Cent-Jours

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Empire français
Cent-Jours

mars 1815juillet 1815

Drapeau Blason

Hymne : Chant du départ

Informations générales
Statut Empire
Capitale Paris
Langue Français
Histoire et événements
1er mars 1815 Napoléon débarque à Vallauris, dans le golfe Juan, à son retour de l'île d'Elbe.
7 mars Ralliement du 5e d'infanterie de ligne à l'empereur.
15 mars - 20 mai Guerre napolitaine : échec.
20 mars Accueil triomphal pour Napoléon à Paris.
25 mars Le Pacte des Alliés à Vienne donne naissance à la septième coalition (Royaume-Uni, Russie, Autriche, Prusse, Suède).
29 mars Napoléon abolit la traite des Noirs.
22 avril Benjamin Constant rédige à la demande de Napoléon l'Acte additionnel aux Constitutions de l'Empire, qui sera approuvé par plébiscite le 1er juin 1815.
mai - juin Guerre de Vendée et Chouannerie : victoire tactique des Impériaux, victoire stratégique des Chouans.
16 juin - 3 juillet Campagne de Belgique : échec.
16 juin Batailles de Ligny et des Quatre-Bras : victoire.
18 juin Bataille de Waterloo : échec.
22 juin Seconde abdication de Napoléon Ier. Il sera exilé sur l'île de Saint-Hélène.
8 juillet 1815 Louis XVIII regagne Paris et son trône.

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Les Cent-Jours sont la période de l'histoire de France comprise entre le retour en France de l'empereur Napoléon Ier, le 1er mars 1815, et la dissolution de la Commission Napoléon II, chargée du pouvoir exécutif après la seconde abdication de Napoléon Ier, le 7 juillet 1815[1].

Du 1er au 20 mars 1815, c'est la reconquête du pouvoir par Napoléon, après son débarquement dans le golfe Juan et sa marche vers Paris. Cette période est surnommée « le vol de l'Aigle » par l'historiographie favorable à l'empereur. Du 20 mars au 22 juin 1815, c'est le second règne impérial de Napoléon Ier. Cette période voit le rétablissement du contrôle de l'administration et de l'armée par Napoléon, la modification de la Constitution avec l'Acte additionnel, et la reprise de la guerre contre les Alliés qui s'achève par la défaite française à Waterloo (Septième Coalition), et l'abdication de l'empereur. Du 22 juin au 7 juillet 1815, la Commission de gouvernement, établie à la suite de l'abdication, assure les pouvoirs exécutifs pour deux semaines, et laisse remonter sur le trône Louis XVIII, réfugié à Gand durant cette période, après l'occupation de Paris par les armées britanniques et prussiennes.

Le retour de l'empereur[modifier | modifier le code]

La condamnation à l’exil[modifier | modifier le code]

Napoléon quittant l’île d’Elbe, le 26 février 1815.

En février et mars 1814, l'Empereur Napoléon défend ses possessions, contre toute l'Europe coalisée. Les Alliés finissent par arriver devant Paris tandis que Napoléon veut les arrêter à Saint-Dizier. Mais il arrive trop tard et doit se replier à Fontainebleau.

Après sa défaite militaire, les maréchaux forcent l'Empereur à abdiquer et il est déchu par le Sénat dès le 3 avril. L’intention de Napoléon était d'abandonner la couronne impériale à son fils (Napoléon II), mais les puissances alliées exigent une abdication inconditionnelle, qu'il signe le 6 avril 1814. Les Coalisés le condamnent à l'exil sur l' île d'Elbe.

Le 20 avril ont lieu les « Adieux de Fontainebleau ». Napoléon embarque à Saint-Raphaël et, arrivant à Portoferraio le 3 mai, y débarque le 4. Ce même jour, Louis XVIII fait son entrée à Paris.

Le voyage de retour[modifier | modifier le code]

Le traité de Fontainebleau n'est pas respecté, la rente n'est pas payée et Napoléon apprend que, au Congrès de Vienne, il est question de l'exiler aux Açores ou sur l'Île Sainte-Hélène. D'autre part, son favori Cipriani, envoyé en Autriche fin 1814, lui apprend la trahison et l'infidélité de son épouse Marie-Louise. Pour Napoléon, le départ est inéluctable.

Grenoble, plaque de la route Napoléon.

Le 1er mars, le débarquement, prévu à Saint-Raphaël, se fait à Vallauris. C'est en plein jour, au vu et au su de tous, que l'opération se déroule, devant les douaniers surpris. Un premier bivouac est installé sur le rivage de ce qui est désormais Golfe-Juan.

Napoléon a prévenu le général Cambronne, qui commande l'avant-garde, de ne tirer aucun coup de fusil. La surprise et la rapidité sont les moyens essentiels de la réussite de cette opération. À la nuit, Napoléon arrive à Cannes par les dunes. Le 2 mars, 64 km sont effectués jusqu'à Séranon où la troupe bivouaque dans la neige à plus de 1 000 mètres. Le 3 mars, dès l'aube elle se met en marche pour atteindre Castellane. Napoléon est accueilli à la sous-préfecture. Le 4 mars, par le col de Corobin, la troupe descend à Digne-les-Bains où elle retrouve la route qui court le long de la Bléone. Pendant que la petite armée bivouaque dans les jardins du château de Malijai, au confluent de la Bléone et de la Durance, Cambronne est parti en avant pour Sisteron.

La citadelle de Sisteron, qui commande le passage crucial de la Durance. On aperçoit la route empruntée par Napoléon.

Au petit matin du 5 mars, Napoléon se met en route par L'Escale et Volonne sur la rive gauche de la Durance, puis pénètre à Sisteron par la porte du Dauphiné.

Le monument commémorant la halte de Napoléon aux Barraques (aujourd'hui La Fare-en-Champsaur), au pied de Saint-Bonnet.
La « prairie de la rencontre », à Laffrey (état actuel)
Le ralliement du 5e d’infanterie de ligne à l'Empereur, le 7 mars 1815.

Le 6 mars, la troupe quitte Gap. Le 7 mars, jour le plus long, l'armée se met en route pour Grenoble. Cambronne marche avec quelques heures d'avance avec une compagnie de grenadiers et quelques estafettes polonaises. Il a ouvert la route en empêchant des soldats royalistes venus de Grenoble venus faire sauter le Pont-Haut, à l'entrée de La Mure, d’accomplir leur mission. Le général Marchand qui commande à Grenoble est décidé à arrêter Napoléon et à l'enfermer au fort Barraux. Il a envoyé le bataillon du commandant Lessard qui a pris position à Laffrey, défilé étroit entre la colline et le lac. C'est là que se déroule à la « Prairie de la Rencontre », ainsi nommée par Stendhal, la scène où Napoléon ouvrant sa redingote s'avance devant les soldats royalistes et leur crie : « Soldats du 5e ! Reconnaissez votre Empereur ! S'il en est qui veut me tuer, me voilà ! ». Les soldats du 5e d’infanterie de ligne se rallient.

La rampe de Laffrey descend sur Vizille. Napoléon passe devant le château de Lesdiguières. Il monte vers Eybens et sur le plateau de Brié-et-Angonnes, l'Empereur rencontre le régiment de La Bédoyère venu à sa rencontre. À Grenoble, une longue ligne droite mène à la porte de Bonne que le général Marchand tient close. Il faut des heures pour que la population parvienne à l'enfoncer et c'est à la nuit que Napoléon entre place Grenette. Deux jours passés dans la ville de Grenoble ont permis à l’Empereur de recevoir les autorités, d’édicter les premiers décrets et d’envoyer, par Turin, un courrier à Marie-Louise, lui donnant rendez-vous à Paris.

Le 9 mars, dans l’après-midi, la colonne quitte Grenoble par la porte de France. Après un arrêt à Voreppe, nouvelle halte à Moirans, la troupe se remet en route et arrive à Bourgoin-Jallieu à trois heures, ville que Napoléon quitte finalement à quinze. Le 10 mars, c'est l'entrée triomphale dans Lyon que le comte d'Artois, frère de Louis XVIII, aidé du maréchal Macdonald, aurait voulu défendre en barricadant le pont de La Guillotière. Le 11 mars à Lyon, Napoléon passe en revue des troupes. Il envoie un nouveau courrier à Marie-Louise le 12 mars, et promulgue 11 décrets.

Le 13 mars, départ de Lyon à 13 heures par Villefranche-sur-Saône où il est reçu à 15 heures par 60 000 personnes assemblées. Il est à Mâcon le soir. Le préfet Germain s'est enfui la veille, après avoir publié un libelle injurieux. La Garde l'a rejoint par coche sur la Saône.

Le 15 mars, départ de Chalon-sur-Saône, il prend la route de la Bourgogne, passe par Autun. Dans la nuit, le baron Passinges, un officier d'ordonnance du maréchal Ney qui est à Lons-le-Saunier, vient lui annoncer le ralliement de ce dernier.

Le 16 mars, départ d'Autun, pour se diriger vers Avallon par Chissey-en-Morvan. Le 17 mars, Napoléon quitte Avallon, direction Auxerre, où il loge à la préfecture auprès du préfet Gamot, beau-frère du maréchal Ney. Le 18 mars, l'empereur et le maréchal se rencontrent. La défection du maréchal Ney fait forte impression dans la capitale. La Garde, arrivée à Chaumont, aux ordres du maréchal Oudinot, rejoint Napoléon. À Auxerre, Napoléon écrit à Marie-Louise sa troisième lettre depuis son départ de l'île d'Elbe.

Le 19 mars, Napoléon a organisé la dernière étape qui le conduit à Paris. D'Auxerre à Sens par Joigny, pendant que l'Empereur galope, l'armée abandonne le roi. À Sens, le maire, François de Laurencin, vient se présenter. L’Empereur, qui redoute une révolution sanglante dans la capitale, lui dit : « Les avant-postes sont aux mains. Il n'y a pas un moment à perdre pour empêcher le sang de couler, et ma présence seule peut tout rallier ».

Cette nuit-là, Louis XVIII part pour Beauvais. Le duc de Berry et le maréchal Marmont, qui commandait la maison du Roi, forment l'escorte. Tous les ministres partent dans la nuit. Le maréchal Macdonald fait passer l'ordre aux troupes du roi de se replier vers Saint-Denis pour se rendre à Beauvais. À la nuit, Napoléon et sa suite arrivent à Pont-sur-Yonne.

Arrivé à Fossard, l’Empereur trouve les hommes du 13e dragons de l'armée du duc de Berry. Les officiers sont partis tandis que les simples dragons préfèrent rallier l'armée de l'Empereur. Dans la nuit, en route pour Melun où il croit trouver l'armée du duc de Berry, voyant les troupes échelonnées sans officiers, Napoléon décide de rentrer à Fontainebleau et bifurque par Moret-sur-Loing. Napoléon est toujours inquiet croyant Louis XVIII à Paris et redoutant un soulèvement populaire. Arrivé à Fontainebleau, la ville dort mais le château est illuminé.

Le 20 mars, le général Haxo qui pense rejoindre Louis XVIII, trouve les Tuileries quasiment désertes. À 7 heures, Lavalette a pris la direction de la Poste et prévient les maîtres de postes que l'Empereur sera là avant deux heures et donne l'ordre de ne plus fournir de chevaux sans autorisation. Lavalette interrompt la publication du Moniteur universel. Aux Tuileries, le ministre des Finances laisse 50 millions dans les coffres. L'Empereur est en route pour Paris.

À Paris à 2 h 20, le drapeau tricolore flotte aux Tuileries, sur le dôme de l'Horloge aux Invalides à 2 h 30. À 2 h 45, au lycée Louis-le-Grand, Sadi Carnot par la fenêtre voit le drapeau hissé au sommet de la colonne Vendôme. Napoléon entre dans la capitale.

Les réactions au retour de l'Empereur[modifier | modifier le code]

Le 18 mars, aux Pays-Bas, le prince d’Orange, souverain des Pays-Bas depuis quelques mois, publie une patente où il déclare prendre les titres de roi des Pays-Bas et duc du Luxembourg. À Bruxelles, il passe en revue les troupes, qui lui prêtent serment. La foule regarde passer l'état-major hollandais et vers le soir, les troupes descendent, ouvrir la voie aux alliés anglais annoncés. Ils passent par une chaussée pavée dans un village, comme tous les autres villages, Waterloo.

Les généraux Maison et Dessolles, fidèles au roi, viennent dire à Blacas, favori du roi, qu'ils se tiennent prêts à sacrifier leur vie en attaquant Napoléon. Mais que leur résistance ne serait jamais pardonnée et qu'en cas d'échec ils perdraient leur fortune et devraient s'exiler. Il leur fut compté à chacun 200 000 francs. La Bourse de Paris tombe à 66 francs, étant à 78 le 5 mars.

Autre débandade, chez les Libéraux, anciens conventionnels, ralliés et assis entre deux chaises, on s'esquive : La Fayette rentre en Auvergne. Madame de Staël ferme son salon.
Dans ce désarroi, Chateaubriand suggère de se ranger autour du roi pour se faire égorger. Seule Juliette Récamier garde la porte ouverte et Benjamin Constant, qui vient de terminer son Adolphe, écrit un article qui paraîtra dans Le Journal des débats : « Il reparaît, cet homme teint de notre sang ! cet Attila… »

Toujours le 18 mars, en Italie, Murat se met en marche pour Rome.

Le 20 mars, à Vienne, en Autriche, l'Aiglon s'apprête à fêter ses 4 ans. À l'annonce du débarquement de son père, on lui a fait quitter le château de Schönbrunn pour le palais froid de la Hofburg plus facile à surveiller. Les sentinelles sont doublées et habillées en domestiques, avec ordre de surveiller les trois Français qui restent et qui ne vont pas tarder à partir, Madame de Montesquiou, Méneval et Bausset.

Le général Neipperg fait ses adieux à Marie-Louise. Il part prendre la tête d'une division en Italie contre le beau-frère Murat.

Ce même jour, à Londres, à la Chambre des communes, Samuel Whitbread, leader des Whigs, opposants à la lutte contre la France, se lève pour poser des questions au tout puissant Castlereagh, Premier ministre, qui vient de rentrer du Congrès de Vienne. « Est-ce bien le moment de relancer l'Angleterre dans une guerre sur le continent qui achèvera de nous épuiser ? Votre célèbre assemblée de Vienne a tant fait qu'elle a ramené Bonaparte sur la scène politique, elle l'y ramène investi d'une nouvelle force morale sur ses adversaires. Je voudrais savoir si les Puissances n'ont pas donné elles-mêmes à Bonaparte des sujets légitimes de plainte ? Le traité de Fontainebleau a-t-il été violé ? A-t-on refusé de payer la pension qu'on lui avait promise ? A-t-on essayé d'enlever au jeune fils de Bonaparte les duchés de Parme ? Si Bonaparte triomphe, il est vraisemblable que de grands revers lui auront mieux appris à juger ses véritables intérêts et que par conséquent, l'Angleterre pourrait rester en paix avec lui. »

Organisation de l’armée française[modifier | modifier le code]

Dès son retour, Napoléon Ier réorganise l’armée afin de faire face à ses ennemis. Il forme huit armées, sous les noms d’armées de la Moselle, du Rhin, du Jura, des Alpes, des Pyrénées, de Paris, de Laon ; il dispose de 150 batteries, et organise des corps francs et des partisans. La levée en masse des sept départements frontières du Nord et de l’Est était résolue et prête ; les places fortes étaient bien approvisionnées, les défilés étaient gardés, la France enfin pouvait se croire capable de défier, de soutenir et même de repousser les efforts de l’Europe coalisée. Napoléon avait restitué aux régiments les surnoms d’Invincible, de Terrible, d’Incomparable. L’armée comptait 200 000 hommes. La garde nationale, composée de 3 130 bataillons, dont 1 500 compagnies de chasseurs et de grenadiers, formant 180 000 hommes, fut mise à la disposition du ministre de la guerre.

La situation intérieure[modifier | modifier le code]

Article connexe : Gouvernement des Cent-Jours.

Si la France en général accepta le retour de l'Empereur, des remous agitèrent quelque peu la Vendée, ce qui contraignit Napoléon à envoyer 10 000 soldats dans la région pour maintenir l'ordre, soldats qui feront cruellement défaut par la suite. D'autres départements français connurent des troubles comme le département de l'Aveyron, par exemple.

D'autre part, par la loi du 29 mars 1815, Napoléon supprimera la traite des Noirs « sans restriction », ainsi que la vente des Noirs dans toutes les colonies françaises. Louis XVIII renouvellera l’abolition « sans réserve et pour toujours », par un article supplémentaire conclu avec l’Angleterre le 20 mars 1815, et par l’ordonnance royale du 8 janvier 1817, que viendra confirmer la loi du 15 avril 1818. Cette dernière loi prononcera la confiscation des navires pris en flagrant délit de traite des noirs et l’interdiction de leurs capitaines.

La situation extérieure[modifier | modifier le code]

Situation et nombre des puissances liguées contre la France[modifier | modifier le code]

Selon certains historiens[Qui ?], Napoléon avait calculé les distances et les temps et pensait rencontrer ses adversaires successivement, presque à forces égales, sur tous les champs de bataille. Dans ce cas de figure, son habileté devait rétablir l’équilibre, et lui donner de bonnes chances de succès.

En effet, dès le mois d’avril 1815, les armées russes repassent le Niémen, celles de la Prusse et de l’Autriche sont en partie sur le pied de paix. La plupart des corps prussiens occupent la rive droite de l’Elbe, et une bonne partie de l’armée autrichienne tient garnison dans le royaume de Naples. Les Anglais ont la moitié de leurs forces en Amérique.

Les armées de la Russie, de l’Autriche, de la Prusse et de l’Angleterre, ne pouvaient être complétées chacune à 150 000 hommes (suivant les conventions faites entre ces puissances), et rendues sur les frontières de la France que vers la fin du mois de juillet. L’armée anglaise, renforcée de celle de Hanovre, ne pouvait compter que 80 000 hommes. Les contingents de Hollande et Belgique, de Nassau, de Danemark, des maisons de Saxe, de Bavière, de Hesse, de Bade, de Wurtemberg, devaient se fondre dans les armées des quatre grandes puissances.

Au commencement de juin il n’y avait que les armées des généraux Blücher et Wellington qui fussent en mesure de se battre ; elles présentaient une force disponible de 200 000 hommes. Les forces combinées contre la France, d'après les documents officiels[Lesquels ?], représentaient :

Nationalité Effectifs
Autrichiens en Italie 159 000
Autrichiens en Allemagne 150 000
Russes 280 000
Prussiens 220 000
États d'Allemagne 150 000
Hollandais 50 000
Britanniques 59 000
Total : 1 068 000

Situation des armées françaises en avril, mai, juin — Préparatifs de défense[modifier | modifier le code]

En mai, la France comptait 105 régiments d’infanterie, dont l’effectif, l’un portant l’autre, se montait à 900 hommes, dont les deux tiers étaient présents sous les armes ; toute l’infanterie présentait donc 80 000 hommes disponibles. Le génie présentait trois régiments chacun de deux mille hommes ; l’artillerie avait 8 régiments à pied et 4 à cheval, ces derniers avaient tout au plus 100 canonniers montés. Les bataillons du train ne comptaient pour ainsi dire que des cadres et ne disposaient que d’un très-petit nombre de chevaux de trait. Le personnel de l’artillerie et du génie était encore suffisant pour les plus grandes armées. Le matériel, malgré les pertes éprouvées les années précédentes, pouvait suffire pendant plusieurs campagnes. Les magasins contenaient 150 000 fusils neufs et 300 000 tant en pièces de rechange qu’en fusils à réparer.

La cavalerie était dans le plus mauvais état, et réduite à 57 régiments :

  • 2 de carabiniers ;
  • 12 de cuirassiers ;
  • 30 de dragons et chasseurs ;
  • 6 de lanciers ;
  • 7 de hussards.

Elle ne pouvait pas monter 14 000 hommes. Tous les régiments et leurs dépôts formaient au plus 17 000 chevaux.

L’armée était généralement mal vêtue. Il n’y avait pas une aune de drap dans les magasins.

L’Empereur appela sous les drapeaux tous les hommes en congé, tous les anciens militaires et la conscription de 1815. On leva 200 bataillons de garde nationale, ce qui donna une force de 120 000 hommes. L’organisation de 6 000 canonniers garde-côtes, et la création de 20 régiments d’infanterie de marine furent ordonnées ; la cavalerie fut renforcée par 12 000 chevaux pris et payés comptant à la gendarmerie. En juin, l’armée de terre comptait :

  • Infanterie 225 000, dont 120 000 en état d’agir ;
  • Cavalerie 50 000, dont 30 000 en état d’agir ;
  • Artillerie 600 à 700 bouches à feu.

Un grand nombre d’ateliers d’armes, établis dans Paris, fournissaient 1 500 fusils par jour, et, avant le 1er juillet, ils devaient en livrer de 3 à 4 000. Toutes les manufactures d’armes de l’Empire avaient doublé leurs productions.

La défense de toutes les places une fois assurée, Paris et Lyon furent choisis comme grands centres de résistance. On réunit, dans la première de ces villes, 400 pièces de campagne et 300 de gros calibre, et, à Lyon, un équipage de 100 bouches à feu de gros calibre et 100 d’artillerie de campagne.

L'ultime guerre[modifier | modifier le code]

Campagne de Belgique de 1815
La bataille de Waterloo, le 18 juin 1815, par Clément-Auguste Andrieux, 1852.
La bataille de Waterloo, le 18 juin 1815, par Clément-Auguste Andrieux, 1852.
Informations générales
Date mars 1815 - juillet 1815
Lieu Belgique et France
Issue Fin définitive de l'ère napoléonienne
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français drapeau du Royaume de Prusse en 1803 Royaume de Prusse
Drapeau de l'Autriche Empire d'Autriche
Drapeau de la Russie Impériale Empire russe
Drapeau de la Suède Royaume de Suède
Commandants
Napoléon Ier
Michel Ney
Emmanuel de Grouchy
Louis Nicolas Davout
Isidore Exelmans
Gebhard von Blücher
Arthur Wellesley
• Johann von Thielmann
• De Sohr
Septième coalition
Batailles
Guerre de Vendée et Chouannerie de 1815

Les Échaubrognes — L'Aiguillon — Aizenay — Sainte-Anne-d'Auray — Cossé — Saint-Gilles-sur-Vie — Redon — Les Mathes — Muzillac — Rocheservière — Thouars — Auray — Châteauneuf-du-Faou — Guérande — Fort-la-Latte


Campagne de Belgique de 1815
Ligny — Quatre-Bras — Wavre — Waterloo — La Souffel — Rocquencourt


Guerre napolitaine
Panaro — Ferrare — Occhiobello — Carpi — Casaglia — Ronco — Cesenatico — Pesaro — Scapezzano — Tolentino — Ancône — Castel di Sangro — San Germano — Gaète

Le 14 juin au soir, Napoléon fait publier un ordre du jour dans lequel il emploie tous les moyens oratoires pour exciter l’ardeur et le courage de ses soldats, leur rappelant leurs anciennes victoires, leur supériorité sur des ennemis qu’ils avaient battus tant de fois, les dangers qui menaçaient la patrie.

Ayant calculé qu’il faudrait deux jours aux armées anglaise et prussienne pour opérer leur jonction, la première ayant son quartier général à Bruxelles, et la seconde le sien à Namur, il prit des dispositions, le 15 juin, à la pointe du jour, pour tomber sur les Prussiens. Attaqué par trois colonnes, Blücher fut vivement repoussé et perdit quelques milliers d’hommes dans l'affrontement. Charleroi fut prise, et dans la nuit du 15 au 16 juin, toute l’armée française avait passé la Sambre ; elle bivouaqua entre les deux armées ennemies. Ce succès est d’autant plus remarquable que le lieutenant-général de Bourmont, chef d’état-major du 4e corps, aux ordres du général Gérard, ayant refusé[2] de signer l'acte additionnel aux constitutions de l'empire, avait rejoint Louis XVIII à Gand.

Article détaillé : Bataille de Quatre-Bras.

Le 16, le maréchal Ney, qui commandait la gauche, avait reçu ordre d’occuper avec 43 000 hommes, en avant des Quatre-Bras (croisement de quatre chemins), une position sur la route de Bruxelles, en conservant en même temps celles de Nivelles et de Namur.

Article détaillé : Bataille de Ligny.

L’inexécution de cet ordre empêcha la bataille de Ligny qui se livra dans la journée, sous Fleurus, d’être décisive. Elle coûta aux Anglais et aux Prussiens une trentaine de milliers d'hommes. L’acharnement fut tel entre les deux armées ennemies que le village de Ligny fut pris et repris jusqu’à cinq fois[3]. La perte de l’ennemi fut évaluée de 8 à 9 000 hommes.

Le général Girard, proche de l'empereur, qui commandait la 7e division d’infanterie attachée au Corps de Reille, faisant partie de l'aile gauche sous le commandement de Ney, sera très grièvement blessé au cours de la bataille[4].

Le 17, à la pointe du jour, le général Pajol se mit à la poursuite des Prussiens dans la direction de Wavre, et prit beaucoup de bagages. Grouchy et Ney n’ayant pas exécuté les ordres de Napoléon aussi promptement qu’ils l'auraient dû, la journée du 17 se passa sans résultats avantageux pour l’armée française.

Bataille de Waterloo[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Waterloo.

La fin de l'épopée napoléonienne[modifier | modifier le code]

Le dernier plan de l'empereur[modifier | modifier le code]

Napoléon, vaincu mais pas abattu, pense déjà à sa revanche. Le 19 juin, il écrit à son frère Joseph pour lui annoncer son plan de campagne. Il se fait fort de rassembler 150 000 hommes de troupes de ligne, 100 000 fédérés et gardes nationaux, 50 000 hommes des dépôts. Si Grouchy le rejoint avec ses 50 000 hommes, il aura plus de 300 000 soldats à opposer à l'ennemi, avec « les chevaux des calèches pour tirer les pièces de l'artillerie ». Ensuite, une levée en masse dans les provinces de l'Est : « Je submergerai l'ennemi. » [5]. Projet vaste, mais illusoire : son échec devant les Chambres lui montre que le pays ne le suit plus.

La fin du règne[modifier | modifier le code]

2 francs Cent-Jours, 1815,Paris

« L’Empereur arriva le 20 juin à Paris. Son intention fut de réunir les Chambres en séance impériale, de leur peindre les malheurs de l’armée, de leur demander les moyens de sauver la patrie, et ensuite de repartir. C’est alors qu’il apprit avec surprise que les Chambres, à la nouvelle des désastres de Mont Saint-Jean, augmentés par la malveillance et le rapport inexact du maréchal Ney, avaient montré des dispositions hostiles que françaises ; que les esprits, dirigés par la faction des faux républicains, étaient dans une grande agitation ; qu’il était à craindre que les représentants ne répondissent point à l’attente du prince, et qu’il eût mieux valu ne point se séparer de l’armée, qui faisait sa force et sa sûreté. Mais l’Empereur croyait et devait croire que sa présence contiendrait les perturbateurs. »

— C. Mullié[6]

Or, la Chambre vota sous les applaudissements un texte qui proposait de lui donner des pouvoirs constitutionnels supérieurs.

« L'arrivée de ce message interrompit le conseil et l’Empereur, après la lecture de cette déclaration, leva la séance : toutefois, il prescrivit en même temps à Regnauld de se rendre à la Chambre, de lui annoncer qu’il était de retour, qu’il venait de convoquer le conseil des ministres ; que l’armée, après une victoire signalée, avait livré une grande bataille, que tout allait bien, et que les Anglais étaient battus lorsque les malveillants avaient causé une terreur panique ; que l’armée se ralliait ; que lui était venu pour se concerter avec ses ministres et avec les chambres, et qu’il s’occupait en ce moment des mesures de salut public qu’exigeaient les circonstances.

Carnot, par ordre de l’Empereur, porta en même temps la même communication à la Chambre des pairs, et elle y fut reçue avec le calme et le respect convenables ; mais Regnauld, moins heureux, ne put modérer l’impatience des représentants qui, par un nouveau message, renouvelèrent impérieusement aux ministres l’invitation de se présenter à la barre.

Napoléon, choqué de voir que la Chambre s’arrogeât des droits qui ne lui appartenaient pas sur ses ministres, leur défendit de s’y rendre ; mais, fatigué d’entendre la relation qui était faite du bruit et du tumulte inconvenant qui s’en était suivi à l’Assemblée, il les autorisa à prévenir le président de leur prochaine arrivée ; néanmoins, ne voulant pas laisser croire qu’ils obéissaient aux injonctions de la Chambre, il les y députa comme chargés d’un message impérial, et les fit accompagner par Lucien, qui, après avoir déposé sur le bureau les pouvoirs et le message de l’Empereur, demanda un comité secret pour entendre les ministres. Les tribunes étant évacuées, on lut le message de Sa Majesté qui annonçait la perte de la bataille, et nommait Caulincourt, Fouché et Carnot, commissaires pour traiter de la paix avec les alliés.

Cette lecture ne fut point interrompue ; mais à peine fut-elle terminée, que, de toutes les parties de la salle, des interpellations aussi absurdes qu’insignifiantes furent adressées aux ministres, et portèrent en un instant la confusion dans les délibérations de l’Assemblée.

Le trouble étant un peu apaisé, Lacoste, l’un des plus emportés, parvint à se faire entendre, et, après s’être efforcé de faire voir que les ministres n’avaient en leur pouvoir aucun moyen de communication (...)  »

— C. Mullié[6]

Napoléon abdique le 22 juin.

« Napoléon partit pour la Malmaison le 25, où il fut reçu par la princesse Hortense. Les souvenirs que lui rappela cette résidence lui causèrent une violente émotion. Joséphine n’existait plus. Là, tout lui rappelait les brillantes années du Consulat, les triomphes gigantesques de l’Empire. Que les temps étaient changés ! Les circonstances devenant de jour en jour plus critiques, on lui donna à entendre qu’il y allait de ses intérêts de s’éloigner et de quitter la France. Il demanda deux frégates pour se rendre aux États-Unis avec sa famille. La veille il avait refusé les offres d’un capitaine américain qui lui proposait de le transporter incognito, sur son vaisseau de l’autre côté de l’Atlantique.

Les deux frégates furent armées ; mais le gouvernement jugea convenable d’obtenir de Wellington des sauf-conduits pour la sûreté de ces navires, et le lieutenant-général Becker fut choisi pour devenir auprès de Napoléon le répondant de sa propre sûreté envers le gouvernement.

Cependant les sauf-conduits de Wellington n’arrivaient pas. L’ennemi était à Compiègne ; il n’y avait plus de temps à perdre. Napoléon promet enfin de partir sur-le-champ ; au même instant, un coup de canon se fait entendre (...)

Le jour suivant, après une longue discussion sur le parti qu’il devait prendre, quelqu’un lui proposa de se livrer aux coalisés, et de les désarmer par cet acte courageux de confiance aveugle (...) »

— C. Mullié[6]

 

Napoléon quitte la Malmaison le 29 juin pour Rochefort, se réfugie à l'île d'Aix le 9 juillet et se rend volontairement aux Anglais le 15, espérant aller aux États-Unis. Mais le gouvernement britannique l'exile à Sainte-Hélène, un îlot désolé au milieu de l'Atlantique sud, avec quelques volontaires : les généraux Bertrand, de Montholon et le comte de Las Cases.

Article détaillé : Bataille de Rocquencourt.
Article détaillé : Bataille d'Issy (1815).

Conséquences[modifier | modifier le code]

Des bandes ultra-royalistes pourchassèrent les bonapartistes, et plusieurs furent exécutés sans jugement : ce fut la Terreur Blanche. Louis XVIII retrouva le trône. La France perdit quelques places frontalières. Elle fut de nouveau en partie occupée, et dut payer aux Alliés une indemnité de guerre équivalente au budget annuel de l'État.

Les Cent-Jours ont certainement contribué à faire entrer Napoléon Bonaparte dans la légende. Lors de son premier exil, Napoléon avait quitté la France très impopulaire. Le peuple le rendait responsable des nombreux morts français de la campagne de Russie, de l'invasion de la France de 1814 et de toutes les calamités que celle-ci avait engendrées pour le peuple. Cependant la monarchie royale rétablie va très vite se rendre impopulaire auprès des Français, notamment en s'attaquant à l'héritage révolutionnaire français, dont Napoléon s'était toujours, lui, posé en garant. Finalement, avec le temps, les Français regrettent le départ de Napoléon pour Elbe.

Son retour ravive l'espoir national. Les Français l'accueillent en héros de la nation. Tout Paris est en liesse lorsqu'il revient triomphalement dans la capitale. Enfin, le retour de Napoléon donne vie au mythe napoléonien : l'Empereur devient dans l'inconscient populaire comme éternel, jamais totalement vaincu. Même lorsqu'il abdiquera une seconde fois, au bout des Cent-Jours et sera exilé sur l'île de Sainte-Hélène, beaucoup mettront leur espoir en un retour prochain de l'Empereur de Sainte-Hélène.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'expression des Cent-Jours est un compte arrondi des jours du règne rétabli de Napoléon Ier : dans la version réduite, il y a 95 jours entre le 20 mars, date de son retour aux Tuileries, et le 22 juin, date de son abdication au profit de son fils Napoléon II) ; dans la version étendue, il y a 129 jours entre le débarquement de Napoléon dans le golfe Juan et le retour de Louis XVIII à Paris.
  2. Louis de Bourmont quitte son commandement le 15 juin 1815 (3 jours avant Waterloo), veille de la bataille de Ligny, traverse les lignes ennemies de Blücher et rejoint Louis XVIII à Gand. C'est la parution de « l'acte additionnel aux constitutions de l'empire » et son article 67, article qui prononçait la déchéance des « Bourbons » qui fit prendre à cet ancien chef chouan, cette décision afin de rester fidèle à la famille royale.
  3. « Il se peut, disait Napoléon pendant l’action au général Gérard, il se peut, si Ney exécute bien mes ordres, que le sort de la guerre soit décidé dans trois heures. Il ne s’échappera pas un canon de l’armée prussienne. »
  4. Il devait mourir le 27 juin 1815 à quatre heures du soir, à Paris, après avoir été fait duc de Ligny, trois jours après Waterloo, par un décret impérial du 21 juin 1815.
  5. Jean-Claude Damamme, La Bataille de Waterloo, Perrin, 1999, p. 296
  6. a, b et c Charles Mullié, Biographies des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, t. I, Poignavant et Cie (lire en ligne), p. 182-188

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Achille Tenaille de Vaulabelle, Le retour de l'île d'Elbe, 1873, 93p., Lachaud et Burdin, Paris
  • Henry Houssaye, 1815, (3 volumes : I. La Première Restauration - Le Retour de l'Ile d'Elbe - Les Cent Jours ; II. Waterloo ; III. La Seconde Abdication - La Terreur Blanche), 1893-1905, Paris, Perrin.
  • Emile Le Gallo, Les Cent-Jours. Essai sur l'histoire intérieure de la France depuis le retour de l'île d'Elbe jusqu'à la nouvelle de Waterloo, F.Alcan 1923
  • Dominique de Villepin, Les Cent-Jours : ou l'esprit de sacrifice, Perrin, 2001. ISBN 2-262-01397-7 Comprend une chronologie détaillée et une abondante bibliographie.
  • Jean Tulard, Les vingt jours, Fayard, 2001
  • Emmanuel de Waresquiel, Cent Jours : la tentation de l'impossible, mars-juillet 1815, Fayard, 2008 (ISBN 978-2213621586)
  • Jean-Marie Thiébaud, Les Corps francs de 1814 et 1815 - La double agonie de l'Empire - Les combattants de l'impossible (en collaboration avec Gérard Tissot-Robbe), préface de Jean Tulard, Paris, S.P.M., collection Kronos, 2011, 714 p. ill. (ISBN 978-2-901952-82-4)