François Dominique de Reynaud de Montlosier

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Le comte de Montlosier.

François Dominique de Reynaud, comte de Montlosier, né à Clermont-Ferrand le 16 avril 1755 et mort dans la même ville le 9 décembre 1838, est un homme politique français.

Ses colères contre les hommes de son propres camp le rendent inclassable et cachent une pensée profonde et innovatrice qui a posé les fondements d'une droite moderne dépassant le cadre strict de la Contre-Révolution[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille de hobereaux auvergnats, ancien élève du collège des Jésuites clermontois, il se distingue peu avant la Révolution par une Étude sur les volcans d'Auvergne parue en 1789.

Révolution française[modifier | modifier le code]

  • Élu député suppléant de la noblesse du bailliage de Clermont-Ferrand aux États généraux, le comte de Montlosier y siège à partir de septembre 1789. Député à la Constituante et personnalité du club des Impartiaux, il défend le pouvoir exécutif et ses prérogatives. Il est le premier à conceptualiser la Constitution de 1791 comme une « démocratie royale » impuissante à consolider, impuissante à se stabiliser[2]. Il défend la monarchie avec obstination et talent, participe à la rédaction du journal Les Actes des Apôtres.
  • Face à la radicalisation révolutionnaire, il appelle à l'organisation, d'une contre-révolution « bonne et honorable ». Il justifie la prise d'armes par les catégories du droit naturel mis en avant par les révolutionnaires eux-mêmes au nom de la légitime défense[2].
  • En 1791, envoyé en mission par le roi à Coblence, il est consterné par l'état d'esprit des émigrés.
  • En 1792, il émigre néanmoins du fait de l'évolution des événements qui l'obligent à l'exil ; il combat en Champagne, puis séjourne à Vienne et Londres, où il dirige un journal, le Courrier de Londres, une des publications de l'immigration. Depuis la capitale britannique, il tente durant le Directoire, de donner un programme politique moderne à la contre-révolution, celui d'une droite libérale et adaptée à la République, donc « modérée[1] ».

Consulat et Empire[modifier | modifier le code]

Fasciné par le Premier Consul Bonaparte[1], il rentre en France en 1800. Montlosier est sollicité par Bonaparte pour écrire cette fois dans Le Bulletin de Paris des articles anglophobes. Fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères, puis chargé de faire des rapports sur l'état de l'opinion publique pour le compte de Fouché, avec lequel il était en rapports étroits depuis son exil, Fouché l'aidant alors financièrement en échange de renseignements sur les Émigrés. Montlosier, à la demande du Premier Consul, entreprend une œuvre destinée à fournir des arguments historiques à la réconciliation nationale et à la fusion des élites[3] mais l'Empereur en interdira la publication.

Restauration[modifier | modifier le code]

  • Royaliste de cœur, il se rallie en 1814 et 1815 à Louis XVIII.
  • Il est néanmoins en délicatesse avec la Restauration du fait de son hostilité aux Jésuites et à l'ultramontanisme. Sous Charles X, le comte de Montlosier se montre inquiet, en particulier, des progrès des tendances ultramontaines ; il publie le Mémoire anticlérical, contre ce qu'il appelle le parti prêtre, et défendant le gallicanisme."C'est de la prépondérance ecclésiastique se disant religieuse qu'il nous reste à préserver le Roi et l'Etat."écrit -il de Randanne le 28 novembre 1825 à Chateaubriand que le vicomte nomme "mon fidèle compagnon d'exil".
  • Il est néanmoins autorisé à publier De de la monarchie française commandée par le Premier Consul mais interdite de publication par le régime impérial car il y faisait l'éloge de la féodalité apparue à la suite de l'implantation franque, prenant ainsi la suite de Boulainvilliers dans la diffusion de l'idée antinationale que la noblesse d'épée, se rattacherait à une noblesse germanique, au contraire de la noblesse de robe. Cependant Marie-France Piguet précise dans son étude de la pensée de Montlosier que sa vision est plus complexe et intègre l'apport germanique dans un ensemble plus large d'origines de la noblesse :

« À la différence de Boulainvilliers pour qui la conquête franque a été à l’origine de la noblesse, de la monarchie et de “l’État François dans lequel nous vivons”, Montlosier n’attache pas à l’invasion germanique de telles conséquences et s’intéresse finalement peu aux conditions initiales de formation de la monarchie et de la noblesse. En fait, il substitue à une violence guerrière fondatrice le processus lent et complexe d’émergence d’un “gouvernement féodal” qui rend pérennes différentes hiérarchies qui s’enracinent elles-mêmes dans une multitude de dominations antérieures reconnues. »

Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

  • Un ralliement à la monarchie de Juillet lui vaut rang de conseiller général du Puy de Dôme, Louis-Phillippe ajoutant en 1832 l'entrée à la Chambre des pairs.
  • Réfléchissant à l'équilibre de la modération et de la violence en politique, il fustige à l'intérieur de son camp les principaux fauteurs de l'extrémisme[1].
  • Seuls lui seront refusés, à l'ultime moment de sa vie, les sacrements d'un clergé qui n'oublie pas les dures critiques prononcées à son encontre et que le comte n'a pas voulu rétracter. Position qu'il conserva jusqu'à sa mort, puisque son enterrement fut civil.

Pensée[modifier | modifier le code]

Idées politiques[modifier | modifier le code]

Montlosier pose huit invariants aux origines d'une droite parlementaire et intransigeante à la fois[1].

  1. Il insiste notamment sur l'égalite du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif.
  2. L'exécutif s'incarne dans une personne garante de l'État dont l'existence est symbolisée par l'hérédité.
  3. Le législatif doit être divisé en deux chambres.
  4. La société repose sur la propriété privée, garante de l'ordre social et fondement de la représentation de ceux qui font la loi.
  5. L'organisation sociale doit permettre une émulation saine de ceux qui n'ayant rien veulent acquérir.
  6. L'inégalité est constitutive des rapports sociaux et doit être soutenue par une vision religieuse de la société.
  7. La loi assurant une protection sociale pour tous, rien de plus.
  8. La droite se reconnaît dans son adversité à la Révolution, à ses idéaux et ses pratiques.

Idées historiques[modifier | modifier le code]

Montlosier propose une théorie politique à partir des rapports entre pouvoir et noblesse et des causes de la Révolutions[4].

  • Il met en avant une dégradation progressive de l'ancienne constitution de la France sous l'effet de l'usurpation progressive du pouvoir par le monarque, depuis Hugues Capet, au détriment des « grands du royaume ».
  • La noblesse se compose de l'ensemble des hommes libres, les « ingénus » propriétaires de leurs terres qui ont adopté la loi salique à la suite de l'arrivée des Francs et elle tire ses droits et devoirs de cette indépendance initiale. La noblesse est issue de la fusion des diverses aristocraties présentes sur le sol des Gaules (germanique mais aussi romaine et gauloise) et met en place le gouvernement féodal. À la différence de Boulainvilliers, pour qui les Francs ont été à l'origine de la noblesse et de la monarchie et pour qui l'abaissement de la noblesse avait été dû à l'affirmation progressive d'un pouvoir royal absolu, Montlosier n'attache pas aux invasions germaniques de telles conséquences.
  • Le roi élu par ses pairs n'est que le premier d'entre eux et règne avec leur concours.
  • Il focalise son attention sur la révolution qu'a constitué l'affranchissement de la classe tributaire, qui n'était à l'origine ni totalement libre, ni totalement serve et a constitué le troisième ordre des états généraux.
  • Dès lors, le roi s'appuie sur cette classe contre la noblesse et la révolution est l'aboutissement d'un processus engagé avec l'affranchissement par le roi des communes médiévales.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Sous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Pierre Serna, « Montlosier, François-Dominique de Reynaud, comte de », éd. Perrin, 2011, p. 391.
  2. a et b Sous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Pierre Serna, « Montlosier, François-Dominique de Reynaud, comte de », éd. Perrin, 2011, p. 390.
  3. Sous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Jean-Luc Chappey, « Histoire et noblesse », éd. Perrin, 2011, p. 289.
  4. Sous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Jean-Luc Chappey, « Histoire et noblesse », éd. Perrin, 2011, p. 290.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Essai sur la théorie des volcans d'Auvergne, 1789 ;
  • Observations sur les assignats, 1790 ;
  • Essai sur l'art de constituer les peuples, ou Examen des opérations constitutionnelles de l'Assemblée nationale de France, 1791 ;
  • De la nécessité d'une Contre-révolution en France pour rétablir les finances, la religion, les mœurs, la monarchie et la liberté, 1791 ;
  • Des moyens d'opérer la Contre-révolution, pour servir de suite à l'ouvrage du même auteur intitulé « De la nécessité d'une Contre-révolution », 1791 ;
  • Vue sommaire sur les moyens de paix pour la France, pour l'Europe, pour les émigrés, 1796 ;
  • Des Effets de la violence et de la modération dans les affaires de France, 1796 ;
  • De la Monarchie française depuis son établissement jusqu'à nos jours, 7 volumes, 1814-1824 ;
  • Des désordres actuels de la France et des moyens d'y remédier, 1815 ;
  • Quelques vues sur l'objet de la guerre, et sur les moyens de terminer la révolution, 1815 ;
  • Mémoire à consulter sur un système religieux et politique, tendant à renverser la religion, la société et le trône, 1826.
  • Dénonciations aux cours royales relativement au système religieux et politique signalé dans le « Mémoire à consulter », 1826 ;
  • Les Jésuites, les congrégations et le parti prêtre en 1827 ;
  • Mémoires sur la Révolution française, le Consulat, l'Empire, la Restauration et les principaux événements qui l'ont suivie, 2 volumes, 1829 ;
  • Des mystères de la vie humaine, précédés d'une Notice historique sur la vie de l'auteur, 2 volumes, 1829 ;
  • De l'origine, de la nature et des progrès de la puissance ecclésiastique en France, 1829 ;
  • De l’accusation intentée contre les Ministres ; par quelle loi et par quel tribunal ils doivent être jugés, 1830 ;
  • De la crise présente et de celle qui se prépare, 1830 ;
  • Le Ministère et la Chambre des députés, Paris, Dufey, 1830 ;
  • Du prêtre et de son ministère dans l’état actuel de la France, 1833 ;
  • Randanne et Paris, 1833 ;
  • Notice sur l'établissement de Randanne, 1834 ;
  • Le Mont Dore; de sa composition, de sa formation, de son origine, 1834 ;
  • De la Puissance judiciaire de la Chambre des Pairs dans les circonstances actuelles de la France, 1835 ;
  • Alger, texte daté du 1er octobre 1838 ;
  • Souvenirs d'un émigré, publié par son arrière-petit-fils le comte de Larouzière-Montlosier et Ernest d'Hauterive, 1950.

Sources partielles[modifier | modifier le code]

  • Alain Decaux, A. Castelot, Le Grand Dictionnaire d'Histoire de la France, Éditions Perrin.
  • A. Bardoux, Le comte de Montlosier et le gallicanisme, 1881.
  • J. Brugerette, Le comte de Montlosier et son temps, 1931.
  • R. Casanova, Montlosier et le parti prêtre, 1970.
  • Pierre Serna, « Du noble radical à l'aristocrate tempéré ou le comte de Montlosier et la naissance d'une famille de la droite française durant le Directoire », dans Ph. Bourdin (dir), Les noblesses françaises dans l'Europe de la Révolution, Rennes, PUR, 2010, p . 177-196.
  • Les papiers personnels de François-Dominique de Reynaud sont conservés aux Archives nationales sous la cote 480AP.

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Marie-France Piguet, « "Contre-révolution", "guerre civile", "lutte entre deux classes" : Montlosier (1755-1838) penseur du conflit politique moderne », Astérion, no 6, avril 2009, [lire en ligne]
  • L'inventaire du fonds Montlosier-Barante conservé aux Archives nationales : salle des inventaires virtuelle des Archives nationales