Joseph Fouché

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Joseph Fouché
Joseph Fouché sur une huile sur toile de Claude-Marie Dubufe, château de Versailles.
Joseph Fouché sur une huile sur toile de Claude-Marie Dubufe, château de Versailles.
Fonctions
Président de la Commission de Gouvernement
22 juin 18157 juillet 1815
Monarque Napoléon II
Gouvernement Napoléon II
Législature Chambre des Représentants
Prédécesseur aucun
Successeur Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord
Biographie
Date de naissance 21 mai 1759
Lieu de naissance Le Pellerin, France
Date de décès 26 décembre 1820 (à 61 ans)
Lieu de décès Trieste, Italie
Nationalité française
Parti politique Girondin
puis Montagnard
puis Indépendant
Profession Conventionnel
Religion Athéisme puis catholicisme en fin de vie, au cours de l'exil à Trieste[réf. nécessaire].

Joseph Fouché
Chefs du gouvernement français

Joseph Fouché, dit Fouché de Nantes, duc d'Otrante, comte Fouché, est un homme politique français, né le 21 mai 1759 au Pellerin près de Nantes et mort le 26 décembre 1820 à Trieste. Il est particulièrement connu pour la férocité avec laquelle il réprime l'insurrection lyonnaise en 1793 et comme ministre de la Police sous le Directoire et l'Empire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Années de jeunesse et de formation (1759-1792)[modifier | modifier le code]

Fils d'un capitaine de marine marchande, il envisage de faire la même carrière que son père. Il entre au séminaire de l'Oratoire de Nantes où il reçoit les ordres mineurs.

En 1782, il devient professeur de sciences au collège de Niort, puis il enseigne à Saumur, à Vendôme, à Juilly et enfin Arras, où il fait connaissance de Robespierre.

Il est préfet des études chez les Oratoriens de Nantes lorsque éclate la Révolution française. Il en embrasse la cause avec ardeur, et est élu député en septembre 1792 par la ville de Nantes à la Convention.

Révolution Française (1792-1799)[modifier | modifier le code]

En mission dans l'Ouest et le Centre[modifier | modifier le code]

À la Convention, il fait partie du comité de l'instruction publique. Il appartient au parti des Girondins avant de voter la mort lors du procès de Louis XVI et de basculer sur les bancs des Montagnards.

Fouché est envoyé en mission dans l'Ouest et le Centre, et devient un propagandiste ardent de l'esprit révolutionnaire, organisant la Garde nationale à Nantes, recrutant des volontaires contre les vendéens. Il entreprend la déchristianisation de la Nièvre.

Le « mitrailleur de Lyon » (1793-1794)[modifier | modifier le code]

Sur proposition de Barère, Jean-Marie Collot d'Herbois et Montaut sont nommés par la Convention pour remplacer Dubois-Crancé, qui avait pourtant déjà pris le contrôle de l'insurrection lyonnaise. Fouché, alors dans la Nièvre, est prié de les y rejoindre le 30 octobre 1793 : « Le salut de la patrie vous appelle à Ville-Affranchie, partez, votre patriotisme nous répond de votre zèle et de la fermeté avec laquelle il faut opérer dans cette ville rebelle. » Et il lui conseille de rapporter discrètement son arrêté ordonnant de verser aux comités de surveillance l'or et l'argent monnayés, manière d'en laisser la destination à sa discrétion[1]. Ainsi Fouché est-il chargé de faire exécuter le décret qui ordonnait la destruction de cette ville, et il encourage les cruautés qui furent commises alors : à cette occasion, il gagne le surnom de « mitrailleur de Lyon », pour avoir substitué à la guillotine, jugée trop lente, l'exécution de masse des habitants jugés suspects par la mitraille (des canons tiraient sur des groupes de plusieurs dizaines de condamnés). 1 683 Lyonnais sont victimes de la répression de Fouché. Le 2 frimaire (22 novembre), il écrit avec Collot d'Herbois, à la Convention : « On n'ose pas encore vous demander le rapport de votre premier décret sur l'anéantissement de la ville de Lyon, mais on n'a presque rien fait jusqu'ici pour l'exécuter. Les démolitions sont trop lentes, il faut des moyens plus rapides à l'impatience républicaine. L'explosion de la mine et l'activité dévorante de la flamme peuvent seules exprimer la toute-puissance du peuple. Sa volonté ne peut être arrêtée comme celle des tyrans, elle doit avoir les effets du tonnerre. Signé Collot d'Herbois et Fouché[2]. »

Les violences inouïes qui sont perpétrées à Lyon ne peuvent que satisfaire les vœux du cabinet britannique dont les directives sont de fomenter à l'intérieur un maximum de troubles, en sorte que la nation française soit déconsidérée aux yeux de l'Europe unie dans une même réprobation, et que les États disposés à la neutralité n'entament aucun pourparlers avec les républicains[3].

Dans l'exercice de son mandat, Fouché est aussi accusé de dilapidations et de détournements. Ainsi, cet arrêté pris par lui et son collègue Albitte : « Les représentants du peuple envoyés à Commune affranchie pour y assurer le bonheur du peuple requièrent la commission des séquestres de faire apporter chez eux deux cents bouteilles du meilleur vin qu'ils pourraient trouver, et en outre, cinq cent bouteilles de vin rouge de Bordeaux, première qualité, pour leur table[4]. »

Au même moment (nivôse an II), il intrigue discrètement par des rapports fallacieux adressés aux comités réunis pour remplacer le citoyen Brillantais à la direction de la grosse manufacture d'arme de Moulins (Allier) et y placer le banquier du gouvernement de William Pitt, William Harris, dit Herries, le principal agent de financement des manœuvres de déstabilisation de la République[5]. Ce banquier politique cité dans la Lettre anglaise (recommandations aux agents anglais de l'intérieur), maintenant bien connu pour son implication dans les affaires intérieures de la France de la Terreur au Consulat, demeura en relation avec Fouché jusqu'au Consulat et peut-être au-delà[6]. Néanmoins antiesclavagiste, le 20 ventôse an II- 10 mars 1794, il fait organiser dans la cité une fête en l'honneur de la liberté des Noirs votée à Paris par la Convention, le 16 Pluviôse an II-4 février 1794[7]. Rappelé à Paris le 7 germinal (27 mars 1794) à la demande de Robespierre malgré la protection de Billaud-Varenne, Fouché réintègre la Convention le 17 germinal (8 avril), qui renvoie son rapport au comité de salut public. Il justifie alors la violence de la répression lyonnaise en disant « le sang du crime féconde le sol de la liberté et affermit sa puissance ». À son retour, il a une entrevue avec l'Incorruptible :

« Mon frère lui demanda compte du sang qu'il avait fait couler et lui reprocha sa conduite avec une telle énergie d'expression que Fouché était pâle et tremblant. Il balbutia quelques excuses et rejeta les mesures cruelles qu'il avait prises sur la dureté des circonstances. Robespierre lui répondit que rien ne pouvait justifier les cruautés dont il s'était rendu coupable ; que Lyon, il est vrai, avait été en insurrection contre la Convention nationale, mais que ce n'était pas une raison pour faire mitrailler en masse des ennemis désarmés[8]. »

— Charlotte de Robespierre, Mémoires

Par la suite, après le reflux de la Terreur, il cherche à rejeter la faute sur Collot d'Herbois.

Se justifiant devant les Jacobins, il parvient à se faire élire à la présidence du club le 16 prairial (4 juin), en l'absence de l'Incorruptible. Toutefois, quand des délégations de Nevers et du Morvan viennent l'accuser, celui-ci l'attaque ouvertement aux Jacobins. Il l'accable de reproches, particulièrement l'usage infâme des pouvoirs qu'on lui avait confiés et il lui dit qu'il lui serait demandé des comptes du sang dont il s'était couvert. Chassé le 24 prairial (12 juin) des Jacobins sous l'influence de Robespierre, Fouché sait alors, comme il l'écrira dans ses Mémoires, « qu’il avait l’honneur d’être inscrit sur ses tablettes à la colonne des morts ». Se battant avec énergie pour sauver sa vie, il participe activement au complot qui aboutit à la chute de Robespierre et joue un rôle décisif, au cours de la nuit du 8 au 9 thermidor, dans les négociations avec les chefs de la Plaine, leur promettant la fin de la Terreur pour prix de leur alliance.

De 1795 à 1799[modifier | modifier le code]

Après le 9-Thermidor, il est marginalisé et même durement attaqué à la Convention le 27 thermidor an III (14 août 1795) où Merlino prend courageusement sa défense. Il se rapproche de Gracchus Babeuf qui a formé un groupe d'opposition aux Thermidoriens. Menacé après les insurrections du 12 germinal et du 1er prairial an III, il obtient la protection de Barras et bénéficie de l'amnistie de brumaire an IV. Discrédité, sans emploi, il vit quelque temps d'expédients. Chargé d'une mission dans les Pyrénées-Orientales pour la délimitation des frontières franco-espagnoles, il est employé ensuite par le Directoire dans sa police secrète. Puis il fait des affaires avec les banquiers Ouvrard et Hainguerlot et obtient, grâce à Réal, une participation dans une compagnie de fournisseurs aux armées.

Représentant du Directoire en république Cisalpine – où son comportement est des plus douteux – puis en Hollande, il devient ministre de la Police le 2 thermidor an VIII (20 juillet 1799).

Ministre de la police durant le Consulat et l’Empire[modifier | modifier le code]

En qualité de ministre de la police, il fait arrêter les Directeurs lors du coup d'État du 18 brumaire. Bonaparte lui conserve son ministère, qu'il réorganise, cumulant la direction de la police et celle de la gendarmerie. Lors de l'attentat de la rue Saint-Nicaise (1800), il prouve qu'il est le fait des royalistes alors que Bonaparte a fait arrêter et déporter des républicains. Inquiet de sa puissance, Bonaparte supprime son ministère (1802) mais le laisse devenir sénateur. À nouveau ministre de la Police (1804) sous l'Empire, il devient comte d'Empire en 1808, duc d'Otrante en 1809. Ayant entamé des pourparlers secrets avec la Grande-Bretagne, il est disgracié (1810), puis nommé gouverneur des Provinces Illyriennes (1813). Avec Murat, il trahit l'Empereur en 1814, et se trouve à Paris pour offrir au comte d'Artois (le futur Charles X) la lieutenance générale du royaume après les désastres impériaux. Soupçonné de comploter avec les républicains durant la première Restauration, il retrouve le ministère de la Police lors des Cent-Jours, tout en ménageant les royalistes. Le 9 juillet 1815, il devient ministre de Louis XVIII.

Il déploie dans ce poste une grande activité ainsi qu'une sagacité rare, et rend service à Napoléon Bonaparte lors du coup d'État du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), ne prenant aucune mesure contre lui. Sans avoir confiance en sa probité, le Premier Consul le maintient dans son poste et il obtient ainsi son portefeuille de ministre.

À peine ministre, Fouché, parvenu de l'empire, se distingue déjà par son cynisme et ses abus de pouvoirs dans la gestion du médiatique enlèvement du sénateur de Ris, dans laquelle il fit condamner deux innocents pour se sauver. Deux gentilshommes royalistes, le marquis de Canchy et le comte de Mauduison furent accusés à tort par Fouché. En effet celui-ci avait, quelques années auparavant, embrassé une fille de force dans une auberge. Canchy et Mauduison, nobles et élégants, avaient sauvé cette jeune femme, couvrant de honte ce Fouché, qui n'était pas encore un parvenu à cette époque. La rancœur personnelle que celui qui devint ministre de la Police avait conservée, les fit condamner à mort.

Mais le 26 fructidor an X (13 septembre 1802), critiqué par Talleyrand, son ennemi de toujours, et les frères de Bonaparte, il est congédié, le ministère est dissous, conservant toutefois un rôle dans l'arrestation de Pichegru, Moreau et du duc d'Enghien. À titre de compensation, Napoléon lui offre un siège au Sénat conservateur, la Sénatorerie d'Aix et un million deux cent mille francs de gratification.

Il redevient ministre de la police en juillet 1804 et le reste jusqu'en juin 1810.

Comte d'Empire en 1808, duc d'Otrante en 1809, il est à nouveau disgracié pour avoir essayé de soumettre des propos de paix avec l'Angleterre auprès du ministre Arthur Wellesley. Il fomente alors un complot avec pour complice Talleyrand, pourtant son rival de toujours. Il subit la colère de Napoléon comme celui-ci en janvier 1809.

À la faveur d'un retour en grâce et après la campagne de Russie, il est nommé gouverneur des Provinces illyriennes en 1813, poste fort difficile. Une fois dans les Provinces, il y montre de la modération, il y plaide pour l'abolition totale du servage, joue pleinement son rôle de gouverneur en organisant des réceptions pour les notables locaux, et en s'intéressant aux problèmes de la population. Il ne s'enfuit de Laibach (aujourd'hui Ljubljana) que quelques jours avant l'arrivée des Autrichiens pour continuer à faire croire à la population qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Il trahit de nouveau l'Empereur avec Joachim Murat en 1814, et se trouve à Paris pour offrir au comte d'Artois (le futur Charles X) la lieutenance générale du royaume après la défaite impériale.

Il est nommé à nouveau ministre de la police pendant les Cent-Jours. Après la défaite de Waterloo, il devient président du gouvernement provisoire, et négocie avec les puissances alliées. Le 9 juillet 1815, il devient ministre de Louis XVIII. Ce dernier le nomma, pour l'éloigner, ambassadeur à Dresde.

« Ensuite, je me rendis chez Sa Majesté : introduit dans une des chambres qui précédaient celle du roi, je ne trouvai personne ; je m'assis dans un coin et j'attendis. Tout à coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l'évêque apostat fut caution du serment. »

— François-René de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-tombe

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Frappé par la loi du 12 janvier 1816, ayant voté la mort de Louis XVI, il est exilé en tant que régicide. Il meurt en exil à Trieste en 1820, assisté par le prince Jérome Bonaparte, qui, sous ses ordres et sa surveillance, brûle, durant cinq heures, tous ses papiers. C’est un des aspects de la fin de l'histoire secrète du Directoire, du Consulat et du Premier Empire.

Le 14 juin 1875, ses cendres sont transférées au cimetière de Ferrières-en-Brie, en Seine-et-Marne, où il avait acheté un château qui sera plus tard la propriété du Baron de Rothschild[9].

Les papiers personnels de Joseph Fouché sont conservés aux Archives nationales sous la cote 187AP[10].

Mémoires de Fouché[modifier | modifier le code]

On a fait paraître sous son nom en 1824 des Mémoires, d'un certain intérêt sur le plan historique, mais déclarés apocryphes par sa famille qui, protégée par Bernadotte, deviendra suédoise (seul titre ducal de Suède). Toutefois, à la suite des travaux de Louis Madelin, André Castelot considère que ces Mémoires sont bien de la main de Joseph Fouché.

Caractère de Fouché[modifier | modifier le code]

Fouché, dont la carrière apparaît comme une suite d'intrigues et de trahisons, possédait une présence d'esprit, un sang-froid et un aplomb remarquables. Il sut, d'autre part, protéger bon nombre de Montagnards de la vindicte consulaire et impériale : il empêcha l'exil de Barère, montra l'inanité des accusations pesant sur l'ancien directeur Barras, sauva la tête de Florent Guiot, compromis dans la conspiration du général Malet, fit accorder des pensions à la sœur de Robespierre et à la veuve de Collot d'Herbois, témoignant ainsi de son attachement sinon à quelques grands principes, du moins à certaines amitiés contractées durant la Révolution

Ministères[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Source 
« Notice no LH/1006/86 », base Léonore, ministère français de la Culture

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
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Blason Joseph Fouché (1759-1820) Comte.svg
Armes du comte Fouché et de l'Empire (24 avril 1808), Sénateur (28 fructidor an X : Sénatorerie d'Aix), Ministère de la police (1799-1802, 1804- 1810, 20 mars - 22 juin 1815, 7 juillet - 26 septembre 1815), Ministère de l'Intérieur (29 juin - 1er octobre 1809), Légionnaire (2 octobre 1803), puis, Grand officier (25 prairial an XII : 14 juin 1804), puis, Grand aigle de la Légion d'honneur (2 février 1805),

D'azur, à une colonne d'or, accolée d'un serpent du même, accompagné de cinq mouchetures d'hermine d'argent (2, 2 et 1) ; au canton des Comtes Ministres.[12]


Orn ext Duc de l'Empire GCLH.svg
Blason Joseph Fouché (duc).svg
1er duc d'Otrante et de l'Empire (15 août 1809),

D'azur à la colonne d'or, accolée d'un serpent du même, semé de cinq mouchetures d'hermine d'argent, deux deux, et une ; au chef des ducs de l'Empire brochant.[12],[13],[14],[15],

Descendance de Joseph Fouché[modifier | modifier le code]

Joseph Fouché épousa Bonne-Jeanne Coignaud (1792). De cette union naquirent :

De sa descendance est issue Virginie Coupérie-Eiffel mariée en 1985 au chanteur Julien Clerc.

Veuf, Joseph Fouché épousera en 1818, Gabrielle-Ernestine de Castellane. Aucun enfant ne naîtra de cette union.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stefan Zweig Fouché, biographie, traduit de l'Allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac, Édition française Bernard Grasset, Le Livre de Poche historique n°525-526, 1973
Article détaillé : Fouché, le double jeu.
  • Eric A. Jr. Arnold, Fouché, Napoléon and the General Police, Washington, University Press of America, 1979, 207 p.

Sources partielles[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

La postérité ne lui a pas été favorable : aucune rue en France ne porte le nom de Joseph Fouché à ce jour. Cependant le personnage a beaucoup fasciné les romanciers. Stefan Zweig lui a consacré une copieuse biographie. Honoré de Balzac lui a plusieurs fois attribué le rôle du « méchant » (Les Chouans, Une ténébreuse affaire) et selon Zweig, Balzac aurait été le seul à reconnaître son génie tortueux[16]. Dans Le Chevalier de Sainte-Hermine d'Alexandre Dumas, il est décrit comme une hydre, un être laid et malfaisant[17].

Il est à cet égard d'un grand intérêt de comparer, après la monumentale biographie de Louis Madelin datant de 1901 et couronnée par l'Académie française, les trois grandes biographies qui lui ont été consacrées par la suite et qui apportent chacune une vision spécifique du personnage et de son parcours :

  • Stefan Zweig : l'écrivain qui s'intéresse surtout aux ressorts, à l'alchimie complexe de cet homme;
  • André Castelot : historien qui connaît bien cette période et en peint un panorama minutieux;
  • Jean Tulard : spécialiste du Premier Empire qui apporte sa connaissance de l'épopée napoléonienne pour décrire les relations entre Fouché et l'empereur.

(Pour l'accès direct à ces trois ouvrages par des liens internes, voir le chapitre Bibliographie)

L'historien Julien Sapori a constitué, en avril 2010 une "Société d'Études sur Fouché et son temps" avec une douzaine d'autres historiens, dont Bernard Hautecloque, Michel Kerautret, Michelle Sapori, Éric Vial,etc. Leur but est, sinon de réhabiliter Fouché, du moins de combattre sa légende noire en replaçant ses actes dans leur contexte. L'autre but de cette société est aussi la rédaction, et la publication (à l'horizon 2015) d'un Dictionnaire Fouché, destiné à éclairer tous les aspects de la vie du personnage et de son époque.

Théâtre et cinéma[modifier | modifier le code]

La pièce de théâtre Le Souper, de Jean-Claude Brisville, relate un souper — imaginaire ? — entre Fouché et Talleyrand, la veille du retour de Louis XVIII sur le trône, le 6 juillet 1815. Cette pièce à succès (critique et public) a été adaptée au cinéma en 1992 par Édouard Molinaro, avec les deux mêmes interprètes : Claude Brasseur dans celui de Fouché et Claude Rich dans le rôle de Talleyrand (Rich obtint le César du meilleur acteur en 1993 pour son interprétation de Talleyrand). Dans la comédie Madame Sans-gêne, de Victorien Sardou et Émile Moreau, Fouché est l'un des principaux protagonistes. Le personnage apparaît aussi dans le film Les Duellistes de Ridley Scott, interprété par Albert Finney (1977).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bibliothèque nationale, Manuscrits, Fichier Charavay, lettre du 30 octobre 1793.
  2. Philippe Buchez et Charles-Prosper Roux, Histoire parlementaire de la Révolution, vol. XXX, p. 400.
  3. Texte et nouvelle traduction des lettres et notes anglaises (...) imprimée par ordre de la Convention nationale, à Paris, imprimerie nationale, 1793.
  4. Buchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution, vol. XXXII, p. 41.
  5. AN, AF*II/121 et Camille Rochard, Le Comité de salut public et les fabrications de guerre sous la Terreur, Paris, 1922, p. 131-135.
  6. C'est le même Harris, dit « Herries-Herrissé » en français, qui est présenté au ministre de la marine et des Colonies comme en liaison avec les hommes qui ont le plus marqué dans le parti ministériel britannique (AN, F/7/6151, pl.XI, dos. 821) et qui finança un certain nombre d'« opérations » essentielles dont l'évasion de Sydney Smith quand Fouché était ministre: interrogatoire de John Keith, négociant en France, chargé de procuration d'Harris depuis 1793 (AN, F/7/6187, no 2302), voir Bouchary, Les Manieurs d'argent à Paris pendant la Révolution, vol. II, et Albert Mathiez, La Révolution et les étrangers, Paris, 1929, p. 144.
  7. Jean-Daniel Piquet, "Le Comité de salut public et les fêtes sur la liberté des Noirs : Châlons-sur-Marne, Lyon, L'Etre Suprême à Paris",Annales historiques de la Révolution française, n° 316, avril/juin 1999, pp. 348-354. Caroline Crouin, "Étude scénographique des fêtes en faveur de l'abolition de l'esclavage en France (février-juillet 1794)" Annales historiques de la Révolution française, no 339, janvier-mars 2005, p. 55-77.
  8. Charlotte de Robespierre, Mémoires, rééd. Paris, Nouveau Monde Éditions, 2006, p. 106
  9. Girault de Saint-Fargeau, article Ferrières de son Dictionnaire des communes, géographique, historiques ... 1844.
  10. Archives nationales
  11. Almanach impérial : pour l'année 1810, Testu,‎ 1810 (lire en ligne), chapitre 5
  12. a et b Source : www.heraldique-europeenne.org
  13. Nicolas Roret, Nouveau manuel complet du blason ou code héraldique, archéologique et historique : avec un armorial de l'Empire, une généalogie de la dynastie impériale des Bonaparte jusqu'à nos jours, etc..., Encyclopédie Roret,‎ 1854, 340 p. (lire en ligne)
  14. La noblesse d'Empire sur http://thierry.pouliquen.free.fr
  15. Armorial de J.B. RIETSTAP - et ses Compléments
  16. Seul Balzac nous dit-il, « a vu de la grandeur dans cette figure originale » et dans son roman Une ténébreuse affaire, il consacre à cet « esprit sombre, profond, extraordinaire » une page entière, le décrivant comme « un singulier génie qui frappa Napoléon d'une sorte de terreur » dont le caractère « se forma dans les tempêtes». Stefan Zweig, Fouché, Grasset, Les cahiers rouges, p. 58 (ISBN 2246168147)
  17. Alexandre Dumas, Le Chevalier de Sainte-Hermine, Phébus (ISBN 2752900961): « - Vous connaissez Fouché, mademoiselle? demanda Hector en s'interrompant.
    - Non, monsieur, répondit Claire.
    - C'est l'apothéose du laid. Des yeux faïence dont les rayons divergent, des cheveux jaunes et rares, un teint couleur de cendre, un nez aplati, une bouche de travers garnie de vilaines dents, un menton fuyant, une barbe de cette teinte rousse qui salit le visage, tel est Fouché »
    , chapitre XVII.
    « Il y avait un homme que Bonaparte détestait, craignait et subissait tout à la fois [...] Bonaparte, en éprouvant cet éloignement, obéissait à cet admirable instinct que les animaux, encore plus que les hommes, ont des choses qui doivent leur être nuisibles.
    Joseph Fouché, ministre de la Police, était en effet une chose laide et nuisible à la fois. Il est rare que le laid soit bon, et chez Fouché, la moralité, ou plutôt l'immoralité, égalait la laideur »
    , chapitre XX.
    « D'une complexion nerveuse, irritable, inquiète, la nature semblait lui avoir fait le regard louche et de grandes oreilles pour lui permettre de voir de deux côtés à la fois et d'écouter de tous les côtés », chapitre XXI.

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