Antoine Destutt de Tracy

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Antoine Destutt de Tracy

alt=Description de l'image Destutt de Tracy.jpg.
Nom de naissance Antoine-Louis-Charles-Claude Destutt, comte de Tracy
Activités philosophe, homme politique
Naissance 20 juillet 1754
Paris, France
Décès 9 mars 1836 (81 ans)
Paris
Langue d'écriture français
Mouvement idéologues
Distinctions comte d’Empire, Académie française

Antoine Destutt de Tracy (ou de Stutt de Tracy), marquis de Tracy[1] (17541836) est un général de la révolution française,philosophe et homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales[modifier | modifier le code]

Issu de la famille de Stutt, famille noble originaire d’Écosse[2], il était le fils de Claude-Louis-Charles Destutt, marquis de Tracy, militaire de carrière mort en 1766 des suites de blessures reçues à la bataille de Minden.

Sous la Révolution[modifier | modifier le code]

Colonel du régiment de Penthièvre, Destutt de Tracy est élu député de Moulins aux États généraux par la noblesse du Bourbonnais. Un des premiers de son ordre à se rallier au tiers état, un des plus enthousiastes lors de la nuit du 4 août 1789, il se consacre aux sciences avec son ami Pierre-Jean-Georges Cabanis après la dissolution de l'Assemblée constituante. Nommé maréchal de camp par La Fayette en 1792, il retourne à la vie civile après le 10 août 1792, son chef ayant émigré. Il est arrêté comme suspect, le 2 novembre 1793 et, durant ses onze mois de prison, s'initie à la philosophie sensualiste de Locke et de Condillac, mettant au point sa propre doctrine. Il recouvre la liberté à la chute de Robespierre.

Sous le Directoire[modifier | modifier le code]

Buste de Destutt de Tracy par le sculpteur David d'Angers (1837), exposé dans la Galerie David d'Angers, Angers

.

Il écrit des Mémoires sur la faculté de penser et Quels sont les moyens de fonder la morale chez un peuple. Il refuse le commandement de l'armée d'Orient et est nommé membre du Conseil d'instruction publique en 1799. Il défend la définition de l'« idéologie » comme étude de la pensée, étymologiquement « science des idées », refusant le mot « psychologie », qui fait trop explicitement référence à la notion d'âme[3].

Sous le Consulat et le Premier Empire[modifier | modifier le code]

Après le 18 brumaire, auquel ses amis de la société d'Auteuil, dont Sieyès était alors le chef, avaient si puissamment contribué, il est nommé l'un des trente premiers sénateurs. Il publie en 1800 des Observations sur le système actuel d'instruction publique. Au Sénat conservateur, il est le chef des « idéologues » méprisés par Napoléon Ier, qui le fait quand même comte d'Empire. Outre Destutt de Tracy et Cabanis, la Société des idéologues compte parmi ses membres le comte de Volney et Dominique Joseph Garat. Destutt de Tracy forge le terme idéologie, qu'il conçoit comme la « science des idées ». Son œuvre a une influence réelle sur les philosophes et économistes du XIXe siècle, notamment Thomas Brown, John Stuart Mill, Herbert Spencer, Taine et Théodule Ribot.

Louis XVIII l'appela à la Chambre des pairs en 1814[4].

Il est élu membre de l'Académie française en 1808 et de l'Académie des sciences morales et politiques en 1832.

Il influencera Stendhal et Karl Marx.

Son fils Victor Destutt de Tracy a été parlementaire et ministre de la Marine. Sa fille a épousé Georges Washington de La Fayette en 1802.

Idéologie[modifier | modifier le code]

Idéologue moderne, il a été très lu à son époque. Il veut révolutionner les sciences sociales, c’est-à-dire fournir pour les nouveaux établissements scolaires le livre de base ("Eléments d'idéologie"). Il veut avant tout bâtir des connaissances, fonder la formation sur le rationnel. Il veut tout rationaliser. Il se situe dans la ligne de Condillac. Pour lui tout est fondé sur les sens (sensations): il faut isoler un seul sens. Il imagine la théorie de la statue. Supposons un être humain qui, dès sa naissance, a été mis dans du plâtre. Il se développe sans rien voir du monde. Il n’a aucune sensation. Si on lui fait sentir une fleur, il va l'imaginer. Son idée, c’est que nos constructions intellectuelles, nos doctrines viennent de nos sensations. 3 parties dans cette œuvre : 1) idéologie (mobilisation des sensations), 2) grammaire (facultés intellectuelles) 3) logique (buts poursuivis), c'est-à-dire reconstructions des connaissances. Au-delà de l’audace de la méthode, il arrive à des conclusions prudentes. Pas de grandes remises en cause. Notons qu’il perçoit un rapport entre les langues et la structure de la pensée d’une société, d’une nation. Les comparaisons entre les langues permettent d’entrevoir les différences entre les sociétés. Sa pensée, qui n'est pas réflexive et beaucoup moins génétique que celle de Condillac, est un modèle de "matérialisme psychologique" très attentif aux dérives de la métaphysique et aux délires de l'inconscient [5]. Il défend également la physiocratie : concurrence, libre-échange, exaltation de l’agriculture ; mais il défend aussi l’idée du malthusianisme avant l’heure. C’est un homme de son temps. Néanmoins, Napoléon bouleversera tout cela en mettant en place les lycées, universités, grandes écoles…

Publications[modifier | modifier le code]

  • M. de Tracy à M. Burke (1785-95). Texte en ligne
  • Quels sont les moyens de fonder la morale chez un peuple (1797-98). Texte en ligne
  • Analyse de l'Origine de tous les cultes, par le citoyen Dupuis, et de l'abrégé qu'il a donné de cet ouvrage (1799 ; 1804). Texte en ligne : [1]
  • Projet d'éléments d'idéologie à l'usage des écoles centrales de la République française (1800). Texte en ligne : [2]
  • Observations sur le système actuel d'instruction publique (1800).
  • Principes logiques, ou Recueil de faits relatifs à l'intelligence humaine (1817). Texte en ligne : [3]
  • Traité de la volonté et de ses effets (1818). Réédition : Slatkine, Genève, 1984. Texte en ligne : [4]
  • Commentaire sur l'Esprit des lois de Montesquieu, par M. le Cte Destutt de Tracy, suivi d'observations inédites de Condorcet sur le 29e livre du même ouvrage, et d'un mémoire sur cette question : quels sont les moyens de fonder la morale d'un peuple, écrit et publié par l'auteur du commentaire de l'Esprit des lois en 1798 (1819). Réédition : Fayard, Paris, 1994. Texte en ligne : [5]
  • Traité d'économie politique (1822). Texte en ligne : [6]
  • Élémens d'idéologie (4 volumes, 1825-27). En 4 parties publiées précédemment en 3 volumes séparés : I. Idéologie proprement dite ; II. Grammaire ; III-IV. De la logique. Texte en ligne : [7], [8] et [9]
  • Mémoire sur la faculté de penser ; De la métaphysique de Kant et autres textes, Fayard, Paris, 1992.
  • Lettres à Joseph Rey : 1804-1814, Droz, Genève ; Champion, Paris, 2003.
  • De l'amour. Publié pour la première fois en français avec une introduction sur Stendhal et Destutt de Tracy, par Gilbert Chinard (1926). Réédition : J. Vrin, Paris, 2006.

Titres[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
Orn ext comte sénateur de l'Empire ComLH.svg
Blason Antoine Destutt de Tracy (1754-1836).svg
Armes du comte Destutt-Tracy et de l'Empire

Quartier de sénateur ; aux deuxième et troisième d'or au cœur de gueules ; au quatrième palé d'or et de sable de six pièces.[8],[9],[10]

Orn ext Marquis (comte-pair) ComLH.svg
Blason fam fr Destutt de Tracy.svg
Armes du comte Destutt de Tracy, comte-pair héréditaire

Écartelé, au 1 et 4 palé de sable et d’or de six pièces (Tracy) ; au 2 et 3 d’or au cœur de gueules.[4],[11],[12],[9]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Arnaud Bunel, « Armorial des rues de Paris », IIème Arrondissement, sur www.heraldique-europeenne.org (consulté le 28 juillet 2011)
  2. Généalogie de la maison de Stutt, marquis de Solminiac, comtes d’Assay, marquis de Tracy, d’après les éléments recueillis par le marquis de La Guère, 1885
  3. http://www.bium.univ-paris5.fr/histmed/medica/psycho.htm
  4. a, b et c Destutt de Tracy (June 4, 1814; C, Aug 31 1817; LP 3 Aug 1824) Ext. 1850. Antonin-Louis-Claude Destutt de Tracy (1754-1836). Name and arms assumed by grandson Jacques de Staal de Magnoncour, decree 14 June 1861; title of marquis confimed for same 25 Feb 1872 écartelé, au 1 et 4 palé de sable et d’or de six pièces, au 2 et 3 d’or au cœur de gueules
    Source 
    (en) « Armory of the French Hereditary Peerage (1814-30) », sur www.heraldica.org (consulté le 17 juin 2011)
  5. André CANIVEZ, « IDÉOLOGUES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 décembre 2012. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/ideologues/
  6. « roglo.eu », Claude Louis Charles Destutt de Tracy (consulté le 8 juillet 2011)
  7. « Notice no LH/761/40 », base Léonore, ministère français de la Culture
  8. a et b « BB/29/974 page 31. », Titre de comte accordé à Antoine, Louis, Claude Destutt-Tracy. Bayonne (26 avril 1808)., sur chan.archivesnationales.culture.gouv.fr, Centre historique des Archives nationales (France) (consulté le 4 juin 2011)
  9. a et b Alcide Georgel, Armorial de l'Empire français : L'Institut, L'Université, Les Écoles publiques,‎ 1870 (lire en ligne)
  10. Nicolas Roret, Nouveau manuel complet du blason ou code héraldique, archéologique et historique : avec un armorial de l'Empire, une généalogie de la dynastie impériale des Bonaparte jusqu'à nos jours, etc..., Encyclopédie Roret,‎ 1854, 340 p. (lire en ligne)
  11. Jean-Baptiste Rietstap, Armorial général, t. (tome 1 et 2), Gouda, G.B. van Goor zonen,‎ 1884-1887
  12. Source : www.heraldique-europeenne.org

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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