Saint-Amand Bazard

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Saint-Amand Bazard

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait de Saint-Amand Bazard

Alias
Armand
Naissance 18 septembre 1791
Paris
Décès 29 juillet 1832 (à 40 ans)
Courtry
Nationalité Française
Profession
commis d'administration
Activité principale
Saint-Simonien
Autres activités
Garde National, Militant Politique, Journaliste, Philosophe
Formation
Autodidacte
Conjoint
Famille

Saint-Amand Bazard (1791-1832), dit aussi Armand Bazard, est l'un des fondateurs et dirigeants de la Charbonnerie française[1], il devient ensuite porte-parole et l'un des deux « Père », avec Enfantin, du mouvement saint-simonien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance et origine[modifier | modifier le code]

Saint-Amand Bazard n'a pas de parents connus, mais au moins une sœur, Palmyre Bazard[2]. Enfant adultérin, il a été abandonné sans ressources à l'âge de 16 ans[3].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

En 1813, à 22 ans, Saint-Amand se marie avec Claire Joubert. Claire, et son frère Nicolas, sont les enfants de Pierre-Mathieu Joubert, conventionnel membre de l'Assemblée constituante de 1789[4], Évêque constitutionnel, qui, en 1792, a renoncé à toute fonction ecclésiastique et s'est marié le 21 septembre 1793. Ce beau-père, ancien curé, occupe différentes fonctions publiques : président de l'administration du département de la Seine, Préfet de la préfecture du Nord, à Lille, du 3 mars 1800 au 23 janvier 1801, administrateur général de l'octroi de la Seine et conseiller du département de la Seine jusqu'à son décès le 26 avril 1815. Claire et Saint-Amand auront quatre[5] enfants : Claire née à Paris le 19 septembre 1813, mariée à Saint-Chéron le 25 octobre 1831, premier mariage célébré par les saint-simoniens[6], Albert né vers 1815, Laure, née le 22 avril 1821, et Zaire.

Le 30 mars 1814, au cours des combats de la bataille de Paris Saint-Amand Bazard se distingue, chaussée de Vincennes, en reprenant les canons de l'École polytechnique[7]. Récompensé pour ce fait de bravoure, il est nommé capitaine de la garde nationale et décoré de la croix d'honneur.

Saint-Amand Bazard obtient un emploi de commis à la division de l'octroi de la préfecture de la Seine.

Sociétés secrètes et activisme anti-Bourbon[modifier | modifier le code]

Saint-Amand Bazard, avec ses amis Philippe Buchez, Pierre Dugied et Nicolas Joubert[8], fonde ou participe à divers groupes rassemblant des étudiants, des jeunes gens du commerce et des collègues commis d'administration à l'octroi. Il devient le Vénérable de la loge des Amis de la Vérité, loge maçonnique au fonctionnement ressemblant plutôt à un club républicain, l'objectif étant de débattre et agir, pour renverser les Bourbons, sans s'embarrasser de pratiques considérées comme désuètes. En 1820 il est capitaine de la Compagnie franche des écoles et participe au Bazard français, dont l'échec provoque la fuite vers l'Italie de Philippe Buchez et Nicolas Joubert.

Le 1er mai 1821, toujours avec les anciens de la loge, Philippe Buchez, Pierre Dugied et Nicolas Joubert, et quelques autres, Bazard fonde une Charbonnerie française, en s'inspirant de la Carbonaria italienne, dont les statuts ont été rapportés d'Italie par Buchez et Joubert. Le groupe traduit le texte et le réécrit en l'expurgeant du religieux et du mystique de l'original Napolitain. La direction de la Charbonnerie française est confiée dans un premier temps à Saint-Amand Bazard puis, pour intensifier son influence, à des personnalités. C'est La Fayette qui occupe cette fonction lors de la conspiration avortée de Belfort. Bazard réussit à s'enfuir. Sur la route du retour vers Paris, il rencontre La Fayette, qui avait pris du retard, et lui évite ainsi d'être compromis. Les conspirateurs ayant été infiltrés et certains, comme Philippe Buchez, arrêtés, Bazard est poursuivi et jugé par contumace à la peine de mort. Il entre en clandestinité, mais continuera à publier des articles de manière anonyme.

Collaborateur puis Père Saint-Simonien[modifier | modifier le code]

Saint-Amand Bazard sort de l'ombre en signant de son nom un article dans le numéro du 27 novembre 1825 du journal saint-simonien le Producteur, il y participe à la polémique entre les rédacteurs et Benjamin Constant. Son autorité et son sérieux le feront devenir de plus en plus influent, les membres l'écoutent et apprécient ses idées; sa froideur contraste avec le charisme d'Enfantin. Bazard expose la doctrine de Saint-Simon, notamment dans des réunions où ses qualités d'orateur sont efficaces pour la diffusion des idées et le recrutement de nouveaux adeptes. L'organisation se structure, avec la mise en place d'une stricte hiérarchie. Son emprise sur l'organisation se concrétise en 1828 lorsqu'il devient porte-parole du mouvement. Néanmoins il perd cet avantage, lorsqu'en fin d'année une orientation résolument religieuse du mouvement se dessine sous l'impulsion d'Enfantin. Bazard est réticent, mais il n'a pas les moyens pour s'opposer à la volonté d'Enfantin. Les membres ne les départagent pas et une direction duale est créée. Ils sont nommés cochefs de la Religion Saint-Simonienne[9]. Le jour de Noël 1829, Bazard et Enfantin reçoivent d'Olinde Rodrigues le titre de « Pères suprêmes ». Cette orientation provoque un premier départ; Buchez quitte les saint-simoniens.

En 1830, lors de la Révolution de Juillet Saint-Amand Bazard est missionné pour aller demander une dictature provisoire à La Fayette afin de faire passer les réformes économiques Saint-Simoniennes. Son refus ne tarit pas les ressources des Saint-Simoniens qui voient arriver de nouveaux adeptes. Le rachat du journal Le Globe, en septembre 1830 permet d'accroître la propagande; le nouveau Le Globe, paru le 18 janvier 1831, a comme sous-titre Journal de la doctrine de Saint-Simon. Un nouveau tournant a lieu à l'approche de l'été. En août le sous-titre du Globe devient Journal de la religion saint-simonienne. Le religieux et le mystique dominent, la lutte est ouverte entre Bazard et Enfantin. Ce dernier devient le seul Père Suprême [10].

Depuis l'origine les deux leaders sont en confrontation. Les premières années, l'autorité était plutôt du côté de Saint-Amand Bazard avec des mots d'ordre comme l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme paru dans l’Exposition de la doctrine, ouvrage issu des conférences faites par Bazard au nom de tous. L'évolution religieuse a fait glisser l'avantage vers Enfantin. Pour conserver son autorité, Bazard s'est aventuré dans un champ où il est dominé dans le domaine de l'inventivité intellectuelle. La pression exercée par Enfantin est de plus en plus forte, les orientations qu'il met en pratique dans sa maison rue Monsigny, notamment celles concernant le mysticisme sensuel[11], provoquent la rupture.

Décès[modifier | modifier le code]

Saint-Amand Bazard, affaibli par un accident vasculaire cérébral, survenu pendant le psychodrame[12], impliquant son épouse Claire, provoqué par Enfantin, indique publiquement, le 11 novembre 1831, qu'il se retire de la direction du mouvement. Ce schisme provoque le départ de ses partisans, mais il ne réussira pas à les fédérer pour reprendre la main sur les saint-simoniens. Il meurt à Courtry le 29 juillet 1832.

Travaux[modifier | modifier le code]

Textes publiés[modifier | modifier le code]

  • Saint-Amand Bazard, Doctrine de Saint-Simon: exposition : première année, 1829, L. Hauman et Cie., 1831
  • Saint-Amand Bazard, Articles parus dans les journaux saint-simoniens, fonds Enfantin[13].

Lettres[modifier | modifier le code]

  • Saint-Amand Bazard, lettres de, fonds Enfantin[13]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nom donné au carbonarisme en France.
  2. Maria Teresa Bulciolu, p.240 : « Palmyre Bazard Sœur de Saint-Amand Bazard, membre de la Famille saint-simonienne vers 1831 » lire (consulté le 04/10/2009).
  3. Michel Cordillot, Biographies nouvelles, p.45-46 lire (consulté le 04/10/2009).
  4. Député du bailliage d'Angoulême, Liste alphabétique des membres de l'Assemblée constituante de 1789.
  5. Philippe Régnier
  6. Annales de philosophie chrétienne, tome XI, 1835. Le premier avait eu lieu le 11 octobre) entre la fille aînée des Bazard et Alexandre de Saint-Chéron, rédacteur du Globe, journal du mouvement.
  7. Guillaumin, p. 459 lire (consulté le 04/10/2009).
  8. Nicolas Joubert est le frère de sa femme Claire.
  9. Ce sont les autorités policières qui parleront de secte. Au sens de l'époque, moins fort qu'aujourd'hui.
  10. Ralph P. Locke, Malou Haine, Les Saint-Simoniens et la musique, p. 27, lire (consulté le 04/10/2009)
  11. Maria Teresa Bulciolu, p. 321
  12. Jean-Marie Roulin, Corps, littérature, société, p. 95 lire (consulté le 04/10/2009).
  13. a et b Site de la Bibliothèque Nationale française (Bnf), Fonds Enfantin ou fonds saint-simonien de la bibliothèque de l'Arsenal.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • XIXe siècle
    • Guillaumin, Paris révolutionnaire, tome 2, Guillaumin, 1834, lire, texte libre de droit (consulté le 04/10/2009).
    • A.-L. d'Harmonville, Dictionnaire des dates, des faits, de lieux et des hommes historiques: ou, Les tables de l'histoire, répertoire alphabétique de chronologie universelle ..., A. Levavasseur et cie, 1842, p. 542, lire, texte libre de droit (consulté le 04/10/2009).
    • Joseph-Marie Quérard, Félix Bourquelot, Charles-Léopold Louandre, Alfred Maury, La littérature française contemporaine, Daguin, 1842, pp. 215-216, lire, texte libre de droit (consulté le 04/10/2009).
    • Achille de Vaulabelle, Chute de l'empire: Histoire des deux restaurations jusqu'à la chute de Charles X, Perrotin, 1851, lire, texte libre de droit (consulté le 04/10/2009).
  • XXe siècle
    • Michel Cordillot, Biographies nouvelles, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, t. 44 (1789-1939), l’Atelier, Paris, 1997, p. 45-46.
    • Odile Krakovitch, Maria Teresa Bulciolu. L'École saint-simonienne et la femme. Notes et documents pour une histoire du rôle de la femme dans la société saint-simonienne, 1828-1833, Pisa, Goliardica, 1980. In-8°, 256 pages. [Etudes sur l'égalité.], Bibliothèque de l'école des chartes, 1982, n° 2, pp. 321-322.
    • Ralph P. Locke, Malou Haine, Les Saint-Simoniens et la musique, Mardaga, 1992.
    • Pierre Musso, Saint-Simon et le saint-simonisme. Collection Que Sais-je? PUF. 1999.
  • XXIe siècle
    • Jean-Marie Roulin, Corps, littérature, société, 1789-1900, Cnrs. Unité mixte de recherche LIRE, Université de Saint-Etienne, 2005, (ISBN 9782862723846).
    • Michelle Zancarini-Fournel, Histoire des femmes en France: XIXe-XXe siècle, Presses universitaires de Rennes, 2005, (ISBN 9782753501980).

Portrait[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • Site de la Bibliothèque Nationale française (Bnf), Fonds Enfantin ou fonds saint-simonien de la bibliothèque de l'Arsenal lire (consulté le 04/10/2009).