Royaume du Congrès

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Royaume de Pologne
Royaume du Congrès
Królestwo Polskie (pl)

Царство Польское (ru)

18151915

Drapeau Blason
Description de cette image, également commentée ci-après

Carte de la région présentant le Royaume du Congrès en gris clair. Les lignes noires indiquent les frontières de la Pologne avant sa partition.

Informations générales
Statut Monarchie constitutionnelle, État satellite de l'Empire russe
Capitale Varsovie
Langue Polonais (jusqu'en 1880)
Russe (après 1880)
Démographie
Population Env. 2 770 000 hab. (1816)
9 300 000 hab. (1897)
Superficie
Superficie Env. 128 500 km² (est. variable)
Histoire et événements
9 juin 1815 Création au Congrès de Vienne
29 novembre 1830 Insurrection de Novembre
22 janvier 1863 Insurrection de Janvier
1868 Incorporation à l'Empire russe
1915 Effondrement

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Royaume de Pologne, 1815-1830

Le Royaume de Pologne (en polonais : Królestwo Polskie), également appelé Royaume du Congrès (en polonais : Królestwo Kongresowe) ou Tsarat de Pologne (en russe : Царство Польское) est une entité politique polonaise succédant au Duché de Varsovie à partir du Congrès de Vienne (1815), lors duquel les grandes puissances européennes réorganisent l’Europe après les guerres napoléoniennes. Le Royaume du Congrès, État autonome sous tutelle russe, prend fin en 1868 en étant annexé par la Russie, qui en fait le Pays de la Vistule.

Parmi les hommes célèbres du Royaume se trouve notamment le compositeur Frédéric Chopin (1810-1849), qui commence sa carrière à la cour de Varsovie dans les années 1820.

Héraldique[modifier | modifier le code]

Grandes armes du Royaume du Congrès 1815/1915

Histoire du royaume[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Avant le royaume : le duché de Varsovie (1807-1813)[modifier | modifier le code]

En 1795, l'Autriche, la Prusse et la Russie achèvent de se partager le royaume électif de Pologne-Lituanie. En 1807, Napoléon crée, sur la part prussienne de l'ancienne Pologne, le duché de Varsovie, augmenté en 1809 de la part autrichienne.

En 1813, suite au désastre de la retraite de Russie, le duché est occupé par l'armée russe.

Les décisions du Congrès de Vienne (1815)[modifier | modifier le code]

La naissance du « Royaume du Congrès » est due aux efforts du Polonais Adam Jerzy Czartoryski, ami du tsar, ministre des affaires étrangères de Russie en 1804-1805, qui souhaite ressusciter la Pologne en tant qu'alliée de la Russie, et aux intérêts du tsar Alexandre 1er, qui souhaite s'approprier des territoires antérieurement contrôlés par la Prusse ou l'Autriche[1]. Une alliance se noue entre le tsar et les principaux dirigeants polonais.

Le Congrès de Vienne attribue le duché de Varsovie au tsar, en lui donnant le nom de Royaume de Pologne (Królestwo Polskie) ; les Polonais utilisent officieusement le nom de Royaume du Congrès (Królestwo Kongresowe, familièrement Kongresówka), le tsar de Russie portant désormais le titre de roi de Pologne. À la suite des Cent-Jours, il est cependant amené à restituer à la Prusse le Grand-duché de Posen et la ville de Dantzick. La ville de Cracovie est officiellement une république autonome.

Le régime politique[modifier | modifier le code]

La constitution est élaborée à Vienne par accord entre Adam Czartoryski et Alexandre et signée par le tsar à Varsovie le 27 novembre 1815[2]. Il s'agit d'un texte très libéral, qui ressemble beaucoup à la constitution du duché de Varsovie.

Le tsar est représenté à Varsovie par le Namiestnik Królestwa Polskiego (lieutenant-général, vice-roi). Le premier, nommé le 9 décembre 1815, est le prince Józef Zajączek, précédemment commandant des troupes polonaises de l'armée française en 1807, puis général de l'armée du duché de Varsovie ; il occupe ce poste jusqu’à sa mort, le 28 juillet 1826. Surveillé par un « commissaire impérial », Nikolaï Novossiltsev, il se montre plus préoccupé par ses intérêts personnels que par ceux de la Pologne.

Le royaume a un gouvernement de cinq ministres et une diète qui vote les lois, ainsi qu'une armée spécifique, dont la direction est confiée au frère du tsar, le grand-duc Constantin, qui va jouer un rôle considérable, quoique non prévu par la constitution.

Le Code Napoléon, institué en 1808 dans le duché de Varsovie, reste d'abord en vigueur, puis est réformé en 1825[Note 1].

La période de la tutelle russe (1815-1831)[modifier | modifier le code]

Le règne d'Alexandre (1815-1825)[modifier | modifier le code]

Le royaume connaît alors de profondes transformations : développement des villes, de l’industrie (textile…), création de services de haut niveau (bourse des marchandises et des monnaies à Varsovie, Banque de Pologne…), d'infrastructures de transport.

Cependant, le maintien de facto du servage (malgré les principes du Code civil) et l’organisation féodale des campagnes ont pour effet de ralentir la modernisation de l’agriculture.

C'est aussi une période de développement de l’enseignement (création de l’Université de Varsovie, de l’académie de musique de Varsovie, de l’École polytechnique de Varsovie, création de l’Institut agronomique de Marymont…), particulièrement durant la période où le ministre de l'Education est Stanislaw Kostka Potocki (jusqu'en 1820). Une nouvelle classe sociale émerge : les intellectuels, parmi lesquels, les romantiques polonais.

Des changements analogues ont lieu dans la Pologne directement administrée par la Russie (ancien duché de Lituanie) avec le développement de l’Université de Vilnius et du lycée de Krzemieniec.

Apparition de tensions

L'année 1818 marque l'apogée de l'entente entre le tsar et les patriotes polonais. Ceux-ci croient alors encore à la possibilité d'une réunion du grand-duché de Lituanie et du royaume de Pologne, mais ils sont rapidement déçus. Les années 1820-1825 sont marquées par une reprise des activités clandestines (notamment la Société patriotique) et par différentes formes de répression.

Les difficultés du règne de Nicolas Ier[modifier | modifier le code]

Les problèmes s'aggravent avec l'avènement du tsar Nicolas Ier en 1825, frère d'Alexandre et de Constantin. Monarque absolu en Russie, il tolère mal les restrictions à ses pouvoirs en Pologne. En 1826, il nomme Constantin vice-roi de Pologne. Celui-ci veut imposer une discipline prussienne au sein de l’armée du royaume. Des militaires commencent à conspirer contre lui, notamment un groupe formé à l'École des enseignes d'infanterie de Varsovie sous la direction du sous-lieutenant Piotr Wysocki[4].

En 1829, le tsar vient à Varsovie se faire couronner roi de Pologne (20 mai). Wysocki prépare un attentat mais, en l'absence de tout soutien de la Diète, y renonce [5],[Note 2].

L'insurrection de 1830-1831[modifier | modifier le code]

L'année 1830 est marquée par les événements révolutionnaires en France en juillet, puis en Belgique en octobre. En novembre, les Russes envisagent d’utiliser l’armée du royaume pour intervenir contre la Belgique. Cette perspective est inacceptable pour les patriotes polonais.

Dans la nuit du 29 novembre 1830, Piotr Wysocki et son groupe tentent d’assassiner Constantin. Celui-ci réussit à quitter Varsovie, qui reste aux mains des insurgés. C'est le début de l’insurrection contre la Russie. Cependant, le gouvernement provisoire, dirigé par Adam Czartoryski à partir du 3 décembre, s'efforce d'éviter la rupture totale avec le tsar.

Celui-ci lance un ultimatum le 20 décembre. Le 16 janvier 1831, il est déposé par la Diète. Les troupes russes commencent à entrer dans le duché. Il faudra huit mois pour que « l'ordre règne à Varsovie »[6], reprise le 8 septembre 1831. 35 000 soldats polonais réussissent à gagner l'Autriche ou la Prusse où ils sont désarmés. Des milliers de civils quittent le pays pour se réfugier en Belgique ou en France, où Adam Czartoryski devient le leader de la communauté polonaise.

La tragédie polonaise est à l'origine d'une importante production littéraire ou artistique patriotique : en particulier la chanson La Varsovienne[7] composée en France en mars 1831 et aussitôt traduite en polonais ; en Allemagne, les Polenlieder.

La période de la domination russe (1831-1868)[modifier | modifier le code]

Le gouvernorat de Paskevitch (1831-1855)[modifier | modifier le code]

La constitution est remplacée par les Statuts organiques de février 1832[8] ; les organes de gouvernement sont : un Conseil d'administration présidé par le Namiestnik ; un Conseil d'Etat ; la Diète disparaît. Des tarifs douaniers sont mis en place entre la Russie et le Royaume du Congrès pour freiner le développement de son économie. Les universités et écoles supérieures sont fermées. Par son encyclique Cum Primum (9 juin 1832), le pape Grégoire XVI donne raison à Nicolas Ier contre ses sujets révoltés et celui-ci peut supprimer tout ce qu’Alexandre Ier avait accordé.

Le général Ivan Paskevitch est nommé gouverneur du royaume en 1832 et il mène une politique de russification systématique.

Après l'échec du soulèvement de Cracovie en 1846, le royaume est peu touché par les mouvements révolutionnaires de 1848. Le gouverneur participe à l'écrasement de la révolution hongroise en 1849.

Son mandat se termine peu après la mort du tsar Nicolas 1er.

Les débuts du règne d'Alexandre II[modifier | modifier le code]

Affaiblie par la défaite de Crimée, la Russie connaît une période d'effervescence politique, avec en particulier la question de la suppression du servage (réalisée en 1861). Le Royaume de Pologne est aussi touché, avec en particulier le mouvement des messes patriotiques.

Les successeurs d'Ivan Paskevitch sont Wincenty Krasiński (1855-56) ; Mikhaïl Gortchakov, de 1856 au 30 mai 1861 ; Nikolaï Soukhozanet (1861) ; Karol Lambert (1861) ; Aleksandr Lüders (1861-62) ; Constantin Nikolaïevitch de Russie (1862-63).

L'insurrection de 1863 et ses conséquences (1863-1868)[modifier | modifier le code]

En 1863, une nouvelle insurrection éclate : l'Insurrection de Janvier. Après la défaite des insurgés, la politique de russification est menée à son terme. L’unification administrative avec la Russie est établie en intégrant les ministères de Varsovie dans ceux de Saint-Pétersbourg. Le russe devient langue officielle.

Le Pays de la Vistule (1868-1915)[modifier | modifier le code]

En 1868, les territoires du Royaume du Congrès sont purement et simplement incorporés comme province de l’empire russe, sous le nom de « Pays de la Vistule » (en russe: Privislinski Kraï). Cependant, le nom de « Royaume du Congrès » continue d'être utilisé pour désigner ce territoire, malgré sa disparition en tant qu'entité politique.

Les règnes d'Alexandre II (mort en 1881) et d'Alexandre III (en 1894) sont marqués par une poursuite de la politique de russification ; un relâchement sensible a lieu au début du règne de Nicolas II qui est aussi l'époque de l'apparition de grands partis politiques (national-démocrate, paysan, socialiste polonais, social-démocrate).

Les Polonais prennent part aux événements de la Révolution de 1905 ; aux élections pour la Douma de 1906, le Pays de la Vistule a 36 députés à élire, dont 34 sont des Nationaux-démocrates (dont le leader est Roman Dmowski). Mais la Douma est rapidement dissoute et aux élections de 1907, le contingent n'est plus que de 12 députés. Durant la période plutôt répressive qui suit, le Parti socialiste polonais (Piłsudski) joue un rôle important dans l'action clandestine, avec l'Organisation polonaise de combat (POW).

La Première Guerre mondiale et l'occupation allemande (1915-1918)[modifier | modifier le code]

En 1915, les armées allemandes et austro-hongroises occupent l'Ouest de la Russie, notamment le territoire du Pays de la Vistule : l'ensemble est réorganisé (gouvernorat de Varsovie aux Allemands, celui de Lublin aux Autrichiens). Piłsudski opte pour une politique de soutien aux Puissances centrales, moyennant des garanties de rétablissement de la Pologne. Après des atermoiements, il obtient la formation d'une armée polonaise (octobre 1916), puis la mise en place d'un Conseil d'État à Varsovie (janvier 1917). Pour hâter le mouvement, Pilsudski démissionne du Conseil d'État (avril 1917) mais est arrêté.

Du côté des Alliés, la chute du régime tsariste (mars 1917) permet de répondre aux demandes des Polonais qui les soutiennent en Russie ou en France (Dmowski). En janvier 1918, le président des États-Unis fera de la recréation de la Pologne un de ses Quatorze Points.

En septembre 1917, menacés d'un effondrement du soutien polonais, les empereurs d'Allemagne et d'Autriche établissent un Conseil de régence du royaume de Pologne (sans désigner de roi et sans délimiter son territoire)[9], assisté d'un nouveau Conseil d'État. Ces nouvelles autorités polonaises participent aux négociations de Brest-Litovsk avec l'Ukraine (traité de février 1918) et la Russie soviétique (traité de mars).

Le 10 novembre 1918, Pilsudski rentre à Varsovie ; le Conseil de régence lui confie la direction de l'armée, puis l'ensemble de ses pouvoirs ; le 18 novembre, Piłsudski nomme Moraczewski, un proche de Dmowski, Premier ministre (puis, le 16 janvier 1919, Paderewski).

L'occupation allemande prend totalement fin le 27 décembre 1918 avec l'insurrection de Poznan. La nouvelle Pologne est reconnue par les traités de paix, mais ses frontières ne seront fixées qu'en 1923.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources
Livres
  • Daniel Beauvois, Histoire de la Pologne, Paris, Hatier, coll. « Nations d'Europe »,‎ 1995, chap. V (« Un État disparu, une nation tenace »), p. 201-248.
  • Louis Lubliner, Concordance entre le code civil du royaume de Pologne, promulgué en l'année 1825, et le code civil français relativement à l'état des personnes ; suivie d'Observations sur le droit international privé, Bruxelles et Paris, Decq et Durand,‎ 1846 (lire en ligne).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « en 1820, le gouvernement présenta à la diète un projet de loi apportant des modifications et des changements dans le livre Ier du Code civil français ; ce projet de loi fut discuté, adopté à la diète suivante en 1825, et promulgué le 15 juin de la même année comme loi obligatoire à dater du 1er janvier 1826. »[3].
  2. C'est le sujet d'une pièce de Juliusz Slowacki, Kordian.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Beauvois 1995, p. 201.
  2. Cf. Bibliographie pour le texte.
  3. Lubliner 1846, p. XIX.
  4. Beauvois 1995, p. 209.
  5. Beauvois 1995, p. 210.
  6. Phrase démarquant celle du ministre français des Affaires étrangères, Horace Sébastiani le 16 septembre : « Aux dernières nouvelles, la tranquillité règne à Varsovie ».
  7. La Varsovienne de 1831 comme elle est appelée depuis 1900 environ pour la différencier de La Varsovienne de 1905, la plus connue.
  8. Cf. Bibliographie.
  9. Beauvois 1995, p. 284. Pour la période de la guerre : Beauvois 1995, p. 280-286.