Jean-Baptiste Gobel

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Jean-Baptiste-Joseph Gobel

Jean-Baptiste Gobel, né à Thann (Haut-Rhin) le 1er septembre 1727 et mort guillotiné à Paris le 13 avril 1794, est un prélat, évêque auxiliaire de Bâle puis évêque constitutionnel de Paris pendant la Révolution.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père est avocat au Conseil Souverain d’Alsace et procureur fiscal de la seigneurie de Thann. Après de brillantes études à Porrentruy puis chez les Jésuites à Colmar, Jean-Baptiste Gobel achève ses études au collège germanique de Rome en 1743.

Ordonné prêtre en 1750, il va rapidement gravir les échelons de la hiérarchie grâce à sa capacité de travail, son érudition et son sens des rapports humains. En 1771, à 44 ans, le prince-évêque de Bâle, Nicolas de Montjoie, le nomme évêque auxiliaire avec le titre d’évêque in partibus de Lydda. Vivant au-dessus de ses moyens, il a grand besoin d’argent[1]. En 1782, le nouveau prince-évêque, Joseph de Roggenbach, le relève de ses charges administratives et lucratives ce qui va pousser Gobel, vers les idées “réformistes”. Il est élu député aux États généraux de 1789 par le clergé du bailliage de Belfort et Huningue.

Le 3 janvier 1791, il est le premier évêque à prêter serment à la Constitution civile du clergé, en faveur de laquelle il s'était déclaré dès le 5 mai 1790. Sa popularité est telle qu'il est élu évêque dans plusieurs diocèses. Il choisit celui de Paris et, malgré les difficultés qu'il rencontre pour prendre possession de son siège, il est sacré le 27 mars 1791 par huit évêques, dont Talleyrand.

« Qui rit vendredi, dimanche pleurera. Dernière procession constitutionnelle pour l'enterrement du serment civique qui se fera le ___ 1792. »
Caricature de 1792 représentant Jean-Baptiste Gobel à la tête d'une procession de membres du clergé affublés de longs nez avec à l'arrière un diable portant une bière emplis de serments civiques. La scène évoque le massacre des prêtres réfractaires en septembre 1792.

Membre actif du Club des Jacobins, il fait étalage d'anticléricalisme (il se déclare notamment opposé au célibat des prêtres). Il pousse le gouvernement à occuper l’évêché de Bâle. La France, prétextant la présence des Autrichiens, envahit l'évêché le 28 avril 1792. Gobel se fait nommer commissaire civil au pays de Bâle où on l'accusa d'avoir abusé de son pouvoir.

Le 7 novembre 1793, il se présente, accompagné de Chaumette, devant la Convention et, dans un geste célèbre, coiffé du bonnet rouge et tenant à la main sa mitre, sa crosse et son anneau, il renonce à ses fonctions et à la prêtrise, en proclamant qu'il agit ainsi pour l'amour du peuple et par respect pour ses vœux.

Les disciples de Jacques-René Hébert, dans la ligne de leur politique antichrétienne, veulent marquer les esprits avec la démission de l'évêque de Paris. Du coup, Robespierre, le rival d'Hébert, considère Gobel comme un athée, bien que celui-ci n'ait jamais professé l'athéisme.

Portraits pris sur le vif de Gobel et Chaumette sur la charrette les conduisant à l'échafaud, par Vivant Denon. Coll. part.

Robespierre estime cependant que le culte déiste de l'Être Suprême est menacé par l'opposition des hébertistes athées, et Gobel est condamné à mort et guillotiné avec Chaumette le 13 avril 1794.

François-Joseph Lothringer, son ancien vicaire épiscopal, écrit dans sa lettre de rétractation publiée dans Les Annales catholiques au Tome III, Paris 1797[2] :

Gobel a voulu cependant expier, autant qu'il a été en lui, sa criminelle conduite, avant de mourir, et je serais coupable de ne pas faire connaître son dernier acte de religion.

Gobel ne pouvant être approché, à la Conciergerie, par aucun ministre de la religion, m'envoya par une main inconnue sa confession écrite de sa main, et voici ce qu'il me marque :

Mon cher abbé, je suis à la veille de ma mort ; je vous envoie ma confession par écrit ; dans peu de jours je vais expier, par la miséricorde de Dieu, tous mes crimes et mes scandales contre sa sainte religion.

J'ai toujours applaudi dans mon cœur à vos principes. Pardon, cher abbé, si je vous ai induit en erreur. Je vous prie de ne me point refuser les derniers secours de votre ministère, en vous transportant à la porte de la Conciergerie, sans vous compromettre, et à ma sortie me donner l'absolution de mes péchés, sans oublier le préambule,
ab omni vinculo excommunicationis[3]. Adieu, mon cher abbé, priez Dieu pour mon âme, à ce qu'elle trouve miséricorde devant lui.

J. B. J., évêque de Lydda
.

Les Annales font remarquer qu'en signant : « évêque de Lydda » et non « archevêque de Paris » il reconnaît qu'il n'avait pas droit à ce dernier titre et s'il demande à être relevé de son excommunication, il reconnaît par là l'autorité du pape qui l'avait fulminée contre lui.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'origine des dettes de Gobel évêque suffragant de Bâle, Archives de l'Église d'Alsace, 1989, vol. 48, pp. 56-74.
  2. Élisabeth Liris et Jean-Maurice Bizière, La Révolution et la mort, Presses Univ. du Mirail, 1991, p. 94.
  3. [Je vous absous] de tout lien d'excommunication

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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