Jean-Jacques Baude

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Jean-Jacques Baude

Le baron Jean-Jacques Baude est un haut fonctionnaire et homme politique français né à Valence (Drôme) le 19 février 1792 et mort à Paris le 6 février 1862.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un procureur général au tribunal de Valence, Jean-Jacques Baude entra dans l'administration à la fin de l'Empire et fut successivement sous-préfet de Confolens (8 avril 1813), de Roanne (2 novembre 1814) et de Saint-Étienne (4 juin 1815). Il démissionna en juillet 1815.

Une brochure qu'il dirigea contre la première Restauration, intitulée Le Lundi gras et le Mercredi des cendres, lui valut d'être condamné par la Cour royale de Grenoble. Cela ne l'empêcha pas de poursuivre ses attaques contre le gouvernement dans la presse libérale. Dans les années 1820, il participa à la charbonnerie[1].

Comme rédacteur du journal Le Temps, dont il avait été l'un des fondateurs, il signa la protestation des journalistes contre les ordonnances de Saint-Cloud en 1830. Au moment de la Révolution de Juillet, il fut l'un des hommes-clés du parti orléaniste. Il fut secrétaire de la Commission municipale de Paris le 29 juillet 1830 et devint secrétaire général du ministère de l'Intérieur le 1er août. Il assura même l'intérim du ministre pendant quelques jours. Il fut ensuite nommé conseiller d'État en service ordinaire, ainsi que directeur général des ponts et chaussées et des mines pendant moins d'un mois (il est remplacé le 23 août 1830 par Louis Bérard).

Le 10 novembre 1830, il fut nommé sous-secrétaire d'État à l'Intérieur dans le gouvernement de Jacques Laffitte, auprès du nouveau ministre, le comte de Montalivet. Le 28 octobre 1830, le collège électoral du département de la Loire l'élut député en remplacement du vicomte de Champagny, démissionnaire[2].

Le 26 décembre 1830, il fut nommé préfet de police. Sa première proclamation fit sensation : « Habitants de Paris, le roi m'impose la tâche honorable et laborieuse de veiller au repos de cette capitale du monde civilisé [...] Le Gouvernement fera son devoir. Les agitateurs n'arracheront point impunément le peuple à son repos et à ses occupations : la jeunesse de nos écoles se souviendra qu'elle doit à la patrie de se préparer, par des études sérieuses, à nous remplacer un jour dans les affaires publiques. »

Malgré ces déclarations, le désordre se développa dans la capitale, faiblement réprimé par les pouvoirs publics. En particulier, le 14 février 1831, des émeutes éclatèrent à la suite d’un service funèbre organisé par les légitimistes à Saint-Germain-l’Auxerrois pour l’anniversaire de l’assassinat du duc de Berry. L’église fut envahie et mise à sac par les républicains. Le lendemain, l’émeute saccagea l’archevêché et de nombreuses églises à Paris. Les ministres furent interpellés devant la Chambre des députés et Baude fut invité à justifier l'inaction des forces de l'ordre. Il s'expliqua mais rejeta une part de la responsabilité de l'inquiétude publique sur la mollesse – bien réelle – du Gouvernement. Il fut remplacé le jour même (26 février 1831).

Il ne fut pas réélu comme député lors des élections générales du 5 juillet 1831 dans la première circonscription de la Loire (Saint-Étienne). Mais le 1er mars 1832, le collège de Roanne l'élut par 105 voix sur 187 votants et 338 inscrits en remplacement de M. Alcock, démissionnaire. En 1833, il vota le plus souvent avec la majorité, notamment pour le jugement et la condamnation du gérant de La Tribune le 16 avril 1833. Mais dans les sessions de 1834, 1835 et 1836, il sembla rejoindre le plus souvent les rangs de l'opposition.

Il fut révoqué de ses fonctions de conseiller d'État et réélu comme député le 21 juin 1834[3]. Il proposa de prélever sur le crédit de 750 000 francs ouvert pour distribuer des secours aux pensionnaires indigents de l'ancienne liste civile une somme de 220 000 francs pour les condamnés politiques sous la Restauration. Il soutint également un projet de loi proposant d'accorder des pensions aux veuves de plusieurs généraux et appuya la proposition Dubois-Aymé en faveur des membres de la famille de Napoléon Ier.

Renommé conseiller d'État, il fut nommé commissaire du roi en Algérie (1836) et réélu député le 4 novembre 1837 mais non en 1839. Il fut élu de nouveau le 9 juillet 1842[4]. Il se rallia alors pleinement au parti de la résistance, tout en se montrant plus discret. « L'éloquence de M. Baude, écrit un biographe de 1846 cité par le Dictionnaire des parlementaires, s'est réfugiée dans les bureaux. Il se venge du silence qu'il garde à la Chambre sur les commissions de travaux publics, dont quelques-unes l'ont choisi pour leur rapporteur, sans doute pour faire goûter à tous le plaisir qu'il leur avait procuré. M. Baude vote invariablement pour le ministère du 29 octobre. Il a indemnisé Pritchard et repoussé la proposition sur les députés fonctionnaires. »

Battu le 1er août 1846 par M. de Raineville[5], il se retira alors de la vie publique. Il fut élu à l'Académie des sciences morales et politiques en 1856. Il mourut le 6 février 1862.

Publications[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • L'Algérie, Paris, A. Bertrand, 1841, 2 vol. in-8
  • Les Côtes de la Manche. Cherbourg, Paris, Impr. de J. Claye, 1859, in-8 (Extrait de la Revue des Deux Mondes, livraisons des 15 décembre 1858 et 15 janvier 1859)

Il est également l'auteur de monographies techniques sur la navigation de la Loire, sur l'isthme de Suez, etc.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alan Spitzer, Old Hatreds and Young Hopes, The French Carbonari against the Bourbon Restauration, Harvard University Press, 1971
  2. 356 voix sur 436 votants et 955 inscrits contre 75 voix à M. Verne de Bachelard
  3. 150 voix sur 223 votants et 337 inscrits contre 69 voix à M. Méaudre
  4. par 163 voix sur 195 votants et 432 inscrits
  5. 277 voix contre 186

Source[modifier | modifier le code]

  • Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, Paris, Dourloton, 1889