Pierre-Jean de Béranger

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Pierre-Jean de Béranger

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Portrait de Béranger en 1839.

Naissance 1780
Paris
Décès 1857 (à 76 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Chansonnier

Pierre-Jean de Béranger, né le 19 août 1780 à Paris, et mort dans cette même ville le 16 juillet 1857, est un chansonnier français prolifique qui remporta un énorme succès à son époque. Plus connu sous le simple nom de Béranger, il est le fils de Jean-François Béranger de Mersix et de Marie-Jeanne Champy.

Les premières années[modifier | modifier le code]

P.-J. de Béranger descendait d’une branche déchue de l’antique Maison des marquis de Béranger. Pâlot et chétif, il n’est envoyé que tardivement à l’école où il ne se sent pas à l’aise. Ses vrais instituteurs et éducateurs sont les grands-parents Champy. On le conduit parfois chez sa mère qui, aimant le théâtre, les bals et les parties de campagne, l’emmène avec elle.

Début 1789, après avoir couru les routes, Béranger de Mersix se fixe de nouveau à Paris et fait entrer son fils comme pensionnaire chez l’abbé Chantereau. Le père de Pierre-Jean était un agent d’affaires, ardent royaliste, qui se compromit pendant la Révolution française et fut obligé de se cacher. Il rencontre alors Charles-Simon Favart, fondateur de l’opéra-comique. Malgré ses 79 ans, celui-ci porte encore avec orgueil le titre de « chansonnier de l’armée » que lui avait donné le maréchal de Saxe. Plus tard, Béranger verra dans cette attirance la marque de sa vocation.

Las de payer le prix de la pension, son père décide de l’envoyer chez sa tante qui tient une auberge à Péronne. L’état de garçon d’auberge ne lui convient pas et il passe chez un notaire devenu juge de paix. Savant, disciple fervent de Rousseau et passionnément éducateur, M. de Ballue de Bellenglise recrute les gamins de Péronne qu’il endoctrine dans une école primaire gratuite l’Institut patriotique. Il travaille à faire de cette jeunesse des citoyens utiles à la patrie. Après la rhétorique « rousseauiste » et révolutionnaire, les recrues entonnent des chants républicains. Jamais Pierre-Jean n’a senti aussi profondément la puissance de la chanson. Il y puisa quelques instructions, mais sans s’initier aux langues anciennes. Pour compléter son éducation, il entre à 14 ans comme apprenti chez l’imprimeur Laisney où il parvient à s’initier à la poésie. La nostalgie de son séjour à Péronne inspirera à Béranger Souvenirs d’enfance.

De retour à Paris en 1795, Pierre-Jean, pour être commis chez son père, qui faisait alors de la banque, fait immédiatement l’apprentissage de prêteur sur gages. Son père se repose sur lui pour faire prospérer ses affaires alors qu’il prépare le retour du roi, mais la maison fait faillite. Avec les débris de sa fortune, il achète un cabinet de lecture. Pierre-Jean trouve une mansarde au sixième étage. Il passe des heures au cabinet de lecture et, revenant à sa vocation antérieure, aligne des rimes, glorifie de son mieux l’amour, les femmes, le vin, tente la satire… Il se livre à la poésie, s’essayant successivement dans l’épopée, l’idylle, le dithyrambe, la comédie, et ne s’attache qu'assez tard au genre qui devait l’immortaliser. Le soir, il remonte dans sa mansarde : « Le Grenier ».

Après avoir lu Léonard et Gessner, il tâche de composer des idylles et en réussit une, « Glycère », qui parait dans « Les Saisons du Parnasse ». Après, c’est le grand poème qui l’attire et il esquisse un « Clovis », puis c’est la comédie satirique. Son goût n’est pas encore très sûr et les modèles lui manquent. Dans les appartements du docteur Mellet à Montmartre, une académie de chanson se fonde où Pierre-Jean, suivant la veine du XVIIIe siècle, développe ses dons et essaie sa muse. Son ami Wilhem adapte ses airs (comme « les Adieux de Marie Stuart ») sur ses romances dolentes.

Courant Paris à la recherche d’un « protecteur », il s’adresse en 1804 à Lucien Bonaparte. Il joint à sa lettre quelque cinq cents vers, dont « Le Déluge ». Bonaparte lui donne procuration pour toucher son traitement de membre de l’Institut. En 1809, sur les recommandations d’Arnault, il est attaché comme expéditionnaire aux bureaux de l’Université. Tout en s’acquittant de sa besogne de copiste, il fait de joyeuses et piquantes chansons. Au début des années 1810, il est déjà célèbre à Péronne. On l’appelle pour présider des banquets et égayer le dessert par ses chansons. Il retrouve une veine gaillarde, libre des fadeurs de la mode, ainsi la chanson « Les Gueux », inspirée d’un refrain bohème du XVIIe siècle.

Du Caveau au peuple[modifier | modifier le code]

Béranger.

En 1806, l’ancien Caveau ressuscite sous le nom de Caveau moderne. La Clé du Caveau est publiée chaque année. Ce recueil de chansons et d’airs permet à Béranger (entré au Caveau moderne fin 1813), Désaugiers et leurs amis de faire connaître leurs chansons au peuple, mais des copies circulent déjà, et Béranger est connu pour Le Sénateur, Le Petit Homme gris, et surtout Le Roi d’Yvetot. En novembre 1815, Béranger hasarde la publication de quelques airs : Les Chansons morales et autres. Le succès lui donne de l’assurance et il prend position dans le libéralisme.

Après le retour du roi Louis XVIII en 1815, Béranger va exploiter les thèmes du respect de la liberté, de la haine de l’Ancien Régime, de la suprématie cléricale, du souvenir des gloires passées et de l’espoir d’une revanche. Alors que la presse n’est point libre, il renouvelle la chanson dont il fait une arme politique, un instrument de propagande : il attaque la Restauration et célèbre les gloires de la République et de l’Empire. C’est le temps de La Cocarde blanche et du Marquis de Carabas. Béranger apporte la poésie dont ont besoin ceux qui ont déserté la cause royale. Le cercle de ses amitiés s’élargit et on le voit dans de nombreux salons. Il accepte de collaborer à la Minerve avec Étienne de Jouy, Charles-Guillaume Étienne et Benjamin Constant.

En 1820, le Vieux Drapeau est clandestinement répandu dans les casernes. Béranger devient vraiment la voix du peuple ou « l’homme-nation » comme le dira Lamartine. Son œuvre de poète pamphlétaire est déjà considérable : il a attaqué les magistrats dans Le Juge de Charenton, les députés dans Le Ventru, les prêtres et les jésuites partout. Ses chansons paraissent en deux volumes le 25 octobre 1821. En huit jours, les dix mille exemplaires sont vendus et l’imprimeur Firmin Didot prépare une nouvelle édition.

Tombe de Béranger, enterré avec son ami Manuel.
Le Moniteur, 17 avril 1848.

En 1821, il est privé de son modeste emploi. Au début de décembre de la même année, poursuivi et condamné à trois mois de prison et 500 francs d’amende, il est incarcéré à la prison Sainte-Pélagie, où il occupe la cellule quittée quelques jours plus tôt par le pamphlétaire Paul-Louis Courier.

En 1828, il est condamné de nouveau, mais cette fois à neuf mois de prison et 10 000 francs d’amende. Le compte-rendu très complet de ce procès a été publié en annexe du tome III de ses œuvres complètes et peut être lu sur Internet[1]. Ces condamnations ne font que rendre son nom plus populaire ; l’amende est acquittée par souscription. C'est à cette époque que le peintre Ary Scheffer, un de ses sympathisants, réalise son portrait (1828, Musée de la vie romantique, Paris) - et que le sculpteur David d'Angers grave son profil en médaillon (même collection). Après la révolution de 1830, il traite surtout des sujets philosophiques et humanitaires[2]. Jaloux de son indépendance, il ne veut accepter aucun emploi de la monarchie de Juillet.

Fatigué et souffrant, il se retire en juin 1830 à Bagneux, dans un petit pavillon dont il donne la description suivante, dans une lettre à une amie datée du 23 juin : j'ai loué à Bagneux un petit pavillon pour 150 francs, pour toute la saison. Le prix vous donne une idée de la beauté de ce local et le 20 juillet, de préciser : Je me trouve à merveille dans le chenil que j'ai loué à Bagneux : cuisine au rez-de-chaussée ; chambre à coucher, servant de salon, de salle à manger et de cabinet de travail, au premier ; chambre de domestique au second ; enfin un appartement complet dans un pavillon isolé…. Cette maison aujourd'hui disparue était située dans l'actuelle rue Pablo-Neruda, en face de la Maison des Marronniers[3].

En 1848 il fait partie, à l'Élysée, de la commission des secours, dignité non lucrative, mais qui convenait à son cœur. À cette occasion il reçoit l'hommage de 800 chanteurs, musiciens et mendiants des rues. Ils sont conduits par son ami Aubert, syndic et doyen des chanteurs des rues de Paris[4]. La même année, élu représentant du peuple, il refuse de siéger. Aussi bienfaisant que désintéressé, il n’use de son crédit que pour rendre service.

Il meurt pauvre : le gouvernement impérial fait les frais de ses funérailles. Le fauteuil où est mort Béranger fait partie des collections du musée Carnavalet, où il est exposé. Sa tombe se trouve au cimetière de l'Est parisien, (Cimetière du Père-Lachaise) 28e division.

Après avoir débuté par des chansons bachiques et licencieuses qui l’auraient laissé confondu dans la foule, il sut se créer un genre à part : il éleva la chanson à la hauteur de l’ode. Dans les pièces où il traite de sujets patriotiques ou philosophiques, il sait le plus souvent unir à la noblesse des sentiments, l’harmonie du rythme, la hardiesse des figures, la vivacité et l’intérêt du drame.

Béranger en prison à La Force
Jules-Édouard Alboize de Pujol et Auguste Maquet, Les Prisons de l'Europe, Paris, Administration de librairie, 1845.

On peut trouver :

  • La Sainte Alliance des peuples ;
  • Le Vieux drapeau ;
  • Le vieux sergent ;
  • Les Enfants de la France ;
  • L’Orage ;
  • Le Cinq mai ;
  • Les Souvenirs du Peuple ;
  • Le Champ d’Asile ;
  • Les Adieux à la gloire ;
  • Le Dieu des bonnes gens ;
  • Le Bon Vieillard ;
  • Les Hirondelles ;
  • Les Quatre âges ;
  • Le Déluge;
  • Le Pape musulman.

Béranger avait publié son premier recueil en 1815 sous le titre malicieux de Chansons morales et autres ; il en publia trois nouveaux en 1821, 1825 et 1833. Ce dernier qui parut sous le titre de Chansons nouvelles et dernières, est dédié à Lucien Bonaparte, pour lequel il avait conservé une vive reconnaissance.

Il a laissé une centaine de chansons inédites, qui forment une sorte de romancero napoléonien, sa propre Biographie et une Correspondance.

Béranger et les goguettes[modifier | modifier le code]

partition
Deux chansons de Béranger.

Comme le rapporte Savinien Lapointe, Béranger, adoré des goguettiers a évité de fréquenter les goguettes et n'a participé que très peu de fois aux réunions du Caveau[5] :

Ce qui m'a souvent frappé dans les différentes appréciations que j'ai entendu faire de Béranger, c'est de voir combien on le connaissait peu, combien peu le devinait. À entendre parler une foule de gens, qui prenaient ses gaités à la lettre, Béranger était un ivrogne, un débauché, coureur de mauvais lieux. Ici, n'est-ce pas le préjugé attaché à la chanson, qui poursuit le chansonnier ? J'ai été non moins surpris de voir quel être chimérique on mettait à la place de l'original. De là, sans doute, ces histoires, ou plutôt ces contes, dans lesquels on nous le montre courant les barrières et les cabarets, en compagnie de gens, que son cœur n'aurait pas dédaignés sans doute, mais avec qui, en fin de compte, il aurait pu s'étonner de se rencontrer.
Béranger n'a fréquenté ni les barrières, ni les cabarets, ni même les goguettes. (…) L'ami des Manuel, des Benjamin Constant, des Dupont (de l'Eure), des Laffitte, des Chateaubriand, se serait trouvé mal à l'aise au milieu de braves gens qui n'ont d'autre prétention que celle de chanter pour chanter. Il a fait partie de l'ancien Caveau, il est vrai, mais il n'y est guère allé que deux ou trois fois, à la sollicitation de l'Ermite de la Chaussée d'Antin[6], qui voulait lui faire connaître Désaugiers, avec qui il ne tarda pas à se lier, et qu'il avait en grande estime comme chansonnier. Désaugiers alors présidait le Caveau.
L'anecdote suivante va prouver que Béranger n'était nullement connu de nos joyeux goguettiers.
Il y avait une goguette, en ces temps-là, qui affectionnait le chansonnier d'une affection particulière. Un jour Émile Debraux, pris de vin et de jalousie, éclate contre Béranger en propos inconvenants. Il est rappelé à l'ordre par ses amis même. Debraux continue ; il est décidé qu'il ne sera pas reçu dorénavant parmi eux, en punition de ses injures. Un soir, il se présente ; on lui refuse l'entrée. Il insiste ; on le repousse. Il dit alors qu'il a fait la paix avec Béranger ; on n'en veut rien croire. « La preuve, dit-il, c'est que je vous l'amènerai lundi prochain. » Une pareille proposition devait enchanter nos chers goguettiers. Ils acceptèrent de recevoir Debraux à cette condition. Le lundi suivant, Debraux se présente avec un de ses amis de la banlieue, qui, enveloppé dans une grande redingote à la propriétaire, coiffé d'un large chapeau, des lunettes vertes sur le nez, est annoncé comme étant Béranger par Émile Debraux. On entoure ce drôle, qui était tout simplement un ancien vétéran. Il boit, chante et se grise. Il est couvert d'applaudissements, car il chantait fort bien. Après la séance, un fiacre emporte l'auteur de cette farce et le Béranger de pacotille.
Cela prouve assez combien mon maître était peu connu personnellement des goguettes.
Béranger a toujours mis une grande prudence dans le choix de ses relations et de son cercle. « Défiez-vous de la basse littérature, me répétait-il souvent, et des littérateurs de profession. »
Cette opinion de Béranger était d'accord avec celle du peuple. Il se plaisait à raconter les paroles d'un cocher, lors de l'enterrement d'Émile Debraux. « J'étais en retard, disait-il ; je prends un cabriolet pour rejoindre le convoi. – Vous allez à l'enterrement de Debraux, me dit le cocher ; celui-là a galvaudé sa vie, en traînant dans toutes les sociétés bachiques son ivresse et ses chansons. Ce n'était pas là sa place : il faut savoir respecter son habit. – Ce cocher avait un grand bon sens, » ajoutait-il.

Une anecdote qui témoigne de la popularité de Béranger[modifier | modifier le code]

Paul Jarry écrit en 1913[7] :

Béranger se promène dans la rue ; un miséreux lui tend son chapeau et le poète laisse tomber deux sous. Un homme se précipite et dit au pauvre diable :
— Cédez-moi les deux sous que vient de vous donner ce monsieur, et je vous remets à la place une pièce de cinq francs.
— Et pourquoi ? fit l'homme
— Parce que ce « monsieur », c'est Béranger !
— Béranger ! reprit l'autre, en retirant ses deux sous, je les garde !

Un homme reconnu[modifier | modifier le code]

Statue au square du Temple remplaçant celle élevée par souscription, détruite par ordre du gouvernement en 1941[8].

Béranger est adoré par les chanteurs et musiciens des rues de Paris qui lui rendent hommage au nombre de 800 en 1848. Il est l'ami de leur doyen et syndic Aubert.

De très nombreuses et grandes figures du XIXe siècle ont rendu hommage à Béranger de son vivant.

  • Chateaubriand: « Un des plus grands poètes que la France ait jamais produits »
  • Goethe: « Béranger est le génie bienfaisant du siècle »
  • Sainte-Beuve: « C’est un poète de pure race, magnifique et inespéré »
  • Béranger est très apprécié aussi d’un grand nombre de médecins et de scientifiques. Il écrit au sujet de son ami le docteur Pierre Bretonneau : C’est un savant d’une modestie parfaite et d’un désintéressement peu commun dans la capitale. Il est de plus homme d’esprit et de bonté extrême. Vous voyez que si je meurs ici, ce ne sera pas dans les mains d’un barbier de village…
  • Eugène Sue cite une strophe entière de sa chanson « le Dieu des bonnes gens » dans son roman-feuilleton Le Juif errant (XIIe partie, chapitre 3). Sans le citer Sue évoque « ce couplet de l’immortel chansonnier ».

Ses amis vinrent nombreux à ses obsèques. Louise Colet raconte[9] :

… Nous nous sommes tous retrouvés là, nous qui l'aimions et lui étions une famille intellectuelle : Thiers, Villemain, Mignet, Cousin, Mérimée, Alfred de Vigny, Saint-Marc Girardin, Cormenin, Reybaud, le baron Larrey, Antony Deschamps, Auguste Barbier, Jules Janin, Louis Jourdan, Arsène Houssaye, Achille Jubinal, Champfleury, Lanfrey, etc., etc. – Quelques-uns des plus chers manquaient, mais leur douleur était présente ; ils assistaient en esprit à cette heure des derniers adieux : M. Lebrun était grièvement malade de chagrin ; Lamartine, parti pour Saint-Point avant que la maladie de son ami eût atteint un caractère de danger, lui écrivait encore, il y a trois jours, une lettre touchante où il lui disait: « Nous nous reverrons ! » Cet espoir n'est plus hélas! qu'un pressentiment de l'immortalité de l'âme. – Scheffer, le peintre et l'ami du poète mort et Henri Martin, l'un de ses fidèles, était en voyage.
Quand, à travers les ronces et les orties qui enlacent aux grilles des sépultures, j'ai pu arriver jusqu'à l'entrée du monument de MANUEL, tout était fini : on y poussait la bière d'ébène. Je me suis éloignée précipitamment, courbant la tête et recherchant l'image de BÉRANGER, non plus parmi ces pierres, aux inscriptions sans nombre, mais dans mon souvenir.
Oublions la poussière de ceux qui ont été, mais gardons précieusement leur esprit.

La notoriété de Béranger n'existe pas qu'en France. En 1859, à Bruxelles existe un journal intitulé les pupilles de Béranger[10].

La rencontre entre Béranger et Virginie Déjazet[modifier | modifier le code]

Paul Jarry écrit en 1913[7] :

Un soir d'hiver, Béranger, dans son modeste logis de la rue Vineuse, remuait les tisons de son feu, lorsque la porte s'ouvrit Une femme entra ; — c'était Déjazet, Déjazet qui tant de fois avait chanté les œuvres du chansonnier. « A la vue du bon vieillard assis dans son fauteuil, nous content MM. Séché et Jules Bertaut, l'émotion la gagne. Son visage pâlit, ses jambes semblent se dérober sous elle ; elle s'appuie aux panneaux de la porte, elle cache son visage avec son mouchoir, et des sanglots s'échappent de sa poitrine, elle n'ose faire un pas de plus, elle n'ose entrer.
— Je suis Déjazet, dit-elle enfin, et je viens vous demander la permission de vous embrasser.
Le bon vieillard la prend dans ses bras, la rassure et la fait asseoir au coin du feu. Déjazet écoute le vieux poète, tout en essuyant ses larmes, et prenant confiance à mesure qu'il parle :
— Vous ne venez jamais au théâtre, lui dit-elle, auriez-vous du plaisir à m'entendre ?
— Pouvez-vous en douter ?
— Eh ! bien, voulez-vous que je vous chante la Lisette de Béranger, du chansonnier Bérat, ici, pour vous seul ?.
Et sans lui laisser le temps de répondre, elle se met aux genoux du vieillard, prend ses mains dans les siennes, et, de sa voix vibrante, chante de toute son âme :
Enfants, c'est moi qui suis Lisette,
La Lisette du chansonnier.
Le poète embrassa Déjazet, et, pour tout compliment, lui montra les larmes qui brillaient dans ses yeux.

Le pèlerinage annuel au tombeau de Béranger[modifier | modifier le code]

Durant plusieurs décennies, un pèlerinage annuel est organisé sur la tombe de Béranger et rassemble de très nombreux participants.

Le Temps du 18 juillet 1879, 22 ans après la mort du chansonnier, se fait l'écho de cet événement annuel qui vient d'arriver[11] :

Hier, à trois heures et demie, a eu lieu le pèlerinage annuel au tombeau de Béranger.
Le rendez-vous était à trois heures, devant la grande porte du Père-Lachaise. Plus de deux mille personnes, réunies à l'heure précise, ont accompagné les organisateurs au cimetière.
Divers discours, écoutés avec recueillement, ont été prononcés par MM. Édouard Hachin, président d'honneur de la Lice chansonnière ; Henri Lecomte[12] ; Eugène Baillet ; Charles Vincent, président du Caveau ; Alfred Leconte, député de l'Indre[13], et enfin Engelbauer, parent de Béranger.
L'année prochaine, le 19 août, aura lieu l'inauguration de la statue et le centenaire de Béranger[14].

Iconographie[modifier | modifier le code]

Buste de Pierre-Jean de Béranger par David d'Angers (1829).

Hommage posthume[modifier | modifier le code]

  • Germaine Montero a chanté Béranger: Le Bon Dieu, A mes amis devenus Ministres
  • En 1974, le baryton russe Édouard Khil a même interprété une dizaine de ses chansons, traduites vers le Russe exprès pour la session "Песни Беранже" (Chansons de Béranger) sur Lentelefilm.
  • Le chanteur français Jean-Louis Murat a repris certaines de ses chansons dans l’album 1829, sorti en 2005, et trois autres chansons dans l'album Mockba.
  • Le chanteur français Hubert Humeau a enregistré huit chansons de Béranger accompagnées au piano-forte en 1982. Reprise de « Passy » et « La double ivresse » dans une édition de 1999. Sortie en mars 2007 : Chansons de Béranger 1800 à 1828.
  • Un autre album, chanté par Arnaud Marzorati, est sorti en 2008.
  • Hall de la chanson a célébré les 150 ans de sa mort en organisant une rencontre avec des spécialistes et des artistes proposant des entretiens et des chansons filmés au collège Béranger, en décembre 2007[15].
  • À Clamart dans les Hauts-de-Seine, un service psychiatrique appartenant au groupe hospitalier Paul Guiraud Villejuif porte son nom.
  • À Péronne (Somme), le collège public porte le nom de Béranger de même qu'une rue du centre ville.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sophie-Anne Leterrier, "Béranger, des chansons pour un peuple citoyen", Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013.
  • François Baudez, Pierre-Jean de Béranger, poète national, tome 1, le dormeur du val, Yvelinédition, 2006.
  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Pierre-Jean de Béranger » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, 1878.
  • Jules Janin, Béranger et son temps, 1865.
  • Jean Touchard, La gloire de Béranger, thèse de doctorat, 1968.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Compte-rendu du procès de 1828 en ligne sur le site Gallica de la BNF.
  2. Un de ses chansons intitulée Le vieux vagabond a été mise en musique par Liszt, alors saint-simonien, cf M. Faure, Histoire et poétique de la mélodie française, CNRS éditions, 2000, ISBN 2-271-05805-8, [1]
  3. Bulletin municipal de Bagneux, no 151 de janvier 2008, p. 31.
  4. Mémoires sur Béranger, souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettres, recueillis et mis en ordre par Savinien Lapointe, Gustave Havard Libraire-Éditeur, Paris 1857, page 121.
  5. Mémoires sur Béranger, souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettres, recueillis et mis en ordre par Savinien Lapointe, Gustave Havard Libraire-Éditeur, Paris 1857, pages 3, 4 et 5.
  6. Nom de plume d'Étienne de Jouy :… « M. de Jouy, sous le nom de l'Ermite de la Chaussée-d'Antin, fit allusion dans un joli feuilleton publié dans la Gazette de France »… (Arthur Dinaux Les Sociétés bachiques chantantes et littéraires leur histoire et leurs travaux Ouvrage posthume revu et classé par M. Gustave Brunet. Librairie Bachelin-Deflorenne, Paris 1867, tome 1, article Société de la Goguette).
  7. a et b Paul Jarry, Les Chansons de nos grand'mères, Bulletin de la Société archéologique, historique et artistique Le Vieux Papier, tome XII, p.6, 1913.]
  8. L'ancienne statue, élevée par une souscription organisée par le journal La Chanson, en bronze, est visible sur cette page d'images de statues détruites à Paris en 1941, réquisition allemande de toutes les statues de bronze.
  9. Louise Colet, Béranger. – Ses derniers jours. – Détails intimes. – Monde illustré. – 25 juillet 1857. Cité dans La Chanson illustrée, 1870, 2e année, numéro 69, page 3, 1re colonne.
  10. Le journal bruxellois les pupilles de Béranger est mentionné dans une publicité parue en 4e de couverture de la brochure Extension des limites de Paris d'après la loi du 16 juin 1859 et le décret du 1er novembre de la même année : tableau indicatif des circonscriptions des nouveaux arrondissements et des délimitations des quartiers, Éditeur : Durand, Paris 1859. Voir la publicité reproduite dans Commons.
  11. Rubrique Faits divers, Le Temps, 18 juillet 1879, page 2, 6e colonne.
  12. Il s'agit de Louis-Henry Lecomte, rédacteur en chef de la revue La Chanson.
  13. Alfred Leconte (1824-1905) était député et chansonnier amateur. Le journal Le Temps le qualifie de « rimeur intarissable », dans sa rubrique Au jour le jour, La Lice Chansonnière, du 8 avril 1881, page 2, 3e colonne.
  14. Il s'agit de la statue élevée grâce à une souscription lancée par le journal La Chanson. Détruite en 1941, elle a été remplacée depuis par une autre statue, installée aujourd'hui dans le square du Temple, non loin de l'emplacement de la première statue.
  15. Les entretiens du Hall au collège Béranger
  16. Mémoire des rues – Paris 3e arrondissement 1900-1940, Meryam Khouya, éditions Parimagine, 2004
  17. Musique des chansons de Béranger : airs notés anciens et modernes, 10e édition revue par Frédéric Bérat, augmentée de la musique des chansons posthumes…, Éditeur : Garnier frères (Paris), Date d'édition : 18..
  18. Correspondance de Béranger., recueillie par Paul Boiteau, Perrotin éditeur, Paris 1860, tome 1, 434 pages, tome 2, 470 pages, tome 3, 491 pages, tome 4, 427 pages.
  19. Les gaietés : quarante quatre chansons érotiques de ce poète, suivies de chansons politiques et satiriques non recueillies dans ses œuvres prétendues complètes de Béranger, Éditeur : aux dépens de la Compagnie, Amsterdam 1864, 182 pages.