Joachim Lelewel

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Joachim Lelewel ou Joachim de Lelewel, né le 22 mars 1786 à Varsovie, mort le 29 mai 1861 à Paris, est un historien (spécialiste entre autres d'histoire monétaire) et homme politique polonais, figure du courant républicain chez les patriotes polonais, pendant l'insurrection de 1830-1831, puis dans la Grande Émigration.

Joachim Lelewel

Le contexte historique : la Pologne sous tutelle russe[modifier | modifier le code]

L'Etat polonais, officiellement République des deux nations (Royaume de Pologne et Grand-duché de Lituanie), disparaît en 1795 lors du troisième partage de la Pologne entre la Russie (Vilnius, Minsk), la Prusse (Poznan, Varsovie) et l'Autriche (Cracovie, Lublin). En 1807, Napoléon rétablit un Etat polonais sous tutelle française, le duché de Varsovie, sur une partie des territoires annexés par la Prusse et par l'Autriche ; la Russie, « alliée » de Napoléon (traité de Tilsit, 1807), conserve la totalité de ses gains antérieurs (elle reçoit même le district de Bialystok).

Les provinces ex-polonaises de l'Empire russe

Les provinces polonaises annexées de 1772 à 1795 sont organisées en huit gouvernements. En 1803, Alexandre les dote d'une structure académique unifiée : l'Université de Vilna[1] (Vilnius), en fait un Ministère de l'Education comportant l'université au sens strict, mais aussi des établissements secondaires voire primaires, et dont le responsable est le prince Adam Czartoryski, ami d'Alexandre qui en fait par ailleurs son ministre des Affaires étrangères (1804-1805).

La « Pologne du Congrès » (1815-1830)

Après la chute de Napoléon, le congrès de Vienne attribue le territoire du duché (sauf la Posnanie restituée à la Prusse) au tsar Alexandre, qui devient « roi de Pologne » ; il dote son royaume d'une constitution assez libérale (diète élue au suffrage censitaire), d'un gouvernement et d'une armée propres. Cependant des tensions apparaissent assez vite et elles s'aggravent après l'avènement en 1825 de Nicolas Ier de Russie, aboutissant à l'insurrection de 1830-1831? dont Lelewel est un des protagonistes.

Biographie[modifier | modifier le code]

La famille Lölhöffel/Lelewel[modifier | modifier le code]

Il naît dans une famille noble polonaise d’origine prussienne ; son grand-père, Heinrich Lölhöffel von Löwensprung (1705-1763) est conseiller du roi de Pologne et électeur de Saxe Auguste III ; son père, Maurycy Lelewel (1748-1830), est un entrepreneur, élu à la diète et « échanson de Lituanie » après Stanislas Auguste Poniatowski.

Formation et carrière professorale[modifier | modifier le code]

Joachim Lelewel fait ses études à l’Université de Vilnius de 1804 à 1808, puis enseigne au lycée de Kremenets de 1809 à 1811.

En 1815, il est nommé professeur d’histoire suppléant à l’université de Vilnius. La même année, il crée une revue littéraire, L’hebdomadaire de Vilnius, dans laquelle Adam Mickiewicz fera ses débuts.

En 1819, il devient professeur suppléant et bibliothécaire à l’Université de Varsovie avant d’être nommé professeur d’histoire européenne, de nouveau à l’Université de Vilnius en 1821.

L'homme politique patriote et révolutionnaire[modifier | modifier le code]

En 1824, il est privé de son poste par le gouverneur en raison de ses contacts avec une association patriotique, les Philomathes ; il revient à Varsovie.

En 1825, il adhère à la Société patriotique. Il est élu député à la diète en 1829.

L'insurrection de 1830-1831

Il est d’abord membre du Conseil administratif, puis ministre de la Culture dans le gouvernement national présidé par Adam Czartoryski ; en même temps, il est président du Club patriotique qui s’est créée au début de l’insurrection et qui regroupe des patriotes radicaux qui veulent introduire d’importantes réformes sociales en Pologne, alors qu'Adam Czartoryski représente un courant beaucoup plus conservateur.

L’exilé : de Paris à Bruxelles[modifier | modifier le code]

Après l’échec de l’insurrection (les Russes reprennent Varsovie en septembre 1831), comme des milliers de ses compatriotes, il s'exile en France où il fonde le Comité national polonais (Komitet Narodowy Polski) dont il assure la présidence. Il est également à la tête de l’organisation Zemsta Ludu (« La Vengeance du peuple ») créée à Paris en décembre 1831.

En 1833, il est arrêté au domicile du Général La Fayette et conduit à Tours. Cinq mois plus tard, à la demande de l’ambassadeur de Russie, il est expulsé de France et s’installe à Bruxelles où il résidera pendant 28 ans.

Bruxelles

Le 26 octobre 1834, il y est nommé professeur[2] à l’Université libre de Bruxelles ; il ne donnera jamais de cours, mais s’investira dans la vie culturelle de ce pays qui vient de naître. Il y écrit ses grands ouvrages historiques, géographiques et cartographiques.

En 1835, il devient le président de Jeune Pologne, une organisation démocratique et républicaine, liée à Jeune Europe de Giuseppe Mazzini.

La même année, il met sur pied le Związek Dzieci Ludu Polskiego (« Union des Enfants du Peuple Polonais ») dont l’objectif est d’organiser l’agitation en Pologne. En 1837, il crée et dirige l’Union de l’émigration polonaise qui se donne pour objectif de réunir politiquement tous les émigrés polonais (qu'il ne faut pas confondre avec l’Union de l’émigration polonaise fondée à Paris en 1866). En 1846, il rejoint la Société démocratique polonaise et devient l’année suivante le vice-président de la Société démocratique internationale. En 1849, après l’échec du Printemps des peuples, il se retire de la vie politique.

Il meurt en 1861 au cours d'un voyage à Paris.

Postérité intellectuelle

L’Université de Vilnius a hérité de sa collection de livres et d’atlas. Aujourd’hui, une salle porte son nom à la bibliothèque de l’Université de Vilnius.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Une grande diversité[modifier | modifier le code]

Son œuvre historique est considérable. Elle commence avec Edda Skandinawska (Vilnius, 1807), une étude sur les croyances religieuses des anciens habitants de la Scandinavie. De nombreux ouvrages ont été rédigés en français, ce qui leur a donné une audience internationale. Une de ses publications les plus importantes a été Géographie du Moyen Âge (5 vol., Bruxelles, 1852-1857), avec un atlas (1849) de 50 planches entièrement réalisées par lui. Il a également écrit Géographie des Arabes (Paris, 1851).

L'historien de la Pologne[modifier | modifier le code]

Ses travaux sur l’histoire de la Pologne se basent sur une étude très critique et très fine des documents. Ils ont été publiés sous le titre Polska, dzieje i rzeczy jej (20 vol., Poznań, 1853-1876). Il a voulu écrire une histoire complète de la Pologne mais n’est pas arrivé au bout de son objectif. Sa méthode apparaît déjà dans Dzieje Polski potocznym sposobem opowiedziane (Le passé de la Pologne conté familièrement) (1829) qui deviendra une bible politique pour les milliers d’insurgés et d’émigrés ; il interprétait l’histoire de la Pologne comme une lutte acharnée pour la liberté. Cet ouvrage, largement retravaillé, sera publié en français sous le titre Histoire de Pologne (2 vol., Paris - Lille, 1844). Parmi ses nombreuses autres contributions à l’étude de l’histoire de la Pologne, signalons La Pologne au moyen âge (3 vol., Poznań, 1846-1851), Essai historique sur la législation polonaise civile et criminelle, jusqu'au temps des Jagellons, depuis 730 jusqu'en 1403 (Paris, 1830), Trzy konstytucje polskie; 1791, 1807, 1815 (Poznań, 1861).

L'historien de la monnaie[modifier | modifier le code]

Il fut un des pères de la numismatique moderne au début du XIXe siècle avec quelques ouvrages essentiels comme Numismatique du Moyen Âge, considérée sous le rapport du type (Paris, 1835) et Études numismatiques et archéologiques (Bruxelles, 1841). Ses travaux numismatiques ont laissé à ses successeurs un important recueil d’études enrichi par ses observations. En Belgique, il a fondé le Cabinet de numismatique de la Bibliothèque royale et a posé les fondations de la numismatique belge.

Le bibliographe[modifier | modifier le code]

Il a étudié la bibliographie quand il travaillait à la bibliothèque de l’Université de Varsovie ; les résultats de ses travaux se trouvent dans Bibliograficznych Ksiąg dwoje (Deux livres sur la bibliographie) (2 vol., Vilnius, 1823-1826).

Citations[modifier | modifier le code]

« Pour notre liberté et la vôtre ! »

« La Pologne, oui, mais quelle sorte de Pologne ? »

Publications de Joachim Lelewel[modifier | modifier le code]

En polonais
  • Bibljograficznych ksiạg dwoje: w których rozebrane i pomnożone zostały dwa dzieła Jerzego, 1823
  • Polska wiekow srednich: czyli Joachima Lelewela w dziejach narodowych polskich postrzezenia 1786-1861, 1856
  • Dzieje polski ktore stryj synowcom swoim opowiedzial, 1863, 510 pages
  • Śpiewy historyczne Niemcewicza: z uwagami Lelewela, 1835, 485 pages (collaboration avec Julien-Ursin Niemcewicz)
En allemand
  • Vincent Kadłubek: Ein historisch-kritischer Beytrag zur slavischen Literatur, 1822, 1250 pages (collaboration avec Józef Maksymilian Ossoliński et Samuel Gottlieb Linde)
  • Joachim Lelewel's kleinere Schriften geographisch-historischen Inhalts, 1836, 270 pages
En français
  • Pythéas de Marseille et la géographie de son temps, 1836, 74 pages
  • Type gaulois ou celtique: atlas, 1841
  • Histoire de Pologne, Paris et Lille, 1844, 2 volumes
  • Géographie du Moyen Âge, Bruxelles, 1850 et 1852-1857, 5 volumes, (cf. texte en ligne partiellement)
  • Atlas, 1845 (réédition en fac-similé : Amsterdam, 1966-67).
  • Épilogue de la géographie du Moyen Âge, 1857, 616 pages
  • Histoire de la Lituanie et de la Ruthénie jusqu'à leur union définitive avec la Pologne conclue à Lublin en 1569..., 1861
  • Tableau de la Pologne ancienne et moderne: sous les rapports géographiques, statistiques ..., 1830 (collaboration avec Conrad Malte-Brun, Léonard Chodźko et Michał Podczaszyński)
  • Numismatique du Moyen Âge considérée sous le rapport du type, 1835 (collaboration avec Jozef Straszewicz)
  • Notice historique sur Benjamin de Tudèle, 185, 41 pages (collaboration avec Eliakim Carmoly)

Honneurs[modifier | modifier le code]

Il a reçu le titre de docteur honoris causa de l'Université jagellonne de Cracovie en 1820[3].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marian Henryk Serejski, Joachim Lelewel, 1786-1861 Sa vie et son œuvre, 1961, 98 pages
  • Leonard Chodźko (ancien étudiant de J. Lelewel à l'Université de Vilnius), Notice biographique sur Joachim Lelewel, Paris, 1834 (texte en ligne).
  • Joseph Marie Quérard, Félix Bourquelot, Louis Ferdinand Alfred Maury, La littérature française contemporaine. XIXe siècle, 1854

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes
Liens externes

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Daniel Beauvois, L'université de Vilna sur Persée.
  2. L. Vanderkindere, L'Université de Bruxelles. Notice historique, Bruxelles, 1884, p. 177: « Joachim Lelewel, Faculté de philosophie, Professeur ordinaire, 26 octobre 1834. Cour: Histoire et géographie anciennes (ne fut jamais donné) »
  3. (pl) Doktorzy honoris causa, sur le site de l'université jagellonne de Cracovie

Note : Cet article emprunte de l'Encyclopædia Britannica 1911, sous le domaine public.