Jacques Rueff

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Portrait de Jacques Rueff sur la pièce commémorative « Un franc Jacques Rueff ».

Jacques Rueff, né le 23 août 1896 à Paris IIIe et mort le 23 avril 1978 à Paris VIIe, est un haut fonctionnaire et économiste français. Il a joué un rôle majeur dans les réformes économiques réalisées en France à partir de 1958. Libéral, proche des idées de l'école autrichienne, il s'est fermement opposé aux idées keynésiennes qui sont remises en cause avec la crise des années 1970 (stagflation). Il est particulièrement connu pour sa description du mécanisme de la "double pyramide de crédits" qui sera confirmée par Maurice Allais[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de médecin, Jacques Léon Rueff fait ses études secondaires au lycée Charlemagne puis au lycée Saint-Louis, poursuit à l'École libre des sciences politiques puis à l'École polytechnique[2] (Promotion X1919S, réservée aux anciens combattants), où il fut l'élève d'un économiste qui eut une profonde influence sur lui, Clément Colson (1853-1939). Durant les années 1920, il est inspecteur des finances en 1923, chargé de mission auprès de Raymond Poincaré, président du Conseil et ministre des Finances en 1926, puis attaché financier à l'ambassade française de Londres.

Dans les années trente, il fait partie des économistes qui s'inquiètent des problèmes récurrents de la France dans le domaine de l'économie. C'est en partie cela qui l'amènera à être membre du groupe x-Crise et à participer au colloque Walter Lippmann. Parallèlement sa carrière administrative est alors à son apogée, il sera directeur du mouvement général des fonds (poste qui de nos jours correspond à directeur du Trésor) durant le Front populaire, puis sous-gouverneur de la Banque de France en 1939.

Après la Seconde Guerre mondiale durant laquelle il écrit l'Ordre social, il préside à partir de 1945 la conférence des réparations à Paris. Il sera également l'un des fondateurs de la Société du Mont Pèlerin en avril 1947. Dans les années 1950, il occupe plusieurs postes dans les instances européennes, à la Cour de justice de la Communauté européenne du charbon et de l'acier et à la Cour de justice des Communautés européennes.

Après le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958, il préside un Comité d'experts chargé d'étudier la façon d'assainir les finances publiques. Il s'agit d'assurer à la Cinquième République de bonnes bases économiques et financières. Cela conduit au « plan Rueff » parfois appelé « plan Pinay-Rueff » mis en œuvre par le ministre des Finances Antoine Pinay, de Gaulle étant président du Conseil. Le franc va redevenir convertible, le contrôle des changes s'assouplir.

Préfigurant le Marché commun, alors en formation, Rueff recommande l'ouverture à la concurrence dans un second rapport qu'il rédige en collaboration avec Louis Armand, à la tête du comité Rueff-Armand. À sa publication en 1960, les journalistes dénomment « plan Rueff-Armand » ce document intitulé Rapport du Comité pour la suppression des obstacles à l'expansion économique.

Jacques Rueff s'est toujours opposé aux idées de Keynes, d'abord, dans The Economic Journal, sur le problème des transferts — en relation avec les réparations allemandes — à la fin de la décennie 1930, et ensuite, en 1947, telles qu'elles étaient développées dans la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie. S'ensuivra une passe d'arme avec James Tobin en 1948 dans The Quarterly Journal of Economics. Près de trente ans plus tard, il enfoncera le clou une bonne fois pour toutes dans « La fin de l'ère keynésienne » qu'il publie dans le quotidien Le Monde.

Jacques Rueff est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1944 et de l'Académie française en 1964.

Il repose au cimetière du Père-Lachaise au côté de son épouse décédée en 1997. En 1984, la place Jacques-Rueff est créée au milieu du Champ-de-Mars à Paris.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Décennie 1920
  • Des Sciences physiques aux sciences morales (1922)
  • Sur une théorie de l'inflation (1925)
  • « Les variations du chômage en Angleterre », Revue Politique et Parlementaire, 32, décembre 1925, p. 425-437.
  • Théorie des phénomènes monétaires (1927)
  • « Les Idées de M. Keynes sur le problème des transferts », Revue d'Économie Politique, 42, juin-juillet 1929, p. 1067-1081 ; version anglaise : « Mr. Keynes' Views on the Transfer Problem », The Economic Journal, 39, september 1929, p. 388-399.
Décennie 1930
  • « L'Assurance-chômage : cause du chômage permanent », Revue d'Économie Politique, 45, mars-avril 1931, p. 211-251 (article signé xxx à cause d'une obligation de réserve de Jacques Rueff, alors attaché financier à l'ambassade de France à Londres).
  • La Crise du capitalisme (1935)
Décennie 1940
  • L'Ordre social (1945)
  • « Les Erreurs de la théorie générale de Lord Keynes », Revue d'Économie Politique, 57, janvier-février 1947, p. 5-33 ; version anglaise : « The Fallacies of Lord Keynes' General Theory », The Quarterly Journal of Economics, 61, mai 1947, p. 353-367.
  • « Reply [to James Tobin's comment] », The Quarterly Journal of Economics, 62, novembre 1948, p. 771-782.
  • Épître aux dirigistes (1949)
Décennie 1950
  • La Régulation monétaire et le problème institutionnel de la monnaie (1953)
  • Souvenirs et réflexions sur l'âge de l'inflation, conférence prononcée au centre universitaire méditerranéen, à Nice, le 13 février 1956
Décennie 1960
  • Discours sur le crédit (1961)
  • L'Âge de l'inflation (1963)
  • Discours de réception à l'Académie française (1965)
  • Le lancinant problème de la balance des paiements (1965)
  • Les Dieux et les rois (Regards sur le pouvoir créateur) (1967)
Décennie 1970
  • Le Péché monétaire de l'Occident (1971) (disponible sur le site de l'institut Coppet, page de présentation) [PDF]
  • Combats pour l'ordre financier (1972)
  • La Réforme du système monétaire international (1973)
  • La Création du monde (comédie-ballet en cinq journées) (1974)
  • « La Fin de l'ère keynésienne », Le Monde, 19 et 20/21 février 1976. Version anglaise : « The End of the Keynesian Era or When the Long Run Ran Out », Euromoney, avril 1976, p. 70-7.
  • Les Œuvres Complètes de Jacques Rueff, constituées par Emil-Maria Claassen et Georges Lane et publiées par les éditions Plon (Paris) en quatre tomes :
    • Tome I : De l'Aube au Crépuscule (Autobiographie), 1977.
    • Tome II : Théorie monétaire en deux livres, 1979.
    • Tome III : Politique économique en deux livres, 1979 et 1980.
    • Tome IV : L'Ordre Social, 1981.

Citations[modifier | modifier le code]

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  • Toutes les turpitudes de notre régime, j'en ai toujours trouvé la source dans des interventions de l'État. Les systèmes malthusiens donnent à leurs auteurs toutes les apparences de l'action généreuse, alors qu'ils organisent la misère et la ruine. (voir aussi Frédéric Bastiat)
  • Les hymnes à l'exportation ne sont que stupidité et mensonge. [Ils supposent de n'avoir pas conscience de l'] inanité de toute distinction entre commerce intérieur et international (L'Ordre Social, 1981, p. 377 et p. 376)
  • La monnaie est le carburant qui alimente toujours l'inflation. (1965)
  • Jacques Rueff en 1949 : « L’Europe se fera par la monnaie ou ne se fera pas » (cité par Sean Van Raepenbusch, Droit institutionnel de l’Union).
  • « Une monnaie efficace est la condition de la liberté humaine. » ( L'âge de l'inflation, Payot, 1963, p. 15).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Rueff et la double pyramide de crédits, Didier Dufau, cee.e-toile.fr, 1er mai 2010
  2. biographie, site de l'académie française

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lane, Georges, Jacques Rueff : un libéral perdu chez les planistes, 1996, [lire en ligne]
  • Chelini, Michel-Pierre, 2001/4, "Le Plan de stabilisation Pinay-Rueff, 1958", Revue d’histoire moderne et contemporaine n °48-4
  • Minart, Gérard, Actualité de Jacques Rueff : le plan de redressement de 1958 : une réussite du libéralisme appliqué, Éditions Charles Coquelin, 2008, [présentation en ligne]
  • Actes du séminaire du commissariat au plan, Jacques Rueff, leçons pour notre temps, Economica, 1997, (ISBN 978-2-7178-3406-2)
  • Pascal Salin et François Bourricaud, Présence de Jacques Rueff, Plon, 2003, (ISBN 978-2-259-02077-0)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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