Château de Vincennes

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Château de Vincennes
Image illustrative de l'article Château de Vincennes
Le donjon du château de Vincennes.
Propriétaire actuel République française
Ministère de la Défense
Ministère de la Culture
Protection Logo monument historique Classé MH (1993)
Logo monument historique Classé MH (1999)
Site web www.chateau-vincennes.fr
Coordonnées 48° 50′ 34″ N 2° 26′ 09″ E / 48.84278, 2.4358348° 50′ 34″ Nord 2° 26′ 09″ Est / 48.84278, 2.43583  
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Département Val-de-Marne
Commune Vincennes

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Château de Vincennes

Le château de Vincennes est une forteresse située sur la commune de Vincennes, à l’est de Paris, en France, érigé du XIVe siècle au XVIIe siècle. Il est le plus vaste château fort royal français subsistant et, par la hauteur de son donjon, 50 mètres, il est une des plus hautes forteresses de plaine d’Europe.

Le château de Vincennes est le siège du Service historique de la défense.

Situation géographique[modifier | modifier le code]

La forteresse est située à proximité de la capitale, à environ 8 km de l'île de la Cité. Contrairement à la majorité des châteaux forts, elle n'est pas implantée sur une butte, une colline ou sur le haut d'une falaise, mais sur un plateau calcaire. Elle n'est pas à proximité d'une rivière, juste d'un petit cours d'eau, le ru de Montreuil, ruisseau descendant du plateau de Montreuil qui alimentait les douves dont le trop-plein se dirigeait ensuite vers Paris et se jetait dans le lac de Saint-Mandé.

Au Moyen Âge, époque de la construction, le site était couvert par une forêt pleine de gibier. Depuis le XIXe siècle, les alentours du château sont urbanisés, il ne reste de la forêt que le bois de Vincennes.

Architecture[modifier | modifier le code]

Cette forteresse a plus l'apparence d'une vaste cité fortifiée ou d'une « résidence royale fortifiée »[1] que d'un château fort. Si ce château n'est à l'origine qu'un simple manoir, il a très tôt vocation à abriter, pendant de longues périodes, la famille royale avec toute sa domesticité, une partie de l'administration du royaume et l'armée nécessaire pour sa défense. Il est composé d'un long mur d'enceinte, flanqué de trois portes et de six tours de 42 mètres de hauteur, qui se développe sur plus d'un kilomètre et qui protège un espace rectangulaire de plusieurs hectares (330 x 175 m). La place ainsi protégée est occupée par le donjon haut de 50 mètres au-dessus du sol de la cour[2], des bâtiments civils, administratifs et militaires et une chapelle. Au Moyen Âge, l'ensemble permettait de vivre sur place à plusieurs dizaines de milliers de personnes[réf. nécessaire]. Le donjon a été conçu pour abriter le roi de France en cas de danger. Il est à lui seul une place forte. De larges douves, un châtelet et deux ponts-levis assurent sa défense. Le niveau le plus bas sert de réserve d'eau et de vivres. Le premier et le deuxième étage sont les appartements royaux. Les trois autres niveaux supérieurs accueillent les domestiques et les militaires.

Vue du château de Vincennes sous Charles V, gravure de Pierre Nicolas Ransonette.

L'illustration ci-contre montre neuf tours, référence à la légende des Neuf Preux[3] :

  • A : Tour du Village
  • B : Tour de Paris
  • C : Tour du Réservoir
  • D : Tour du Diable
  • E : Tour des Salves
  • F : Tour de la Surintendance
  • G : Tour de la Reine
  • H : Tour du Bois
  • I : Tour du Roi
  • K : Donjon

Histoire[modifier | modifier le code]

L'époque médiévale[modifier | modifier le code]

Miniature des Très Riches Heures du duc de Berry. La chasse ou le mois de décembre montrant le château de Vincennes[4].

Le simple pavillon de chasse, aménagé par Louis VII vers 1150 dans la forêt de Vincennes, devint une résidence royale (manoir de villégiature) en 1180 sous le règne de Philippe Auguste. Saint Louis achève la Sainte-Chapelle et partira du château pour une croisade dont il ne reviendra pas. Il est réaménagé au XIVe siècle principalement par Charles V. Au milieu du Moyen Âge, Vincennes fut plus qu'une forteresse militaire : Philippe III (en 1274) lors de son second mariage s'y marie. et deux rois du XIVe siècle y moururent : Louis X (1316) et Charles IV (1328). Vers 1337, Philippe VI de Valois décida de fortifier le site en construisant un donjon à l'ouest du manoir. Charles V naquit dans cette forteresse, en fit sa résidence, le siège de son gouvernement et de sa haute administration. Il fit effectuer les travaux décidés par Philippe VI[5], y ajoutant par la suite l'enceinte monumentale avec ses portes et ses tours. Le donjon et son enceinte[6] furent achevés en 1371, et la muraille avec son chemin de ronde, ceinturant donjon, manoir, Sainte-Chapelle et bâtiments résidentiels, est achevée en 1380. Les travaux durèrent deux générations.

Par ailleurs, les reliques de la couronne d'épines qui étaient conservées à Vincennes ayant été transférés à la Sainte-Chapelle de Paris, les travaux d'édification d'une nouvelle chapelle furent confiés à Raymond du Temple et débutèrent en 1379. La Sainte-Chapelle de Vincennes devait recevoir un fragment de la relique demeurée à Vincennes. À la mort de Charles V en 1380, Charles VI donna l'ordre de poursuivre les travaux, qui furent plusieurs fois interrompus. Lorsque Louis XI fit de Vincennes sa résidence, il quitta les appartements royaux du donjon pour un pavillon neuf de plain-pied, édifié en 1470 dans l'angle sud-ouest du château. Il relance également le chantier de la Sainte-Chapelle.

De la Renaissance à la Restauration[modifier | modifier le code]

La résidence royale[modifier | modifier le code]

Les travaux de construction et d'embellissement du château se poursuivent sous les Valois. François Ier fit réaménager le pavillon construit par Louis XI pour y résider lors de ses séjours dans la capitale. Henri II, qui avait transféré à Vincennes le siège de l'ordre de Saint-Michel, confia l'achèvement des travaux de la Saint-Chapelle à son architecte favori, Philibert Delorme et la chapelle put enfin être inaugurée en 1552. En février 1574, la cour se réfugia au château de Vincennes où Charles IX, gravement souffrant, décéda le 30 mai dans les appartements royaux du donjon. François d'Alençon et le roi de Navarre, assignés en résidence à la cour, deviennent les hôtes forcés du château.

Le jeune Louis XIII fut installé, après l'assassinat de son père Henri IV, à Vincennes dans l'ancien pavillon de Louis XI, et y passa une partie de sa jeunesse.

Le château devint ainsi la troisième résidence royale. Louis XIV se trouvait à Vincennes lorsque, le 13 avril 1655, il se rendit selon les historiographes « en habit de chasse » au parlement de Paris, faire lit de justice pour imposer ses édits fiscaux[7].

L'architecte Louis Le Vau construisit pour Louis XIV les ailes (abusivement qualifiées de « pavillons ») du Roi et de la Reine. Il érigea l'aile de la Reine [-Mère] en 1658 et l'aile du Roi en 1661, les deux ailes reliées par un portique au nord et au sud entourant la cour royale. Le cardinal de Mazarin y décéda le 11 mars 1661 et sa dépouille fut exposée dans la Sainte-Chapelle.

Il fut envisagé de remplacer les pavillons construits par Marie de Médicis, mais les travaux de reconstruction furent cependant abandonnés, car Versailles concentrait alors tous les efforts. Le château conserva cependant quelques exemples du style Louis XIV précoce dans les grands appartements. Le jardinier Le Nôtre s'y exerça également en aménageant des jardins à la française et l'abord du bois de Vincennes, en face de la nouvelle entrée sud marquée par une porte monumentale en « arc de triomphe ».

La prison et la manufacture royale[modifier | modifier le code]

Le donjon fut aménagé en prison d'État (pour les prisonniers de haute naissance). Sa capacité ne lui permettait pas d'héberger plus de quatorze détenus. Le cardinal de Retz alla y méditer sur la Fronde dans l'ancienne chambre de Charles V. Nicolas Fouquet, qui avait lancé l'architecte Le Vau, eut également droit aux honneurs de la prison de Vincennes, à la suite à son procès de trois ans (1664) et avant son transfert dans la place forte royale de Pignerol.

Le château fut définitivement délaissé comme résidence royale lorsque le Roi s'installa à Versailles (vers 1670). Louis XV n'y séjourna que quelques mois (il y fut envoyé à la mort de son arrière-grand-père Louis XIV, en septembre 1715, l'air y était jugé plus sain qu'à Versailles ; le régentPhilippe d'Orléans – l'emmena ensuite à Paris). Louis XVI n'y fit aucun séjour.

Au XVIIIe siècle, il hébergea la manufacture de Vincennes dédiée à la production de porcelaine, qui devint plus tard celle de Sèvres. Le donjon resta prison d'État. Y furent internés Voltaire, le marquis de Sade (de septembre 1778 à février 1784), Mirabeau et Diderot en 1749.

Malgré le changement de régime, le donjon retrouvera sa destination au XIXe siècle. Seules les conditions pénitentiaires vont radicalement se durcir. Ainsi, suite aux journées des 23 au 25 février 1848, y séjourneront de nombreux républicains de gauche comme Barbès, Blanqui et Raspail (qui y sortira à la faveur de son élection au parlement et dont les écrits témoignent de son séjour dans l'ancienne chapelle de Charles V).

En février 1788, afin de réhausser les finances, un édit du Conseil du roi de France, signé de Louis XVI, met en vente plusieurs domaines, dont le château de Vincennes, le château de Blois, le château de la Muette et le château de Madrid, en autorisant les acheteurs à procéder à leur démolition. Seul ce dernier sera racheté et détruit.

L'arsenal[modifier | modifier le code]

En 1796, le château fut converti en arsenal, abritant depuis lors la section historique de l'armée. Il fut profondément remanié à cette époque. Les restes du pavillon de chasse initial datant de l'époque de Saint-Louis furent détruits. On construisit de nouveaux bâtiments militaires qui existent encore aujourd'hui. En 1804, le duc d'Enghien fut fusillé dans les douves du château sur l'ordre de Napoléon.

Article détaillé : Affaire du Duc d'Enghien.

Nommé gouverneur du château par Napoléon, le général Pierre Daumesnil le défendit avec acharnement lors de l'occupation de Paris par les troupes russes et prussiennes en 1815. Ces dernières, qui voulaient s'emparer de l'arsenal du château, se heurtèrent à une résistance acharnée. Avec moins de 200 hommes, le général refusa de se rendre, insensible aux pressions et aux tentatives de corruption, bravant le siège du fort durant plus de cinq mois. Il finit par capituler sur ordre de Louis XVIII, mais sortit de la forteresse en brandissant le drapeau tricolore.

Les gouverneurs et lieutenants[modifier | modifier le code]

Le général Daumesnil refuse de livrer Vincennes (huile de Gaston Mélingue, 1882).

Le commandement du château était confié à un gouverneur, aussi nommé capitaine, qui était assisté d'un lieutenant chargé spécialement de la garde du donjon et des prisonniers[8].

(Liste non exhaustive)

L'époque récente[modifier | modifier le code]

Vue des fossés et de la tour de la Reine. Un saule pleureur marque l'emplacement où fut fusillé le duc d'Enghien (Aquarelle anonyme, vers 1820)[13].

La porte massive de sortie du donjon provient de la prison du Temple, détruite par Napoléon. L'empereur fut également à l'origine de l'étêtage des différentes tours d'enceinte du château. Le parc fut remanié au XIXe siècle dans le goût des jardins anglais. Napoléon III confia à Viollet-le-Duc le soin de restaurer la chapelle et le donjon et légua administrativement les 9,95 km2 du bois de Vincennes à la ville de Paris.

Le 15 octobre 1917, ce fut au tour de Mata Hari d'être fusillée pour espionnage dans les fossés de la forteresse de Vincennes.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le château servit brièvement de quartier général à l'état major du général Maurice Gamelin, chargé de la défense de la France contre l'invasion allemande de 1940. Le 2 août 1944, trois divisions de la Waffen SS en retraite du front de Normandie s'installèrent dans les lieux. Le 20 août 1944, 30 otages y furent à leur tour exécutés par les forces nazies ; lesquelles détruisirent trois dépôts de munitions installés dans des casemates, au moment de la libération de Paris, dans la nuit du 24 au 25 août. L'incendie provoqué dura alors près de huit jours et provoqua des dégâts irréversibles : une partie des collections fut détruite, le pavillon du Roi en ruines, celui de la reine partiellement détruit[14].

En 1964, Charles de Gaulle - alors président de la République - forma le projet de quitter le palais de l'Élysée qu'il jugeait trop enclavé dans Paris, sans perspective sur la capitale et pas assez prestigieux pour accueillir le chef de l'État. Il choisit le château de Vincennes comme nouveau logis présidentiel, mais l'opération fut abandonnée pour d'autres priorités.

Les nouveaux rôles du château de Vincennes[modifier | modifier le code]

Le château de Vincennes relève à la fois du ministère de la Culture (le site est classé monument historique en 1993 et 1999[15], et le Service départemental de l'architecture et du patrimoine y est situé), et du ministère de la Défense (le château abrite le Service historique de la défense, SHD).

  • Depuis 1988, un vaste programme de rénovation a été entrepris. Menacé de ruine, le donjon est fermé en 1995, et après d'importants travaux de consolidation générale de sa structure[16], le donjon avec ses appartements royaux rouvre au public en 2007. En 2008-2009, la chapelle royale a également subi une importante restauration[17], nécessitée par la tempête de 1999.
  • Depuis plusieurs années, les élus locaux tentent d'accélérer le renouveau du site, notamment en obtenant une réorganisation de la gouvernance actuelle du château et en développant le mécénat. C'est ainsi qu'est née, à l'initiative de la ville de Vincennes, l'« Association pour le rayonnement du château de Vincennes », présidée actuellement par Françoise Sampermans.
  • Le « plan Escale » serait un plan d'évacuation du palais de l'Élysée, en cas de crue centennale à Paris. Et la présidence aurait préparé dans cette éventualité un repli sur le château de Vincennes, réputé sûr et facilement aménageable[18],[19].

Accès[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Expression retenue par le ministère de la Culture français sur les documentations touristiques.
  2. Rubrique Patrimoins du site officiel du château de Vincennes.
  3. Jean-Marie Pérouse de Montclos, Le guide du Patrimoine : Ile-de-France, ministère de la Culture, Hachette, 1988
  4. Source : musée Condé, Chantilly
  5. Selon les monuments nationaux sur vincennes.monuments-nationaux.fr
  6. L'enceinte du donjon mesure 11 mètres de hauteur.
  7. La légende veut qu'il ait déclaré à cette occasion « l'État, c'est moi », épisode contesté par François Bluche. Dans sa biographie du « roi soleil », cet historien démontre que, s'il a bien imposé l'enregistrement de ces édits en rentrant de Vincennes, il n'a pu prononcer cette phrase
  8. a, b, c, d et e Sur les gouverneurs, voir : Histoire du donjon et du château de Vincennes de Pierre Jean-Baptiste Nougaret et Alphonse de Beauchamp, Paris, 1807, volume 1, chapitre XVI, pages 191 à 215.
  9. Dictionnaire historique, topographique et militaire de tous les environs de Paris, Paris, 1816, page 635-636.
  10. Tableau synoptique de l'histoire de France et des principaux événemens de Gabriel Bordes, page 101.
  11. Charpentier,Louis-Pierre Manuel, La Bastille dévoilée, Paris, 1789, page 150, consultable en ligne, //http://books.google.fr/books?id=Ba76DBlUcsQC
  12. Constantin de Renneville, Gabriel Dellon, L'inquisition françoise: ou, L'histoire de la Bastille, volume 3, pages 152-153, consultable en ligne, http://books.google.fr/books?id=6FU2AAAAMAAJ
  13. Source : Bibliothèque nationale, Paris.
  14. Luce Gaume, Emmanuel Pénicaut, Le château de Vincennes. Une histoire militaire, N. Chaudun,‎ 2008, p. 242
  15. « Château de Vincennes et ses abords », base Mérimée, ministère français de la Culture
  16. Le donjon a été restauré à l'aide de 20 000 blocs de pierre. La reprise de la structure intérieure, qui est entièrement appuyée sur une colonne centrale, nécessita la mise en place d'un « corset » constitué par l'échafaudage extérieur.
  17. Elle ouvre à nouveau ses portes au public le 15 mai 2009.
  18. « Quand l'Élysée prépare son déménagement au château de Vincennes », sur www.lepoint.fr (consulté le 11 août 2010)
  19. « Le Château de Vincennes, « Élysée de secours » en cas d'inondations », sur secretdefense.blogs.liberation.fr (consulté le 11 août 2010)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Mesqui, Île-de-France Gothique 2 : Les demeures seigneuriales, Paris, Picard,‎ 1988, 404 p. (ISBN 2-7084-0374-5), p. 332-361
  • Jean Chapelot, Le château de Vincennes. Une résidence royale au Moyen Âge (coll. « Patrimoine au présent »), Caisse nationale des monuments historiques et des sites, 1994, 127 p., ill.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]