Traité de Campo-Formio

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Traité de Campo-Formio

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L'Europe centrale après le traité de Campo-Formio

Traité de paix définitif conclu entre la République française et l’empereur, roi de Hongrie et de Bohême.
Type de traité Traité de paix
Langue Français
Ébauche
(26 vendémiaire an VI)
(Villa Manin, (Passariano, Codroipo))
Signé
(Campo-Formio (aujourd'hui Campoformido, petit village aux portes d'Udine))
Parties
Partie 1 Partie 2
Parties Drapeau français République française Saint-Empire romain germanique Saint-Empire
(Drapeau de l'Autriche Archiduché d’Autriche)
Signataires Bonaparte Marzio Mastrilli
Johann Ludwig von Cobenzl
Maximilian Merveldt
Le baron de Degelmann
Ratifieurs Drapeau français République française Saint-Empire romain germanique Saint-Empire
Flag of the Kingdom of the Two Sicilies (1816).svg Royaume de Naples

Le traité de Campo-Formio est signé le (26 vendémiaire an VI) entre Napoléon Bonaparte, général en chef de l'armée française en Italie représentant la République française et le comte Louis de Cobentzel, représentant l'Autriche. Il met fin une première fois à la guerre franco-autrichienne.

Origines[modifier | modifier le code]

Le traité est la suite naturelle des accords de paix préliminaires conclus à Leoben les 7 et . Le , Bonaparte avait fait de Gênes une République sœur, la République ligurienne et proclamé à Milan l’indépendance de la République cisalpine le 28 juin. L’Empire d'Autriche devrait être dédommagé : Venise lui serait livrée. Le prétexte était tout trouvé : ce seront les représailles à l'insurrection vénitienne des Pâques véronaises.

Négociation et signature[modifier | modifier le code]

Tout commandait[1] à Bonaparte de presser ce grave dénouement s'il voulait en rester le maître. Il était d'ailleurs dominé par la pensée qu'on se défiait de lui à Paris et même qu'on voulait le perdre. Il est sûr que le Directoire n'était pas à se repentir de lui avoir confié exclusivement le sort d'une négociation si importante. « En cas de reprise d'hostilités, lui écrivit le président La Réveillère-Lépeaux[2], le Directoire exécutif sent la nécessité de nommer des négociateurs pour vous soulager du soin de la partie politique et vous laisser tout entier à vos dispositions militaires. » Le Directoire était encore incertain du parti définitif que prendrait Bonaparte, au moment où le sort de l'Europe se décidait à Udine. Le 13 octobre en ouvrant les fenêtres, à la pointe du jour, au château de Passariano (en fait, la Villa Manin à Codroipo), on aperçoit les montagnes de la Norique couvertes de neiges. Il avait fait un temps superbe la veille et jusqu'alors l'automne s'était très bien annoncé. Témoin de ce changement si brusque de la température, Bonaparte prononce avec calme ces mots :

« Avant la mi-octobre ! quel pays ! allons il faut faire la paix. »

Entré dans son cabinet il revoit avec le plus grand soin tous les états de situation de son armée et dit en présence de son secrétaire : « Voilà bien près de quatre-vingt mille hommes effectifs ; je les nourris, je les paie, mais je n'en aurai pas soixante mille un jour de bataille ; je la gagnerai, mais j'aurai en tués, blessés, prisonniers, vingt mille hommes de moins : comment résister à toutes les forces autrichiennes qui marcheront au secours de Vienne ? Il faut plus d'un mois pour que les armées du Rhin me secondent, si elles sont en mesure et dans quinze jours les neiges encombreront les routes et les passages. C'est fini, je fais la paix : Venise payera les frais de la guerre et la limite du Rhin. Le Directoire et les avocats diront ce qu'ils voudront. »

« La paix définitive sera signée cette nuit ou la négociation rompue, »

mande-t-il au Directoire auquel il rend compte des conditions principales. Il en balance les avantages et les inconvénients, puis il ajoute : « La guerre avec l'Angleterre nous ouvrira un champ plus vaste, plus essentiel et plus beau d'activité.... Si dans tous ces calculs je me suis trompé, mon cœur est pur, mes intentions sont droites : j'ai fait taire les intérêts de ma gloire, de ma vanité, de mon ambition ; je n'ai vu que la patrie et le gouvernement.... Il ne me reste plus qu'à rentrer dans la foule, reprendre le soc de Cincinnatus, et donner l'exemple du respect pour les magistrats et de l'aversion pour le régime militaire, qui a détruit tant de républiques et perdu plusieurs états. » C'est en usant de ces subtilités que Bonaparte se flatte d'enlacer et de captiver le Directoire. Mais suivant la coutume du cabinet autrichien, von Cobenzl se montrait fort habile à traîner les choses en longueur. Bonaparte prend soudain la résolution d'en finir par un coup de tête et une feinte colère. La conférence qu'il s'était dit devoir être la dernière est en effet des plus vives ; il en vient à mettre le marché à la main au lourd et tenace diplomate : il est refusé. Se levant alors, en simulant la fureur, il s'écrie très énergiquement :

« Fichtre vous voulez la guerre ? eh bien ! vous l'aurez ! »

Et saisissant un magnifique cabaret de porcelaine que M. de Cobentzel répétait chaque jour avec complaisance lui avoir été donné par la grande Catherine, il le jette de toutes ses forces sur le parquet où il vole en mille éclats.

« Voyez, s'écrie-t-il alors, d'une voix tonnante ; eh bien ! telle sera votre monarchie autrichienne avant trois mois, je vous le promets ! »

et il s'élance précipitamment hors de la salle. Tandis que Cobentzel demeure pétrifié, M. de Gallo, son second et beaucoup plus conciliant, accompagne le menaçant négociateur jusqu'à son carrosse, essayant de le retenir, « me tirant force coups de chapeau, disait Napoléon à Sainte-Hélène, et dans une attitude si piteuse, qu'en dépit de ma colère ostensible, je ne pouvais m'empêcher d'en rire intérieurement beaucoup. »

Trois jours après, 17 octobre, le traité définitif de paix est signé et conclu à la Villa Manin, à Passariano, commune de Codroipo, résidence d'été du dernier doge de Venise, Ludovico Manin. Il fut daté du 18 octobre et de Campo-Formio (aujourd'hui Campoformido, petit village du Frioul aux portes d'Udine) en raison de l'équidistance de cette localité entre la Villa Manin, où Bonaparte résida de la fin août à la fin octobre, et Udine, siège du commandement autrichien.

Le traité de Campo-Formio, valant à son négociateur et signataire un prestige supplémentaire, est l’œuvre du seul Bonaparte. Se comportant en chef de la diplomatie, il a en effet engagé la France depuis l'Italie de sa propre initiative : le Directoire était trop loin et ne donnait de toute façon plus d'ordres à son général depuis Lodi.

Teneur[modifier | modifier le code]

Venise substituée à Milan est donc cédée, en même temps que l'Istrie et la Dalmatie, à l'Autriche qui reconnaît la République cisalpine. La France annexe les provinces belges (Pays-Bas autrichiens) et repousse sa frontière sur le Rhin. Reviennent également à la France les Îles Ioniennes (Corfou, Zakynthos, Céphalonie, etc.). La libération du général de La Fayette fut aussi l'une des conditions du traité.

Effets et conséquences[modifier | modifier le code]

L'une des conséquences du traité est donc la fin de la République de Venise. Le traité de Campo-Formio conclut victorieusement la première campagne d'Italie de Napoléon Bonaparte en mettant fin à la guerre qui opposait la France à l’Autriche depuis le . La première coalition est dissoute, la Grande-Bretagne restant la seule à ne pas déposer les armes.

Suites du traité[modifier | modifier le code]

La présence de la France au-delà de la frontière du Rhin crée de nouvelles sources de tension et de rivalité avec l'Autriche dans le nord de l'Italie. La guerre ne tarde pas en reprendre et, en 1799, débute la deuxième campagne d'Italie. Le traité de Lunéville confirme pour la France le la possession de la Belgique, l'annexion de la rive gauche du Rhin et instaure un équilibre en Italie entre la France et l'Autriche.

Hommages[modifier | modifier le code]

Depuis 1851, la rue de Campo-Formio dans le 13e arrondissement de Paris célèbre ce traité en portant son nom. En 1906, la station de métro Campo-Formio sur la ligne 5 du métro de Paris porte également ce nom par métonymie.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Allonville, Mémoires tirés des papiers d'un homme d'état.
  2. Lettre confidentielle du 21 octobre.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Documents externes[modifier | modifier le code]