalerie. On ignore les raisons qui ont amené les Français à agir de la sorte, certains historiens optant pour une sous-estimation de la cavalerie britannique.

Le résultat fut que la contre-attaque du général Picton appuyée par la cavalerie lourde britannique mit les trois divisions françaises de droite en déroute et que, se retrouvant isolée, la division de gauche dut se replier à son tour. L'attaque principale fut d'emblée un fiasco.

L'artillerie[modifier | modifier le code]

L'artillerie de l'époque est essentiellement composée de canons. La munition principale est un boulet dont le poids pouvait être de 6, 8, 9 ou 12 livres selon le type de canon avec une portée maximale de 1 800 mètres pour les pièces de 12. Ces boulets sont en fer et n'explosent pas. Il y a également des « boîtes à mitraille » ; c'est-à-dire des enveloppes en métal léger contenant des billes (appelées biscaïens) qui fonctionnent comme d'énormes cartouches de chasse. La portée efficace ne dépasse pas 400 mètres. Les Britanniques disposent d'une munition nouvelle, le Shrapnel. Il s'agit d'un boulet rempli de billes et qui explose en l'air. Cette munition qui a une portée de 900 mètres s'est avérée terriblement efficace à Waterloo. Les Britanniques en auraient tiré plus de trois cents.

Les batteries d'artillerie françaises comprennent six canons mais généralement aussi un à deux obusiers. Ces derniers tirent des obus, c'est-à-dire des projectiles qui explosent après l'impact, et dont les projectiles suivent une trajectoire "en cloche", rendant ainsi les défenses frontales inutiles. Ces armes sont tout à fait appropriées pour tirer sur des ennemis retranchés dans des bâtiments auxquels elles boutent le feu. Les Français ont particulièrement tardé à les employer contre les fermes de Hougoumont et de la Haye Sainte. Aussi, n'ont-ils jamais pris la première et ce n'est qu'à 18h30 que la Haye Sainte tombera.

Les Britanniques disposent d'une batterie expérimentale qui tire ce que nous appellerions aujourd'hui des roquettes. Il s'agit de fusée Congreve. Elles furent utilisées pour protéger le repli des Quatre-Bras mais apparemment pas ou alors une seule fois à Waterloo. Ce système, d'une portée de 2,3 km, manque de précision.

Informations connexes[modifier | modifier le code]

La désertion de Louis de Bourmont

Le général français Louis de Bourmont qui commandait la 6e division abandonna son commandement le 15 juin, la veille de la bataille de Ligny, (trois jours avant Waterloo) avec quelques officiers de son état-major. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, Napoléon l'accuse d'avoir révélé son plan à l'ennemi. Cette accusation n'est pas fondée puisque le plan d'attaque de Waterloo n'existait pas encore. La défection de Bourmont a toutefois eu une influence psychologique importante sur la troupe qui l'accusait de trahison.

Le Bal de la Duchesse de Richmond

Le duc et la duchesse de Richmond, sujets britanniques résidant à Bruxelles, avaient organisé, la nuit du 15 au 16 juin un bal en leur hôtel où toute l'aristocratie locale avait été conviée. Le duc de Wellington et les généraux de son armée y avaient été invités et beaucoup d'entre eux étaient présents. Un peu avant minuit, une estafette envoyée du front par le général Constant-Rebecque (chef d'état-major du Prince d'Orange) prévint le duc que les Français étaient aux Quatre Bras de Baisy-Thy. Wellington sut rassurer la noble assemblée et le bal retrouva toute sa gaieté. Avec le même flegme, il ordonna à ses officiers de quitter discrètement la fête et de rejoindre leurs troupes. Vers trois heures du matin, le duc se retira lui-même et dès 7 heures, il galopait vers les Quatre-Bras.
Le 15 juin 1965 l'ambassadeur de Grande-Bretagne à Bruxelles organisa un bal pour commémorer le 150e anniversaire de la bataille de Waterloo et du bal de la Duchesse de Richmond. La majorité des 540 participants étaient belges. Depuis lors ce bal n'avait été organisé qu'en 1995[3]. Cette tradition a été réactivée depuis 2011.

Hougoumont ou Goumont

L'orthographe du lieu de l'attaque initiale (de diversion) menée par le Prince Jérome varie selon les écrits. Cette ambiguïté est due à une annotation erronée de la carte utilisée à l'époque par les belligérants. Il s'agit de l'édition "Capitaine et Chanlaire" d'une première grande carte des Pays-Bas réalisée en 1777 par le général autrichien de Ferraris. La carte en question indique Hougoumont au lieu de Goumont ; l'origine de l'erreur est probablement phonétique.

La confusion des fermes

Dans l'ordre rédigé par Soult, l'Empereur mentionne comme objectif « le village de Mont-Saint-Jean où est l'intersection des routes ». D'après la carte, il s'agit du carrefour au nord de la ferme de Mont-Saint-Jean. L'objectif réel semble pourtant bien être le carrefour au nord de la ferme de La Haye Sainte. Des auteurs en ont déduit que Napoléon aurait confondu les deux fermes. Cette hypothèse est confortée par le fait qu'à l'époque les deux fermes étaient situées, comme indiqué sur la carte de Ferraris, du même côté de la route de Bruxelles. Le tracé de la route a été modifié plus tard.

Les couleurs britanniques

Tous les régiments britanniques arboraient deux drapeaux : l'Union Jack et le drapeau du régiment. C'est toujours le cas dans l'armée britannique actuelle.

La King's German Legion

Article détaillé : King's German Legion.
Le prince électeur du Hanovre n'était autre que le roi du Royaume-Uni. Aussi, en 1803, après l'invasion française, un grand nombre de militaires hanovriens se réfugièrent en Grande-Bretagne. On décida de les intégrer dans l'armée de sa majesté tout en les gardant réunis. Ils formèrent ainsi la King's German Legion dont deux brigades (la 1re KGL Brigade du colonel du Plat et la 2e KGL brigade du colonel Ompteda) et cinq escadrons de cavalerie (1er, 2e et 3e Hussars, 1er et 2e Light Dragoons) combattirent à Waterloo.

Les Nassauviens

Les Maisons de Nassau (Allemagne) et d'Orange (France) liées depuis le XVIe siècle forment la Maison d'Orange-Nassau qui règne sur les Pays-Bas. En 1815, deux régiments de Nassauviens, le 2e (unité de mercenaires) et le 28e constituent la 2e brigade de la 2e division hollandaise (lieutenant général Perponcher). La brigade moins un bataillon, commandée par le prince de Bernhard de Saxe-Weimar est chargée de la défense du flanc est, dont la ferme de la Papelotte. Le 1er bataillon du 2e régiment est déployé sur l'autre flanc ; il est intégré à la garnison de Hougoumont.

Les anciens de la Grande Armée

Le général Chassé qui commandait la 3e division néerlandaise avait servi dans l'armée française pendant la guerre d'Espagne (1807-1812) et avait même été élevé au titre de baron.
Le général Trip qui commandait une brigade de cavalerie de l'armée néerlandaise avait commandé le 14e régiment de Cuirassiers pendant la campagne de Russie.
Le général Van Merlen qui commandait la 2e brigade d'infanterie légère de la cavalerie belgo-hollandaise avait combattu dans l'armée française en Espagne.

Le guide Decoster

J.-B. Decoster était un cabaretier-paysan de la région qui occupait une maison non loin de l'actuel monument à l'Aigle blessé. Il fut enrôlé, contre son gré, par Napoléon pour servir de guide. Comme il se cachait au moindre coup de feu, l'histoire raconte que l'empereur le fit attacher les mains sur son cheval. La mission a probablement dû l'inspirer car, plus tard, la situation étant devenue plus calme, il offrit ses services comme guide aux nombreux touristes qui venaient visiter le champ de bataille. Il a laissé un témoignage saisissant du champ de bataille[4] :
Tout le champ de bataille de Waterloo, trempé de pluie et de sang, pétri avec la moisson de seigle et de maïs, par les pieds des chevaux, ressemblait à une espèce de pâte.
Il présentait alors à l'œil vingt-cinq mille morts et blessés au moins, et un plus grand nombre de chevaux dans le même état. La terre était jonchée d'armes, de selles, de brides, de sacs, de vêtements divers, de débris de cartouches, de livrets militaires, etc.
Le lendemain on consuma sur des bûchers dressés à la hâte, et l'on enterra dans des espèces de tranchées qui traversent le champ de bataille, les corps qui semblaient ne plus respirer, sans s'informer bien strictement s'ils n'auraient pas pu être ramenés à la vie. Le reste fut aussi bien soigné qu'il fut possible. [...]

Le lieutenant Legros

Lors de l'attaque d'Hougoumont, le lieutenant Legros, un ancien sapeur, parvint, à coups de hache, à défoncer un battant de la porte nord de la ferme. Quelques hommes entrèrent dans la cour de la ferme mais ils furent immédiatement fusillés par les Coldstreams. Seul, un jeune tambour fut épargné et fait prisonnier.

Le lieutenant général Picton

Le général Picton commandait la contre-attaque qui désorganisa l'assaut du Ier Corps français. Cet officier britannique extrêmement compétent y fut tué. Il s'était déjà distingué à la bataille des Quatre-Bras où il avait été blessé. Le coffre contenant son uniforme n'étant pas arrivé, Picton s'est battu en habit civil et en chapeau haut-de-forme (exposé au National Army Museum à Londres).

Le général major Ponsonby

Le général major Ponsonby commandait une des brigades de cavalerie qui après avoir chargé le Ier Corps français s'aventurèrent jusqu'à la position de la grande batterie où ils furent contre-attaqués par la cavalerie française. Il fut fait prisonnier mais lorsque ses hommes essayèrent de le délivrer, un lancier français n'hésita pas à le tuer. Cet acte a été attribué à Louis Bro par Charles Mullié dont les écrits sont contestés par les historiens militaires modernes tels que Henri Bernard, Jacques Logie, Luc De Vos…

Le colonel Hamilton

Le colonel Hamilton commandait les Scots Greys qui participèrent à la charge de la cavalerie britannique contre le 1er Corps français. Il ne devait certainement pas manquer de bravoure car lorsqu'on retrouva son corps, il avait les deux bras coupés.

Les attrapeurs d'oiseau

Aigle napoléonien
Lors de la charge de la cavalerie britannique contre le 1er Corps français, le sergent Charles Ewart des célèbres Scots Greys (nom dû à leurs chevaux gris) réussit à s'emparer du drapeau du 45e régiment de ligne français et de l'aigle qui surmontait sa hampe. Depuis cette époque, le badge du 2nd Royal North British Dragoons (Royal Scots Greys) est surmonté du dessin d'un aigle et l'unité a été surnommée les Bird Catchers (Attrapeurs d'oiseau). L'aigle capturé est toujours exposé au musée du château d'Édimbourg.

Le chemin creux

Dans Les Misérables, Victor Hugo décrit un ravin dans lequel s'entassaient chevaux et cavaliers. Ledit « chemin creux » correspond à l'actuelle route macadamisée qui mène de la chaussée Charleroi - Bruxelles à la Butte du Lion. En 1815, le chemin était certes encaissé sur environ 150 mètres[5], mais le récit de Hugo est complètement romancé, aucun témoignage de l'époque ne relatant pareille tragédie.

Les francs-maçons

Les officiers français faits prisonniers étaient généralement dépouillés de leur argent et autres valeurs. Les francs-maçons qui se faisaient reconnaître par leurs « frères » du camp opposé échappaient à ce pillage et étaient bien traités. Ce fait est attesté par plusieurs mémorialistes dont le colonel Scheltens, un Bruxellois qui fit les guerres de l'Empire avant de rentrer en Belgique à la fin de l'Empire. Dans son livre Les Souvenirs d'un grognard belge, il relate plusieurs cas de militaires de camps adverses qui viennent à l'aide et sauvent la vie d'ennemis qui avaient fait un signe « maçonnique » dit de « détresse »[6].

La jambe de Lord Uxbridge

Un dernier tir de canon français blessa vilainement la jambe gauche de Lord Uxbridge. L'amputation fut pratiquée et la jambe fut enterrée à Waterloo dans une tombe appropriée qui reçut d'ailleurs, dans les années qui suivirent, la visite de nombreux touristes britanniques.
Lorsque Lord Uxbridge mourut (en 1854), la jambe fut exhumée, ramenée au Royaume-Uni et placée dans la tombe du grand cavalier. La prothèse fit le chemin inverse et se trouve au musée de Waterloo.
Ce beau dénouement est toutefois contredit par une version quelque peu macabre pour laquelle subsistent des preuves. À une période indéterminée, la jambe a été exhumée et ce qu'il en restait, les os, semble-t-il, ont été exposés à Waterloo. Cela a fait l'objet d'une plainte de la famille. La jambe a alors été retirée pour être de nouveau enterrée mais a finalement disparu. La présence de la prothèse au musée de Waterloo est toutefois bien réelle.

Le mot de Cambronne

Article détaillé : mot de Cambronne.
Cette réponse est passée à la postérité. Certains disent qu'il aurait plutôt dit « La garde meurt mais ne se rend pas ». Cambronne survécut cependant à la bataille. « Je ne mourus point et me rendis » dixit Cambronne. Blessé (légèrement), il fut emmené comme prisonnier au Royaume-Uni. Revenu en France en 1830, il fut à plusieurs reprises interrogé sur le sujet. Il a toujours prétendu n'avoir jamais dit ni le mot ni la phrase. Néanmoins, en 1862, Victor Hugo, dans Les Misérables, écrivit qu’au général britannique qui cria « Braves Français, rendez-vous ! » Cambronne répondit : « Merde !».
Il semble bien, d'après les témoignages des soldats hanovriens qui l'ont capturé que Cambronne ne faisait pas partie du fameux « dernier carré ».

La fortune des Rothschild

Comme la plupart des banquiers, les Rothschild disposaient d'un réseau de renseignement. Dès que l'issue du combat fut certaine, un agent partit pour Londres via Ostende. Informé dès le 20 juin dans la matinée, Nathan Rothschild vendit ostensiblement ses titres à la Bourse puis après avoir provoqué un krach racheta ces mêmes titres au dernier moment alors que les cours s'étaient effondrés. Le rapport que Wellington rédigea après la bataille n'arriva dans la capitale britannique que le 21 dans la soirée. Dès le lendemain, la victoire provoqua une hausse de la Bourse. Les Rothschild ont toutefois prétendu qu'on avait surestimé leurs gains. Pour les spéculateurs, la défaite totale des Français met fin à la guerre. Le principal placement financier français, l'emprunt d'État à rente de 5 %, avait clôturé au cours de 53 la veille de la bataille et monte à 55,5 le jour suivant, puis grimpe jusqu'à "66 le 4 juillet, c'est-à-dire lendemain de la seconde capitulation de Paris"[7].

Les conséquences financières de la capitulation Le traité de Paris, signé le 20 novembre, quelques mois après la bataille, a imposé à la France l'occupation militaire par une armée de 150 000 personnes, payées et entretenues par la France, ainsi qu'une indemnité de guerre de 700 millions de francs[8].

La dotation Wellington

Le , Guillaume Ier, roi des Pays-Bas dont la Belgique faisait alors partie, nomma Wellington « Prince de Waterloo » avec titre transmissible à la descendance masculine par primogéniture. Ceci permet encore aujourd'hui à la famille Wellington de tirer les revenus de plus de 1 000 hectares de biens domaniaux. En cas d'extinction de descendance masculine, la propriété reviendra à l'État belge. Ces terrains provenaient de la nationalisation antérieure de biens religieux par la France.

L'arbre de Wellington

Lors de la bataille, Wellington aurait occupé, à plusieurs reprises, un poste d'observation près du carrefour de la chaussée de Charleroi et du chemin de la Croix (route actuelle menant au Lion). Un bel orme s'élevait à cet endroit. Un marchand britannique eut l'idée d'acheter l'arbre pour en faire des souvenirs. Il en fit même deux fauteuils qu'il offrit l'un à la Reine Victoria, l'autre au duc de Wellington. Vers 1980, un nouvel arbre a été replanté au même endroit pour le plaisir des touristes friands d'anecdotes.

Les berlines impériales

Comme ses maréchaux et généraux, Napoléon disposait de berlines transportant tout ce qui était nécessaire et même plus pour faciliter la vie en campagne. Après la bataille, lors de la poursuite, les Prussiens découvrirent à Genappe vers 23 heures, parmi d’autres véhicules et fourgons (pris dans un enchevêtrement) constituant la « Maison de l'empereur » (ces voitures étaient réservées aux secrétaires, valets et autres membres de la suite), les deux véhicules de luxe que l'Empereur avait dû abandonner pour battre en retraite à cheval[9] :
  • une berline à compartiments à six chevaux, aménagée en « dormeuse[10] » destinée aux longues distances.
  • un « landau en berline » pour se déplacer rapidement sur le champ de bataille.
Les soldats du major von Keller puis des uhlans brandebourgeois pillèrent ces véhicules, notamment le véhicule du premier valet de chambre Louis Joseph Marchand, véritable coffre-fort sur roues, contenant les effets de campagne de Napoléon (chapeau, redingote, nécessaires, pupitre avec encrier, petite bibliothèque de voyage, etc.) et surtout pierres précieuses, pièces d'or et d'argent[11]. Les soldats s'empressèrent de remplir leurs poches et leurs gibernes mais, sur ordre d'officiers généraux, le butin fut presque reconstitué et les deux berlines récupées par le major Von Keller.
Von Keller fit parvenir la « dormeuse » à son épouse à Düsseldorf avant qu'elle ne soit rachetée par le Musée de cire de Madame Tussauds à Londres où elle fut exposée dès 1842, cette « Waterloo berline » disparut en 1925 dans le terrible incendie qui ravageât le musée.
Von Keller remit le landau au feld-maréchal Blücher qui l'envoya lui aussi à son épouse avec un certain nombre d'effets de campagne de Napoléon. Blücher garda le landau mais rapporta les effets personnels au Roi de Prusse, les décorations étant plusieurs fois exposées dans des collections privées et musées pour être ensuite convoyées à Moscou en 1946 après la Seconde Guerre mondiale où elles furent cachées dans les réserves du musée historique de Moscou[12].
Le 31 octobre 1973, les descendants de Blücher confièrent le landau en dépôt au château de Malmaison, dépôt qui se transforma en don en 1975. Le landau, certains effets de campagne et les décorations[13] sont exposés au musée de la Légion d'honneur en 2012[14].

Le Bourbon Cavalry Corps

Selon des sources britanniques, de nombreux cavaliers français, surtout des carabiniers, auraient déserté et rejoint le camp des alliés. Vu leur nombre, Wellington les aurait surnommés le Bourbon Cavalry Corps.

Le kilt écossais

Six bataillons provenant de régiments d'infanterie écossais furent engagés à Waterloo. Ces régiments dénommés Highland ou Highlanders portaient les numéros 42, 71, 73, 78, 79 et 92. Seuls trois bataillons portaient le kilt ; ils provenaient des 42, 79 et 92e régiments. Les officiers, plus frileux ou plus pudiques, portaient le pantalon.

Les grenadiers britanniques

La brigade britannique du général major Maitland, composée de deux bataillons du 1er Régiment des Guards, s'illustra lors de l'attaque de la Garde impériale sur le plateau de Mont-Saint-Jean. En récompense de cette action, une proclamation royale attribua au 1er Regiment des Guards l'appellation de « Grenadier Regiment of Foot Guards ». Curieusement, ce n'est pas aux Grenadiers mais aux Chasseurs de la Garde impériale que les Guards britanniques avaient été confrontés.

Les hémorroïdes de l'Empereur

Lors des journées des 17 et 18 juin, l'Empereur souffrait d'hémorroïdes qui l'empêchaient de tenir longtemps en selle. Cela a inévitablement gêné ses reconnaissances et ses déplacements lors de la bataille[15],[16].

Mythes[modifier | modifier le code]

À Saint-Hélène, Napoléon consacra la plus grande partie de son temps à réarranger l'histoire. Le Mémorial de Sainte-Hélène est devenu la « bible » des Romantiques. Peu soucieux de la vérité historique, des écrivains comme Thiers et Mullié tronquaient la vérité. La bataille de Waterloo dont Napoléon lui-même a rédigé plusieurs versions différentes n'a pas échappé à la falsification.

Le mouvement de Grouchy[modifier | modifier le code]

Ce n'est que le 17 juin à 11 heures que Napoléon charge Grouchy de poursuivre les Prussiens avec les IIIe et IVe Corps, la division Teste, les Corps de cavalerie de Pajol et d'Exelmans. 32 000 Français sont ainsi chargés de poursuivre 100 000 Prussiens qui ont 18 heures d'avance. Pajol trouve quelques éléments à Namur mais Exelmans découvre le Corps Thielemann à Gembloux. Napoléon persiste à penser que les Prussiens sont démis.

Le 18 juin à 11h45, Grouchy était à Walhain (22 km au sud-est de Mont-Saint-Jean) où dit-on, il dégustait des fraises en compagnie du notaire Hollert à la terrasse d'une auberge. Le bruit du canon, indiquant que la bataille venait de commencer à Waterloo, y a incontestablement été entendu. Le général Gérard, qui commandait le 4e Corps, aurait suggéré à son chef de « marcher au canon ». Le maréchal aurait refusé de prendre une telle initiative pour s'en tenir aux ordres qu'il avait reçus. Plus tard, Napoléon et d'autres ont fait de cette passivité la cause de la défaite de Waterloo. On a aussi beaucoup écrit sur le courrier que l'Empereur a fait envoyer à 10 heures. On passe souvent sous silence le fait que le 18 à 2 heures du matin, Napoléon ait reçu une lettre de Grouchy écrite quatre heures auparavant l'informant qu'une colonne de Prussiens se repliait en direction de Wavre. Napoléon n'a donné aucune suite immédiate à cette lettre. Les historiens actuels sont convaincus que Grouchy n'aurait pas pu rassembler ses forces et les amener à temps à Waterloo.

Les erreurs de Ney[modifier | modifier le code]

Napoléon considérait la plupart de ses maréchaux comme de simples agents d'exécution. Un jour, n'avait-il d'ailleurs pas dit « Tenez-vous strictement aux ordres que je vous donne… Moi seul, sais ce que je dois faire ». À Waterloo, Napoléon donnait directement des ordres aux subordonnés de Ney. Si le maréchal, qui était un chef extrêmement courageux mais incompétent à ce niveau de commandement, a commis indiscutablement des fautes, l'empereur l'a laissé faire alors qu'il était en mesure de l'en empêcher.

Les trahisons[modifier | modifier le code]

Selon un récit du sergent britannique Cotton, un capitaine des carabiniers français aurait déserté juste avant l'attaque de la garde impériale et aurait révélé l'imminence de cette attaque et l'endroit où elle aurait lieu. À la suite de cette information, des partisans de l'Empereur ont prétendu après la bataille que cette trahison aurait permis à Wellington d'adapter ses plans pour empêcher la percée de la garde. En fait, la préparation de cette attaque était bien visible et depuis la chute de la Haye Sainte, il était clair que Napoléon devait frapper au centre. L'arrivée du Ier Corps prussien sur le flanc gauche de Wellington lui permettait en outre de renforcer son centre.

L'effondrement subit des troupes françaises tient pour beaucoup à l'irruption massive des Prussiens sur le flanc est. Peu avant l'assaut de la garde impériale, Napoléon avait fait circuler le bruit que Grouchy arrivait par là. Quand la vérité est apparue, la consternation des soldats français n'en a été que plus grande… et les cris de « trahison » ont commencé à résonner…

Liste des drapeaux et étendards de l'armée française pris par les Britanniques ou par les Prussiens[modifier | modifier le code]

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L'armée française à perdu 7 drapeaux (infanterie) et étendards (cavalerie) à Waterloo :

Le champ de bataille aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Champ de bataille de Waterloo.
Panorama du champ de bataille
Vue sur 180° vers le sud du champ de bataille tel qu'il se présente au visiteur (photos prises de la butte du Lion).

Littérature[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

  • Le groupe de heavy metal Iced Earth a enregistré et sorti une chanson consacrée à la bataille de Waterloo (intitulée Waterloo) sur l'album The Glorious Burden, sorti le 12 janvier 2004.
  • Le groupe de heavy metal Running Wild a enregistré et sorti une chanson nommée The Battle of Waterloo sur l'album Death or Glory, sorti le 8 novembre 1989.
  • Le groupe ABBA chante Waterloo.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Robin, Waterloo : la campagne de 1815 racontée par les soldats français, Bernard Giovanangeli,‎ 2004, p. 42-43.
  2. Wellington écrivit de son état-major situé à Waterloo la dépêche annonçant la victoire des coalisés, c'est pour cela que la bataille prit ce nom.
  3. Eric meeuwissen, « Le bal de charité de la Duchesse de Richmond : mondain et very mixt people » Le Soir, 7 avril 1995, p. 25 (disponible en ligne).
  4. "Un témoignage méconnu sur Waterloo", Revue de l'Empire, 1er mai 1843
  5. « Wellington qui visita Mont Saint Jean quelques années après la victoire qui l’a rendu célèbre, déclara tristement que la pyramide du Lion avait gâté son champ de bataille. En effet on dut considérablement abaisser le niveau du terrain pour prendre la terre nécessaire à l’édification de ce monticule et ainsi le fameux chemin creux d’Ohain, par exemple, où vinrent s’engouffrer les premières lignes de la cavalerie française, n’a plus la profondeur qui causa cet écrasement horrible de soldats et de chevaux. » Louvain et ses environs. Guide de promenades avec une carte routière. Par Raoul Claes. Édition Union vélocipédique louvaniste, Imprimerie Fonteyn, Louvain. 1892. p.142
  6. Chrétien Henri Scheltens, Les Souvenirs d'un grognard belge, Bruxelles, éd. Charles Dessart, p. 202.
  7. Colling 1949, p. 186
  8. Colling 1949, p. 188.
  9. PLusieurs légendes racontent que l'Empereur fut capturé dans sa berline.
  10. L'Empereur pouvait dormir, se restaurer et travailler.
  11. Les États officiels prussiens prétendent que ce butin fut saisi dans le landau.
  12. Jean Tulard, La Berline de Napoléon, Albin Michel,‎ 2012, 240 p. (ISBN 2226208135)
  13. Le musée de Moscou prête sa collection l'occasion de la célébration du bicentenaire de la victoire de la Russie contre la Grande Armée en 1812.
  14. Exposition La Berline de Napoléon, le mystère du butin de Waterloo Dossier de presse du musée de la Légion d'honneur
  15. Augustin Cabanès en parle dans Les Indiscrétions de l'histoire (1924), p. 295 (il est cité par André Larivière, À la rencontre de l'homme, 1951, p. 82), ainsi que Pierre Hillemand dans Pathologie de Napoléon (1970), p. 21 et alii. Mais la crise hémorroïdaire de Waterloo est l'objet de débats. Voir également l’Histoire de la campagne de 1815 (1863) du Lt-colonel Charras (note H), qui évoque les différentes théories.
  16. Waterloo, une déroute due à une histoire de fesses ? dans La Minute de la connaissance
  17. Le Médecin de campagne, Bibliothèque de la Pléiade, 1978, p.520-537(ISBN 2-07-010869-4)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Jeux de simulations historiques[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alessandro Barbero, Waterloo, Flammarion, 2005
  • Gilles Bernard, Waterloo : les reliques, Histoire et Collections, 2006, 128p (ISBN 978-2915239683)
  • Louis Cavens (comte), Waterloo. 1815-1906 Plan, avril 1907 (54x70cm) (notice explicative de 4 pages).
  • Bernard Coppens, Waterloo, les mensonges, Jourdan éditeur, 2009 (ISBN 2-87466-040-5)
  • Bernard Coppens, Waterloo, récit critique, Éditions de la Patience, 64 p. 2004.
  • Pascal Cyr, Waterloo : origines et enjeux, L'Harmattan, 2011, 439 p.
  • Jean-Claude Damamne, La Bataille de Waterloo, Perrin, 2003 (ISBN 2-2620-2049-3)
  • Luc De Vos, Les 4 Jours de Waterloo, Didier Hatier, 1990 (ISBN 2-8708-8693-4)
  • (en) George Robert Gleig, Story of the battle of Waterloo, London : John Murray Publishers, 1861
  • Henry Houssaye, 1815 : Waterloo (3 vol), Paris : Perrin et Cie, 1908
  • John Keegan, Anatomie de la bataille, Perrin, 2013
  • Jean-Marc Largeaud, Napoléon et Waterloo : la défaite glorieuse, de 1815 à nos jours, Boutique De L'histoire, 2006, 462p, (ISBN 978-2910828387)
  • Jacques Logie, Waterloo, l'évitable défaite, Racine, Bruxelles, 1998
  • Jacques Logie, Waterloo : de la bataille à la légende (18 juin 1815), Napoléon Ier éditions, 2008, 82p, (ISBN 13 978-2916385105)
  • Jacques Logie, Waterloo. 18 juin 1815. Le dernier pari de Napoléon , Annales historiques de la Révolution française En ligne, 348 | Avril-Juin 2007, mis en ligne le 23 juillet 2008
  • Jacques Logie, Waterloo, Annales historiques de la Révolution française En ligne, 346 | Octobre/Décembre 2006, mis en ligne le 10 juillet 2008
  • (en) Andrew Roberts, Waterloo : 18 juin 1815. Le dernier pari de Napoléon, Ed. de Fallois, 2006 (ISBN 2-8770-6600-2)
  • (en) Archibald Frank Becke, Napoleon and Waterloo: the Emperor's Campaign with the Army du Nord, 1815, Londres : Greenhill Books, 1995
  • (en) Peter Hofschröer, 1815 the Waterloo Campaign: the German Victory, London : Greenhill Books, 1999 (ISBN 1-85637-578-4)
  • Isabelle Leroy, Le Panorama de la bataille de Waterloo', Luc Pire, 2009 (ISBN 978-2-507-00443-9)
  • Michel Loirette, Louis Dumoulin, peintre des colonies, L'Harmattan, 2010 (ISBN 978-2-296-13816-2)
  • Alfred Colling, La Prodigieuse Histoire de la Bourse,‎ 1949 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article