Carbonarisme
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Le carbonarisme (pour l'Italie) ou charbonnerie (pour la France) est un mouvement initiatique et secret, à forte connotation politique, qui contribua à l'unification de l'Italie au milieu du XIXe siècle.
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Les origines [modifier]
La Charbonnerie tire son nom des rites d'initiation des forestiers (rituels forestiers) fabriquant le charbon de bois à l'origine dans le Jura et en Franche-Comté[réf. nécessaire].
Ces sociétés de « bons cousins charbonniers » sont très antérieures au phénomène politique du carbonarisme italien et de la charbonnerie française. Issues de l'ancienne corporation du métier de charbonnier, ces associations usaient de signes secrets de reconnaissance et favorisaient l'hospitalité et l'entraide. Chaque section locale d'une société des « bons cousins » s'appelle une « vente » (vendita en italien).
La tradition particulière du Compagnonnage charbonnier se réfère à la figure de Saint Thibaut, fils d'un noble champenois et à la légende prégnante du Luxembourg et de la Belgique à l'Italie, peu après l'an mil. ce courant s'apparente au courant érémitique des camaldules et de leurs cousinages franciscains ensuite. Comme tous les compagnonnages au moyen âge, il fut lié à la pratique du pèlerinage de Compostelle.
Mais, à la différence des compagnonnages de maitre Jacques, Salomon et du père Soubise (le plus proche car regroupant les métiers du bois et les premiers compagnonnages de couverture), la Charbonnerie refusera par essence de s'« embourgeoiser », respectant en cela volontairement ou involontairement le détachement du monde du fondateur mythique.
D'où la réalité et les légendes de leurs forêts abritant proscrits et rejetés de la société du monde, le long des siècles, depuis Jeanne d'Arc ou les guerres de religions aux rencontres « fortuites » de nobles « se perdant dans la forêt » et se faisant initier des rites des plus humbles de leurs sujets : François Ier, Henri IV...
Les sociétés secrètes sont à l'origine de la première grande vague d'agitation contre le Congrès de Vienne en Europe au début des années 1820. En raison de la répression, ces sociétés, comme les Carbonari ou la Charbonnerie, constituaient alors le seul moyen d'expression politique.
Le phénomène politique et insurrectionnel de la Charbonnerie fut d'abord italien, avant de connaître par la suite des ramifications en France. C'est le révolutionnaire français Pierre-Joseph Briot, lui-même franc-maçon du rite de Misraïm et « Bon cousin charbonnier » du rite du Grand Alexandre de la confiance, qui importa ce rite à Naples, fin 1809. Il participa sans doute à l'unification secrète des divers groupes italiens sous l'égide de la Carbonaria.
La figure de l'Italien Buonarotti , héritier lui aussi de l'illuminisme émancipateur du christianisme ésotérique du XVIIIe siècle (avec des sources rosicruciennes) doit être soulignée: Il fut l'âme, avec Briot, des insurrections en France et en Italie, en Belgique et jusqu'en Pologne, à la tête de la Haute Vente.
L'inquiétude du pouvoir vis-à-vis de ce mouvement transparaît dans plusieurs passages de Lucien Leuwen de Stendhal. À la revendication d'une monarchie constitutionnelle libérale venait s'ajouter la volonté d'unité et d'indépendance nationale.
En Italie [modifier]
Après 1817, le carbonarisme entretint une agitation endémique dans la péninsule italienne. Elle débuta par le soulèvement de Macerata, dans les Marches pontificales (1817), et elle culmina dans la vague révolutionnaire de 1820-1821, à Naples et en Piémont où Charles-Albert de Savoie-Carignan, héritier du trône, avait encouragé les conspirateurs.
En juillet 1820, une insurrection dirigée par le général Guglielmo Pepe fut organisée à Naples par la Carbonaria pour obtenir de Ferdinand IV une constitution.
Ces mouvements furent condamnés par les puissances conservatrices, dans le cadre de la politique des Congrès : congrès de Troppau en octobre 1820 et de Laybach en janvier 1821.
En mars 1821, les Carbonari dirigés par l'officier Santorre di Santarosa orchestrèrent un nouveau soulèvement dans le Piémont qui mena à l'abdication du souverain Victor-Emmanuel Ier et à l'accession au pouvoir du roi libéral Charles-Albert. Dans les deux cas, le souverain accorda une constitution avant que les troupes autrichiennes n'interviennent pour rétablir l'absolutisme. Les constitutions furent ensuite abrogées et la répression féroce.
L’échec de ces mouvements déclencha une réaction des autorités dans les États pontificaux et dans le royaume lombard-vénitien. Les condamnations, puis les souffrances, dans les cachots du Spielberg, de Silvio Pellico et Pietro Maroncelli (1820), de Federico Confalonieri, Andryane et Pallavicino (1823-1824) sensibilisèrent l’opinion européenne à la cause italienne.
C'est du Carbonarisme que sortit le mouvement Giovine Italia (« Jeune Italie »), créé à Marseille en 1831 par des Carbonari en exil, et dirigé par Giuseppe Mazzini.
Buonarotti, alors inspirateur des carbonari avant sa disparition en 1838, ne vit pas le plus grand achèvement pratique de son œuvre: la libération et réunification de l'Italie menée par le "Bon Cousin" Garibaldi, héritier de Mazzini, par ailleurs illustre hiérophante de Memphis Misraïm: ce qui prouve, s'il en était besoin, l'étroite relation entre l'institution "belle et rebelle" de la maçonnerie et les carbonari, la première servant de vivier à la seconde.
En France [modifier]
Restauration et Monarchie de Juillet (1815-1848) [modifier]
La Charbonnerie se répandit en France vers 1818. De type politique, rassemblant des républicains, des bonapartistes et, en général tous les mécontents, elle s'opposa à la Restauration, organisant des complots pour la renverser. La police française estima leur nombre à 20 000 pour la seule ville de Paris et ils étaient répandus sur 25 départements.
Le conseil suprême de la société secrète était nommé Haute-Vente. Il se composa d’abord des membres suivants : Bazard, Bonnias, Flottard, Buchez, Dugied, Cariol et Limpérani, fondateurs de la Charbonnerie ; en 1820, ils furent rejoints par La Fayette et son fils, par Dupond de l'Eure, Voyer d'Argenson, Manuel, de Corcelle père, François Mauguin, Barthe, Mérilhon, Beauséjour, Jean-Jacques Koechlin et de Schonen. Pendant l'été 1820, la conspiration dite du bazard français impliquant La Fayette est découverte avant son déclenchement. Le gouvernement modère la répression afin de ne pas susciter une mobilisation trop forte[1].
Cette Haute-Vente dirigeait les Ventes particulières composées de vingt membres. Ce mouvement était cloisonné, ceux des ventes inférieures ne connaissaient pas ceux des ventes supérieures et les ventes étaient inconnues les unes aux autres. Chaque membre versait une cotisation mensuelle d'un franc germinal et devait se pourvoir d'un fusil et de cinquante cartouches. Chaque vente devait se tenir prête à obéir sans discussions aux ordres de la vente supérieure.
Très active de 1820 à 1823 mais ne produisant que des coups de mains sans importance, elle se signale notamment lors de l’affaire des quatre sergents de La Rochelle. La conspiration militaire qu'elle préparait finira par échouer. La dispersion de ses chefs en 1822 lui fut fatale ; plusieurs de ses membres influents se rallièrent au gouvernement de Louis-Philippe Ier en 1830 et d'autres fondèrent la Charbonnerie démocratique selon les théories de Babeuf[2].
Seconde moitié du XIXe siècle [modifier]
L'industrialisation eut ainsi raison de mouvements dont la base sociologique était surtout celle des artisans. Les derniers carbonari, pour se limiter à ce que nous connaissons en France, après la commune et l'avènement de la très bourgeoise 3ème république, dans un climat de positivisme scientiste, se réfugièrent dans les quelques loges de Memphis misraim où l'illuminsime subsistait, à couvert.
Dans les années 1880, la loge indépendante "arc en ciel" s'agrégea au grand orient. Parallèlement, le Martinisme naissant, bâti par le docteur d'encausse, devait préserver, avec quelques anciens affiliés, certains symboles, tels les draps blanc, rouge et noir, le bâton, les masques et son caractère chrétien ésotérique.
Ailleurs, à travers Memphis Misraim en Italie, Amérique du Sud et proche orient (Dont le Liban), le carbonarisme persista, toujours inclus dans la "coque" du rite "égyptien" et devait s'imprégner de philosophie anarchiste et libertaire comme ce fut aussi le cas en France (d'Enfantin aux joyeuses ventes de Belleville, abâtardissement sans plus aucune référence chrétienne): il inspira aussi par quelques compagnons, le syndicalisme révolutionnaire dont la CGT du début du XXe siècle puis la CNT (espagnole et française) arborent toujours les couleurs rouge et noire...
XXe siècle [modifier]
Dans l'aspect rituel, au XXe siècle, en France, Memphis Misraim et le Martinisme, à travers leurs vicissitudes, devaient conserver les archives et l'esprit des ventes carbonari: à travers ces filiations et celle d'une pratique familiale, le 9 septembre 1981, fut institué l'ordre des bons cousins forestiers rétabli, au milieu des clairières de Paris et de Normandie, près de Rouen, avec des ventes en Belgique.
Roger Lecotté, fondateur du musée du compagnonnage de tours et lui-même compagnon ex libris, fut, dans ses dernières années, membre de l'ordre et contribua a préserver, avec sa connaissance des rituels charbonniers anciens, le caractère compagnonnique du rite.
Le 9 septembre 1983, une patente signée avec le très illustré hiérophante Iacobus d'une lignée de Memphis Misraim issue du Liban, donna à l'ordre une assise supplémentaire dans la transmission et de l'esprit et de la forme: entre les membres de la haute vente, par patente, une équivalence de grades instituée entre Supérieurs inconnus martinistes et Premiers Compagnons dirigeant les ventes. Cet apport de l'Orient devait éclore quelques années plus tard dans la mise à jour d'un courant soufi chrétien souterrain, autour du « cinquième évangile ». Le rituel alors pratiqué est d'ailleurs publié dans un des ouvrages du T I Iacobus.
Parallèlement, une résurgence d'une lignée différente (rite des fendeurs), reprenant le rite du chevalier de Beauchêne, fut menée par le grand maître de la grande Loge Humanitas. Cette résurgence est actuellement reprise par la Haute Vente de la RENOUEE.
Diverses vicissitudes du monde, étrangement parentes avec les épreuves décrites dans la vie de saint Thibaut, mais hélas sous une forme moins heureuse, mirent l'ordre en semi sommeil.
Ces dernières années furent consacrées pour les fondateurs, à une pratique du compagnonnage et à un retour à la clé de voûte d'une pratique régulière des sacrements et des œuvres chrétiennes, garde fou de multiples dérives constatées par ailleurs: qu'il s'agisse des tentations, du panthéisme néo druidique dérive du new age et d'un tellurisme refusant toute gnose chrétienne.
Le pèlerinage de Compostelle fut entrepris sur plusieurs années... La tradition de l'ordre du mont Carmel fut intégrée. Tout comme une formation compagnonnique en vrai chantier. Et le récent cousinage avec Léonard de Vinci, maître architecte complet qui connaissait la signification des rubans pourpre et blanc.
En 2012, la Fraternité compagnonnique charbonnière ayant pris le relais de l'OCFR, une haute vente subsiste à Paris et une vente entre Lot et Corrèze. Préservant le rituel carbonari dans son caractère chrétien universel (mais inféodé à aucune église), elle se veut être d'abord un compagnonnage démontrant la méthode compagnonnique à tous ses membres et pour toute activité humaine.
Dans la continuité de la tradition compagnonnique de Compostelle et charbonnière, elle veut avoir une action pratique d'abri et de logement pour les pèlerins, les mendiants, les passants, ainsi qu'une action spécifique sur les médecines naturelles et les techniques de rénovation ou de constructions écologiques pour lesquelles elle dispose des qualifications nécessaires.
Mais, naturellement, et comme les ventes cousines carbonari actuelles ou à venir, elle n'oublie pas, depuis le début des années 80, à sa manière, une action discrète s'inspirant de l'exemple de paix de son saint patron Thibaud...
La Charbonnerie dans la fiction [modifier]
- Le Hussard sur le toit de Giono
- Le Bonheur Fou de Giono
- Vanina Vanini de Stendhal
- Lucien Leuwen de Stendhal
- Le Décalogue, tome VII, Frank Giroud - Paul Gillon
- Les Enfants du Golo - Le temps des Carbonari de Claude Bourguignon-Frasseto (les Carbonari et la Corse)
- Le Corricolo (1843) d'Alexandre Dumas - Version en ligne
- Frères d'Italie, Mario Martone (2009)
- Les Mohicans de Paris d' Alexandre Dumas
- Le Cimetière de Prague d'Umberto Eco (2010)
Bibliographie [modifier]
- Constitution et Organisation des Carbonari - 1821, M. SAINT-EDME, éditions du Prieuré 1997.(ISBN 2-909672-91-3)
- La Charbonnerie Française 1821-1823, Pierre-Arnaud Lambert, Presses Universitaires de Lyon - 1995.(ISBN 2-7297-0487-6)
- R. Ambelain A l'ombre des cathédrales
- J. Duez les dix roues sacrées: rituel de l'Ordre des bons Cousins Forestiers Rétablis
- Site de l'ordre de la Renouée: filiation des fendeurs et mention de l'OCFR
Liens externes [modifier]
- La Charbonnerie française au début du XIXe siècle
- Charbonnerie
- Compagnonnage et Carbonarisme
- Défense de l'ordre social contre le carbonarisme moderne, par Pierre-Denis Boyer, 1835 (version électronique 1re partie), (2e partie).
- (en) P. Savigear (université de Leicester) : Carbonarism and the French Army, 1815-1824
Notes et références [modifier]
- Isabelle Backouche, La Monarchie parlementaire de Louis XVIII à Louis-Philippe Pygmalion 2000, p.83
- « Charbonnerie », in Jules Trousset (dir.), Nouveau dictionnaire encyclopédique universel illustré, t.1 (A-Char), Paris, 1885, p. 798-799.