Madame de Maintenon

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Françoise d’Aubigné

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Portrait de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, représentée en Sainte Françoise Romaine par Pierre Mignard (1694).

Titre

Épouse morganatique
du roi de France et de Navarre

9 octobre 16831er septembre 1715
(31 ans, 10 mois et 24 jours)

Prédécesseur Marie-Thérèse d’Autriche (reine)
Successeur Marie Leszczyńska (reine)
Biographie
Titulature Marquise de Maintenon
Dynastie Famille d’Aubigné
Surnom « Madame de Maintenon »
Naissance 27 novembre 1635
Niort (France)
Décès 15 avril 1719 (à 83 ans)
Saint-Cyr-l’École (France)
Sépulture Maison royale de Saint-Louis
Père Constant d’Aubigné
Mère Jeanne de Cardilhac
Conjoints Paul Scarron (1651-1660)
Louis XIV de France (1683-1715)
Religion Catholicisme romain
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Épouses des rois de France

Madame de Maintenon (née Françoise d’Aubigné le 27 novembre 1635 à la prison de Niort et décédée le 15 avril 1719 à la Maison royale de Saint-Louis de Saint-Cyr-l'École) est une dame française des XVIIe et XVIIIe siècles qui fut l'épouse puis la veuve de Paul Scarron. Par la suite, elle fut titrée marquise de Maintenon. Elle est la fondatrice de la Maison royale de Saint-Louis.

Nommée secrètement - puis ouvertement après leur légitimation - gouvernante des enfants naturels de Louis XIV (1638–1715), roi de France et de Navarre, elle devint secrètement son épouse après la mort de la reine Marie-Thérèse en 1683, attirant à elle autant la flagornerie que la haine de la cour et de la famille royale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les éléments biographiques se retrouvent (entre autres) dans L'allée du roi, de Françoise Chandernagor (Julliard, 1981) ; elle-même s'étant appuyée sur les quatre mille lettres restantes de l'abondante correspondance de Madame de Maintenon[1].

Enfance[modifier | modifier le code]

Françoise d’Aubigné est la fille de Constant d’Aubigné - lui-même fils du célèbre poète et ami d'Henri IV, Agrippa d’Aubigné - et de sa seconde épouse Jeanne de Cardilhac. Elle naît le 27 novembre 1635 à la prison de Niort, dans la geôle où son père est incarcéré pour dettes.

Celui-ci, après avoir abjuré sa foi protestante en 1618, assassiné sa première épouse et son amant en 1619, puis rapidement dépensé la dot de la deuxième, est soupçonné d'intelligence avec les Anglais avec qui il est en relation d'affaires et enfermé à la prison de Bordeaux puis de Niort.

Lorsque son père sort de prison de Niort, la jeune Françoise passe les premiers mois de sa petite enfance chez Madame de Villette, sa tante huguenote, au château de Mursay, au nord de Niort. Elle passe les six années suivantes avec ses parents à la Martinique, dont elle garde un souvenir très fort, transmis à ses futurs époux, le poète burlesque Paul Scarron puis le roi de France Louis XIV, qui décide dès 1674 d'intensifier la culture de la canne à sucre en Martinique puis à Saint-Domingue.

Le nom de son père est cité dans un premier voyage un an plus tôt, celui de 1635 avec Pierre Belain d'Esnambuc, fondateur du village de Saint-Pierre en Martinique en 1635. Le couple part en 1636 pour Saint-Christophe, d'où il gagne la Martinique[2]. Françoise vit avec ses parents dans le village du Prêcheur, le premier où est arrivé d'Esnambuc, tout près de Saint-Pierre, à l'extrémité nord-ouest de la Martinique, exposé aux attaques incessantes des Indiens de l'île de la Dominique.

Officiellement, son père est gouverneur de la toute petite île de Marie-Galante, toute proche. Mais ce titre ne lui est pas reconnu et il n'a pas les moyens de le valoriser. L'île est alors vierge et doit en principe gouverner la Martinique, elle-même couverte aux neuf dixièmes de forêts, où Indiens et boucaniers font la loi. La famille de Françoise survit en fait dans la pauvreté, alors que la Barbade anglaise, non loin accède bientôt à la richesse. Ce séjour de six ans lui vaudra le surnom de « Belle Indienne ». Il s'achève à l'époque où les Martiniquais tentent sans succès d'introduire la culture de la canne à sucre, qui s'avère très rentable à la Barbade dès les années 1640, et entraîne l'éviction des planteurs de tabac. À son retour en France, en 1647, Françoise apprend la mort de son père, parti en 1645 chercher à faire reconnaître son titre de gouverneur.

Françoise perd aussi très vite sa mère qui vivait dans la quasi-misère. Elle doit faire des procès à la famille de son père pour essayer de récupérer ses biens, puis est à nouveau prise en charge par sa tante de Niort, Mme de Villette, fervente protestante. Sa marraine, Madame de Neuillant, fervente catholique, obtient de la reine-mère Anne d'Autriche une lettre de cachet pour récupérer Françoise et lui permettre de pratiquer le catholicisme (en effet à sa naissance Madame d'Aubigné l'avait fait baptiser dans la religion catholique) et renier sa foi calviniste. Elle la place contre sa volonté au couvent des Ursulines de Niort, puis chez les Ursulines de la rue Saint-Jacques à Paris[3] où, grâce à la douceur et l'affection d'une religieuse, sœur Céleste, la jeune fille renonce définitivement au calvinisme, condition indispensable pour pouvoir accompagner Mme de Neuillant dans les salons parisiens. C'est à l'une de ces réunions mondaines qu'elle rencontre le chevalier de Méré qui se prend d'affection pour celle qu'il nomme « la belle Indienne » et s'offre de l'instruire convenablement.

Premier mariage[modifier | modifier le code]

Le poète Paul Scarron, premier mari de Françoise d'Aubigné

Quatre ans après son retour en France, en avril 1652, à l'âge de seize ans, Françoise d'Aubigné, sans le sou mais jolie et sage, épouse le poète burlesque Paul Scarron, de vingt-cinq ans son aîné et gravement handicapé. Fêtard et cultivé, ami de nombreux artistes, son salon est fréquenté par les plus prestigieux noms de la capitale (par exemple le maréchal d'Albret, le marquis de Villarceaux, l'abbé de Choisy), Scarron est partiellement paralysé depuis un malencontreux bain nocturne dans la Seine en hiver. Il propose à une Françoise orpheline, très pauvre (elle ne possède absolument rien) et fragilisée, de la doter pour qu'elle puisse entrer au couvent, ou de l'épouser lui-même.

« La belle Indienne » influence la deuxième partie de l'œuvre de Paul Scarron, qui fera ensuite fréquemment référence à la nécessité d'aller aux Indes et à la Martinique. Le poète a très sérieusement investi 3 000 livres dans une société commerçant avec la Martinique[4]. Pour faire plaisir à sa jeune épouse, Scarron accepte aussi d'enlever de son œuvre des répliques trop grivoises[3].

Madame Scarron devient l’animatrice du salon ouvert par son mari, très fréquenté par les écrivains de l'époque. Dès lors, elle se tisse un solide réseau de relations avec les beaux esprits du Marais parmi lesquels se trouvent Françoise-Athénaïs de Montespan et Bonne d'Heudicourt, nièces du maréchal d'Albret, Madame de La Fayette, Madame de Sévigné, Ninon de Lenclos, et bien d'autres [5].

En 1660, alors qu'elle a vingt-cinq ans, Paul Scarron, qui lui avait inculqué une grande culture, meurt en ne lui léguant que des dettes. De son mariage, Françoise avait gagné l’art de plaire et en avait conservé les relations ; ainsi, Anne d’Autriche, sollicitée par des amis communs, accorda à la veuve Scarron une pension de 2000 livres. À la mort de la reine mère, sa pension est rétablie grâce à l'intervention de madame de Montespan, dame d'honneur d'Henriette, duchesse d'Orléans, belle-sœur du Roi ; les deux femmes s'étaient rencontrées chez le maréchal d'Albret, cousin par alliance de Mme de Montespan et proche de Paul Scarron. Si Mme de Montespan pensa à elle pour devenir la gouvernante des bâtards royaux, c'était parce que la veuve Scarron avait su la divertir et qu’elle était discrète, mais aussi et surtout parce que Françoise savait bien que l’on gagnait toujours à servir le Roi.

Après la mort de son mari, Françoise devient la maîtresse de Louis de Mornay pendant trois ans, avant de mettre un terme à sa relation avec lui de façon brutale pour préserver sa réputation : « Je ne veux plus te voir ici ou même ailleurs pendant une année, et puis nous nous reverrons comme des vieux amis, mais la porte de ma chambre te sera à jamais fermée. » Il restera de cette liaison une peinture réalisée par Mornay lui-même, et la représentant en déesse grecque, le sein nu, le regard fixé sur l'horizon, indifférente à son amant, représenté sous les traits de l'Amour tenant sa flèche. Cette toile est conservée dans la salle à manger du château de Villarceaux, dans le Val-d'Oise.

Au service des enfants du roi[modifier | modifier le code]

Madame de Montespan et ses enfants.

En 1669, sur la proposition de Mme d'Heudicourt, elle accepte la charge de gouvernante des enfants illégitimes du roi et de Mme de Montespan, alors qu’elle vient de refuser d'être la dame de compagnie de Marie Françoise de Savoie-Nemours, reine du Portugal. Elle s’installe donc à proximité de la capitale dans un grand hôtel du village de Vaugirard[6], y vit dans la plus grande discrétion et y rencontre pour la première fois le roi qui s’y aventurait pour voir ses enfants.

Celui-ci, qui ressent beaucoup d'affection pour ses enfants adultérins, constate l'attention maternelle dont la veuve Scarron entoure ses petits protégés. Lors de la mort de l'aîné d'entre eux, remarquant le chagrin et les larmes de la gouvernante de ses enfants, il confie à un proche : « Comme elle sait bien aimer, il y aurait du plaisir à être aimé d'elle »[7].

Elle réapparaît à la cour en 1673 lors de la légitimation des bâtards royaux (enfants dont le nom de la mère reste officiellement inconnu).

Madame de Maintenon acquiert en 1674, l'année de la dissolution de la Compagnie française des Indes occidentales, la nouvelle ferme du tabac, un monopole fiscal sur les 2,5 millions de livres produites annuellement à Saint-Domingue, qu'elle revend rapidement à un consortium de financiers mené par le banquier Antoine Crozat, futur entrepreneur de la Louisiane[8].

Madame de Maintenon et deux des enfants de madame de Montespan

Le 27 décembre 1674, elle achète pour 150 000 livres, avec l'argent de sa revente, le château et le titre de Maintenon à Françoise d’Angennes, épouse d'Odet de Riantz marquis de Villeroy, et héritière de Charles François d’Angennes, marquis de Maintenon, qui fut gouverneur de Marie-Galante (le titre qu'avait convoité le père de Françoise) [9] et qui devient l'année suivante l'un des chefs des flibustiers aux Antilles pendant deux ans, avant de pourchasser ces mêmes flibustiers pour le compte du Roi, puis devenir le plus riche planteur de la Martinique, dans le village même où avait habité Françoise, au nord de Saint-Pierre de la Martinique. Les enfants bâtards du roi, d'abord élevés à Vaugirard, le sont ensuite aussi dans le château de Maintenon. L'un d'eux accompagnera en 1691 Cavelier de la Salle dans l'expédition de trois navires en Louisiane, qui se terminera par un fiasco.

Les traces écrites de sa véritable relation avec le roi la font remonter à 1675, même s'ils se sont rencontrés dès 1669. D’ailleurs, Louis XIV écrivit dans son journal « il y a quelques jours, un gentilhomme de gris vêtu, peut-être un prince errant incognito, entreprit durant la nuit une nymphe égarée dans le parc de Saint-Germain. Il savoit le nom de cette nymphe, qu’elle étoit belle, bonne, pleine d’esprit mais sage. La nymphe cependant se laissa faire et ne lui refusa aucune faveur. Cette nymphe ressemblait à s’y méprendre à Mme Sc. ; et je crois deviner qui étoit le prince vêtu de gris. Ce prince est comme moi, il déteste les femmes légères, il honnit les prudes, il aime les sages. » Sa faveur commença à se déclarer lorsque, en 1675, le roi la nomma « Madame de Maintenon[10] ».

Par la suite, elle se rendit à Barèges pour soigner le duc du Maine, franchissant le col du Tourmalet en 1675. Dès lors, tout s'accéléra, sa faveur grandit, Louis XIV lui conféra en 1680 la charge de « dame d’atours » de la dauphine Marie-Anne de Bavière, et elle forma aussitôt avec le roi le vrai couple parental des bâtards, dont l'aîné, le duc du Maine, faisait les délices d'après les chroniques.

Le mariage secret[modifier | modifier le code]

Louis XIV par Mignard (avant 1695).

La disgrâce progressive de Madame de Montespan, compromise dans l’affaire des poisons, la mort en couches de Mademoiselle de Fontanges, dernière favorite du roi, puis, le 30 juillet 1683, celle de la reine Marie-Thérèse d'Autriche mettent fin au cas de conscience qui se posait à Mme de Maintenon concernant sa relation avec Louis XIV et lui permettent de prendre un ascendant grandissant sur le roi. Celui-ci, éternel amoureux, a besoin d'une femme, mais sa « conversion » l'incite à fuir le péché de la chair. Ne voyant pas d'utilité en une union politique avec l'infante Isabelle du Portugal ou la princesse Anne-Marie-Louise de Toscane, pourtant citées comme favorites pour le trône, le roi penche vite pour un mariage d'inclination avec celle qu'il aime raisonnablement.

Avec le soutien actif de l'Église de France, Françoise d'Aubigné, veuve Scarron, âgée de près de quarante-huit ans, épouse secrètement, dans la nuit du 9 au 10 octobre 1683, le roi de France et de Navarre, « le plus grand roi du monde » selon les dires de Louvois. À la Cour, on sait bien ce qu'il en est : le roi passe une grande partie de son temps dans les appartements de sa femme et, lorsque Madame de Maintenon se déplace en chaise à porteurs, les princesses doivent suivre immédiatement derrière. Ce qui fera dire à Madame de Maintenon : « Mon bonheur est éclatant ».

Son influence sur Louis XIV[modifier | modifier le code]

Mme de Maintenon fait planer sur la cour à la fin du règne de Louis XIV une ère de dévotion et d'austérité. On lui prête une grande influence sur le roi et sur la Cour, notamment concernant la décision ayant conduit à la révocation, en 1685, de l’édit de Nantes, qui provoqua l’exode d'une grande partie des protestants, ou l’incitation au déclenchement de la guerre de Succession d'Espagne en 1701. Les historiens se sont beaucoup interrogés sur le rôle effectif joué par Mme de Maintenon, accusée de tous les maux. En ce qui concerne précisément la révocation de l'édit de Nantes par l'édit de Fontainebleau, l'ensemble des historiens souscrit aujourd'hui à la démonstration résumée par François Bluche dans sa biographie de référence sur le grand roi :

« La marquise de Maintenon se réjouit des conversions, quand elles lui semblent le résultat de la persuasion et de la douceur. Mais elle répugne à la contrainte envers ses anciens coreligionnaires. Seules une polémique outrancière, puis une légende sans fondement pourront faire croire qu'elle ait encouragé le monarque à la dureté. » Si elle pensait que les moyens tels que l’augmentation des charges pouvaient donner quelque chose, elle préférait les voies de la persuasion : « Quant aux autres conversions, ajoutait-elle, vous n’en sauriez trop faire. » Ces autres conversions étaient les conversions volontaires[11].

Pour sa défense, elle avança ceci à Mme de Frontenac : « Ruvigny est intraitable. Il a dit au roi que j'étais née calviniste[12], et que je l'avais été jusqu'à mon entrée à la cour. Ceci m’engage à approuver des choses fort opposées à mes sentiments. » Dans une autre lettre : « Ruvigny veut que je sois encore calviniste au fond du cœur. » Ces délations pourraient avoir empêché Mme de Maintenon d’intervenir à sa guise sur le sujet. Si elle avait protégé les protestants, elle aurait confirmé les soupçons qu’on faisait peser sur elle[13]. Or, on sait qu'en 1675, elle avait écrit en faveur des huguenots, suite à des injustices qu'ils avaient subies[14].

Si elle craignait pour elle, cela pourrait expliquer la lettre suivante : « Je crois bien que toutes ces conversions ne sont pas sincères ; mais Dieu se sert de toutes les voies pour ramener à lui les hérétiques. Leurs enfants seront au moins catholiques, si les pères sont hypocrites. Leur réunion extérieure les approche au moins de la vérité. Ils ont des signes communs avec les fidèles. Priez Dieu qu’Il les éclaire tous. Le roi n’a rien tant à cœur. »[15] Néanmoins, une lettre écrite vers 1680 à Mme de Saint-Géran est instructive : « Il pense sérieusement à la conversion des hérétiques, et dans peu on y travaillera de tout bon. »[16] Mais, il semble bien que les conditions effroyables des conversions lors des dragonnades étaient ignorées même du roi. Louvois portait la responsabilité dans cette affaire.

De fait, la révocation de l'édit de Nantes n'était que la dernière phase d'un processus de normalisation religieuse que le roi avait commencé quelques années plus tôt avec les dragonnades et les missionnaires chargés de convertir les protestants de gré ou de force.

Il est sûr que son statut ambigu (elle était une simple mondaine en public, reine en privé, mais aussi collaboratrice, belle-mère et belle grand-mère) fut source pour elle d'une grande tension psychologique. Peu aimée de la famille royale, elle le fut encore moins des courtisans et du peuple qui lui prêtaient un pouvoir disproportionné et voyaient en elle le « mauvais génie » de Louis XIV. Nous pouvons donc dire que ce pouvoir n'était pas si important que cela. Certes elle était écoutée du roi qui lui demandait même volontiers ses conseils, mais ceux-ci étaient rarement appliqués ou alors en partie. Nous savons aussi que le roi n'était pas toujours tendre avec elle, lui assénant parfois des répliques cassantes sur ses origines ou sur son tempérament.[réf. nécessaire] On sait aussi aujourd'hui que la marquise ne cherchait pas forcément à avoir de l'influence sur le roi, elle s'était toujours dite novice en politique. [réf. nécessaire]

En revanche, on peut dire que le pouvoir de la Marquise dans la famille royale était, lui, beaucoup plus important. Le Roi lui faisait confiance et lui confiait souvent des missions de remontrances envers certaines princesses des querelles de qui il était las (ce qui était logique puisqu'elle les avait élevées. Car celles qui montraient le plus d'orgueil étaient les princesses légitimées, bâtardes du roi et de Mme de Montespan). À défaut d'être aimée, elle fut crainte par tous les membres de la famille royale. Nous savons aussi en revanche que le Roi lui faisait grande confiance en ce qui le concernait et ainsi on ne peut nier que la dévotion qui s'empara de lui et de la cour à partir de la fin du XVIIe s fut due à l'influence de la Marquise. Ainsi donc, elle n'eut aucune influence sur le plan politique, contrairement à ce que l'on dit, mais une influence et un pouvoir important sur le caractère du roi et la condition de la cour durant toute la fin du règne, ce qui est loin d'être insignifiant et sans importance.[réf. nécessaire]

La duchesse d'Orléans regretta l'esprit de bigoterie qui s'était emparé de la cour de Versailles et elle regrettait le temps où on se divertissait plus que sous "le règne de madame de Maintenon"[17].

Dernières années[modifier | modifier le code]

Françoise d'Aubigné, gravure romantique.

En 1715, trois jours avant la mort du roi, Madame de Maintenon se retire à Saint-Cyr dans la Maison royale de Saint-Louis, maison d'éducation pour jeunes filles nobles et désargentées fondée en 1686, où elle reçoit la visite du tsar Pierre le Grand (qui était « venu voir tout ce qui en valait la peine en France »). Elle y meurt le 15 avril 1719.

En 1793, la Maison royale devint un hôpital militaire pour finalement accueillir, de 1808 à 1940, l’École spéciale militaire de Saint-Cyr et, depuis les années 1960, le lycée militaire de Saint-Cyr.

Enterrement et destin posthume[modifier | modifier le code]

Enterrement[modifier | modifier le code]

« Le dix-septième jour du mois d'avril mille sept cent dix-neuf, a été inhumée en un cercueil de plomb, et dans un caveau construit au milieu du chœur de cette église, la très haute et très puissante dame madame Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon, institutrice de cette royale maison de Saint-Louis, et y jouissant de tous les honneurs et privilèges des fondateurs[18]. »

Madame de Maintenon est d'abord enterrée dans l'allée centrale de la chapelle de la Maison Royale de Saint-Louis, maison où elle finit sa vie, où elle dit en y venant pour la première fois : « Ce qui me fait plaisir, c'est que je vois ici ma retraite et mon tombeau ». Sur la dalle de marbre noir, on pouvait lire cette longue épitaphe composée par l'abbé René Aubert de Vertot :

« Ci-gît. Très-haute et très-puissante dame
Madame Françoise d'Aubigné, Marquise de Maintenon,
Femme illustre, femme vraiment chrétienne;
Cette femme forte que le Sage chercha vainement dans son siècle,
Et qu'il nous eût proposé pour modèle
S'il eût vécu dans le nôtre.
Sa naissance fut très noble.
On loua de bonne heure son esprit, plus encore sa vertu.
La sagesse, la douceur et la modestie
Formaient son caractère, qui ne se démentit jamais.
Toujours égale dans les différentes situations de la vie;
Mêmes principes, mêmes règles, mêmes vertus.
Fidèle dans les exercices de piété,
Tranquille au milieu des agitations de la Cour
Simple dans la Grandeur,
Pauvre dans le centre des richesses,
Humble au comble des honneurs,
Révérée de Louis le Grand,
Environnée de sa Gloire,
Autorisée par la plus intime confiance,
Dépositaire de ses grâces;
Qui n'a jamais fait usage de son pouvoir
Que par sa bonté.
Une autre Esther dans la faveur, Une seconde Judith dans la retraite et l'oraison;
La mère des pauvres,
L'asile toujours sûr des malheureux.
Une vie si illustre a été terminée par une mort sainte
Et précieuse devant Dieu.
Son corps est resté dans cette maison,
Dont elle avait procuré l'établissement.
Elle a laissé à l'Univers l'exemple de ses vertus.
Décédée le 15 avril 1719; née le 28 novembre 1635[18]. »

Sa nièce, Françoise Charlotte Amable d'Aubigné, future duchesse de Noailles, hérita du château de Maintenon, ainsi que de sa fortune[19].

Pendant la Révolution[modifier | modifier le code]

En 1794 — la Maison royale devenue un hôpital militaire — divers travaux sont effectués dans l'église désaffectée pour la partager en deux étages. Au cours de ces travaux, les ouvriers trouvent une dalle noire sur laquelle on lit : « La tombe de Madame de Maintenon, favorite d'un Roi ». Il est pourtant difficile de savoir comment cette dalle a pu prendre la place de l'autre. Toujours est-il que les ouvriers brisent la dalle, pénètrent dans le caveau, défoncent le cercueil de chêne et ouvrent le cercueil de plomb pour en arracher « le corps de l'illustre fondatrice de Saint-Cyr ». Selon un témoin oculaire, ils trouvent le corps parfaitement conservé, preuve que les embaumeurs ont accompli un travail délicat. « Ce jour-là, elle fut traitée en reine », écrit un de ses biographes, cité dans L'Allée du Roi.

La dépouille est alors traînée dehors et offerte aux insultes de la foule. Sans source sûre mais seule celle-ci existant, un jeune officier, à la faveur de la nuit, réussit à soustraire le corps à ces outrages et enterre « dans la sombre allée d'un jardin, les restes tout dépouillés, mais reconnaissables encore de Madame de Maintenon ».

Au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1802, le directeur du Prytanée, nommé Crouzet, « ayant été averti (les textes ne disent ni comment ni par qui) de l'endroit de cette sépulture, fit exhumer le cadavre pour le placer dans l'ancienne Cour Verte », actuellement Cour Louis XIV, et cela sans cercueil, mais en jetant simplement les os à même la terre. Sur l'une des faces du tombeau se trouve cette inscription :

« Les Élèves du Collège de Saint-Cyr à Madame de Maintenon
Elle fonda Saint-Cyr, édifia la France ;
Son tombeau fut détruit, ses restes outragés ;
La jeunesse en gémit, et la reconnaissance
Élève une autre tombe à ses mânes vengés
Collache, Élève[18] »

En 1805, le général Dutheil, commandant le Prytanée, ordonne la destruction du tombeau de « la fanatique qui avait fait révoquer l'édit de Nantes »[18]. Les restes sont alors placés dans un « coffre d'emballage » et relégués dans le débarras de l'économat, à l'emplacement de l'actuelle salle 06J. Pendant trente ans, le coffre est oublié, sauf par ceux qui dérobent quelques ossements en guise de relique.

En 1836, le colonel Baraguey d'Hilliers, commandant l'École royale militaire, rassemble le contenu de ce coffre et divers objets retrouvés dans le premier tombeau pour les faire déposer dans un mausolée de marbre noir placé dans un renfoncement du chœur de la chapelle, sans doute à l'emplacement actuel de la statue polychrome de Saint-Louis. Sur le monument, ces mots : « Ci-gît madame de Maintenon, 1635-1719 »[18].

En 1890, des travaux ont lieu dans le sous-sol de la chapelle. Le premier tombeau est comblé et les premiers cercueils, en chêne et en plomb sont détruits, mais l'aumônier en recueille quelques fragments. En 1895, le général de Monard ordonne que ce premier tombeau soit restauré et il fait placer dessus une dalle : « Ici a reposé de 1719 à 1794 le corps de Madame de Maintenon, Fondatrice de la Maison de Saint-Cyr »[18]. Dans le même moment, les débris des premiers cercueils sont joints aux restes contenus dans le mausolée de 1836. À cette occasion, un inventaire détaillé est fait en présence de diverses personnes dont Eugène Titeux. Les médecins de l'École identifient les restes comme ceux « d'une personne très âgée, du sexe féminin ». Titeux déduit de tout cela, peut-être hâtivement, qu'il s'agit des restes de Madame de Maintenon. Le tout — restes et débris des cercueils — est placé dans le mausolée, le 18 juin 1895.

La dernière sépulture[modifier | modifier le code]

L'établissement occupé par les troupes allemandes est détruit par les bombardements en 1944. C’est pendant des travaux de reconstruction qu’on découvre, dans les greniers de Saint-Cyr, une caisse marquée « ossements de Madame de Maintenon ».

Ces restes, d'abord placés dans la chapelle royale du château de Versailles, sont enterrés depuis le 15 avril 1969 devant l'autel de la chapelle restaurée du nouveau collège militaire de Saint-Cyr, alors que toutes les dépouilles des Rois de France ont été dispersées à la Révolution. Sur la dalle en forme de croix, tous peuvent aujourd'hui lire : « Françoise d'Aubigné, Marquise de Maintenon, 1635-1719 ». Plusieurs personnes participent à cette cérémonie : le colonel Loyer, chef de corps du collège, monsieur Raimbault, directeur des Études, le lieutenant-colonel Gentilleau, commandant en Second, monsieur Prince, Censeur, monsieur Gérald Van der Kemp, conservateur du château de Versailles, monsieur Sainsaulier, architecte en chef des bâtiments civils et des Palais Nationaux, les commandants des six compagnies, un élève par compagnie, l'adjudant-chef Chêne, président des sous-officiers, et le père Rey, aumônier du collège, ainsi que le président de l'amicale des professeurs.

Autre épitaphe[modifier | modifier le code]

À noter qu'il existe dans le château de Maintenon un cénotaphe de Madame de Maintenon comportant le fac-similé de la plaque épitaphe du premier tombeau de Madame de Maintenon à Saint-Cyr.

Postérité[modifier | modifier le code]

  • Honoré de Balzac en a fait un de ses archétypes féminin de La Comédie humaine : « Mais ne serait-ce pas une Maintenon aidée par un confesseur, ou plutôt une femme ambitieuse qui voulait gouverner son mari[20]? », « Il vint un moment où Joséphine se trouva devant Balthazar comme madame de Maintenon en présence de Louis XIV; mais sans avoir ni les pompes du pouvoir, ni les ruses d'une cour qui savait jouer des comédies[21] »

Bibliographie sélective[modifier | modifier le code]

Œuvres en ligne[modifier | modifier le code]

Biographies et romans[modifier | modifier le code]

  • Arthur Conan Doyle, Les Réfugiés, trad. fr. 1909. Roman sur Mme de Maintenon, son mariage avec Louis XIV, et la révocation de l'Édit de Nantes. Disponible sur Wikisource.
  • Marguerite Teilhard-Chambon, Madame Louis XIV, Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon, 1938, Édition la Bonne Presse
  • Christine Mongenot et Marie-Emmanuelle Plagnol-Diéval (dir.), Madame de Maintenon, une femme de lettres ?, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2012, ISBN 978-2-7535-2100-1
  • Christine Mongenot, « De Mme de Maintenon aux auteurs de théâtres d’éducation : avatars ou mutations de la ‘conversation pédagogique’", dans Femmes éducatrices au siècle des Lumières : discours et pratiques, Presses Universitaires de Rennes, 2007, pp. 253-271.
  • Christine Mongenot, Images et exempla : les vertus de l’illustration dans la pédagogie du premier Saint-Cyr (1686-1719), in La pédagogie par l’image aux temps de l’imprimé du XVIe au XXe siècle, A. Renonciat (dir.), CNDP, coll. « Patrimoine », 2011.
  • Lettres de Madame de Maintenon, édition intégrale et critique, Paris, Honoré Champion, 2009-2013, préface de Marc Fumaroli de l'Académie française, publiée par Hans Bots, Eugénie Bots-Estourgie, Marcel Loyau, avant-propos de Françoise Chandernagor de l’Académie Goncourt, Christine Mongenot, Jan Schillings, Catherine Fabre. Six volumes de lettres de 1650 à 1719, et un septième volume comprenant les lettres non-datées, les incipits, la liste des correspondants, l’index des personnes et des thèmes.
  • Pierre-Eugène Leroy et Marcel Loyau, L'estime et la tendresse, correspondance de Mmes de Maintenon, Caylus et Dangeau, préface de Marc Fumaroli de l’Académie française, Paris, Albin Michel, 1998.
  • Pierre-Eugène Leroy et Marcel Loyau, Comment la sagesse vient aux filles. Propos d’éducation de Mme de Maintenon, Paris, éd. Bartillat, 1998.
  • Marcel Loyau, 1709, une année tragique, correspondance de Mme de Maintenon, princesse des Ursins, Paris, Mercure de France, 2002.
  • Philippe Cougrand, Madame, Monsieur ou l'Impromptu de Saint-Cloud, Théâtre, Pleine Page Éditeur, 2008, ISBN 978-2-913406-85-8
  • Éric Le Nabour, La Marquise de Maintenon, l'épouse secrète de Louis XIV, Paris, Pygmalion, 2007, ISBN 978-2-85704-893-0.
  • Jean-Paul Desprat, Madame de Maintenon, le prix de la réputation, Paris, Éditions Perrin, 2003, ISBN 978-2-262-01754-5.
  • Éric Le Nabour, La Porteuse d'ombre. Madame de Maintenon et le Roi Soleil, Paris, Tallandier, collection « Raconter l'histoire », 1999, ISBN 2-235-02242-1.
  • Alain Niderst, Autour de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon : actes des Journées de Niort, 23-25 mai 1996, Paris, H. Champion, 1999.
  • Simone Bertière, Les Femmes du Roi-Soleil, Paris, Éditions de Fallois, 1998, ISBN 2-253-14712-5.
  • André Castelot, Madame de Maintenon, La reine secrète, Paris, Éditions Perrin, 1996, ISBN 2-262-01249-0.
  • Françoise Chandernagor, L’Allée du roi : souvenirs de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, épouse du Roi de France, Paris, Julliard, 1995, ISBN 2-266-06787-7.
  • André Lambert, La reine sans couronne : Françoise de Maintenon, l'épouse secrète de Louis XIV, Paris, Del Duca, 1962, ISBN 2-86647-008-7.
  • Louis Mermaz, Madame de Maintenon - Livre de poche.
  • Anne-Marie Desplat-Duc, Les Colombes du Roi-Soleil, Flammarion, fiction junior en plusieurs tomes dont le premier décrit très librement la vie à Saint-Cyr.
  • Antonia Fraser, Les Femmes dans la vie de Louis XIV, Flammarion, 2007.

Dans les arts[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Avant-propos de Françoise Chandernagor, L'allée du roi.
  2. http://books.google.fr/books?id=zuwWAAAAYAAJ&pg=PA307&dq=scarron+martinique&ei=kfrfSKrwE5bQzASsqIChAg#PPA306,M1.
  3. a et b http://books.google.fr/books?id=Oroj200EhvcC&pg=RA1-PA266&dq=%22fran%C3%A7oise+d%27aubign%C3%A9%22+biographie&ei=qKcVSYzqJ4jcygTl--z3BA#PRA1-PA267,M1.
  4. http://books.google.fr/books?id=zuwWAAAAYAAJ&pg=PA307&dq=scarron+martinique&ei=kfrfSKrwE5bQzASsqIChAg#PPA307,M1.
  5. http://www.jesuismort.com/biographie_celebrite_chercher/biographie-madame_de_maintenon-3128.php.
  6. D'après Françoise Chandernagor, « Maintenon » dans François Bluche (dir.), Dictionnaire du Grand Siècle, Paris, Fayard, 1990, p. 937.
  7. Les Souvenirs de Mme de Caylus (nièce de Mme de Maintenon), Amsterdam, Jean Robert, 1770, p. 32.
  8. http://books.google.fr/books?id=cpd5igMpvzgC&pg=PA284&dq=%22Maintenon%22+tobacco&ei=wK7TSLTYCILoyAT3ounpAw&sig=ACfU3U3v3AEFcjIuSazQtCmaO8_Iwt_SaQ#PPA284,M1.
  9. http://www.gmarchal.net/HTML%20PAGE%20DE%20GILLES/aubignette-2.htm.
  10. Après un quart d'heure humiliant que lui infligea Madame de Montespan à propos de son mariage avec Monsieur Scarron, le roi lui dit, peu de temps après cette dispute et en public : « Je vous sais un gré infini de toutes les choses que vous faites pour mon service, Madame de Maintenon. », et d'une seule phrase, il balaya ainsi le vieux poète Scarron dont Françoise d'Aubigné disait elle-même : « Ce passé malheureux qui collait à ma peau. »[réf. nécessaire].
  11. Lettres de Madame de Maintenon, Mr L.S. AUGER, Seconde édition, Tome premier, Paris 1815, pp. 141-142.
  12. Son ancêtre Agrippa d'Aubigné était bien calviniste.
  13. Opus cité, Mr L.S. AUGER, pp. 139-141.
  14. Les dragonnades sous Louis XIV, par A. Bonnemère, Paris 1869.
  15. Op. cité, A. Bonnemère.
  16. Madame de Maintenon, Gustave Héquet, Paris 1853.
  17. Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans, Princesse Palatine.
  18. a, b, c, d, e et f http://pagesperso-orange.fr/coldo/CHistorique.htm.
  19. https://en.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7oise_Charlotte_d'Aubign%C3%A9.
  20. Physiologie du mariage, édition Charles Furne|Furne, 1845, vol.16, p.491.
  21. La Recherche de l'absolu, Furne, 1845, vol.14, p.374.
  22. Allusion dans la Correspondance générale de Madame de Maintenon, lettre LXII du 6 février 1675 (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206443s/f302.image) ; récit plaisant dans F.Chadernagor, L'Allée du Roi, Chapitre 11.

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